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5.0 étoiles sur 5 Sturgeon, un maître !, 5 août 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un peu de ton sang/Je répare tout (Poche)
Impressionnant. Voilà le mot que m'inspire ce court roman de Théodore Sturgeon, Un peu de ton sang, qui jusque-là m'avait échappé. Merci donc à Folio SF de pallier à ce manque, parce que l'auteur figure incontestablement dans mon panthéon ' pour ainsi dire il ne m'a jamais déçu et, bien au contraire, m'a toujours fait très forte impression, même à la relecture, Sturgeon étant pour moi un grand styliste.

Sturgeon, on le sait donc, est un écrivain brillant, un maître du fantastique. Avec un titre pareil, publié dans une collection pareille, avec une illustration de couverture plutôt suggestive, je m'attendais évidemment à lire un roman bien orienté, comme le genre d'histoires, au fond, auxquelles l'auteur nous a habitués, même si quand l'on parcourt sa bibliographie, on peut noter que son répertoire est bien plus vaste que le champ des littératures de genre.

Or, donc, Un peu de ton sang n'est en rien un roman fantastique. Mais alors, en rien. Un peu de ton sang est une enquête brillante au cœur de l'âme humaine, celle d'un homme surnommé dans un premier temps George Smith ' on apprendra ensuite qu'il s'appelle en réalité Bela, à mon avis un hommage quelque peu inutile au fameux acteur de films vampiriques. George, je préfère l'appeler ainsi, a connu une enfance difficile, entre sa mère malade et triste, se tuant à la tâche, et son père, mineur alcoolique et violent. Un couple issu de l'immigration qui ne s'aime pas, par ailleurs. George Smith s'avère donc un enfant à l'enfance trouble, malheureuse, dont l'activité principale semble être la chasse aux animaux dans les bois. Il parle peu, et ne possède pour ainsi dire aucun ami.

Le roman débute comme si l'on nous faisait découvrir un dossier secret ' oui, comme pour le Messac que je viens de lire mais le fait que j'enchaîne ces deux lectures pleines de similarités structurelles est un pur hasard. Puis on enchaîne sur une série de lettres, correspondance entre deux hommes, un colonel (Al) et un psychiatre de l'armée (Phil). La raison de cette correspondance ? Le cas de George, justement, devenu militaire. Suite à une lettre qu'il aurait envoyé à sa petite amie, mais lue par la censure de l'armée, il se fait convoquer par un major auquel il finit, en raison d'une soudaine et irrationnelle colère, par assener un coup de poing dans le nez. Le major décide de le faire interner. Mas entretemps, la lettre incriminée s'est perdue et Al, mis au courant de l'incarcération du jeune militaire, demande à son ami psychiatre de faire en sorte qu'il soit libéré, puisqu'il ne paraît ni fou ni violent. Seulement, leur enquête va les mener à de nombreuses découvertes sur George qui, plus le fil de l'histoire avance, se révèlent troublantes et fascinantes. Cet homme d'une banalité confondante ne l'est pas tant que ça finalement.

Enchâssé dans ce récit épistolaire, un autre récit pointe le bout de son nez, celui de George lui-même. Un récit que j'ai trouvé particulièrement fascinant ; j'ai pensé plusieurs fois au Steinbeck de Des souris et des hommes, tant la qualité et la simplicité du récit parviennent à nous étreindre. Très vite le lecteur s'aperçoit de certaines carences dans le récit de George qui, bien qu'il soit d'une transparente honnêteté, semble omettre certains « détails », de façon délibérée ou pas. Le reste de ce roman coup de poing (très court je disais) s'évertuera justement à combler les trous laissés par ce récit, jusqu'à ce qu'éclate la vérité, très dure, sur la condition mentale d'un sociopathe, à l'apparence simple, dont la réalité psychologique, sa façon de penser et d'agir, n'a rien à voir avec le commun des mortels, en raison d'une déviance insidieuse refoulée du fin fond de sa prime jeunesse.

Un peu de ton sang est, pour moi, une réussite de réalisme, une grande réussite tout court. Dès les premières pages le lecteur est happé dans ce tourbillon de lettres, de récits enchâssés, dans cette enquête douloureuse sur la condition humaine. Il n'y a de fantastique (au sens incroyable) ici que la découverte minutieusement orchestrée de l'identité réelle de George, noire il est vrai, mais parfois extrêmement empathique (la façon dont ont Al et Phil d'aborder le sujet « George » n'en fait jamais un monstre, c'est parfois d'autant plus effroyable !).

Sturgeon nous livre donc ici un roman intelligent, d'un implacable réalisme, dont on se demande bien ce qu'il vient faire en Folio SF (oui, évidemment, l'auteur a un passé qu'on connaît tous, mais il n'empêche). Si j'étais vous, je placerais ce petit livre fou tout en haut de votre pile à lire. Car on a ici affaire à une pépite rare, de celles impossibles à oublier. Gros gros coup de cœur . Je suis encore sous le choc.

Ce dérangeant roman est suivi par la nouvelle « Je répare tout », que je n'ai pas (re)lu. Je la connaissais déjà sous son titre « Parcelle Brillante », quand elle fut éditée dans le recueil Un soupçon d'étrange (Le Grand Temple de la SF, Presse-Pocket). Il s'agit d'un texte brillant, peut-être parmi les meilleurs de Sturgeon, et en tous cas un de mes préférés. Il aborde également cette notion d'altérité, de différence, avec un sens du récit une fois de plus remarquable.

PS en forme d'avertissement : les âmes sensibles pourront éventuellement s'abstenir de la lecture d'Un peu de ton sang ; quelques scènes et cette immersion sans concessions dans une mentalité très différente peuvent laisser des traces ; ce, même si Sturgeon n'oublie pas de rafraîchir son récit avec un peu d'humour (la correspondance entre Al et Phil est un pur régal dans ce domaine).
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Un peu de ton sang/Je répare tout
Un peu de ton sang/Je répare tout de Theodore Sturgeon (Poche - 28 janvier 2010)
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