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le 13 mars 2014
Genève, 1935. Adrien Deume, ambitieux mais paresseux, se bat si l'on peut dire, pour son ascension sociale au sein de la Société des Nations. Il n'a pas réalisé que son supérieur convoitait sa femme et que c'est pour cette raison qu'il l'a promu et envoyé en mission à l'étranger pendant plusieurs mois. Ariane, sa bien-aimée, n'a pas été si difficile à conquérir par un inconnu, à en croire les techniques de séduction de Solal que lui-même décrit avec mépris et qui une fois de plus, parviennent à atteindre leur cible...en trois heures à peine. L'amour d'Ariane et de Solal se transforme rapidement en passion, passion dévorante, destructrice... Tous ces artifices qu'ils s'appliquent à afficher, ces babouineries faites pour plaire à l'autre, si elles font en quelque sorte partie du début d'une relation, à la longue, deviennent superficielles.

Les monologues interminables d'Ariane dans son bain auraient pu être raccourcis ; elle est une grande lectrice, rêveuse, capricieuse (insupportable parfois !) et terriblement amoureuse. Solal est imbu de lui-même, sûr de lui. La scène de séduction montre d'ailleurs admirablement sa rhétorique et parvient presque à nous séduire ; les points qu'il évoque ne sont d'ailleurs pas totalement dénués de sens, quoique exagérés. A travers ses personnages, l'auteur en profite pour établir une description caricaturée de la bourgeoisie et de l'amour et exploiter à fond les préjugés ; certaines situations sont assez cocasses notamment l'épisode avec la maîtresse de Solal qui à 40 ans n'a plus aucun atout pour elle et s'en va disparaître ou encore l'arrivisme du Deume et des oncles de Solal qui est poussé à l'extrême.

A trop vouloir s'aimer, ce couple se retrouve asphyxié par l'amour et condamné à vivre une passion perpétuelle. Cette histoire ne peut laisser indifférent ; elle appelle forcément une vive réaction de la part de ses lecteurs et pousse à réfléchir à l'amour et son évolution. Beaucoup de détails, certains utiles d'autres moins, nous permettent de comprendre la position des deux amants et nous font passer de l'envie à l'énervement, du rire à la pitié... Et si au début on les enviait, on compatit d'une certaine manière. Je recommande cette lecture pour qui rêve de passion avec un grand P ou ne serait-ce que pour découvrir ce chef d'aeuvre incontournable qui a fait couler beaucoup d'encre.
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le 22 décembre 2010
Enfant, j'avais mon livre de chevet : "L'Île au trésor" ! Adulte, c'est "Belle du Seigneur".
Roman fleuve de plus de 1000 pages (dans l'édition de poche), "Belle du Seigneur" fut écrit par Albert Cohen durant plus de trente ans (de 1930 à 1968), et parut alors que l'auteur avait environ 80 ans ! Il est pourtant d'une liberté et d'une jeunesse d'esprit incroyable, alternant divers styles d'écritures (certains chapitres de plus de 30 pages rédigés sans aucune ponctuation !), diverses thématiques et même plusieurs genres littéraires (passant du Roman d'Amour tragique au Burlesque sans le moindre complexe) !

Le livre nous compte l'histoire d'amour passionnelle entre un jeune parlementaire juif de la haute société suisse, sorte de "Don Juan" moderne, et une belle bourgeoise de Genève, mariée à un homme terne et pathétique.
Albert Cohen a mis trop de choses dans cette œuvre pour que l'on puisse la décrire ici de façon satisfaisante. Il y a mis ses origines, sa culture multiple, ses souvenirs, une histoire récente de l'Europe, marquée par la montée du nazisme et de l'antisémitisme, une réflexion sur notre société occidentale moderne, sur les relations mondaines, l'échelle sociale et les manigances liées à l'ambition et la hiérarchie, une histoire d'Amour parmi les plus marquantes jamais écrites et même une farce ironique à travers les membres hauts en couleur de la famille de son héros.

Pour ce qui est de l'auteur, Cohen fut alors comparé aux grands représentants de la tradition littéraire française, Proust, Balzac et Stendhal (!), et son œuvre fut explorée et qualifiée de toutes les louanges possibles en termes de richesse thématique et littéraire.
Il faut dire que ses personnages sont d'une profondeur peu commune et Solal, le "héros", ambivalent, tour à tour magnifique, cruel, généreux, manipulateur, blessé, fragile, fort, brillant, fou, n'a rien à envier à Don Juan dans le genre, et la fascination qu'il évoque chez le lecteur est maximale ! A la fois sincèrement amoureux, mais doué d'une vision du monde acerbe et désabusée, à la recherche d'un bonheur irréaliste fait d'idéal et d'éternité, Il entraînera son couple dans les tourments infinis de son âme déchirée. Jusqu'à la folie.

"Belle du Seigneur" fut pour moi une réserve inépuisable de phrases cultes à méditer entre amis et de citations amoureuses qui m'inspirèrent dans les moments les plus délicats de mes entreprises de séduction au cours de mes jeunes années d'étude !
"Oh toi ! Jardin sur l'autre rive !"
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le 6 mai 2009
« Belle du Seigneur » est l'histoire d'une passion entre Solal et Ariane d'Auble : une passion flamboyante et dévorante qui peu à peu détruit les deux amants.
Le récit se déroule en Europe durant l'Entre-deux-guerres ; Ariane d'Auble, jeune et futile aristocrate froufroutante est une sentimentale idiote qui a épousé Adrien Deume, un bourgeois de petite envergure, obnubilé par des stratégies d'ascension sociale. Un jour, lors d'une réception, Solal découvre la belle Ariane et en tombe follement amoureux. Or Solal (brillant, jeune, beau, mystérieux et ténébreux), originaire d'une famille juive d'une petite île de Céphalonie, a connu une ascension sociale fulgurante. Au moment où se déroule ce récit, il est sous-secrétaire général de la Société des Nations et par conséquent chef du responsable hiérarchique d'Adrien Deume.
Las des conquêtes faciles, rêvant de réaliser son désir d'amour pur d'être aimé pour son âme et non pour son corps, Solal se déguise en vieillard édenté et s'introduit par effraction dans la maison d'Ariane. Il lui déclare sa flamme ; Ariane le repousse. Alors, Solal se résigne à utiliser les habituelles «babouineries» du mâle dominant pour séduire sa belle : utilisant sa position hiérarchique supérieure, il envoie Adrien Deume en mission pendant trois mois ; et lors d'une rencontre avec Ariane, il pavane sa virilité, sa beauté, son prestige et son intelligence. Et cette fois bien sûr, charmée comme toutes les autres conquêtes précédentes, Ariane cède. Les amants vivent une intense passion.
Mais, comme dans une comédie de boulevard, le mari rentre de mission plus tôt que prévu. Solal enlève Ariane grâce à la complicité de ses cousins et les deux amants s'installent dans un luxueux hôtel sur la Côte d'Azur. La comédie tourne désormais au drame : Adrien, effondré tente de se suicider et les amants sont contraints de vivre une vie de paria, d'autant plus que Solal a perdu toute existence sociale puisqu'il a été destitué de son poste prestigieux à la Société des Nations ainsi que de la nationalité française à la suite d'une intervention pour la défense des juifs allemands persécutés.
L'exaltation de la passion première s'étiole dans ce huis clos; l'amour se réduit peu à peu a des gestes routiniers. Afin de combattre l'ennui qui s'installe inexorablement, Solal crée de toutes pièces des scènes de jalousies qui au fil du temps deviendront de plus en plus violentes et folles, jusqu'au geste fou, désespéré et final...

On sort de cette lecture stupéfait, abasourdi, épuisé et sonné devant tant de monstruosité indigeste mais sublime. A la fin de ce livre, j'ai été incapable de lire un autre roman en langue française pendant deux mois.

Pour finir sur une note plus légère, les pages du chapitre IV, décrivant la mentalité, les manigances et les misérables calculs des "petits" fonctionnaires internationaux sont à méditer par tout contribuable averti. Je suis étonnée que ce livre ait jamais vu le jour et qu'il continue à être publié : il y aurait en effet de quoi (enfin?) allerter le "petit" peuple qui pourrait demander des comptes tellement le texte semble criant de vérité.
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le 29 septembre 2014
A la lecture de la quatrième de couverture, on croit se plonger dans une histoire d'amour à l'eau de rose. On se rend vite compte de son erreur. Albert Cohen crée avec Ariane et Solal son propre mythe littéraire, au même rang que Roméo et Juliette ou Tristan et Isolde : deux personnages aux caractères et aux destins extraordinaires, deux ambassadeurs de notre humanité tragique qui représentent si bien nos tourments universels. Ce livre est l'anti-Anna Karénine par excellence : il nous prend au piège en nous rendant complices de la passion sublime des amants, puis témoins impuissants de leur déchéance.

Le style d'Albert Cohen est un repoussoir pour certains, qui n'y trouveront sans doute pas leur compte, et l'auront compris dès les premiers chapitres. Les autres seront émerveillés par la description minutieuse des mouvements de l'âme, par la richesse de la langue, et surtout par l'humour, omniprésent au point de nous faire rire aux éclats : le chapitre décrivant la journée de travail d'Adrien Deume est un bijou d'ironie. Ils seront d'autant plus réceptifs à la vision de la condition humaine qui traverse cette oeuvre, à ce "tragique juif" (à la manière de Romain Gary ou Philip Roth) plein de désespoir et de compassion pour des humains si peu préparés à vivre, écartelés entre leurs idéaux et la réalité de leur existence, étrangers les uns aux autres, condamnés à la résignation, drogués aux passions sublimes et inaptes au véritable amour.
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le 2 septembre 2015
"Belle du Seigneur" un pavé de plus de 1000 pages au titre beau et mystérieux et à l'aura immense. Le genre de livre qu'on espère adorer avant même d'en lire la première page.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçue par cette plongée au coeur de l'âme humaine, au coeur de ses tréfonds et bassesses. Immersion voyeuriste et cynique au sein de ces luttes de pouvoirs et de ces rapports sociaux creux, déceptifs, vides décrits par l'auteur, ce génie, avec une lucidité terrible, horrible, angoissante.
L'amour bien sûr aussi comme illusion, comme remède à la solitude, comme consolation ainsi entouré de semblables déboussolés cherchant à tromper l'idée même de la mort par une quête du pouvoir effrénée. L'amour comme amour de soi, que l'autre nous renvoie, comme théâtre perpétuel, comme jeu de rôles, fausseté, déni et tristesse absolue.
Le style est magnifique, éclatant.
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le 10 septembre 2004
Deux ans. Deux ans que j'ai refermè la dernière page de la belle. Et depuis, plus rien ne m'a donnè tant d'èmotions. Du rire à la souffrance, de l'indignation à la compassion, de la passion à la haine, tout. Une, deux, dix vies dans ces 800 pages, lues d'un trait. On ne fait plus qu'un avec chacun, on devient Elle, puis Lui, puis Elle, puis Lui...... Le monde (notre monde) n'existe plus. Passent les mois, les annèes, mais rien n'y fait.. Ce livre est et restera pour moi l'un des plus beaux chef-d'oeuvre de la litterature contemporaine.Le seul? Surement le seul à etre un TOUT. On se sent faible et ridicule à vouloir raconter BELLE. Il faut le lire, et ne pas resister au reveil de ses propres èmotions. Plus tard, passès rires, pleurs, remords et peurs, on analisera la violente critique sociale et politique. Je vous le conseille, absolument.
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le 4 août 2013
Je vais commencer par avouer que je n'ai rien, mais rien compris à Belle du Seigneur. Et pourtant, je l'ai tant aimé!
J'ai dû le lire à 14 ans la première fois... et de nombreuses fois plus tard MAIS... sans jamais lire la fin. Du coup, j'ai complètement raté l'intention de Cohen. J'ai pris le livre au premier degré, et j'ai (aaaaaah!) hum hum, j'ai jaugé toute histoire d'amour à l'aune de la passion de Solal et Ariane. Oui, j'étais transportée, émerveillée, je pulvérisais Adrien Deume, sa mère et tout ce qu'ils représentaient, je chevauchais des licornes arc-en-ciel, oui oui, mille fois oui.
J'aurais dû lire la fin, apprendre que la passion, ça ne marche pas, ça dévore et ça brise. Ça m'aurait fait mal mais ça m'aurait évité quelques gadins monumentaux... Cohen n'aime pas la passion, la méprise sans doute. Bon. En attendant, j'ai pris mes taloches et je ne finirai pas (encore) Belle du Seigneur parce que je veux garder Ariane et Solal en tête comme ils étaient au premier jour. Tant pis.

Au cas où j'ai oublié de le mentionner, Belle du Seigneur est un livre d'une puissance inimaginable, baroque, foisonnant, unique dont on peut tirer (à l'évidence) des lectures très variées. 5 étoiles, évidemment.
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le 10 novembre 2005
Je l'ai lu beaucoup, entier ou en morceaux, au fur et à mesure que ma vie prenait forme, et ma vie est ce qu'elle est aussi parce que Belle du Seigneur y est entré. Plus jamais l'amour, l'amitié, les relations n'ont été les mêmes. C'est un roman qui est l'essence de la vie, qui ne peut laisser indifférent, que l'on ne peut laisser complètement de coté, parce qu'il nout lit en même temps que nous le lisons. C'est fascinant et effrayent à la fois, une aventure extraordinaire. S'il est vrai que tous les livres parlent de chaqu'un d'entre nous, celui-ci nous hurle.
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le 5 mai 2012
Belle du Seigneur soit on déteste soit on adhère. J'ai lu ce livre il y a 5 ans et je peux dire que c'est mon livre préféré. Le style de Cohen est magnifique, je pense notamment aux chapitres où il n'y a aucune ponctuation. Bien sûr c'est un grand morceau. Mais ces 1000 pages racontent une histoire d'amour tellement magnifique sur fond de montée du nazisme... L'amour passion peut-il survivre au temps qui passe ? Un roman criant de vérité, à la fois sublime et monstrueux.
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« Belle du Seigneur » est une histoire d'amour entre Solal et Ariane: l'histoire d'une passion destructrice.
Le récit se déroule en Europe durant l'Entre-deux-guerres ; Ariane une jeune femme futile mariée avec Adrien Deume un fonctionnaire puissant dans sa médiocrité et sa petitesse!
Solal, issue d'une famille juive immigrée, est le sous-secrétaire général de la Société des Nations. Tout lui est facile, la réussite professionnelle et les conquêtes amoureuses, il est brillant, jeune et beau... Mais pas moins clairvoyant et parfois cynique. Il se moque des «babouineries» des jeunes femmes qu'il séduit, et de sa propre "beauté". Après la passion des premiers jours, l'amour des deux personnages se réduit peu à peu à une routine.
Cette lecture m'a éblouie, elle emplit tous les sens, le texte contient tout, du détail, de la sociologie, de la passion, beaucoup d'humour... noir, celui de la tragédie.
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