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L'Île du docteur Moreau
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Herbert George Wells. Voici bien un nom mythique de la littérature et plus spécifiquement pour le genre science-fictif. L'anglais fut en effet un des pionniers du genre avec son aîné français, Jules Verne. C'est en 1895 qu'il écrit un de ses romans fondamentaux, la Machine à explorer le temps. Rapidement, il s'acquiert une grande notoriété avec sa façon de mêler la fiction à des avancées scientifiques fantasmées. Au contraire de Verne, Wells pourtant n'apparaît pas autant intéressé par les merveilles de la science que par leurs conséquences, qu'elles soient morales, sociétales ou humaines. Œuvre emblématique de cette démarche, L'Ile du Docteur Moreau apparait comme l'apogée pessimiste de cette interrogation philosophique, davantage encore que son Homme Invisible.

Rescapé d'un naufrage, Edward Prendrick est recueilli par un autre navire croisant au environ. A sa grande surprise, c'est un des passagers, un certain Montgomery, qui a fait cette demande au capitaine et à l'équipage qu'il paye pour transporter une bien étrange cargaison. Celle-ci consiste en divers animaux, du puma au lapin... Plus étrange encore s'avère le compagnon de l'énigmatique sauveur, dont les caractères physiques semblent peu humains. Bientôt débarqué sur une île, Prendrick fait la connaissance du maître des lieux, le docteur Moreau. De sinistre réputation en Angleterre pour ses expériences de vivisection et de transfusion, le scientifique continue ses recherches dans l'isolement insulaire. Pourtant, le nouvel arrivant doit faire face à de bien étranges habitants sur ce domaine, sans compter que les recherches de Moreau demeurent énigmatiques... Voilà le point de départ d'un récit assez court - d'environ deux cent pages - qui s'enfonce au fur et à mesure dans un pessimisme assez surprenant pour l'époque.

On le comprend rapidement, toute l'histoire va tourner autour des hybridations tentées par Moreau sur les animaux pour en faire des hommes. Au nom de la science, le docteur tente l'impensable. Wells dresse ainsi un portrait au vitriol des dangers qui guettent l'humanité dans les découvertes et les avancées qui caractérisent cette fin de l'époque victorienne. En effet, les différentes prouesses et perspectives offertes au début du XXème siècle se voient ici recadrées par les débordements des hommes eux-mêmes. Sur son île, Moreau se livre à l'innommable et au répugnant en torturant des animaux, en les remodelant. Ceux-ci se retrouvent bipèdes, doués de paroles et d'une conscience embryonnaire. Cette parodie d'humanité horrifie légitimement Prendrick qui confrontera rapidement le scientifique face à son œuvre. Le discours tenu par le chirurgien effraie plus encore que son absence totale de moralité, car celui-ci croit totalement au bien fondé de ses projets. Le sujet de Wells met face à face la science et ses conséquences les plus terribles, ou quand l'homme se prend pour Dieu. Non content de commettre d'infâmes opérations sur son domaine, il inculque également une sorte de peur divine de sa personne. L'Ile du Docteur Moreau va ainsi bien plus loin qu'une acide incursion dans les débordements de la recherche, Wells parodie la religion et tourne en ridicule les hommes. On rapproche rapidement le comportement de ces hybrides à l'esprit limité par rapport au docteur à celui des croyants vis-à-vis de Dieu. Dans une époque où la religion domine encore beaucoup d'aspects de la vie quotidienne, le discours de l'anglais apparait comme singulier.

Il ne s'avère pas inutile de s'attarder sur les pauvres êtres qu'a enfanté Moreau par ses expériences. On éprouve bien vite une sorte de compassion pour ces âmes en peine, coincées entre leur bestialité archaïque et leur nouvelle existence qui les pousse à l'humanisation. Soumis non seulement à la torture de Moreau lors de leur transformation, ils endurent le joug de celui-ci et sa tyrannie par des lois transmise par un des leurs (encore une fois on rapproche ce trait des lois bibliques). On les interdit de laper l'eau, d'aller à quatre pattes ou encore de gouter la viande. Plus qu'un côté philosophique pour en faire des semblants d'hommes, ces enseignements servent un but bien plus pratiques : ne pas s'attaquer à son créateur. Puisqu'entouré par ces hybrides, Moreau se doit de les effrayer pour éviter de se faire réduire en charpie. Encore une fois, on se rend compte de toute la force du message sur la religion transmis par Wells, mais aussi sur le colonialisme britannique qui n'était, finalement, pas si différent dans ses rapports entre indigènes et coloniaux.. Les créatures s'avèrent surtout pathétiques et le lecteur éprouvera, notamment pour M'ling, une certaine sympathie. Au final, leur retour vers l'animalité se conçoit comme inévitable pour Wells qui terminera sur cette idée terrifiante et résolument sombre que l'humanité n'est qu'un troupeau de sauvages comme les autres, condamné à retourner vers son état bestial. Le futur, malheureusement, lui donnera raison.

On remarque que les explications scientifiques du procédé d'hybridation apparaissent de façon succincte et peu convaincante, beaucoup moins qu'une autre œuvre célèbre tel que le Frankenstein de Mary Shelley. Si l'on peut pouffer devant l'idée qu'un chirurgien puisse transformer un animal en un simili-homme, il faut remettre l'œuvre dans son contexte de parution et les croyances scientifiques de l'époque. Ainsi, grâce au sérieux de sa démarche, et même s'il ne s'agit pas là du cœur du roman, cette conception de l'hybridation et de la médecine n'en reste pas moins un témoin éloquent de toute une période. De plus, en imaginant la perversion de la science par ceux qui la pratiquent, Wells se pose en visionnaire. Cette fibre pessimiste sur les applications pratiques de la recherche se retrouvera l'année suivante dans l'Homme Invisible, autre roman fondamental du genre science-fictif. En attendant, L'Ile du Docteur Moreau fait figure de classique dont nombre d'auteurs s'inspireront ou lui rendront hommage comme Alan Moore dans sa Ligue des gentlemen extraordinaires.

Déjà adapté à de nombreuses reprises au cinéma, L'Ile du Docteur Moreau reste un classique de la littérature et une des pierres angulaires de la science-fiction moderne. D'un abord simple, l'œuvre s'avère aussi intelligente que forte, confirmant qu'Herbert G. Wells demeure un auteur incontournable.
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le 2 mai 2010
Edward Prendick est un citoyen de Londres « qui s'occupe d'histoire naturelle » et qui a survécu au naufrage de la « Dame Altière », ayant pu s'échapper dans une yole en compagnie de deux hommes nommés Constans et Helmar, lesquels sont tombés prématurément par-dessus bord en se battant, à l'issue d'une dispute qui eut pour motif le partage des rations.

De fait, le récit de Prendick débute au moment où celui-ci évoque la dérive de sa petite embarcation en mer hauturière, dans l'océan pacifique, et les errances d'ordre psychologique auxquelles il commençait à être en proie (« Je demeurai affalé sur l'un des bancs de rameurs du petit canot pendant je ne sais combien de temps, songeant que, si j'en avais seulement la force, je boirais de l'eau de mer pour devenir fou et mourir plus vite. »)

Après cette première phase in medias res de l'aventure, le narrateur relate comment, tandis que tout semblait perdu, il fut comme par miracle recueilli par l'équipage d'une goélette qui passait dans les parages (« Je garde encore une vague impression d'avoir été soulevé jusqu'au passavant »), comment sauvé in extremis par le médecin du bord, il commença à s'entretenir avec lui et apprit qu'il était à bord d'un bateau baptisé « Chance Rouge ».

Néanmoins, très tôt, l'étrange personnalité du médecin et la physionomie non moins étrange de plusieurs membres de l'équipage vont soulever en lui des interrogations relatives au mystère des activités qui ont cours et de la destination du trajet...
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le 5 octobre 2013
Jusqu'où peut aller l'homme dans son désir de transformer le monde ?

Le livre comportait des annotations (scolaires) au crayon, mais cela avait été annoncé. Donc un envoi honnête, un produit en bon état.
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le 18 juin 2014
Un autre excellent roman d'H. G. Wells. Je possède l'essentiel de son œuvre dans ma bibliothèque et c'est avec le même plaisir que j'ai lu cet ouvrage.
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très bon livre queje vais relire avec le plus grand plaisir et peut être revoir le film original aussi on sait jamais
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Ce roman traite du problème des manipulations biologiques, cinquante ans avant l'heure !
Cela pouvait faire sourire à l'époque, mais on est effrayé quand la réalité dépasse la fiction !
L'ADN n'était pas connu à l'époque et Wells utilise d'autres moyens, encore plus effrayants !
Un classique qui donne à réfléchir.
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le 10 janvier 2007
C'est un peu comme le film avec Marlon Brando, ça laisse présager pleins de mystères avant la lecture, mais c'est décevant.

D'un côté, c'est zéro au niveau scientifique, Wells raconte n'importe quoi. À la limite, le sujet du livre n'est pas là, mais c'est justement pour cette raison qu'il aurait mieux fait de ne pas l'aborder, car il décrébilise le roman. On est loin d'un Shelley par exemple.

De l'autre, les créatures sont ridicules, d'ailleurs celles du film aussi. Ça fait livre de série Z, même en lisant ça fait faux et ridicule. On sent qu'il n'est pas à l'aise avec le sujet, qu'il est maladroit, et on y croit pas, on ne parvient pas à s'immerger dans son histoire.

Le dernier hic, c'est que la réflexion, bien qu'intéressante, n'est vraiment développée que durant son entretien avec le docteur Moreau, et à la toute fin. Pour le reste, les motivations du docteur Moreau et de son assistant Montgomery sont extrêmements troubles, voire inexistantes. Même le narrateur, on n'arrive pas toujours à comprendre pourquoi il reste sur l'île. Ses réactions sont loin d'être crédibles.
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