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L'Ecriture ou la vie
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16 sur 16 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Semprun est un témoin précieux sur la Shoah et offre une réflexion aboutie sur l'horreur du concentrationnisme et le travail de mémoire. Son parti pris est le contraire de celui de Wiesel : il considère que la Shoah est si invraisemblable que l'art est l'une des rares manières de la rendre vraisemblable et de la faire connaître de tous... L'écriture ou la vie qui obtint d'ailleurs le Prix Fémina est le reflet de cette réflexion, il me semble. (…) Non loin de nous, des flammes montaient d'une fosse, des flammes gigantesques. On y brûlait quelque chose. Un camion s'approcha du trou et y déversa sa charge : c'étaient des petits enfants. Des bébés !", écrivait Wiesel. Semprun préfèrera s'interroger et c'est très humble et louable car cela laisse moins place à l'émotion instantanée : "(…) Comment raconter ?(…) dès le départ, j'avais pensé, même avant de songer à écrire une ligne, qu'il fallait construire une narration, qu'il fallait utiliser les procédés de la fiction narrative pour raconter la vérité et pour que la vérité devienne vraisemblable."

Toute vérité issue d'une mémoire et donc d'une subjectivité marquée par le temps reste relative. Très à la mode en ce moment, Semprun est aussi intéressant dans sa démarche même si celle-ci semble plus doctrinale et moins humaniste que celle de Si c'est un homme ou La Trêve ! J'avoue que la position de Semprun me semble philosophiquement assez juste même si je préfère Levi. Il ne faut jamais considérer une telle tragédie seulement dans l'émotion de l'horreur, sinon on ne pourrait plus en parler!
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11 sur 11 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 8 avril 2007
Alors qu'en janvier dernier l'on a fêté le cinquantième anniversaire de la libération des camps de concentration comme Auschwitz, que l'on voit fleurir quantité de témoignages , d'exhortations au trop fameux "plus jamais ça!!" où l'émotion et la grandiloquente indignation font de la mort un spectacle, Jorge Semprun publie une grand oeuvre de quarante ans d'effort.
Prisonnier à 21 ans au camp de Buchenwald,tout proche de Weimar-petite ville pleine d'une délicate intimité entre nature et culture, creusé de tant de beaux esprits- Semprun nous offre une oeuvre d'art à l'écriture épurée et sensible, un essai-récit où l'authenticité et le dérisoire cotoyent une réflexion sur l'homme et ses engagements, l'essentiel de sa lutte pour affirmer la vie quand la mort à tous les visages.
Philosophe, poète, écrivain, militant clandestin du partie communiste sous Franco-avant d'être exclu pour libre pensée-, Ministre de la jeune république espagnole, il raconte, sans rancoeur aucune, les années d'une obscure mémoire où le mal indélébile illumine l'appétit de vivre et de s'imbiber de l'esprit humain, qui ne l'a jamais quitté. Semprun nous parle d'acceptation de la vie et non de résignation, en des lignes de tourments pudiques, de ce que tout est susceptible de prendre valeur de signe et de jalonner son existence suivant la cohérence que l'on y décèle.
Si son ami Primo Levi a rendu compte dans son dernier livre des mécanismes de l'horreur et de la dégradation de l'homme plongé dans le système totalitaire, avant son suicide, J. Semprun aurait pu écrire avec G. Bataille que " comme les pyramides ou l'Acropole, Auschwitz est le fait, est le signe de l'homme. L'image de l'homme est inséparable, désormais d'une chambre à gaz...". Pourtant, il n'en va pas ainsi. Humblement il rapporte son expérience et l'espoir qu'il a d'en faire quelque chose, car Buchenwald fut au service du Nazisme comme du bolchevisme. Mais si pour J. Follain "La moindre fêlure-d'une vitre ou d'un bol peut ramener la félicité d'un grand souvenir..." Semprun, bien que réglant un compte avec l'histoire en y puisant des raisons de vivre, Semprun sait qu'il suffit d'un clignement de paupière pour revivre...son appartenance. J.-L. Brochier du magazine littéraire parle de chef-d'oeuvre, je dirais un livre, une pensée, une humanité qui compte dans une vie, ne serait-ce que dans celle du lecteur.

Levi P.: Les naufragés et les rescapés, Paris: Gallimard, 1989

Bataille G.: A propos de Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, in Critique (1967), repris dans Oeuvres Complètes, Tome XI, Paris:Gallimard, 1988, P226

Follain J.:Félicité, poème p 101 in Exister suivi de Territoires, Paris: Gallimard, 1969
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12 sur 13 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 26 février 2011
Je m'attendais à tout autre chose en lisant ce bouquin, un témoignage supplémentaire des revenants des camps. Or je suis tombée sur un homme très instruit, philosophe, qui a un raisonnement métaphysique par rapport à l'expérience traumatisante qu'il a traversé. Hélas, je n'ai pas l'intelligence requise pour pouvoir comprendre un tel bouquin et si je me suis entêtée à le lire jusqu'à son terme c'est davantage par respect pour le déporté que pour l'auteur.
Je ne peux être que déçue puisque le niveau me dépasse et désolée de n'avoir pu l'appréhender et le comprendre.
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29 sur 33 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 10 décembre 2003
Un livre qui rappelle l'horreur de la seconde guerre mondiale, l'antisémitisme... Buchenwald, Auschwitz... Comment faire comprendre aux lecteurs l'horreur présente, parure du Mal Absolu, lors de cette guerre? Jorge Semprun y parvient grâce à son art d'écrire, même s'il sait que pour comprendre, il faut avoir vécu les tortures et surtout avoir "traversé" la mort. Se comparant à un revenant qui n'est toujours pas tout à fait revenu, ses souvenirs le hantent, et il essaie de se rattacher à la vie par l'écriture. Résultat : un livre sur le ton de la confession, fabuleux témoignage pour ceux qui n'ont pas vu, senti l'odeur de la fumée des crématoires, ressenti cette peur omniprésente... Comment s'empêcher de frissoner à la lecture de ce livre?
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2 sur 2 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 1 juillet 2012
Plus de 67 ans après la libération des camps de concentration comme Auschwitz, que l'on voit fleurir quantité de témoignages , d'exhortations au trop fameux "plus jamais ça!!" où l'émotion et la grandiloquente indignation font de la mort un spectacle, Jorge Semprun publie une grande oeuvre de quarante ans d'effort.
Prisonnier à 21 ans au camp de Buchenwald,tout proche de Weimar-petite ville pleine d'une délicate intimité entre nature et culture, creusé de tant de beaux esprits- Semprun nous offre une oeuvre d'art à l'écriture épurée et sensible, un essai-récit où l'authenticité et le dérisoire cotoyent une réflexion sur l'homme et ses engagements, l'essentiel de sa lutte pour affirmer la vie quand la mort à tous les visages.
Philosophe, poète, écrivain, militant clandestin du partie communiste sous Franco-avant d'être exclu pour libre pensée-, Ministre de la jeune république espagnole, il raconte, sans rancoeur aucune, les années d'une obscure mémoire où le mal indélébile illumine l'appétit de vivre et de s'imbiber de l'esprit humain, qui ne l'a jamais quitté. Semprun nous parle d'acceptation de la vie et non de résignation, en des lignes de tourments pudiques, de ce que tout est susceptible de prendre valeur de signe et de jalonner son existence suivant la cohérence que l'on y décèle.
Si son ami Primo Levi a rendu compte dans son dernier livre des mécanismes de l'horreur et de la dégradation de l'homme plongé dans le système totalitaire, avant son suicide, J. Semprun aurait pu écrire avec G. Bataille que " comme les pyramides ou l'Acropole, Auschwitz est le fait, est le signe de l'homme. L'image de l'homme est inséparable, désormais d'une chambre à gaz...". Pourtant, il n'en va pas ainsi. Humblement il rapporte son expérience et l'espoir qu'il a d'en faire quelque chose, car Buchenwald fut au service du Nazisme comme du bolchevisme. Mais si pour J. Follain "La moindre fêlure-d'une vitre ou d'un bol peut ramener la félicité d'un grand souvenir..." Semprun, bien que réglant un compte avec l'histoire en y puisant des raisons de vivre, Semprun sait qu'il suffit d'un clignement de paupière pour revivre...son appartenance. J.-L. Brochier du magazine littéraire parle de chef-d'oeuvre, je dirais un livre, une pensée, une humanité qui compte dans une vie, ne serait-ce que dans celle du lecteur.

Levi P.: Les naufragés et les rescapés, Paris: Gallimard, 1989

Bataille G.: A propos de Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, in Critique (1967), repris dans Oeuvres Complètes, Tome XI, Paris:Gallimard, 1988, P226

Follain J.:Félicité, poème p 101 in Exister suivi de Territoires, Paris: Gallimard, 1969
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3 sur 3 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Il est très difficile de livrer une opinion sur un livre qui traite de l'indicible. On mesure la limite des mots, on se sent dans la situation du spectateur indigné, épouvanté,horrifié, mais le coeur et les fesses au chaud.
Ce livre de Semprun, comme certains autres, doivent impérativement être lus, et mis en bibliothèque.
Ce que nous pouvons faire pour eux, c'est de jouer le rôle de passeur en les
rendant disponibles. Le reste....
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1 sur 1 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
500 PREMIERS RÉVISEURSle 28 septembre 2011
Ce livre de la part d'un rescapé du camp de Buchenwald témoigne parfaitement de la difficulté à écrire sur le sujet. Semprun a en effet dû attendre vingt ans avant de pouvoir le faire et on peut le comprendre. A l'inverse de Primo Levi qui lui avait pu se libérer du traumatisme d'une telle expérience grâce à l'écriture mais qui fut rattrapé par le souvenir plusieurs années après en mettant vraisemblablement fin à ses jours.

Nul doute qu'il s'agit là d'un témoignage des plus sincères d'un personnage engagé et tout à fait respectable, mais je dois dire que la lecture de ce livre m'a paru longuette, même si certains passages sont dignes d'intérêt. Dans cette évocation de ses années passées - son expérience des camps resterait presque anecdotique même si on sent leur omniprésence, sans doute par pudeur - l'auteur effectue des va-et-vient permanents, avec une obsession quasi-maniaque du détail, se livrant à des digressions incessantes qui finissent par dérouter le lecteur lambda que je suis. Semprun fait également preuve d'une érudition sans pareille en matière de littérature en citant de nombreux auteurs et ouvrages plus ou moins connus, mais il faut parfois ramer pour comprendre ce à quoi il fait référence, et j'ai regretté que les citations de poèmes dans d'autres langues n'aient pour la plupart pas été traduites.

On l'aura compris, ce n'est pas une écriture simple et fluide... peut-être à cause de cette difficulté dont je parlais - mais je reste déçu de ne pas avoir été davantage touché par les écrits de ce monsieur qui cela étant conserve toute mon estime.
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le 11 octobre 2011
Ce livre est bien plus qu'un témoignage, c'est une oeuvre littéraire, un bijou. Le style est admirable. Jorge Semprun est plus qu'un écrivain, sa culture littéraire inonde ses mots. Sans pédanterie, par petites touches, toujours en phase avec le fil de son histoire. C'est un livre qui donne envie de lire, de relire. Et puis, cette omniprésence de la culture dans la maison de la Mort, jusqu'au dernier souffle de la vie, est touchante et source d'espoir.
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Ce roman évoque les difficultés de vivre de Jorge Semprun après sa libération du camp de concentration de Buchenwald. Il pose en même temps des questions fondamentales sur la liberté de l'homme et sur la politique en général et en particulier pour le communisme.

La liberté et le Mal radical
A Buchenwald, J. Semprun a été confronté avec le Mal radical. L'auteur y découvre `la ténèbre du mystère de l'humanité de l'homme'. Il est saisi par la dure réalité que `la liberté humaine est capable de produire le Bien et le Mal, ontologiquement équivalents. D'où l'impossibilité de décréter l'inhumanité du Mal'. Le Mal, `c'est en nous.'

L'écriture, la vie, la mort
Après Buchenwald, J. Semprun se sent incapable ne fut-ce que d'exister : `Je ne possède rien d'autre que mon expérience de la mort, pour dire ma vie. Il faut que je fabrique de la vie avec toute cette mort. Et la meilleure façon d'y parvenir, c'est l'écriture or celle-ci me ramène à la mort. Je ne puis vivre qu'en assumant cette mort par l'écriture, mais l'écriture m'interdit littéralement de vivre.' Il doit donc

réapprendre à vivre
Le retour à une vie `normale' est extrêmement difficile : `Malgré les ruses de l'inconscient, les censures délibérées ou involontaires, le passé conservait son éclat de neige et de fumée, comme au premier jour.' J. Semprun va vaincre sa vulnérabilité et retrouver son appétit de vivre après une tentative de suicide.
Il doit également redécouvrir son corps ... par le corps des autres, une femme (`elle était la vie'). Il renaît avec `la surprise de la gratuité de l'existence. La joie violente d'être revenu de la mort pour effleurer la hanche des femmes, pour découvrir l'immensité de l'avenir.'

Politique, communisme
J. Semprun apprend aussi qu'en politique, il s'agit toujours de pouvoir, de luttes pour le pouvoir, même au sein des instances dirigeantes des PC.
Son verdict est sans appel : le communisme aura ajouté la violence froide, raisonneuse, totalitaire d'un Esprit-de-Parti persuadé d'agir dans le sens de l'Histoire, ... une illusion meurtrière qui aura suscité des sentiments les plus purs, les engagements les plus désintéressés, les élans les plus fraternels pour aboutir au plus sanglant échec, à l'injustice sociale la plus abjecte et opaque de l'Histoire.'

Jorge Semprun a un coeur pur. Sa voix est authentique. Son style est limpide. La construction de son roman est un mélange extraordinairement orchestré du passé et du présent.
Son expérience traumatisante est en fait, dans une certaine mesure, exemplaire pour l'immense majorité de l'humanité durant toute son histoire.

Un livre est à lire absolument par tous ceux intéressés par la littérature d'un niveau mondial.
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le 17 septembre 2011
En hommage à cet homme exceptionnel au destin hors norme, ce grand intellectuel à la culture sans limite et à l'intelligence acérée, hélas trop méconnu, je vais donc relire ''l'écriture ou la vie'', sans doute son meilleur récit. Jamais jamais il ne s'apitoie sur son sort et pourtant, il a eu 20 ans à Buchenwald ! Prenons-en de la graine. Je vous salue Monsieur Jorge Semprun.
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