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2011 aurait dû être l’année Céline, la pensée, ou plutôt la non pensée dominante, le politiquement correct, en a décidé autrement. A la trappe Céline, cet odieux témoin de la part sombre de la France, de la France, que dis-je, de l’Homme. Circulez, il n’y a rien à voir, rien à comprendre.

Céline éructe, Céline vomit, mais il éructe avec génie. Il vomit le spectacle d’une civilisation en perdition. Une civilisation qui ne sait même plus se regarder en face. La civilisation des « derniers hommes ».

A la trappe, exit, le plus grand écrivain du XXème siècle avec Proust ! Notre société libérale avancée, pourtant experte en barbarie et autres turpitudes, refuse de sonder la blessure.

C’est le rôle de l’artiste de nous plonger au cœur de l’Etre jusque dans son oubli et dans ses avatars les plus sombres. C’est pourtant la voix des enfers qui nous parle, celle de la marchandisation générale où tout se gère, s’évalue, se quantifie !

L’Homme est lourd dit Céline après Nietzsche

Comment s’étonner dès lors que ce qui est dénié au langage fasse retour dans le réel pour paraphraser Lacan. Comment s’étonner que les victimes d’hier deviennent les bourreaux d’aujourd’hui, comment s’étonner, que de la Serbie au Rwanda, du Cambodge à la Palestine, la même haine fasse retour !

Car Il n’y a pire traitement que de refuser de débrider la plaie : elle suppure en silence et finit en septicémie.
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le 2 août 2004
Voyage au bout de la nuit. Inutile d'imaginer un parcours initiatique alambiqué vers une lumière salvatrice. Point d'aube ici, c'est " Voyage au fond du trou ", la tête la première. Il faut bien y réfléchir avant de lire le texte, réfléchir à ce qu'on est capable de voir et d'entendre à propos de sa propre misère, de la misère humaine et de ses impasses. Toutes les positions de repli méticuleusement démontées à mesure qu'on les imagine, il ne reste que le vide. Inutile de jeter un coup d'œil au manège lumineux qui étourdit ses foules et d'hurler à l'exagération en espérant quelque écho. Inutile de chercher dans les souvenirs un bonheur cohérent, ce ne sont que des répits saupoudrés : si la forêt est belle de loin, il suffit de s'approcher pour constater qu'il n'y a pas une feuille qui ne soit déchirée, tâchée, parasitée, promise à une pourriture omniprésente, quelques mètres au dessous.
On pourra toujours faire semblant de croire qu'il ne s'agit que de divagations haineuses et ordurières d'un écrivain fasciste et aigri : c'est une généreuse porte de sortie qu'il offre à tous ceux qui préfèrent continuer dans leur monde de carton-pâte. " Voyage au bout de la nuit " est un miroir qui se lit.
La guerre est au commencement, comme le début d'une vie, absurde bien sûr la guerre. Mais ce n'est pas une absurdité académique ou lyrique dont il est question, c'est l'absurdité par la tripe, par la peur, par la lâcheté. Une fois débarrassée de l'amour propre du narrateur, ce n'est plus la sienne propre, de peur, ce n'est plus sa lâcheté, on la reconnaît cette lâcheté universelle face à la mort, on sait bien que c'est la sienne aussi, qui qu'on soit. Tout le monde sait d'instinct que les héros sont des malades mentaux, ou des lâches tellement plus lâches que les autres qu'ils sont pressés d'en finir. Et puis, il y a les grands stratèges qui envoient les uns se faire tuer, les autres se faire fusiller, juste pour continuer, durer, au nom d'un patriotisme hallucinatoire. Et puis, il y a les civils, qui sont d'accord avec tout le monde, alternativement...
Où est la vérité, dans les récits grandiloquents des livres d'Histoire, dans les réclames nasillardes des actualités officielles, ou bien dans la vase gorgée de sang où se noient des jeunes gens terrorisés ?
Le récit quitte la guerre, mais la paix, la guerre, c'est du pareil au même, car pour les pauvres, c'est toujours la guerre. La différence, c'est qu'en temps de paix, ils se battent entre eux pour paraître moins pauvres, se battent pour offrir aux riches de plus gros gâteaux dont il tombera peut-être de plus grosses miettes. Ce n'est pas le moindre des désespoirs, la condition des pauvres, intemporelle, les pauvres dont on ne sait s'il faut les plaindre pour la malédiction qui les frappe, ou les abandonner à leur servilité incurable. C'est peut-être cela qui impose de garder à Céline à l'écart : il n'aime pas les pauvres dont on a tant besoin pour travailler et faire la guerre, il ne sait pas les flatter. C'est plus probable en tous cas que ces histoires d'engagement politique bien commodes. Quand les pauvres vont à l'école, on ne va pas leur gâter l'esprit et le courage avec des horreurs défaitistes et pour tout dire, négatives.
Aujourd'hui, rien n'a changé, le manège tourne juste un peu plus vite. De la nausée viendra peut-être l'envie de lucidité. De cette lecture, sûrement.
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Des romans qui font véritablement "avancer" la littérature, il s'en publie peut-être quatre ou cinq par siècle, à tout casser. Le "Voyage" de Céline fut assurément un de ces rares joyaux dont l'éclat ne fait que grandir avec le temps. Faut-il remettre en cause le génie de ce chef-d'oeuvre au prétexte que Céline, par la suite, s'égara idéologiquement? Je ne crois pas. Bien sûr, sa compromission ultérieure avec le nazisme demeure une tache inexcusable et ineffaçable, mais j'ai tendance à évaluer un artiste sur son art, non sur sa biographie. Or l'oeuvre de Céline témoigne d'un incontestable génie.

Sombre, crépusculaire, terrifiant, à l'image du monde et de l'époque qu'il décrit, ce "Voyage au bout de la nuit" est aussi un livre solaire, épiphanique, car il invente un nouveau langage, libéré de tous les carcans, affranchi de tous les académismes. Il crée sur les ruines fumantes de la Grande Guerre une prose furieuse, truculente, iconoclaste, qui déboutonne la grammaire, s'asseoit sur le beau style et introduit par effraction l'oralité dans la littérature. Le "Voyage", c'est le dernier des grands romans picaresques, un peu comme Don Quichotte, en son temps, fut le dernier grand roman de chevalerie. Il y a d'ailleurs du Quichotte en Bardamu, dérisoire silhouette errant dans un monde où il peine à trouver sa place. Quelques années plus tôt, Proust enterrait de la plus grandiose des manières le 19ème siècle. Avec ce livre, Céline, lui, pose les bases d'un siècle nouveau qui rime avec guerre et misère.

Est-ce pour autant un roman triste ou neurasthénique? Curieusement, non. Je trouve au contraire qu'il en émane le genre de gaieté que l'on trouve dans certains tableaux de Brueghel ou d'Ensor, une gaieté de fête foraine, de carnaval, celle des petites gens qui opposent aux grands malheurs de l'existence les menues joies du quotidien. Céline a beau être un pessimiste forcené, il est pessimiste avec gouaille et cette gouaille nourrit sa prose d'une énergie inouïe. Mais attention, ce n'est pas une gouaille ordinaire, banalement triviale et faubourienne. Non, c'est une gouaille prodigieusement sophistiquée, qui entremêle dans une copulation inattendue archaïsmes et néologismes, qui fait cohabiter sans vergogne les mots argotiques et précieux, les figures de style les plus savantes et les maladresses volontaires. C'est la gouaille d'un homme qui maîtrise à la perfection toutes les subtilités de la langue française et qui les subvertit en toute connaissance de cause pour enfanter un idiome inédit.

Proust disait subtilement des choses subtiles. Céline, lui, dit puissamment des choses puissantes. A chacun sa grandeur.
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le 10 janvier 2016
Une discussion enflammée Place Clichy avec Arthur, camarade étudiant en médecine comme lui, et voilà Ferdinand Bardamu engagé dans l’armée pour combattre ; nous sommes en 1914. Ainsi démarre ce long voyage au bout de la nuit. Le voyage de Ferdinand, alors jeune étudiant plein d’idées pré conçues sur la vie et les humains, est un périple initiatique. A l’armée, il n’y restera guère, il sera ensuite hospitalisé, puis partira en Afrique, puis les Amériques avant de rentrer en France, finir ses études de médecine et s’installer dans un quartier de Paris. Son voyage se termine dans une clinique psychiatrique où il prend en charge la maladie mentale au côté d’un docteur Baryton plus que caricatural. Au cours de son périple, Ferdinand rencontre toute une galerie de personnage dont il nous fait partager les défauts et les qualités, les forces et les faiblesses.
La lecture de ce roman est un véritable plaisir tant l’écriture est travaillée, les tournures de phrases élaborées. Quelle leçon ! La façon dont Céline décrit les situations et les personnages permet en quelques lignes de ressentir les atmosphères, visualiser les personnages. On saisit l’âme profonde de l’être humain, sa couardise, sa misère, sa rudesse, sa pauvreté. On comprend la bêtise, l’absurdité des décisions des grands.
Il est vrai, que parfois, on aimerait que l’auteur abrège, mais force est de reconnaître qu’il ressort de la lecture de ce roman l’impression d’un travail d’orfèvre. Céline joue avec les mots comme un musicien avec les notes. J’ai le sentiment qu’après l’avoir lu, je n’écrirai plus jamais de la même façon.
Les auteurs que nous lisons nous font progresser dans notre écriture, Céline en fait partie ainsi que Marguerite Duras.
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le 10 novembre 2011
Rare sont les livres à m'avoir autant atteint, à avoir su trouver le chemin de mon coeur. Ce roman est un chef-d'oeuvre, et pourtant, j'avais des doutes en le débutant. J'avais un peu peur. Comme c'est souvent le cas avec les classiques, on se dit avant de les entamer qu'on va encore se faire rouler, mais alors pour le coup, il n'y a pas tromperie sur la marchandise ! il s'agit bien là d'un roman magistral. Le langage y est extraordinaire et d'une rare subtilité même dans son aspect le plus vulgaire, l'univers dépeint et les personnages désemparés qui l'habitent, le salissent ou l'embellissent, sont d'un réalisme époustouflant. Les réflexions, parfois simplement imagées, d'une grande profondeur, tranchant dans le vif, franches ; les descriptions, dérangeantes, tant elles sont vraies, tant elles nous touchent intimement, montrent l'homme sous ses aspects les plus bestiaux, les plus mesquins, malsains, les plus désinvoltes, mais aussi les plus tendres, les plus fragiles, on est parfois saisi de gêne et de pitié ; à d'autres moments, de honte : on se reconnait salement ici ou là, dans tel détail ou telle grimace, telle frustration et telle convoitise... Et puis tout est désespéré dans "Voyage au bout de la nuit", les âmes sont en détresse, elles hurlent "en dedans", presque tout y est absurde, tragi-comique, d'un cynisme complet : la guerre, la misère, l'industrie, l'amour, tout y est noir, ou gris, avec parfois, tout de même, quelques éclats de lumière et de gaieté dans cette vie qui n'est qu'une farce dégueulasse, quelques instants de chaleur et de réconfort, au cours d'une fête foraine, dans les bras d'une femme, autour d'un verre ou d'un bon repas, pour tenir ; une bonne dose d'humour et de cochonnerie. Et puis la scène finale, dans le taxi, est terriblement oppressante, presque insupportable ! sa conclusion, poignante, vous tord les tripes ; une scène comme une tornade qui vous emporte sans que vous ne puissiez résister, jusqu'à ce que les éléments déchaînés s'apaisent, vous abandonnant au calme et au silence ; à la paix, quelque part au bout de la nuit. Céline m'a achevé, m'a crevé le cœur. J'ai trouvé qu'il y avait très peu de pages ennuyantes, pas une, même ! il y a des parties moins intenses que d'autres disons, avec moins de remous, mais jamais ennuyantes. Je trouve qu'il y a des lignes, des paragraphes, des monologues, purement orgasmiques sur le plan intellectuel, et d'une fluidité enivrante ! en plus, on redécouvre un langage plutôt oublié, voire méprisé aujourd'hui, celui des classes populaires, celui qu'on retrouve aussi dans le cinéma d'Audiard, le cinéma français des années 50 et 60. On est ici dans le bien couillu, dans une oeuvre dense et complexe, et qui en dit long sur le genre humain. Peut-être est-ce là ce que les lecteurs de petit calibre n'ont pas supporté. "Voyage au bout de la nuit" peut être dompté si on s'en donne la peine. Si on s'en donne la peine, on peut la rejoindre, la nuit, et cette nuit là me paraît, à moi, intemporelle.
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le 2 décembre 2014
Le voyage, ennuyeux à mourir, mais c'est le but chère amie, le but de Bardamu, mourir, et il n'y parviendra pas, Robinson lui, oui! Il manque à Bardamu l'idée, LA idée. Que dire de votre commentaire encore... mon grand-père est mort en octobre 1918, à ça de la libération, de la fin, mon papa avait neuf ans, il avait vu son papa à lui cinq fois dans sa vie, au gré de permissions, pour recevoir à chaque fois une tournée à la ceinture de cuir, pour lui apprendre à vivre et le punir de faire chier sa maman, sale gosse. Papa a compris Céline, lui, il en avait fait les universités, il m'en a fait profiter à mon tour, selon le même processus, les chiens ne font pas des chats. Ce qui m'a frappé dans l'éducation de papa, outre sa chevalière aux coins bien aiguisés imprimée sur ma pommette, moult fois, c'est son désir de me cultiver, de me faire lire en ma tendre enfance les auteurs sociaux des Etats-Unis, puis Céline, pour bien que je perde espoir en l'humanité, peut-être, je ne sais, quand papa est mort à son tour, j'avais douze ans, et un bon bagage intellectuel. Merci papa, merci Céline, et les autres, mais Céline avant. Car "Le voyage", "Mort à crédit" furent et restent mes universités, et Céline est en mon Panthéon, le seul paru à la pléiade de son vivant, excusez du peu. Je vis "normalement", heureux mari, papa comblé, grand papa gâteaux, le monde a changé, mais n'oublions pas tout de même, par deux fois, en ce vingtième siècle, on a joué au suicide collectif, et ce fut grandiose: soixante quinze millions de morts, du fait des Allemands, à cause des Anglais (Brel) et j'ajoute... des Français. Céline témoigne, tout simplement. Aujourd'hui, la jeunesse n'envisage plus du tout de résoudre les différents et les conflits comme nous l'avons fait en 14 et en 40, c'est bien heureux, nous recevons à la maison des jeunes de tous les pays, des cinq continents, nous parlons mille langues, en un même repas, on s'apostrophe en japonais, en anglais, en germain, en espagnol, quelle richesse, quelle joie, mes enfants m'ont ouverts les yeux, merci aux jeunes générations. Céline m'a instruit des choses de son temps, merci à lui. Maintenant, je comprends tout à fait qu'il ne soit pas simple d'aborder ce cher Docteur Destouches, si c'était facile, il serait à la bibliothèque verte, il n'y est pas. Ce sont mes explications, qui justifient que je mette cinq étoiles car... Céline illustré par Tardy, c'est Bach interprété par Perlman, cerise sur le gâteau dit-on par chez nous. Merci à Monsieur Tardy de sublimer Cette oeuvre monumentale. Merci à voous de m'avoir lu.
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le 26 novembre 2006
Bardamu n'est bien sûr qu'une caricature, un pot-pourri d'incertitudes et de sentiments qu'il serait difficile de tous retrouver dans une seule et même personne. Sa destinée et son cheminement cahotiques en sont donc improbables mais les événements et les drames qui l'y conduisent ont tous été vécus et subis par d'innombrables êtres humains qui retrouvent dans ces lignes leur souffrance, leurs questions, leurs hésitations, leur soumission au devoir ou leur rébellion. Ce voyage est en fait un tour d'horizon de la raison humaine et la nuit est pour Céline le symbole de sa noirceur. La révolte de l'individu ne mène pas ici à de grandes envolées lyriques mais plutôt à une étude opportuniste de la meilleure façon de profiter du système. Aucun personnage ne sort intact de cette féroce critique de la société et de ses contradictions. L'atroce pessimisme que dégage cette oeuvre au premier abord est en fait un fantastique déclic pour stimuler une réflexion personnelle profonde, mieux comprendre l'absurdité de ce systéme et tout faire pour vouloir l'améliorer. Ce voyage est probablement l'une des oeuvres les plus marquantes et profondes de l'histoire de la littérature.
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le 18 février 2015
Tourbillon de réalisme et de noirceur. Céline nous décrit sa vie, ses expériences de la guerre, du colonialisme ou de l'Amérique, sa vision de l'homme, ... le tout avec ce style "oral" unique. En trois phrases, le décor est planté. Ce roman est définitif et indétrônable. Très très au delà du génie. Il FAUT le lire, c'est tout.
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Voyage au bout de la nuit/Louis Ferdinand Céline/Prix Renaudot 1932
La Grande Guerre, l’Afrique, l’Amérique et le retour en France : Ferdinand Bardamu va tout connaître et nous conter ses aventures et pérégrinations tout au long des 500 pages de ce délicieux et picaresque récit.
Des horreurs de la guerre il nous parle dans son langage imagé et cru, évoquant ses illusions perdues, lui l’innocent pacifiste qui revient brisé par ce qu’il a vécu.
Du colonialisme en Afrique, il dénonce l’immoralité et la cruauté. Militaires, fonctionnaires et commerçants se côtoient à la colonie, mais l’élément militaire est encore plus abruti que les deux autres, et bouffe de la gloire coloniale …Le gouverneur dont l’ inexpiable muflerie forme le fond de la grande conversation apéritive, en prend pour son grade.
De l’Amérique, il souligne les contradictions du capitalisme. Dans ce pays où il ne faut pas être malchanceux, il tente de survivre d’expédients tout en côtoyant la généreuse Molly, une jeune prostituée.
« On se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, comment on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide. »
Et puis la France où il exerce la médecine en banlieue. Sans se leurrer.
« La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l’air d’un larbin, par les pauvres on a tout du voleur. »
Ce long voyage sur les chemins de la misère humaine touche par l’humanisme de Bardamu qui ne ferme jamais les yeux sur les pires vices des hommes et qui n’aime ni les vétilleux ni les hâbleurs.
Des soldats, des rançonnés de la vie, il met en lumière la précarité, eux les couillons de la vie, les battus, les transpirant de toujours, et les prévient que quand les grands de ce monde se mettent à les aimer, c’est qu’ils vont les tourner en saucissons de bataille.
La puissance du style atteint parfois des sommets :
« Les vieillards de l’hospice s’en allaient crachoter leurs cancans avec leurs caries d’une salle à l’autre, porteurs de petits bouts de ragots et médisances éculées. Ici cloîtrés dans leur misère officielle comme au fond d’un enclos baveux, les vieux travailleurs broutaient toute la fiente qui dépose autour des âmes à l’issue des longues années de servitude. »
Alors, parvenu au terme de ce récit d’une grande qualité littéraire, on ne peut éviter se poser la question : peut-on tenir ainsi des propos nettement racistes, xénophobes, homophobes et parfois antisémites ? Bardamu est –il vraiment Céline ? Qui peut répondre ? Il convient peut-être de replacer cette œuvre dans le contexte d’une époque qui suivit juste la crise de 1929.
Quoiqu’il en soit, c’est un livre qui vous prend aux tripes et que vous n’oublierez jamais. Provocateur lucide, Céline ne mâche pas ses mots.
Un mot sur la forme : le style de Céline est populaire et imagé, cru et outrancier, provocateur et sans concession presque un style parlé avec sa syntaxe et sa grammaire particulières, mais avec quelques beaux subjonctifs imparfaits issus du respect constant de la concordance des temps. Les mots sont habilement choisis, avec leur truculence et leur pittoresque. Le foisonnement d’idées et d’histoires qui se succèdent rappelle parfois Gabriel Garcia Marquez dans « Cent ans de solitude. »
Certains passages sont des moments d’anthologie, tel cette narration des ébats de Bardamu enseignant le français à Sophie la belle et sculpturale masseuse slovaque de la maison de fous, dont la seule présence ressemblait à une audace dans cette maison boudeuse, craintive et louche. Sophie, ignorante de la somme des abandons croupissants de Bardamu et des autres ratés de son espèce. Ce qui fait dire à Bardamu : « On peut baiser tout ça. C’est bien agréable de toucher ce moment où la matière devient la vie. »
Mais il sait en toute occasion rester lucide : « Amoureux ce n’est rien c’est tenir ensemble qui est difficile… Ce corps à nous, travesti de molécules agitées et banales, tout le temps se révolte contre cette farce atroce de durer…Notre torture chérie est enfermée là, atomique, dans notre peau même, avec notre orgueil. »
Un pessimisme foncier quand il dit : « La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit. » Avec des lueurs : « Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir… Une petite femme un peu violente et un peu vicieuse, y a pas à dire, ça vous transforme un homme à pas le reconnaître. …Le reste c’est rien du tout, c’est de la peur qu’on n’ose pas avouer, c’est de l’art ... »
Un grand livre.
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le 29 décembre 2014
Il a fallu que j'attende longtemps avant d'oser le feuilleter. Et ... j'y suis tombée. Pessimiste, noir, désespéré, des portraits d'hommes à la lâcheté ordinaire. Et écrit avec un style mêlant la précision des mots au style familier de l'époque. Fabuleux ! A lire, sans écouter le politiquement correct qui relègue cet auteur dans "l'enfer" , en prenant ce livre pour ce qu'il est le livre d'un moment où l'homme n'était pas encore devenu fou.
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