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le 14 décembre 2011
Paru en 1955, Lolita, de Vladimir Nabokov a connu le scandale, la censure puis un immense succès : plus de 50 millions d'exemplaires vendus en 50 ans. Sa notoriété est si forte qu'une Lolita désigne dans le langage courant une nymphette, une préadolescente délurée.

Le sujet est d'une audace marquante : la pédophilie. La hardiesse sulfureuse a payé : le vent des critiques de moralité a attisé le brasier de la notoriété. Et pourtant, seuls des lecteurs primaires peuvent y voir un éloge de la pédophilie. Le narrateur et héros, Humbert Humbert, souffre de graves troubles psychiques. Avant de connaître (bibliquement) sa Lolita de 12 ans, il a été plusieurs fois interné : c'est un malade mental, déprimé et paranoïaque.

Dans les années 50, le sujet est passé « à l'arrache ». Je suis persuadé qu'en 2011, il serait bloqué à la fois par le politiquement correct, père d'une pensée unique appauvrissante, et par la psychose de la pédophilie qui tourne parfois à la chasse aux sorcières.

Un des thèmes du roman est l'ambivalence du double rôle de Humbert Humbert, à la fois père (adoptif) et amant (passionné). La tragédie devient touchante quand on s'aperçoit que sauf au début où elle se donne volontiers, Lolita n'éprouve pas d'amour pour son amant, elle ne fait que subir. D'autres femmes traversent la vie du narrateur, elles l'aiment sincèrement mais lui est obsédé par la « nymphescence », en pauvre malade qu'il est. Cette capacité à émouvoir est propre à l'aeuvre d'art littéraire.

Le style est flamboyant. Nabokov possède une richesse de vocabulaire époustouflante surtout quand on songe qu'il a écrit en anglais tandis que sa langue maternelle est le russe. De nos jours, son style apparaît si soutenu qu'il vire au précieux, mais peut-être faudrait-il dépoussiérer la traduction qui date d'un demi-siècle. Il y a quelques longueurs lors de digressions, inévitables dans une aeuvre de 500 pages au format poche.

Le récit ne manque pas d'humour corrosif. Le narrateur décrit au vitriol les personnages qu'il croise. Son aeil est à la fois lucide et médisant. Voici comme il dépeint par exemple sa première femme :

« Bientôt, Humbert eut sur les bras une massive et bedonnante baba, avec une poitrine ballonnée, des jambes trop courtes et un cerveau quasi inexistant. »
Et lorsqu'il décrit le « corps » médical, avec lequel il n'est jamais tendre :
« Étranges créatures que ces infirmières fessues qui sont toujours si pressées et font si peu de choses. »

Quel est le message ? La morale ? Nabokov répond : « (...) Lolita ne contient aucune leçon morale. À mes yeux, un roman n'existe que dans la mesure où il suscite en moi ce que j'appellerai crûment une volupté esthétique, à savoir un état d'esprit qui rejoint (...) d'autres états d'esprit dans lesquels l'art - c'est-à-dire la curiosité, la tendresse, la charité, l'extase - constitue la norme. De tels livres sont rares. Tous les autres ne sont que des fadaises de circonstance. » Fin de citation.
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500 PREMIERS RÉVISEURSle 6 janvier 2012
Lolita... Le prénom évoque une histoire sulfureuse, encore fallait-il savoir de quoi il s'agit. Donc j'ai acheté Lolita.
L'histoire en bref : le récit d'un homme qui a gardé le souvenir ému de ses amours d'adolescent et n'est attiré que par des « nymphettes », pré-adolescentes dégourdies qu'il décrit avec une sensualité bouleversante. Les hasards de la vie vont aider ses manœuvres diaboliques et lui permettre de mettre le grappin sur une Lolita superficielle et pas farouche qu'il va enlever et soumettre à ses désirs, à moins que ce ne soit elle qui le manipule. Abject surtout au XXIème siècle où les histoires sordides font régulièrement le 20h et où nous sommes devenus très regardants sur la pédophilie (et encore plus quand vous avez deux petites filles).

Mais on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments et il ne faut pas s'arrêter là. Lolita c'est aussi un style splendide, riche, travaillé, évocateur. Lolita ce sont des pointes d'humour et de lucidité qui viennent en permanence alléger le récit et rendent attachant la psychologie complexe du héros, dans ses fantasmes et sa déchéance.
Lolita c'est une histoire d'amour, qui trouve son apothéose dans les derniers chapitres, intenses et bouleversants d'humanité.

Lisez le et si possible lisez le en anglais car la traduction altère le style à commencer par le jeu extraordinaire d'allitérations des premières phrases :
« Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. »
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le 29 décembre 2015
Peut-on mettre moins que 4 étoiles à ce livre, à ce style puissant, à cette intelligence du texte qui commençait très bien jusqu'au mariage avec le mère. Après j'ai été surtout emporté par le talent, l'humour, les phrases magiques de l'auteur car pour l'histoire je n'ai pas tout a fait accroché. En effet quel déploiement de descriptions fines d'un amour si dévorant pour un retour aussi maigre. Et pourtant Humbert H. savoure son hideuse passion jusqu'à la lie.

Voilà l'histoire d'un amour fou pour une nymphette pas très fut-fut qui se laisse entraîner sans résistance à travers les Etat Unis pendant 1 an, c'est long, surtout à cet âge-là. Humbert H doit d'ailleurs déployer des trésors d'imagination touristique pour distraire son grand amour dans ses déplacements, c'est dire l'harmonie du couple ! Bref je n'ai pas senti d'amour du côté de Lolita ce que constate Humbert à la fin, tout en confessant le savoir depuis le début. Passion à sens unique donc (ce qui est possible après tout...), et même désagréable corvée pour la jeune fille qui ne raffole pas des séances sensuelles qui toujours, toujours, toujours (ah, ce style...) lui tirent des larmes. Mais elle continue... A certains moments je me suis demandé quelle force vive pouvait l'a faire encore suivre cet Humbert H sans s'insurger, la bêtise peut-être ?... La psychologie d'une gamine de 13 ans dans cette situation n'est certes pas facile à cerner.

Le règlement de compte final m'a aussi laissé perplexe. C'est donc cet homme-là qui les suivait ? Cet homme connu et occupé n'avait que ça à faire ? sur des centaines de kilomètres ? pour finir par agir enfin au détour d'une péripétie médicale ?... Et Lolita finit par en en épouser un autre qu'elle n'aime pas plus que ça et dit avoir aimé cet autre (le suiveur) malgré qu'elle a traîné sur les routes avec une homme qu'elle n'aime pas et qui l'adore. Mouai...
Je le relierai sans doute.
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Que dire d'autre ? Oubliez le parfum de scandale, qui encombre inutilement le phénomène littéraire. Vous pouvez aussi oublier les adaptations ciné, même l'excellente de ce cher Stanley, car Lolita, comme Don Quichotte, fait partie de ces fameux inadaptables.

Lolita est un monstre culturel et stylistique au service d'une perversion que Nabokov parvient à sacraliser par pure jouissance esthétique, débarrassé de toute morale, morale qui pour lui n'a pas sa place en art. Tout y est fluide, parfait, imagé, coulant, merveilleux comme un long rêve odieux. Un livre pour provoquer des syncopes chez les moralistes donc. A la base, c'est une histoire plutôt simple sur le plan psychologique : un fin, cultivé et hypernévrosé de la vieille Europe arrive dans le Nouveau Monde en sachant pertinemment qu'il a complètement foiré son adolescence sexuelle en passant à côté du coup de sa vie. Résultat des courses : tel un Bambi courant après sa jeunesse volée, l'Humbert-Humbert ne cessera de courir après la nymphette. La suite est une asymptote presque logique évoluant peu à peu vers la folie, et le sang.

Comme il a été plusieurs fois notifié - et c'est plutôt rassurant - qui pense que Lolita est un livre polémique n'a rien compris. Comme Genet, comme Sade et comme d'autres, chez Nabokov l'art transcende la morale. Son "Lolita" n'a tué personne et n'a probablement engendré aucun pervers ni aucun pédophile à travers le monde, qui existent très bien tout seuls, sans littérature (mais parfois avec l'Église). Par contre, "Lolita" a enchanté et enchantera encore des lecteurs avides de génie et de grande littérature.

Cher(e) amazonien(ne), tu sais ce qu'il te reste à faire.
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le 6 juin 2011
Lolita est un livre dérangeant, oppressant, magnifique. Un narrateur dont on ne sait jamais s'il aime l'objet de son désir et dont nous, lecteur, sommes l'objet constant de la séduction, une séduction qui passe par les mots, par l'esthétisation de situations pourtant abjectes (pédophilie, viol...). On se surprend à éprouver de la sympathie pour cet "immonde Humbert Humbert" (le mot est de Nabokov dans son interview à Apostrophes en 1976). Les thèmes du livre sont cachés, mais omniprésents, au-delà de l'évidence de l'innocence menacée: l'éternité contre l'éphémère, l'amour contre le désir, l'imagination contre la réalité, l'art contre les étouffantes conventions...Ce livre est bien cette "montagne d'imagination" au sommet de laquelle l'auteur attend le lecteur actif pour une rencontre inoubliable. C'est aussi un passionnant jeu de piste où Nabokov multiplie les références littéraires, les clins d'oeil et invite véritablement le lecteur à rester aux aguets à chaque ligne (qui,par exemple va prêter attention à la première et fugace apparition physique de l'infernal double de Humbert, l'inquiétant Quilty?). Un des livres les plus importants de la littérature du XXème siècle.
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Voici un classique dans lequel le grand Vladimir Nabokov développe toute sa virtuosité. Le thème de la passion destructrice d'un homme d'âge mur pour une mineure y est mené d'une façon palpitante. Cette passion va crescendo, tenant le lecteur en haleine, emportant les personnages (le narrateur et Lolita) dans une cavale infernale jusqu'au désastre, inévitable et programmé: le destin, tragique, était écrit. C'est un très grand roman qui, s'il paraissait aujourd'hui, ferait certainement scandale et serait peut-être boycotté en raison de son sujet particulièrement sulfureux, mais c'est une véritable oeuvre d'art. Point de morale ici; pour ceux qui se demanderaient quel est le plus coupable, de notre vieux pédophile (malgré lui serais-je presque tenté d'écrire), ou bien de cette diabolique Lolita, la réponse est complexe. Et je ne pense pas d'ailleurs que la question soit ici pertinente.

En lisant d'un trait ce livre, j'ai ressenti la même accélération irrésistible qu'avec le joueur d'échecs de Stefan Zweig. Je conseille de lire plutôt en anglais si possible ce roman que Nabokov a écrit directement dans cette langue (certaines de ses oeuvres ont en effet été écrites en français, d'autres en anglais; le mieux est de se référer à la spontanéité de la version originale).
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le 24 novembre 2007
J'ai longuement hésité à lire ce best-seller qui avait tant fait scandale à sa sortie ; mais ne voulant pas gâcher le plaisir de la lecture en m'abrutissant devant la version de Kubrick, j'ai finalement cédé et ouvert ce roman qui garde, malgré les années, un léger parfum d'interdit.

Le lecteur découvre bien moins l'histoire de Lolita, "nymphette" d'à peine une dizaine d'années, que Humbert Humbert, qui écrit depuis sa prison le récit de son étrange "passion", cette passion interdite pour les "nymphettes" de neuf à quatorze ans. Tel un docile patient devant un jury de psychiatres, il dissèque minutieusement sa première expérience en tant que petit garçon, l'amour puissant mais incapable de s'épanouir qu'il avait ressenti au contact de la première Lolita, Annabel. Cette frustration serait à l'origine de sa déviance, si on le croit. Puis, c'est la poursuite de ce rêve éveillé, le désir de posséder une "nymphette", qui le mène de dépression en dépression, d'aventures avortées et de tentatives maladroites de s'approcher de ses toutes premières expériences sensuelles.

C'est un roman qu'il est un peu dur d'appréhender, on se demande si on ne va tout simplement pas lire les ébats puants de ce monstre (c'est ainsi qu'il se considère, se comparant souvent à une bête immonde), si on ne ferait pas mieux de refermer ce bouquin dont le sujet est resté marqué du sceau du tabou. Paradoxalement, c'est le protagoniste - narrateur - anti-héros qui m'a captivée. Tour à tour drôle, ironique à souhait, romantique désespéré, dépressif coincé par sa passion qui ne peut le satisfaire, on finit par comprendre son mécanisme de pensée. On a tour à tour envie de le voir mort, battu, on aimerait le voir redevenir "normal" bien qu'il ne l'ait jamais été, on le prend en pitié.

Plume alambiquée, métaphores recherchées, une classe indéniable et un grande culture littéraire pour un héros que l'on a simplement classé comme pédophile dans l'imaginaire collectif. Certes, c'est un pédophile, mais qui ne cède au final qu'à une seule Lolita, et dont il reste finalement amoureux même lorsqu'elle quitte le terrible âge limite de la "nymphette".
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le 6 août 2013
C'est un livre excellent qui a su mettre à jour une vie amoureuse "dite" impossible.
Combien aujourd'hui se retrouvent dans le même cas ? Beaucoup n'assume pas leur différence d'âge. Est-on plus heureux lorsque nous sortons de la normalité ? La réalité c’est souvent la majorité qui la définit. Ce n’est pas forcément la meilleure ou la plus logique, mais c’est celle qui est la plus adaptée aux attentes de la société. Certaines choses sont déterminées par le bon sens, et d’autres sont préétablies jusqu’à ce qu’elles soient adoptées par le plus grand nombre.
Un livre à faire lire à toute personne qui se retrouve prisonnière des principes établis par la majorité.
Libérez-vous de vos préjugés. Construisez votre vie comme bon vous semble. VIVEZ LA.
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le 1 octobre 2014
Un camarade adolescent m'a fait connaître ce chef d'œuvre au lycée dans les années 60. En Terminale, il rêvait des nymphettes "en duvet" des classes de Sixième à la Quatrième. Malgré trente ans de psychanalyse, il a cultivé ses fantasmes pédophiles jusqu'à l'âge de la retraite. Le sachant un peu détraqué, j'éprouvais quelque répulsion à lire le roman qu'il me conseillait, et que je présumais pervers et pornographique. Erreur ! J'ai lu enfin Lolita à 60 ans. J'ai alors été ébloui par le style de Nabokov et la finesse de son observation. En fait, sous le voile d'une passion "pédophile" (mais aussi adultère et incestueuse), Nabokov révèle les mécanismes classiques de la passion amoureuse, telle que les adultes la vivent aussi : fascination de l'interdit, obsession de la jalousie, de la trahison. Sous les traits de l'innocence, elle le manipule tout au long d'un "road movie" sur les routes américaines. On partage ensuite avec le héros l'angoisse de la culpabilité, puis la crainte du châtiment, que le coupable finira par désirer comme une délivrance. S'il est bien un chef d'œuvre qu'on puisse comparer à "Lolita", c'est "Les Liaisons dangereuses", de Choderlos de Laclos, merveilleusement adapté au cinéma par Stephen Frears. Comme chez Nabokov, l'Amour y est une guerre où tous les coups sont permis, sauf les effusions sentimentales !
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le 7 mars 2016
Ne pas se centrer sur l'aspect pédophile de l'amour entre les personnages mais plutôt sur la réflexion que porte l'auteur sur le désir, l'amour et la jeunesse. Un livre à lire, pour toutes les générations. Livre accessible à tous.
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