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Voyages, 20 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un barbare en Asie (Poche)
"Douze ans me séparent de ce voyage. Il est là. Je suis ici. On ne peut plus grand-chose l'un pour l'autre. Il n'était pas une étude et ne peut le devenir, ni s'approfondir. Pas davantage être corrigé.
Il a vécu sa vie.
Je me suis limité à changer quelques mots, et seulement selon sa ligne".
Voici la préface écrite par Henri Michaux en 1945 dans ce livre, qui se décompose en huit chapitres d'inégales épaisseurs, selon les lieux traversés par l'auteur : l'Inde, la Chine, le Japon, etc.
Il en rédigea une nouvelle en 1967 qui commençait ainsi : "Le fossé s'est encore agrandi...".
C'est donc un carnet de voyage pittoresque qu'Henri Michaux nous livre, avec ses impressions parfois bienveillantes mais également sans complaisance. Il y évoque les différences culturelles entre les populations dont il parle mais aussi avec les peuples occidentaux. Le ton y est souvent léger, assez drôle et même poétique. Extraits choisis :
« La langue arabe est une pompe aspirante et foulante, elle contient des h d'aller et retour, que seuls la rogne et le désir de refouler l'adversaire et ses propres tentations ont pu inventer. »
« Le tamoul est une langue agglutinante. On soude tout ce qu'on peut. De trois mots, un seul.
C'est ainsi, en un peu lus compliqué assurément, que se forment des dix à quatorze syllabes.
Ces mots s'enlèvent à la course. Vous touchez la première syllabe et puis vous partez à fond de train. Une fois au bout, vous pouvez vous reposer. Ainsi se présentent des petits trous dans la conversation. Mais il y a des emballés (la plupart) qui ne s'arrêtent pas. Vous écoutez alors ce merveilleux mécanisme qui, de son allure surhumaine, accomplit sans fléchir sa prouesse naturelle.
Ils prononcent les mots comme on passe par un accès. »
« Modeste, et plutôt enfoui, étouffé, dirait-on, des yeux de détective, et aux pieds, des pantoufles de feutre, comme il se doit, et les usant du bout, les mains dans les manches, jésuite, avec une innocence cousue de fil blanc, mais prêt à tout.
Visage de gélatine, et tout à coup la gélatine se démasque et il en sort une précipitation de rat.
Avec quelque chose d'ivre et de mou ; une sorte de couenne entre le monde et lui.
Pas jaune, la Chinoise, mais chlorotique, pâle, lunaire. »
« Si petits que soient les yeux du Chinois, son nez, ses oreilles et ses mains, son être ne les remplit pas. Il se tapit loin derrière. Non pas par concentration. Non, le Chinois a l'âme concave. »
« La lune lui plaît, à laquelle fa femme chinoise ressemble étonnamment. Cette clarté discrète, ce contour précis lui parle en frère. D'ailleurs, beaucoup sont sous le signe de la lune. Ils ne font aucun cas du soleil, ce gros vantard, ils aiment beaucoup la lumière artificielle, les lanternes huilées, qui, comme la lune, n'éclairent bien quelles-mêmes, et ne projettent aucun rayon brutal.
Des visages étonnamment huilés de sagesse auprès desquels les Européens ont l'air en tout point excessifs, véritables groins de sangliers. »
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