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Finnegans wake
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le 15 septembre 2005
Jeune say kissons les pèrçons nages, nickelé cet "insect" qui hante le rêve whiskieux d'un "publican" de Howth, et ris, hein, d d'Anna Livia... Bon, arrêtons de chercher à parler joycien, même si c'est un exercice plaisant et très libérateur: Joyce recrée tout le langage (cinquante langues différentes s'entrecroisent) pour exprimer à la façon d'une musique les pulsations rythmées et parfois haletantes d'une vie artistique, qui n'est plus la description mais la restitution d'une sorte de danse intemporelle, qui alterne avec une drôlerie endiablée déchirements et réconciliations, mort et résurrection. "Quand vous ne comprenez pas, lisez à voix haute", conseillait l'auteur. Je n'aurais par contre jamais pensé que cette oeuvre unique soit traduisible... performance réussie, au prix d'une démarche adaptatrice très astucieuse. Preuve que le délire, quand il est bien mené, accède à l'universel.
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6 sur 6 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
J'avais lu Finnegans Wake en V.O et j'avais rien compris. C'est normal car ce n'est pas de l'anglais, mais un cocktail d'une soixantaine de langues et dialectes, néologismes, jeux de mots, assemblages sonores, allitérations, onomatopées et autres OVNI.
Joyce disait que son écriture lui avait pris 17 ans et suggère au lecteur de passer autant d'années pour le lire. La vie est trop courte pour la passer à déchiffrer un rebus, fut-il génial aux dires des critiques, et je l'avais mis de côté. J'ai repris sa lecture plus tard à plusieurs reprises. Chaque fois avec un meilleur éclairage, car dans l'intervalle, mes connaissances se sont enrichies par des lectures les plus diverses, littérature, art, philosophie, métaphysique, théologie, sciences, histoire, politique- qui m'ont permis de me rapprocher de la mémoire collective de l'humanité, dont une meilleure compréhension ne peut qu'aller de pair avec celle du roman.
Bien plus que l'histoire d'un maçon tombé de son échelle, laissé pour mort et ressuscité à l'évocation du whisky débouché lors de sa veille funèbre, Finnegans Wake, le titre vient d'un chant populaire irlandais, est l'histoire de la Chute originelle. Le mot le plus long dans l'histoire de la littérature qui figure en première page, badadabadagharaghatakamminarronnronntonnerr....ect..., c'est non seulement le crack boursier de Wall Street, mais l'explosion du Big Bang, l'expansion de l'espace-temps emmenant l'univers vers le Big Crunch, l'éternel retour de toutes choses, chute originelle de tous les hommes tombés du paradis ( noter le pluriel de Finnegans), sans cesse ressuscités depuis la Création jusqu'à la fin des temps, histoire universelle bien que l'intrigue ne sort pas des limites de la ville de Dublin, histoire cyclique sans fin, puisque, comme le dit Joyce, le lecteur idéal serait celui qui, souffrant d'insomnie, terminerait le livre pour aussitôt retourner au début et entamer ainsi un cycle infini . Le macrocosme dans un grain de sable, comme dirait William Blake.
Joyce a tapé dans ce que Jung appelait l'inconscient collectif pour écrire l'histoire de l'humanité. Comment transcrire quelque chose qui appartient à tout le monde et à personne en particulier, sinon dans une langue qui serait celle de Babel ? Comme beaucoup d'écrivains, Joyce a senti les limites du langage. Certains, comme Nietzsche ou Mishima, ont préféré la métaphore pour véhiculer leur pensée multiforme, chaque image devenant un symbole qui fait dire à l'auteur plus qu'il n'en a conscience d'exprimer. Joyce a visé le même but mais en s'attaquant à la reconstitution des universaux linguistiques et symbolistiques, qui sont les propriétés que toutes les langues ont en commun, laissant le lecteur le décoder en fonction de son background culturel. La pensée fonctionne par associations d'idées dont les potentialités restent dormantes, gravées selon un schéma de type « arborescent » dans une matrice d'une capacité infinie. Un peu comme, quand nous cliquons sur un lien internet, nous tombons sur d'autres liens qui à leur tours nous livrent une multitude d'autres liens jusqu'à l'infini.A titre d'exemple, le mot "traumscrapt"qui se réfère à une lettre, ou transcript, sera interprété par un lecteur de culture anglo-germanique comme « dreamscript », la transcription d'un rêve, "traum" signifiant "rêve "en allemand. Mais pour un chinois? On rapporte que la traduction de Finnegans en chinois a fait un tabac, plus de 8000 exemplaires vendus en un mois, dépassant de loin les mémoires de Teng Tsiao Ping. Si certains estiment que c'est par pur snobisme que les chinois (et les autres) se l'arrachent, après tout, on n'est pas obligé de lire tout ce qu'on achète, on peut néanmoins se demander si l'écriture de Joyce serait à ce point universelle pour qu'elle ait pu susciter l'intérêt d'une autre civilisation dont le langage idéo-phono grammatique est essentiellement fondée sur la discrimination sonore des idéogrammes et dont le décodage fait essentiellement appel à l'hémisphère droit du cerveau.
En tout état de cause, toute tentative de traduire Finnegans ne peut qu'édulcorer le sens du texte, car comment traduire un mot qui signifie une chose, son contraire et l'inverse du reste? Le traducteur est forcé de choisir une interprétation parmi une multitude d'options, les unes aussi valables que les autres, et quel que soit son choix, le sens initial s'en trouvera affaibli. Il vaut mieux dans ces conditions considérer toute traduction, y compris celle de Lavergne, excellente au demeurant, comme un complément de lecture après avoir lu The Wake dans le texte.
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Finnegans Wake n'est guère réputé lisible. La pirouette habituelle consiste à dire qu'il s'agit de musiques, et qu'il faut entendre le texte pour le comprendre. Soit, mais cette espiéglerie joycienne doit être relativisée. En son temps Michel Butor nous a indiqué des pistes de lectures non seulement possibles, mais finalement assez évidentes, pour peu que l'on se décide à entrer résolument dans ce roman ; car il s'agit bien d'un roman (il y a d'ailleurs dans FW plus d'éléments romanesques que dans Ulysses). Donc, si c'est lisible, cela doit être traduit, et l'avait été trop partiellement du vivant même de Joyce, qui avait mis la main à ces fragments de traductions. Bravo donc à P.Lavergne de s'être ainsi lancé dans l'expérience, et l'avoir aussi bien fait. L'idéal serait que tous les vingt ou trente ans, quelqu'un propose sa traduction, histoire de faire vivre ce livre, qui n'a rien d'un mythe littéraire.
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le 15 mai 2014
Lire : De la " Somme " à " Finnegans Wake " Les poétiques de James Joyce, in " L'oeuvre ouverte " de Umberto Eco qui donne
moults détails sur la véritable refonte du Réel que représente le dit ouvrage.
Egalement: Anthony Burgess " Au sujet de James Joyce-Une introduction pour le lecteur ordinaire ".
Ces deux ouvrages m'ont permis à l'heure qu'il est la lecture de quelques châpitres d' " Ulysse " et quelques incursions chez H.C.E.
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1 sur 1 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 21 avril 2014
Joyce ne peut laisser indifférent. On aime ou on jette. Mais quand on se laisse emporter par la musique de Joyce, quand on accepte de se laisser prendre par le texte (qu'il faut impérativement lire à haute voix pour en goûter tout le sel) alors le miracle se produit...
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