Commentaires en ligne


2 évaluations
5 étoiles:
 (2)
4 étoiles:    (0)
3 étoiles:    (0)
2 étoiles:    (0)
1 étoiles:    (0)
 
 
 
 
 
Moyenne des commentaires client
Partagez votre opinion avec les autres clients
Créer votre propre commentaire
 
 
Du plus utile au moins utile | Du plus récent au plus ancien

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Naissance d'un grand romancier, 1 octobre 2013
Par 
zybine, amateur éclairé (Paris) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Cloches de Bâle (Poche)
Il est difficile de rendre compte de ce passionnant roman, si porteur de promesses et annonciateur des chefs d'oeuvre à venir, sans tenir compte du contexte. Poète, venu du surréalisme, Aragon venait de rejoindre le PC et, après un long séjour à Moscou, avait choisi de respecter la "ligne générale" imposée par le stalinisme en cours de constitution (le roman sort en 1934, l'année du congrès des vainqueurs) et de rompre avec Breton. Pour purger son passé et son passif, surréalisme et anarchie étant assez proches, Aragon décidait donc d'écrire le premier roman français inspiré du réalisme socialiste et ce n'est évidemment pas un hasard si le personnage principal, une Géorgienne (sic!) bascule en cours de route de l'anarchisme au socialisme. Las, Aragon est évidemment un artiste et, comme tout grand auteur, il a su s'extirper du carcan littéraire et idéologique qu'il s'était imposé.
Quatre récits inégaux centrés sur quatre figures hétéroclites composent le roman, qui entend dresser un panorama polyphonique de la France de la Belle Epoque. D'abord, Diane de Nettencourt, aristocrate pleine de charme et impécunieuse qui va s'assurer le train de vie qu'elle recherche grâce aux hommes qui vont fréquenter sa couche. L'auteur est ici au meilleur de sa veine satirique et de son mordant, qui culmineront dans Les Voyageurs de l'Impériale. Corruption des moeurs et de l'argent, vacuité des intérêts, cynisme affiché : Aragon sait reprendre les vieux motifs du roman victorien à la Thackeray ou à la Trollope pour proposer un réjouissant jeu de massacres. Ensuite, centre du roman, Catherine Simonidzé, une jeune Géorgienne vivant à Paris et le parcours qui va l'amener, à partir d'une sensibilité innée aux injustices à fréquenter les milieux anarchistes puis socialistes - et à refuser le confort bourgeois du couple pour des amours libres et sans conséquences. La chair est triste et une tonalité parfois désespérée, qui annonce Aurélien, affleure ici. Puis, Victor, amant passager de Catherine, qui organise une grève des taxis à laquelle ne sont pas étrangers les arrivistes, escrocs et traficoteurs que fréquente Diane de Nettencourt. A rebours complet du reste du livre, c'est un exposé précis, circonstancié, contextualisé d'un conflit du travail qui nous est ici livré : l'artiste cède la place au journaliste - et à un brillant journaliste. Enfin, Clara Zetkin, la militante socialiste allemande qui venait de mourir à Moscou, est évoquée dans un court et lyrique portrait, destiné à nous présenter la femme moderne appelée à succéder à la femme objet (Diane) et à la femme révoltée (Catherine).
Même si 'Les cloches de Bâle' est explicitement un roman à message, le contrebandier Aragon circonvient l'Aragon officiel. Écrivant un chant d'amour magnifique envers les femmes plus qu'envers la Révolution, alternant des scènes qui pourraient être laborieusement "soviétiques" et sont rattrapées par un sentimentalisme hugolien plus dans notre tradition (la grève dans l'horlogerie savoyarde) avec des pages merveilleusement satiriques ou tendrement lyriques, intervenant en tant qu'Auteur démiurge à foison, préférant visiblement les désordres bourgeois à l'évocation d'Anciens momifiés par la Révolution installée (Lafargue et Lénine apparaissent, sans relief), Aragon s'inscrit en fait dans le sillon du roman classique qu'il renouvelle par la richesse de son style et la variété de ses approches - et ce ton, tantôt lyrique, tantôt sarcastique, toujours détonnant qui n'appartient qu'à lui.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles 
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui Non


17 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "patience, mon amour, parience...", 21 août 2005
Par 
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Cloches de Bâle (Poche)
Il y a plusieurs façons de lire ce livre, qui signe le retour - ou la volonté de retour - au "monde réel". Aragon est parti, de façon très surréalisante, d'une phrase inaugurale: "Cela ne fit rire personne quand Guy appela Mr Romanet papa". A partir de là se développe une trame subtile, un peu proustienne, qui nous dépeint un monde où l'on s'ennuie ferme, où l'on vit socialement en vase clos et, économiquement, du travail des autres. Puis le roman se concentre sur le très complexe personnage d e Catherine, cette immigrée georgienne tentée par le féminisme, l'anarchisme, et même un peetit moment par le communisme, mais que séparerera à jamais de la classe ouvrière une mince épaisseur de papier, celle du "petit chèque" expédié mensuellement de Bakou par son père, richissime industriel des pétroles. Trop fin pour faire la leçon à quiconque, Aragon montre les êtres humains dans leur complexité, montre quelle amputation, quelle aliénation engendre chez la femme l'oisiveté obligée. Mais, et c'est là que les choses prennent une autre dimension, il conclut, sans lien romanesque réel, avec cette "grand-messe" que fut le congrès socialiste de Bâle, où il voit prophétiquement les morts de demain applaudir à de trop beaux discours, même pas mensongers mais atrocement décalés, refusant explicitement toute satire (car la satire, c'est bon pour ceux quivont vivre). Et là, même si quelques figures surnagent, dont celle de Lénine, il en est une qui émerge, réponse anticipée à toutes les questions, et bientôt étendard de toutes les révoltes et révolutions à venir: Clara Zetkin. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce livre intensement féministe que de convoquer cette grande figure-là, comme celle d'Elsa, qui, après avoir lu les soixante premières pages du roman, s'était écriée, un peu agacée: "Et tu vas continuer longtemps comme ça?" La préface de ce livre qui est celui d'une fusion entre la cause des femmes et celle du peuple est à elle seule un cri d'amour unique de force et de lucidité.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles 
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui Non


Du plus utile au moins utile | Du plus récent au plus ancien

Ce produit

Les Cloches de Bâle
Les Cloches de Bâle de Louis Aragon (Poche - 8 décembre 1972)
EUR 8,50
En stock
Ajouter au panier Ajouter à votre liste d'envies
Rechercher uniquement parmi les commentaires portant sur ce produit