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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la question centrale du rapport entre loi et divin, 5 février 2012
Par 
Sir "Sir" (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance (Poche)
Rémi Brague est un universitaire français spécialiste de l'histoire de la philosophie au Moyen Age, en particulier des philosophes des civilisations et religions juives, "islamique" et chrétienne. Il est l'auteur de "Au moyen du Moyen Age" et de "Europe, la voie romaine". Ce livre est la suite de la "La sagesse du monde" publié en 1999.

La question de "la loi divine" présente sous forme synthétique la question de la perception par une civilisation de son rapport au monde et en particulier de son rapport à l'origine du monde. En effet deux modèles peuvent exister selon que le monde divin est un domaine neutre et éloigné du monde perçu par les hommes (vision de la Grèce Antique) et une vision (c'est le cas des Juifs) où la divinité de la loi exprime son caractère "naturel" et donc son accessibilité de principe. La révolution paulinienne de l'Eglise catholique par rapport à la vision des Juifs de l'Epoque est l'introduction de la grâce comme une autre manifestation du divin en complément des Ecritures. Cette nouveauté a créé une articulation nouvelle séparant la pratique humaine, qui n'est plus uniquement axée sur la loi divine mais aussi sur le rapport à Dieu. La séparation de l'éthique de ce rapport au monde, au cosmique étant rendue alors possible, elle se fera à partir du Moyen Age, créant ainsi une distinction entre politique et religieux. En Islam, la politique et le religieux sont d'abord intimement liés avant de se séparer progressivement dans les faits.

Cette question de la séparation du religieux et du politique est encore au coeur de nos débats aujourd'hui soit pour s'en enorgueillir pour certains soit pour la regretter pour d'autres. Mais ce livre de Rémi Brague montre que la question est éminemment plus complexe : en effet, pour l'Occident "nos sociétés, avec leur programme d'une loi sans divin, sont en fait rendues possibles en dernière annalyse par l'expérience chrétienne d'un divin sans loi. Il n'est pas jusqu'à l'athéisme comme "incroyance" qui ne suppose la primauté de la foi dans la définition du religieux."

J'ai été passionné par ce livre qui se lit comme une démonstration mathématique et historique. Il démontre une fois de plus l'érudition et la qualité de raisonnement de Rémi Brague, loin des petites polémiques qui animent parfois les médias sur ces sujets. A lire et à relire, en particulier la conclusion.
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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Du sens du divin dans les sociétés pré-modernes, 3 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance (Poche)
Si le projet moderne consiste à établir l'ordre de l'autonomie humaine contre toute hétéronomie, un bon moyen d'en saisir les enjeux est d'examiner l'idée de loi divine, comme accomplissement et emblème de cette hétéronomie contre quoi notre modernité s'est érigée.
Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire humaine, on découvre toujours la religion au principe des institutions politiques et communautaires. Dans le Proche-Orient ancien, le divin rejaillissait des dieux immortels jusque sur le souverain. Le roi était un dieu, mais ce caractère de divinité ne s'étendait pas du roi jusqu'aux normes qu'il édictait.
Si la Grèce reconnaît, elle, des lois divines, elle ne connaît pas de loi de Dieu. Pour elle, le divin est immanent à l'univers, de sorte que l'ordre des lois dont nous parlons est l'ordre même du cosmos, coéternel à la divinité. Elles sont, par nature, non écrites, pour parler comme l'Antigone de Sophocle. Pour l'homme, dont la destinée est de vivre le plus conformément possible à l'ordre du cosmos, à son logos, leur pensée sert d'idée régulatrice dans l'établissement des lois positives. Car l'esprit humain est capable, pour sa part, d'accéder de lui-même à ce logos divin qui est l'âme de la nature et de l'être.
En revanche, le Décalogue, le Deutéronome, ressortissent véritablement à la Loi de Dieu. Elle ne gît pas au cœur de l'univers créé, elle est elle-même un acte du Créateur, un acte créateur. Il est de sa nature d'être écrite, étant révélée.
L'auteur compare, d'autre part, la manière dont Dieu donne sa Loi dans les diverses traditions monothéistes. Pour le judaïsme et le christianisme, la Parole de Dieu s'exprime dans la parole propre aux divers auteurs sacrés, sans se confondre avec elle : ce que Dieu veut dire est toujours au-delà de ce que chaque auteur a voulu dire, dans une pensée dont certains contenus peuvent s'avérer transitoires, en particulier à la lumière de l'avènement de Jésus-Christ dans la chair, commandant une nouvelle interprétation des Écritures. L'islam ignore, voire récuse en revanche cette théologie de l'inspiration : le Coran est dicté par Dieu, non seulement dans ce qu'il signifie, mais également dans ses signifiants. Il est par ailleurs autoréférentiel et, s'il y est fait état d'éléments empruntés aux traditions juives et chrétiennes, l'islam regarde comme falsifiées les Écritures issues de ces traditions.
Le propos de Rémi Brague étant d'envisager la Loi révélée dans ses rapports avec la pratique humaine, son enquête se dirige vers le champ théologico-politique. Il s'élève ainsi, à plusieurs reprises, contre l'expression « séparation de l'Église et de l'État », donnée comme l'issue victorieuse d'un combat propre à la modernité occidentale, et qui laisserait supposer qu'il ait pu y avoir, en régime monothéiste, une unité indistincte entre les domaines religieux et politique.
C'est évidemment faux s'agissant du judaïsme, qui s'est constitué et développé en dehors de tout cadre étatique propre, chez des fidèles dispersés parmi toutes les nations de la terre.
Pour le christianisme, l'auteur analyse longuement la querelle médiévale du Sacerdoce et de l'Empire, au moment de la Réforme grégorienne. Il n'y voit pas, à proprement parler, un conflit entre Église et État, mais la tendance de deux pôles à se constituer en État. Par la revendication de sa liberté, par l'affirmation de la souveraineté du pape dans la question des investitures, l'Église elle-même a poussé à la « laïcisation » du pouvoir des princes. Rémi Brague relève enfin l'originalité de la loi ecclésiastique en relation avec la Loi de Dieu : car le droit canon, se donnant pour objet les réalités du salut, suppose lui-même sa propre limite, et ne prétend pas régler tous les aspects de la vie humaine, à la différence, par exemple, de la sharia islamique.
Dans l'islam, on observe une évolution analogue : après quelque temps où les califes purent se présenter comme les dépositaires de l'autorité divine, comme des lois vivantes en quelque sorte, on vit la Loi religieuse s'ériger en instance indépendante du pouvoir politique, par la constitution d'une classe de juristes. C'est en son sein que s'élabore un droit sur quoi rejaillit la divinité du Coran, et à quoi rien ne paraît devoir échapper du domaine pratique.
Rémi Brague propose ensuite comme un tableau des « pensées médiévales de la loi divine, afin de comprendre l'essence du projet moderne, déterminé, consciemment ou non, contre elles ». C'est à cette occasion que le rapport à la loi divine selon les Grecs, dont héritent les diverses pensées de la loi naturelle, s'avère déterminant pour l'intelligence de la Loi révélée.
Ainsi l'Islam écarte-t-il comme sacrilège l'idée d'une loi naturelle, accessible à la raison humaine, qui rendrait moins nécessaire la Prophétie. La Loi relève d'un acte souverain de Dieu, elle n'a pas pour premier objet le bonheur de l'homme. Envisager la raison humaine à part de la Prophétie relève d'une vaine spéculation.
Le christianisme tend lui à identifier loi naturelle et vie divine. Pour saint Augustin, la Loi de Dieu, révélée dans l'histoire, est pour désigner la loi éternelle, naturelle, raisonnable, inscrite dans les cœurs, mais obscurcie par le péché. Pour Origène, la seule partie de la loi mosaïque que l'Évangile n'a pas rendue caduque est précisément cet enseignement de la loi naturelle.
La loi naturelle ne saurait d'autre part se donner pour la législation d'aucun pays : elle est au contraire le critère prophétique de tout droit positif. Il ne peut donc y avoir de société chrétienne sur le modèle des utopies politiques platonisantes. Les vues du christianisme médiéval touchant la loi divine culminent dans l'enseignement de saint Thomas. Il y a pour ce docteur une loi éternelle qui est d'abord Sagesse et raison, avant que d'être volonté. La loi révélée ne saurait viser, partant, à soumettre à de quelconques décrets l'homme, créature raisonnable, au mépris de sa raison et de sa liberté. Elle entend favoriser, au contraire, l'exercice de la raison et de la prudence humaine, comme participation à la providence divine, dans le cours d'une histoire.
Elle « instruit » l'homme, en ce sens qu'elle « l'équipe » pour qu'il vive selon son être propre, c'est-à-dire, sa vocation à partager la vie divine. Ces pages sur saint Thomas comptent, à notre sentiment, parmi les plus belles de l'ouvrage.
L'auteur considère enfin la modernité comme orchestrant la ruine de cette pensée sur la Loi divine. Dieu, désormais, est moins regardé comme Sagesse éternelle, que comme volonté et puissance absolue sur l'univers, qu'il aurait pu créer tout autre qu'il n'est.
En conclusion, prolongeant semble-t-il la réflexion d'un Marcel Gauchet voyant dans le christianisme « la religion de la sortie de la religion », Rémi Brague tient que « l'expérience chrétienne d'un divin sans loi » (précisons : sans loi positive) a rendu possible le programme de nos sociétés, d'une « loi sans divin ». L'auteur prend donc acte de cette ruine de l'idée de loi divine. Il paraît même s'en féliciter d'une certaine manière, dans la mesure où la consommation d'une telle ruine ouvre la voie à un rapport au divin selon des modalités autres que normatives, et fraye le passage, dans l'ordre pratique, d'une « théonomie » à une véritable « théologie » : Dieu ne commandant plus à l'homme, mais lui parlant, parole nécessaire au déploiement de l'agir humain se heurtant aux impasses d'une « autonomie » érigée contre « l'hétéronomie ». Le suffixe l'indique bien : l'auto-nomie humaine, qui est libération de la Loi de Dieu, continue d'enfermer le champ pratique dans une problématique « légaliste ». S'agissant du préfixe d'autre part, on peut se demander comment l'identité visée peut prétendre sérieusement se construire sans lien avec l'altérité.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 très bon ouvrage de référence, 10 avril 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance (Poche)
Une foi de plus M. BRAGUE apporte une contribution essentielle aux débats et à la réflexion sur la question si importante du droit, et cela en rapport avec les religions.
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10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un livre passionnant, 14 août 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance (Poche)
Livre plus difficile que "Europe la voie romaine" mais passionnant de bout en bout où l'auteur remet en cause les "fables convenues" sur l'origine, en tout cas sur une partie de l'origine, de ce que l'on nomme "la modernité". Il remet notamment en cause l'idée répandue selon laquelle il y aurait eu une "séparation de l'Eglise et de l'Etat" ou une séparation du politique et du religieux en nous montrant que jamais le politique et le religieux, l'Eglise et l'Etat n'ont été confondus et qu'ils ont constamment négocié leur rapport.
Etant religieusement trilingue, il met aussi en avant la pensée de la "Loi" et des rapports entre politique/religieux dans le judaisme et l'islam et la manière dont ces deux religions se distinguent, toutes deux à leur façon, du christianisme.
Un livre dure à lire mais qui avec le talent d'écriture et d'explication de l'auteur permet aux gens peu doués pour les choses de l'esprit d'être un peu moins bête et moutonnier, d'une érudition folle mais somme toute très naturel pour une personne comme Rémi Brague.
A noter que ce livre est le deuxième d'une trilogie, commencé avec "La sagesse du monde" et dont le troisième livre devrait sortir sous peu.
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La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance
La Loi de Dieu: Histoire philosophique d'une alliance de Rémi Brague (Poche - 29 mai 2008)
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