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23 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "Le samouraï professe que ce qui est sérieux pour l'homme ordinaire n'est que jeu pour l'homme courageux.", 26 janvier 2010
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Homo ludens (Poche)
Johan Huizinga (1872 - 1945) est un historien hollandais spécialiste du Moyen-Age. Relire "Homo Ludens" est comme replonger dans la source fraîche de jouvence.

Le jeu n'est pas qu'artefact psychologique, manifestation biologique, il est consubstantiel à la création de la culture, du lien social, de l'avènement des civilisations.

"Lorsqu'il est apparu clairement que le nom "Homo sapiens" convenait moins bien à notre esprit que l'on ne se l'était figuré jadis, parce qu'en fin de compte nous ne sommes pas aussi raisonnables que l'avait imaginé le siècle des Lumières dans son naïf optimisme, on a cru bon d'ajouter à la première définition celle de l'Homo faber. Or, ce second terme est encore moins propre à nous définir que le premier, car "faber" peut qualifier maint animal. Et ce qui est vrai de l'acte de fabriquer, l'est aussi du jeu : nombre d'animaux jouent. En revanche, le terme "Homo ludens", l'homme qui joue, me semble exprimer une fonction aussi essentielle que celle de fabriquer, et donc mériter sa place auprès du terme "Homo faber"".

Comment Huizinga définit-il le jeu ?

"Sous l'angle de la forme, on peut donc, en bref, définir le jeu comme une action libre, sentie comme "fictive" et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur; une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité; qui s'accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données, et suscite dans la vie des relations de groupes s'entourant volontiers de mystère ou accentuant par le déguisement leur étrangeté vis-à-vis du monde habituel." (p.35)

Comprendre le jeu par sa négative, le sérieux :

"(dans) le groupe antithétique "jeu-sérieux", ces deux termes ne s'avèrent pas équivalents. Le "jeu" y figure le tempe positif, le "sérieux" s'arrête et s'épuise à la négation du jeu : le "sérieux" est le "non-jeu", et rien d'autre." (p.83)

"Si le jeu produit de la beauté, il en acquiert aussitôt une valeur pour la culture. Mais cette valeur esthétique n'est pas indispensable au développement de la culture. Le jeu peut tout aussi bien s'élever au niveau de la culture, grâce à des valeurs physiques, intellectuelles, morales ou spirituelles." (p.87)

Se penchant sur la juridiction, l'auteur démontre que "c'est du caractère de lutte réglée propre au débat judiciaire, qu'est issue toute l'évolution historique du procès - ce caractère est resté vivant jusqu'à nos jours" (p.132).

Huizinga éclairera la nécessaire existence de règles établies notamment pour la musique :

"La diversité de la musique implique derechef la preuve que celle-ci est, par essence, un jeu, c'est-à-dire un accord de règles délimitées de façon purement intrinsèque, mais tout à fait impérieuses, sans but utilitaire, mais visant un effet de plaisir, de détente, de joie et d'exaltation." (p.302).

"A l'origine de toute compétition, il y a le jeu, c'est-à-dire un accord tendant à réaliser, dans un temps et un espace déterminés, suivant certaines règles et dans une forme donnée, quelque chose qui mette fin à une tension et qui soit étranger au cours ordinaire de la vie" (p.177). Le "potlach" ("cérémonie solennelle où l'un d'entre deux groupes dispense des présents à l'autre sur une grande échelle, avec force démonstrations et rites, et à seule fin de prouver ainsi sa supériorité" - p.103) "(est) la forme la plus représentative et la plus expressive d'une aspiration fondamentale du genre humain, que je nommerais le Jeu pour la gloire et l'honneur."

Ces deux derniers attributs du jeu confèrent une dimension ludique, originelle, à la guerre (description identique du tournoi médiéval à celle du médiéviste Georges Duby dans Le Dimanche de Bouvines, 27 juillet 1214 ; dimension qui a cependant été anéantie dans la "guerre totale". (p.152)

Après avoir exposé la qualité ludique, suivant les règles, de la poésie, l'auteur s'attache à approfondir la psychologie ayant préludé à la création des mythes. "Le besoin de susciter l'étonnement, l'exorbitant, explique pour une bonne part le fondement des fantaisies mythiques" (p.235). Cette analyse enrichit celle, plus complète, de René Girard dans La Violence et le sacré.

La sagesse, la philosophie, participent du jeu. "L'absence de limites clairement conscientes entre jeu et sagesse se constate aussi du fait que les Stoïciens traitent sur le même pied les sophismes absurdes basés sur le piège grammatical et les graves raisonnements de l'école de Mégare". (p.248) De même, le XVIII° siècle (...) par ses moyens de communication limités, devait être l'époque par excellence des joutes de plume." (p.255)

Huizinga donne une explication à la formule de Léon Daudet sur "le stupide XIX° siècle" :

"La surestimation du facteur économique dans la société et dans l'esprit humain était, en un sens, le fruit naturel du rationalisme et de l'utilitarisme qui avaient tué le mystère et déclaré l'homme affranchi de faute et de péché. On avait oublié, cependant, de l'affranchir de la sottise et de la mesquinerie, et il apparut apte et disposé à faire le salut du monde à l'image de sa propre banalité."

Huizinga, avec élégance, précise en conclusion :

"La vraie culture ne peut exister sans une certaine teneur ludique, car la culture suppose une certaine modération et une certaine maîtrise de soi, une certaine aptitude à ne pas voir la perfection dans ses propres tendances, mais à se considérer toutefois comme enfermé dans certaines limites librement consenties. La culture sera toujours, en un sens, "jouée", du fait d'un accord mutuel suivant des règles données.
La véritable civilisation exige toujours et à tous points de vue le "fair play" et le "fair play" n'est pas autre chose que l'équivalent en termes ludiques, de la bonne foi. Le briseur de jeu brise la culture même."

Ecrit en 1938, cette conclusion d'une rare pertinence, honore aujourd'hui la mémoire de Johan Huizinga mort dans les geôles nazies.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Homo Ludens avant d'être Homo Sapiens, 10 mars 2014
Par 
Semper Victor "FB" (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Homo ludens (Poche)
« Homo Ludens », écrit en 1938 par l'historien néerlandais Johan Huizinga est aujourd'hui un classique d'une profondeur historique et d'une clarté prophétique. Pour l'auteur, l'homme est un « Homo Ludens » plus qu'il n'est un « Homo Sapiens ». Le jeu dans toutes ses formes est pour lui plus ancien que la culture, il est tout simplement constitutif de cette dernière.

Huizinga développe tous les éléments qui permettent de comprendre la nature du jeu et sa signification, pointant ensuite son aspect compétitif, mais source d'échange, dans les fameux « potlatch » que Claude Lévi-Strauss avait également si bien analysé. Viennent ensuite les questions des liens entre le jeu la guerre et les mythes : « La notion de guerre n'apparait en somme que lorsque qu'une situation spéciale, grave, d'hostilité général se trouve distinguée des querelles individuelles et, jusqu'à un certain point, des brouilles de famille. Semblable distinction place la guerre non seulement non seulement dans la sphère sacrée mais aussi dans la sphère agonale. Ainsi la guerre est élevée au niveau d'une cause religieuse, d'une confrontation générale des forces et d'un décret du destin ; en bref, elle est englobée dans ce domaine où le droit, le destin et le prestige se trouvent confondus. Ainsi, elle entre dans la sphère de l'honneur » (page 138) ; « Le mythe, quelle qu'en soit la forme transmise, est toujours poésie. Il relate, avec les moyens de l'imagination, des événements qu'on représente comme réellement survenus. Il peut être chargé du sens le plus profond et le plus religieux. Il exprime peut-être des rapports, rationnellement indescriptibles. En dépit du caractère sacré et mystique, propre au mythe dans la phase de culture à laquelle il répond, tout en admettant qu'il fut accepté avec une sincérité absolue, il est permis de se demander si un mythe peut jamais être qualifié de tout à fait sérieux. Il l'est pour autant que la poésie puisse l'être. Avec tout ce qui outrepasse les bornes du jugement logique, poésie et mythe se meuvent dans le domaine du jeu. Ce qui ne signifie pas : dans le domaine inférieur. Il peut arriver que le mythe, en se jouant, atteigne des sommets inaccessibles à la raison » (page 184).

Mais c'est dans l'analyse du couple jeu-sérieux, dans toutes les dimensions de la culture, que le livre d'Huizinga prend toute sa portée. L'auteur passe en effet en revue la profonde marque agonale qui caractérise la sagesse, la poésie, l'imagination au sens large, la philosophie et finalement la plupart des disciplines artistiques. Il propose ensuite une analyse critique des civilisations historiques sous l'angle du jeu. Frappé par les dérives du monde de la première moitié du XXe siècle qui est le sien Huizinga affirme que « La surestimation du facteur économique dans la société et dans l'esprit humain était, en un sens, le fruit naturel du rationalisme et de l'utilitarisme qui avaient tué le mystère et déclaré, l'homme affranchi de faute et de péché. On avait oublié, cependant, de l'affranchir de la sottise et de la mesquinerie, et il apparut apte et disposé à faire le salut du monde à l'image de sa propre banalité » (page 264) et voit malheureusement la guerre apparaître désormais sous un nouveau jour « Par la perfection de ses moyens, la guerre est devenue l'ultima ratio, une ultima rabies. Dans la politique d'aujourd'hui, qui se base sur une extrême prévoyance - et s'il le faut - sur une extrême préparation du combat, on reconnaîtra difficilement l'ombre de la vieille habitude ludique. Tout ce qui relie la guerre à la solennité du jeu lui a également fait perdre sa place en tant qu'élément de culture » (page 288).

La conclusion de l'ouvrage est entièrement centrée sur le dilemme jeu-sérieux, avec pour exemple les évolutions « professionnelles » du sport ou de certains jeu à la mode : « La place du bridge dans la vie contemporaine indique en apparence un renforcement inouï de l'élément ludique dans notre culture. En réalité, tel n'est pas le cas. Pour jouer vraiment, l'homme doit redevenir un enfant pendant la durée de son jeu. Peut-on constater ce phénomène dans la pratique d'un pareil jeu d'esprit raffiné à l'extrême ? Faute d'une réponse positive, le jeu se trouve alors dépourvue de sa qualité essentielle » (page 273). Reste néanmoins la valeur universelle du jeu, action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante et qui peut tant apporter au joueur : « Tout énoncé d'un jugement décisif n'est pas reconnu pour tout à fait concluant dans la conscience personnelle. A ce point où le jugement chancelle, s'évanouit le sentiment du sérieux absolu. Au lieu du Tout est vanité millénaire, un Tout est jeu, d'un accent un peu plus positif, s'impose peut-être alors. Cela ne paraîtra que métaphore à bon marché, que pure impuissance de l'esprit. Pourtant, c'est là la sagesse à laquelle Platon avait atteint, lorsqu'il nommait l'homme un jouet des dieux. Par un détour étrange, la pensée retourne au Livre des Proverbes. Là, la Sagesse Eternelle, source de justice et d'autorité, dit cavant toute création elle jouait à la face de Dieu pour le divertir, et que dans le monde de son royaume terrestre elle trouvait ses divertissements parmi les enfants des hommes » (page 291).
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