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le 31 mars 2010
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé. »

Un notable d'aujourd'hui, tranquille fabricant de dentelles dans le Nord de la France, rencontre, pour ses affaires, Hans Frank, un client allemand. Les deux hommes se comprennent à demi-mot : ils se connaissent depuis quarante ans. Ils étaient officiers dans la SS pendant les années noires du Troisième Reich. Dans ces années-là, notre digne commerçant était le Dr Max Aue, diplômé en droit, officier de la SA, unité paramilitaire du Parti National Socialiste.
De 1933 à la fin du conflit il fut un fonctionnaire rigoureux et convaincu du régime nazi. Il nous invite, sans mettre de gants à sa plume, à reparcourir cette période de l'Histoire que la génération de « l'après » connaît peu : comment montrer, comment nommer ? Les bourreaux, eux, ne parlent jamais : ils se fondent dans le paysage. Les victimes, la plupart du temps se taisent : comment dire l'indicible ?
Le Dr Aue, lui, est sans états d'âme et sans remords, « libre de toute contrition ». Il ne regrette rien des massacres planifiés, organisés, auxquels il a participé. Cette épopée terrible et terrifiante, nous emmène à l'arrière-ban des conquêtes du Reich, de la Pologne à l'Ukraine, de Stalingrad à l'écrasement de Berlin Rien ne nous est épargné. Aucun recul possible. Le récit est cru, brutal, admirablement écrit et construit. Il nous faut boire ce vin jusqu'à la lie, le cœur entre les dents et rester un long moment, stupéfaits, anéantis et silencieux, la main posée sur la dernière page. Car cela fut !

« Ceux qui tuent sont des hommes, comme ceux qui sont tués, c'est cela qui est terrible. Vous ne pouvez jamais dire : je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire ; J'espère ne point tuer. »
0Commentaire30 sur 32 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
La sortie en poche des Bienveillantes, 18 mois après le coup de tonnerre de la première publication, offre l'occasion de juger plus sereinement le Goncourt 2006 dont la réception a été largement polluée par des débats somme toute annexes (Littel et son agent, Littel et les prix, Littel et la langue française...) mais rendus inévitables par le succès proprement incroyable du livre, qui en a fait l'objet d'une querelle littéraire (elles sont si rares qu'on peut s'en réjouir), puis un « sujet de société ».
Comme plus personne ne l'ignore, les Bienveillantes dépeint l'odyssée de l'improbable Maximilian Aue, nazi homosexuel, matricide, incestueux et néanmoins cultivé - il est aussi, entre autres qualités, à moitié français et en proie à de graves problèmes intestinaux. Acteur de la campagne d'Ukraine au sein des Einsatzgruppe, il suit l'avancée allemande jusqu'en Crimée puis à Stalingrad, avant, ayant été blessé, de servir d'officier de liaison entre la SS (et les camps de la mort) et Albert Speer (et l'appareil économique) puis de subir la débâcle finale.
Les critiques innombrables faites au roman ont parfois frappé juste : le personnage central est totalement improbable du fait de ses tares innombrables comme de ses traits contradictoires ; les descriptions de ses perversions sont fréquemment complaisantes ; l'onirisme (voulu par la structure mythique adaptée d'Eschyle) tombe fréquemment à plat (par exemple dans l'assommant chapitre « Air » sur la retraite poméranienne de Aue). D'autres ne me semblent pas devoir être retenues : non, le style n'est pas plat ou maladroit et c'est bien la preuve d'un réel talent de romancier que de dépeindre aussi admirablement les paysages et les ambiances des contrées traversées comme les états d'âme collectifs des combattants. Et que de personnages remarquables ! Il n'est pas donné à tout le monde de créer des types comme le beau-frère Von Uxküll, artiste ostracisé et néanmoins antisémite fanatique (sauf en matière de musique - admirable, sa déclaration d'amour pour Schönberg !), l'ami Thomas, nazi zélé et viveur, le monstrueux Dr Mandelbrot. Non, la lecture n'est pas rendue malaisée par l'abondance de termes allemands, les longs développements sur les rivalités bureaucratiques au sein de l'Etat nazi et plus généralement la documentation prodigieuse rassemblée par Littel, car c'est bien cet effort de réalisme qui donne finalement tout son prix au roman. Non, enfin, le personnage principal n'écrase pas le lecteur sous ses fautes : c'est peu dire que le narrateur nous tient à bonne distance (ce qui est admirablement explicité dans le brillant chapitre introductif).
Cet énorme roman charrie donc perles et maladresses, passages admirables (la rencontre avec le bolchévik, l'explication par Mandelbrot de l'opposition entre Juifs qui veulent devenir des Allemands policés et économes et Allemands qui veulent devenir comme les Juifs antiques, mais soumis à un Dieu völkisch...) et ratés, voire ridicules (le nez d'Hitler, ici proposé dans une version différente de celle de la première édition - on n'y gagne pas). Il lui manque la rigueur des classiques et le brio des génies pour prétendre au titre de chef d'oeuvre dont on l'a abusivement qualifié. Ceci dit, au regard de l'état actuel de la littérature française, c'est évidemment un OVNI à lire toutes affaires cessantes.
0Commentaire90 sur 99 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 24 septembre 2010
Si vous désirez profiter de l'illustration pratique de la notion de "Pavé littéraire", je vous conseille vivement de jeter un coup d'aeil sur Les Bienveillantes de Littell. Parce qu'avant même de l'entamer, son gros poids XXL super lourd (1500 pages écrit mini-minuscules) a de quoi vous assommer. Passée cette première constatation bassement matérielle, tâchons de situer le roman.

Paru en 2006, roman foisonnant d'une densité proche du carbone, Les bienveillantes marque le premier pied dans le plat d'un jeune auteur américain qui a la bonne idée d'écrire en français : Jonathan Littell, fils de l'écrivain et reporter Robert Littell. La critique s'est tout de suite enthousiasmée à la sortie de son gros bébé (à grand coup de "roman de l'année" et autres épigraphes flamboyants). A juste titre, puisque le petit prodige, né en 1967, ce qui lui faisait 39 ans à la sortie du roman, impressionne par la qualité de son travail. Un travail reconnu et récompensé : il a valu à Littell le prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l'Académie française 2006. Belle entrée en matière, donc...

De quoi en retourne-t-il ?

Les bienveillantes nous plonge directo texto dans l'enfer de la seconde guerre mondiale. L'originalité - même si Littell n'est pas le seul - tient au fait qu'il adopte comme point de vue non pas celui, plus courant, de victime, mais celui, éminemment plus dérangeant, de bourreau : le narrateur, par l'intermédiaire d'une sorte de journal, nous confie, de façon tout à fait intime, ses actions, le rôle qu'il a tenu durant la guerre, rouage qu'il incarnait, en tant qu'officier, au sein de ce monstrueux système de destruction massif qu'était le troisième reich. C'est ainsi qu'il nous emmène en Europe de l'est, à Kiev (l'un des plus horribles massacres de l'histoire y a été perpétré, au ravin de Babi Yar : 30 000 juifs victimes de ce que les historiens ont appelé par la suite la "shoah par balles", allongés nus dans des fossés boueux, les vivants chevauchant les morts, les exécuteurs pataugeant dans une marre de sang, véritable vision d'horreur portée par une inhumanité abjecte...), puis Stalingrad (peu avant qu'elle ne tombe sous l'armée russe), puis Berlin avant la défaite... Le lecteur suit ainsi, par les rapports du narrateur, l'inéluctable érosion d'un système voué à l'extinction.

A biens des égards, le roman est indigeste. Indigeste par sa longueur (c'est vrai qu'on s'embarque quand même pour une paire de pages), indigeste dans sa forme (les paragraphes sont des blocs massifs, monolithiques, qui s'étalent parfois sur plusieurs pages, et les phrases sont tantôt ciselées, tantôt longues, si longues qu'on en voit par le bout), mais aussi indigeste sur le fond, puisque Max Aue, le narrateur, il faut l'avouer, est un personnage dégueulasse, qui dérange franchement, et qui aurait sans aucun doute beaucoup gagner à passer entre les mains d'un Monsieur Freud histoire de démêler le sac de nouilles emmêlées que consiste sa personnalité. Inceste (il baise sa saeur jumelle dès son plus jeune âge), matricide (il n'aime pas vraiment sa maman et lui fait savoir de manière concrète), indolence (pour lui, la mort des milliers de juifs dont il permet l'exécution se résume à un petit travail de comptable : des chiffres, et des quantités, simplement. Qu'il faut gérer.), le narrateur cumule dans l'ignominie. Et puis, il y a surtout ce détachement total par rapport à ce sujet qu'il traite : la mort de ces millions d'innocents qui ne suscite chez lui aucun remord, aucun dégoût, pas la moindre étincelle de culpabilité ou d'émotion. L'extinction de peuples entiers qu'il constate avec ce regard froid, détaché, d'un petit comptable accaparé par ses chiffres, additions, soustractions. Ça fait froid dans le dos. Et c'est sans compter aussi sur ses délires extravagants, le plus souvent sexuels (fantasmes homosexuels et scatologiques qui peuvent prêter à rire ou à pleurer, en fonction de votre sensibilité et de vos goûts, mais qui en tous les cas sont clairement inspirés par l'aeuvre de Sade, une référence que les critiques ne semblent pas avoir assez développé).

Quant au style, il alterne entre le rapport de sondage purement fonctionnel (aussi glacial et droit qu'un joli salut hitlérien), et la prose à n'en plus finir d'un Proust, avec des phrases incontinentes qui mettent un temps fou à courir après leur point final, et le lecteur, de retrouver son souffle en hoquetant. Tout cela sert évidemment la narration (soulever l'inhumanité du régime tout autant que les circonvolutions éclatées de l'attirail dérangé qui fait office de conscience au narrateur). Donc, rien à dire.

Du côté des références, il faut évoquer l'aeuvre de Grossman, le russe : Pour une juste cause, et Vie et destin. Sur la seconde guerre, vue côté est. Eschyle aussi, et grec celui-là, puisque le titre du roman, mais aussi l'existence même du narrateur (mâtinée sauce tragédie grec) fait indiscutablement référence à ses Erinyes vengeresses... Autre référence déjà cité : Sade, le marquis plein d'imagination. Pour les délires érotico-volcaniques.

En conclusion : un roman dérangeant, qui laisse dans la gueule du lecteur un goût un peu amer. Beaucoup d'ingrédients mélangés, et une morale que l'on peut critiquer (difficile de savoir où Littell veut en venir exactement, si tant est quil veuille en venir quelque part...). Par contre, le roman donne envie de se (re)plonger dans cette page à la fois tragique et fascinante de notre histoire. Et rien que pour ça, il vaut peut-être le (long) détour.
0Commentaire22 sur 24 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 27 avril 2012
Un des meilleurs livres que j'aie pu lire ces dernières années. Le genre de livre qu'on garde à son chevet. Pour les âmes sensibles certains passages sont d'une cruauté assez féroce mais ne reflètent malgré tout qu'une réalité passée. Cela nourrit la réflexion sur les conflits qui ont pu suivre et qui ressemblaient ou ressemblent à ces passages (Cambodge, Tchetchénie, Soudan, Burundi, .....) JL va chercher au plus profond de la "machine" sociale, politique ou administrative afin d'expliquer ce qui permet ou force à faire remonter l'homme, même instruit, à ses instincts primaires les plus violents. Le passage le plus fascinant pour moi se situe dans les chapitres expliquant la linguistiques, le tissu social,des pays de l'est traversés par les armées du Reich. C'est d'une complexité inouie et pourtant JL arrive à nous la faire comprendre facilement. Certains passages font penser qu'on est sous acide et on a plus l'impression de lire un livre, on le vit. Incroyable ! Le mélange de styles se révele alors vraiment fabuleux. On lit et on apprend ! Bravo également pour le style et le souci du détail de Jonathan Littell. Vraiment un ouvrage impressionnant. Je l'ai lu deux fois en deux ans .....
0Commentaire11 sur 12 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 11 octobre 2009
J'adore ce livre ! Voilà c'est dit . Je ne lis pas beaucoup de livres d'auteurs contemporains , je l'ai lu quand on ne parlait pas beaucoup de ce livre , une critique à la télévision m'avait intriguée . Un SS homosexuel pris dans la tourmente de l'histoire .
Ce livre m'a donné envie d'en savoir plus sur la Seconde Guerre Mondiale et de discuter avec ma grand-mère , à cause du livre de M.Littell un nouveau lien s'est créé avec ma grand-mère et je lui en serais éternellement reconnaissante . Il a peut-être quelques erreurs mais comme il le dit 'c'est un roman' , pour ce livre fût un tremplin pour discuter , pour réaliser encore mieux ce qu'était la Seconde Guerre Mondiale . Et puis rien n'empêche pas personne , avec les moyens d'aujourd'hui , de chercher , de lire pour en savoir plus sur ces années qui ont marquées le monde !
J'ai a-do-ré les envolées lyriques de Maximilien , quand il va voir sa mère et fait face à son beau-père , ce passage m'a beaucoup marquée . Quand il est 'enrolé' dans les SS , quand il participe à la campagne de Russie , le siège de Lenningrad etc
M.Littell écrit un très bon français , chapeau ! Il reste un de mes livres favoris et je suis sur le point de le lire une deuxième fois , Maximilien , bizarrement me manque !
Encore merci pour ce merveilleux livre M.Littell et tout ce qu'il m'a apporté !
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1000 PREMIERS RÉVISEURSle 20 novembre 2013
Quand j'étais petit j'ai lu "au nom de tous les miens" de Martin Gray qui m'a durablement marqué.

Quel bouquin ! quel boucan !!! Je suis complétement rincé, je fais des cauchemars.
Ce roman de 1300 pages extrêmement bien documenté comporte beaucoup de termes allemands mais l’écriture est limpide, le livre se lit d’une traite (enfin 4 jours tout de même presque à plein temps).
Il y a énormément de bons passages mais quelques longueurs aussi, notamment le chapitre AIR ou l'officier SS déballe ses turpitudes. Le dialogue avec le commissaire politique russe est un moment intense, les deux hommes comparant et justifiant les épurations nécessaires commises par leurs dictatures respectives.

"Les Bienveillantes" est un roman historique sur la seconde guerre mondiale, lors de la conquête de l’union soviétique et de son corollaire, la shoah par balle, racontée par un officier SS, docteur en droit et nazi convaincu. Il participa à l’organisation des massacres de masse principalement sur les populations juives locales mais également les communistes, les handicapés et les Tziganes. Son rôle était de tenir des statistiques, faire des rapports et parfois d’aller sur le terrain se rendre compte de visu. Par la suite rapatrié de Stalingrad vers les bureaux de Berlin, il supervisera la solution finale en compagnie d'Himmler, Höss et Eichman
C'est du point de vue de cet observateur que l’on découvre en détail la mise en place du mécanisme d'extermination.

La compréhension du roman peut être facilité par la connaissance du front de l’est, ne serait-ce que par la vulgarisation que permettent des documentaires tels que « le monde en guerre » ou « les grandes batailles ». Ceci pour saisir la tactique suicidaire d’Hitler dans les différentes batailles du front russe, la méfiance de la Wermatch à l'égard de la SS ainsi que les luttes internes au sein même de l’ordre noir.
La lecture de 2 anciens concentrationnaires, « l’état SS » du sociologue Eugen Kogon et du « Cœur conscient » de Bruno Bettelheim, psychiatre, peuvent aider pour la compréhension de l'état d'esprit des SS.

Comment une civilisation qui a vu naître de grands philosophes, scientifiques, compositeurs, Marx et Freud, a t-elle pu démocratiquement élire un névropathe et le suivre dans ses chimères.
Chacun peut s’informer grâce aux écrits d’historiens émérites ou par les milliers de témoignages. Le roman "Les Bienveillantes" donne une explication de cette période sombre de l’humanité.
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le 15 janvier 2014
À relire ce gros roman longtemps (au regard du temps médiatique) après sa sortie, je me dis qu'il est décidément aussi raté que fascinant.
Raté, parce que son narrateur personnage ne fonctionne pas. Car il opère comme pur prétexte à nous "promener" dans le théâtre fou du nazisme (Stalingrad, Hőss, Frank, Speer, Himmler, Eichmann.... il aura tout vu Aue... au mépris de la vraisemblance) et, en même temps, relève d'une prétention à la justesse, alors qu'il s'agit évidemment d'un personnage purement "livresque", composé de souvenirs de lecture, de films... romanesques et historiques, jamais charnel, jamais dense, malgré l'accumulation d'éléments sur son corps.
C'est comme si, en voulant faire une oeuvre totale, impressionnante, Littell n'avait pas su choisir. Il en fait trop, son roman est trop chargé et le fil se perd.
En même temps, ce livre demeure impressionnant. Et même ses défauts me donnent plus à penser que bien des petites réussites impressionnistes.
Et un livre qui supporte la relecture ne saurait être raté... s'il n'est pas non plus le chef d'oeuvre qu'on a dit.
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Voilà un bien étrange ouvrage, qui, sous les apparences d’un roman à prétention philosophique, documenté et pesant, cache probablement une vaste et douteuse blague. Un extravagant croisement entre le da Vinci code, Vie et Destin, Les désarrois de l’élève Törless, Le Rêve de fer (Spinrad), mais aussi Tarzan vous salue bien (Ph J Farmer) et même… Tintin.

Le roman narre avec force détails historiques, et sous la forme d’une autobiographie, les tribulations d’un SS (Max Aue) esthète et juriste universitaire à l’esprit torturé, à l’intérieur de l’Europe nazifiée de la deuxième guerre mondiale. Cela donne l’occasion d’un spectacle en cinémascope avec une reconstitution de grande précision, où semble-t-il pas un seul bouton de guêtre ne manque. C’est aussi l’occasion de voir défiler une galerie de portraits de personnages qui, à défaut d’être prestigieux, sont des « célébrités » historiques. Compte tenu de la position du personnage principal, il s’agit bien évidemment de dignitaires nazis.
Comme dans n’importe quelle superproduction, le « héros » doit se retrouver en divers endroits chauds, propices à des scènes marquantes (invasion de l’Ukraine, élimination du ghetto de Kiev, encerclement de Stalingrad, Auschwitz, chute de Berlin…). Dans cette mise en scène grandiose, l’extermination des juifs fournit un décor et une ambiance historique. Du reste, une fois le décor mis en place, passés les épisodes Ukrainien et Caucasien des débuts, l’extermination, tenue à distance, devient abstraite.

Le roman en documentaire inspiré

Le roman vrai fourmille de descriptions techniques et documentaires sur la machine et la hiérarchie nazie, ainsi, par exemple, les commandos d’extermination en Ukraine, avec une technique et un brio que ne renierait pas Tom Clancy, le célèbre spécialiste de thrillers de politique fiction militaro-technique, où pas une seule précision « technique » sur les matériels, les méthodes, les grades et les fonctions, ne saurait être épargnée au lecteur.

Cela dit, l’ouvrage a une autre ambition et s’appuie sur une grande érudition littéraire, qui a certainement leurré les commentateurs, avec forces références à la culture classique. Cette érudition vient nourrir les réflexions du « héros », mais aussi fournir un recul face à l’horreur de certaines situations. Périodiquement et de façon assez surprenantes, ces réflexions culturelles, agrémentées même d’impressions poétiques ou bucoliques, viennent éclairer l’insupportable présent.

Comme le livre est écrit en français et qu’il est destiné à un public d’abord francophone, le principal personnage (franco-allemand, sa mère est alsacienne, études à Sciences Pô) fait un petit tour dans le milieu parisien de l’extrême droite. Cela donne l’occasion à l’auteur de proposer des portraits de Rebatet, Brasillach, mais aussi d’évoquer Céline, tout en faisant un bref clin d’œil aux existentialistes (café le Flore).

Le principal personnage est un homosexuel clandestin, qui a connu des relations incestueuses avec sa sœur et par ailleurs assassin. Ici c’est à la fois le Visconti de la Caduta degli dei (Les Damnés) ou du Ludwig qui est convoqué. On retrouve ainsi, à certaines occasions, l’ambiance particulière de la scène où les dirigeants des SA se font massacrer au bord d’un lac tranquille de la Forêt Noire. Plusieurs passages érotico-réalistes ou érotico-oniriques font aussi penser aux bacchanales du château de Neuschwanstein. Mais c’est aussi probablement Dostoïevski qui sert de référence lointaine (nihiliste version matricide) pour d’autres passages.

Quoiqu’il en soit, le personnage du nazi esthète, fin lettré, homosexuel, et, pour un public français, de surcroît, francophone amateur de Paris, est un cliché qui n’a déjà que trop servi la littérature ou le cinéma.

L’ouvrage est émaillé de discussions ou de soliloques à vocation philosophique. On remarque notamment les scènes qui mettent le principal personnage du roman face à face avec un vieux juif caucasien qui vient, de façon incongrue, chercher la mort auprès de Aue (?) et un commissaire politique communiste. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une situation équivalente, quoique inversée, à celle décrite dans Vie et destin de Vassili Grossman. Ces dialogues et soliloques sonnent plutôt comme des pastiches. Les soliloques philosophiques, convoquent fréquemment les auteurs grecs antiques (référence à Dombrowski ?), à l’occasion c’est Saint Augustin qui fournit l’argument de la réflexion (inspiré par le Nom de la Rose ?). Ces réflexions restent dans un domaine potache, tant elles paraissent tirées de fiches de lecture et déplacées dans l’esprit d’un bureaucrate SS. Il faut noter qu’à partir de l’épisode caucasien (environ premier tiers du livre), l’auteur semble abandonner graduellement la vraisemblance et dévoiler de manière de plus en plus franche le caractère d’énorme farce mystificatrice du roman. Il faut dire qu’avant de quitter le Caucase, l’extermination des juifs est trop palpable pour pouvoir glisser dans le grotesque.

Le roman en forme de farce

Progressivement le roman se dévoile comme une vaste blague. Les indices sont trop nombreux pour être recensés, citons quelques exemples :

Le principal personnage du roman est un SS, pas raciste pour deux sous, peiné d’avoir à mettre en œuvre la « solution finale », qui représente pour lui autant une erreur historique qu’une véritable gabegie, alors qu’une utilisation rationnelle de cette main d’œuvre esclave aurait été plus utile. L’économie de l’esclavage au secours des droits de l’homme ?
Il est flanqué d’un ange gardien cynique qui, à la manière d’un deus ex machina, surgit à chaque moment délicat pour l’en tirer. Cet ange gardien joue les sauveurs dans la Stalingrad encerclée, où le « héros », blessé par balle à la tête, se trouve embarqué, mourant, dans le dernier avion en partance pour l’ouest ! Notons que Max Aue, transporté dans un hôpital au nord de Berlin, où il bénéficiera d’une chambre individuelle et d’une décoration remise par Himmler en personne, s’en sortira sans séquelle apparente, un véritable tour de force. L’ange surviendra également, accompagné d’une voiture et même d’un chauffeur, pour tirer opportunément, de Poméranie et des griffes de l’armée rouge, le « héros » plongé dans une crise régressive anale délirante. Pendant le long parcours de retour, il faudra au petit groupe traverser clandestinement à pieds les lignes soviétiques. Enfin, dernière pirouette, cet ange, décidément bien serviable, offrira sur un plateau, et à son corps défendant (?), le moyen d’évasion final du principal personnage. En s’éteignant il a dû penser comme l’écrivait Kertesz : « (…) que l’amitié n’était qu’une chose passagère, visiblement, à laquelle la loi de la vie trace des limites –tout naturellement, d’ailleurs, cela va sans dire » !

A deux reprises, le principal personnage obtiendra plusieurs semaines de congés, alors que l’Allemagne nazie s’écroule et que la guerre fait rage dans toute l’Europe. Peut-être qu’à la manière des héros paranoïaques de P K Dick, c’est parce que le principal personnage du livre se délite, que l’Histoire se décompose (et vice et versa).

Pendant le périple de retour de Poméranie vers Berlin, le héros s’associe temporairement avec une bande de gamins hallucinée et déjantée, que l’on croirait tout droit sortie d’une BD de science fiction .

Un suspens de pacotille, portant sur leur origine, accompagne l’apparition de jumeaux enfants. L’auteur affiche d’ailleurs un intérêt certain pour les jumeaux, dont trois générations apparaissent dans le livre.

Le tableau scénographique n’aurait pas été complet sans un soupçon d’enquête policière et même des éléments de roman d’espionnage :

Le principal personnage du roman, en bute à une enquête policière, est pisté, dans les situations les plus rocambolesques et jusque dans les endroits les moins vraisemblables, par un duo policier, qui, selon les meilleures traditions du roman policier, joue dans le registre du burlesque. Il y a en eux quelque chose de l’inspecteur Derrick et des Dupond(t).

On sait aussi que les histoires d’espionnage font fréquemment références à d’étranges personnages de l’ombre qui tirent les ficelles du monde. Ces personnages sont souvent à la tête d’un riche consortium qui nous veut du mal pour les seuls besoins de leurs intérêts dépravés. Les Bienveillantes ne font pas exception à ces canons puisqu’on y découvre un tel mentor clandestin à l’Allemagne nazie. Excusez du peu ! Comme de juste, cet individu, qui dispose d’un train blindé personnel (Cf. Corto Maltese en Sibérie ?) est affublé de tares physiques qui illustrent son état mental dérangé (notamment des flatulences pestilentielles !). L’auteur, s’inspirant probablement de certains James Bond, entoure ce cerveau de l’ombre d’une garde prétorienne féminine : de jeunes créatures disposées à se sacrifier pour permettre la reproduction du Reich, mais que Max Aue ne peut malheureusement honorer. Elles sont aussi belles que musclées et mêmes instruites. Malencontreusement pour le spectacle, l’auteur n’a pas cru bon de prévoir qu’elles devaient se couper le sein gauche ! Ce riche mentor est aussi, à la manière du Spectre, entouré de chats.

Bien qu’ayant, à de multiples reprises laissé percer sa dérision , l’auteur la découvre de manière énorme quand le principal personnage du roman, invité à une stupéfiante remise de décoration dans le propre bunker d’Hitler dans le Berlin en flamme, lui pince le nez « entre deux doigts repliés, lui secouant doucement la tête » ! C’est ce qui s’appelle un extravagant pied de nez au lecteur. Il fallait oser. Comme le note l’auteur : « Trevor-Roper, (…) n’a pas soufflé mot de cet épisode, Bullock non plus, ni aucun autre des historiens qui se sont penchés sur les derniers jours du Fürher. Pourtant, je vous l’assure, cela a eu lieu. ». Plus c’est gros, mieux ça marche ! Pendant ce temps là, les massacres et la guerre se poursuivent.

Il faut ajouter au tableau précédent une sorte d’attirance répulsion pour les secrétions corporelles, les vomissements et surtout les références scatologiques qui reviennent comme une antienne, (« tous les quarts d’heure je devais courir aux latrines laisser échapper un mince filet de m*** liquide »), sous différentes formes. Il faut bien reconnaître une certaine complaisance à la fois dans les descriptions de régression avec penchant scatologique (diarrhée, flatulence, merde), mais aussi pour des scènes de violence (éclatement de crânes) au statut ambigu. Tout ceci emprunte moins aux exploits démesurés de frère Jean des Entommeures et à la démarche de Rabelais, qui pointe pourtant sporadiquement de façon incongrue [« La jouissance me projeta en arrière comme une décharge et m’envoya sur les dalles couvertes de neige (…)], qu’à celle du Spinrad du Rêve de fer . Dans cette veine, l’auteur complète parfois ses sources historiques avec un goût douteux –ainsi, à propos d’une pendaison expiatoire à Kiev : « Sous sa chemise, il était nu, je voyais avec horreur sa verge engorgée, il éjaculait encore »– mais suffisamment sûr des fantasmes érotiques répandus, comme des réalités médicales .

Devant tant d’accumulation, on peut penser avec Max Aue : « comme je me trouvais à proximité, je dus aider à déblayer les décombres sanguinolents, pour chercher des survivants ; me surprenant à étudier les entrailles dévidées sur la neige rougie, d’un jeune soldat au ventre crevé, pour y trouver des traces de mon passé ou des indices de mon avenir, je me dis que décidément tout ceci prenait l’aspect d’une farce pénible ».

Finalement, c’est le décor et l’apprêt documentaire qui donnent au roman son apparence de sérieux. Ôtons-lui ces oripeaux et il reste un ouvrage qui combine, très astucieusement et avec beaucoup de maîtrise, les artifices des romans commerciaux contemporains. S’il s’agit, comme certains l’ont écrit, du premier roman du XXIème siècle, alors il faut ajouter, qu’il l’est à la manière de la pensée post-moderne. Une pensée qui n’a rien d’autre à proposer que sa propre ironie autoréférentielle. L’ambition humaniste et universelle qui animait plusieurs des romans qui lui ont servi de référence s’est évanouie. Elle s’est dissoute dans la construction commerciale et aguicheuse de l’ensemble.

Et tout ça pour dire quoi ?

Bien que l’on ignore si l’auteur reprend à son compte l’ensemble des propos de son personnage principal, le roman véhicule un relativisme moral, un pessimisme sur la fin des idéologies, qui est un terreau sur lequel la barbarie peut précisément se reconstituer. L’auteur est, du reste, un trop bon connaisseur de la littérature d’extrême droite des années trente, pour ignorer qu’il s’agit là d’une de ses thématiques de prédilection. A cet égard, au delà du caractère hors norme de l’ouvrage, ce qui frappe c’est l’ampleur des commentaires élogieux qu’il a suscité et la perte de raison d’un partie de la critique. La comparaison parfois faite avec Tolstoï, Dostoïevski ou Thomas Mann est étonnamment flatteuse, mais déplacée. Elle montre que les lecteurs n’ont pas percé à jour la farce hénaurme et mystificatrice que représente le livre, notamment passé son premier tiers.

Le principal personnage du roman défend le point de vue qu’il y a peu de différence entre bourreaux et victimes, que nous sommes semblables et que les différents « idéaux » se valent. « Je suis coupable, vous ne l’êtes pas, c’est bien. Mais vous devriez quand même pouvoir vous dire que ce que j’ai fait vous l’auriez fait aussi » (…) « Vous avez peut-être eu plus de chance que moi, mais vous n’êtes pas meilleur. (…) Comme la plupart, je n’ai pas demandé à être assassin ». Ce point de vue semble partagé par l’auteur , qui n’offre au lecteur aucun élément de recul par rapport à lui. Il représente du reste un sentiment fréquemment partagé à notre époque, qu’il exprime une sorte de volonté de repentance collective ou un relativisme post moderniste. En outre c’est une des thématiques principales qui a alimenté la critique journalistique.
Ce point de vue de vue est tout simplement faux. N’importe qui ne devient pas un assassin nazi par le simple hasard des circonstances, et du reste il ne faut pas confondre la masse de ceux qui se sont bouchés les yeux et les oreilles, avec le nombre nettement plus limité de ceux qui ont agi en assassin. Quoi qu’en dise le principal personnage du livre, il y a une nette différence entre un assassin d’Auschwitz et un aiguilleur de voies ferrées, ce qui ne veut pas dire qu’il faille encourager le dernier à faire du zèle. Par ailleurs, les dernières élections qui se sont tenues en Allemagne, malgré la terreur et le musellement des partis démocratiques, ne donnèrent que 44 % des voix aux nazis, représentant, comme le rappelle à juste titre Sébastien Haffner dans son Histoire d’un Allemand, une sorte de « veste électorale ».
Le propos du roman est en outre particulièrement hypocrite, car il n’est pas indifférent de savoir qui prononce son argumentation principale. Qu’un survivant s’appuie sur ce type d’argument exprime une saine mise en cause de ceux qui ont laissé faire, qu’un bourreau l’utilise a une tout autre signification. Cela devient un moyen pour lui de se dédouaner. Le point de vue du livre est celui d’un assassin vaincu, il ne faut pas l’oublier. Aue cherche à diluer la responsabilité des nazis et la sienne propre. Puisque, selon lui, nous aurions tous pu devenir des assassins, comment condamner définitivement les vrais assassins, sans nous condamner nous mêmes ? A l’encontre de ce point de vue, la marque que tous les comportements ne se valent pas et qu’il ne suffit pas de décréter les actes abominables justes pour les disculper, c’est précisément la mauvaise conscience dont parle Sébastien Haffner, celle qui hante les ralliés et même certains bourreaux . Voici ce qu’écrivait P Levi à l’égard de ce débat :

« Les SS des läger étaient davantage des brutes obtuses que de subtils démons. (…) Humilier, faire souffrir l’ ‘‘ennemi’’ telle était leur mission quotidienne (…) ».
« (…) je sais (…) que les confondre [assassins] avec leurs victimes est une maladie morale ou une coquetterie esthétique ou un signe sinistre de complicité ; c’est surtout un précieux service rendu (…) à ceux qui nient la vérité. (…). L’éventuel malaise, remords ou souffrance des assassins ne suffit pas à les enrôler parmi les victimes ».

L’ouvrage fournit néanmoins en une occasion un contrepoint plus humain à sa thèse générale, à travers des paroles prononcées par un personnage secondaire :
« J’en suis arrivé à la conclusion que le garde SS ne devient pas violent ou sadique parce qu’il pense que le détenu n’est pas un être humain ; au contraire sa rage croît et tourne au sadisme lorsqu’il s’aperçoit que le détenu, loin d’être un sous homme, comme on lui a appris lui, est justement, après tout, un homme comme lui au fond (…) » Ces propos rejoignent ceux de P. Levi pour qui les cruautés « inutiles » servaient : « pour conditionner ceux qui devaient exécuter matériellement les opérations. Pour leur rendre possible de faire ce qu’ils faisaient ». Soit dit-en d’autres termes : avant de mourir la victime doit être dégradée afin que le meurtrier sente moins le poids de sa faute. Comme on peut le constater faute il y a et même les bourreaux ne peuvent s’en débarrasser.

Malgré ou à cause de tout cela, on peut penser que l’auteur ne croit pas sérieusement au propos de son personnage et dans ce cas le roman est encore plus pernicieux.
Si l’argumentation d’Aue peut sembler convaincante au début du roman, à mesure que la lecture avance, elle se trouve dynamitée et apparaît comme une bouffonnerie. En effet, nous ne sommes pas des Max Aue, nazi et SS d’adhésion, matricide rêvant d’un père qui a disparu, pratiquant l’inceste avec notre sœur jumelle et homosexuel contrarié… Aue, malgré ses soliloques sur la relativité du bien et du mal, est incapable d’assumer les assassinats. Pendant une bonne partie du roman il somatise, ne peut plus manger sans vomir et, par la suite, c’est le contexte halluciné d’une guerre additionnée d’une blessure au cerveau qui l’amène à en perpétrer certains froidement. S’il faut tout cela pour faire accepter au lecteur le personnage de Aue, c’est bien que l’argumentation générale est fragile.

En s’appuyant sur Lermontov et en s’inspirant de la démarche parodique de son ouvrage, on pourrait imaginer le dialogue suivant avec Littell : « Vous êtes un homme dangereux, (…). Je préfèrerais être exposée dans un bois au couteau d’un assassin plutôt qu’à votre langue… (…) –Ai-je donc l’air d’un assassin ? –Vous êtes pire… ».
Les fantaisies injustifiables et invraisemblables sont monnaies courantes dans la SF, mais dans le cas précis, le roman se présente comme un ouvrage réaliste. Il manque donc une postface qui décillerait les yeux des plus crédules qui semblent bien nombreux. Spinrad, mieux inspiré sur ce point, en avait fait une. Autre temps, autres mœurs.
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VINE VOICEle 13 septembre 2013
Voilà une oeuvre qu'on n'abandonne pas facilement. Elle m'a tenue en haleine pendant plusieurs semaines, le temps de lire ce pavé de 1401 pages (moins d'un kilo quand même, 675 g sur ma balance de cuisine!). J'ai été pris par l'histoire de Maximilien Aue, cet officier SS qui raconte son sort personnel pendant la guerre, sur le front de l'Est d'abord, jusqu'à Stalingrad, puis à Berlin jusqu'à la fin du Reich, décrite de façon hallucinante. Alors que cette période ne m'intéressait pas particulièrement, je me suis rendu compte que toute cette histoire de la Seconde Guerre Mondiale était encore proche, qu'elle vivait au travers de nos parents et grands-parents, que le destin du monde s'y référait encore. Plusieurs remarques:
- la narration d'abord: l'auteur est un vrai conteur. Passé la surprise des premières pages, on suit le héros sans déplaisir dans ses pérégrinations européennes. J'ai appris beaucoup de choses sur la période historique, on sent que le background de Littel est solide, même si on a pu lui reprocher ici ou là des invraisemblances. Les personnages réels sont bien décrits, et les personnages fictifs sont plausibles!
- le poids de l'administratif: l'auteur passe de longs moments à détailler les rouages administratifs de la SS, les petites intrigues, les rivalités avec la Wehrmacht, les plans de carrière. Toutes ces petites choses de la vie courante sont bien décrites et elles prennent le pas sur les reste. On ne s'interroge pas souvent sur le sens de notre action dans notre boulot quotidien, c'était le cas aussi le cas à la SS.
- le mystère du Mal: c'est là bien sûr le point crucial du roman. Comment des êtres comme Maximilien Aue et les autres officiers SS, souvent cultivés, humanistes, issus d'une civilisation ancienne, ont pu en arriver à détruire, exterminer, des femmes et des enfants? L'auteur ne répond pas à la question. Maximilien semble faire partie d'un engrenage infernal, qu'il accepte pourtant. Je pense qu'il faut lire d'autres auteurs (Hannah Harend..)pour essayer de comprendre.
- le caractère de Aue: au delà même du drame hitlérien, le caractère de Maximilien Aue est marqué par l'absence apparente de morale, l'impossibilité d'appréhender l'autre. Aue vit dans un narcissisme complet, ce qui le fait apparaître détaché même au milieu des pires horreurs. J'y retrouve une notion d'"isolisme" sadien, une vision tragique de l'existence qui fait qu'on est toujours seul, avec son moi, ses pulsions, son élan vital.

Ce roman est une vraie "misère" qui ne vous lâche plus, vous trotte dans la tête et vous force à vous poser des questions.
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le 19 octobre 2006
Voilà une somme, parfois ardue à suivre, mais qui tient la distance. Difficile et dérangeant de s'imaginer dans la peau d'un bourreau, surtout s'il est un homme "ordinaire", cultivé, probablement intelligent, avec ses amours, ses haines et également ses perversions.

De tout le roman, car c'est avant tout un roman - très bien documenté, Littell a du passer beaucoup de temps dans les écrits des historiens, les minutes des procès de l'après guerre et les cartes d'état-majors - je reste frappé par le rationnalisme morbide qui se dégage de la narration. le "héros" se décrit avec une distance impressionnante, une véritable analyse déviante et désincarnée, sans sentiments pour ses victimes ni vraiment pour ses proches et amis. Il semble vouloir nous pousser à nous demander si, en en de mêmes circonstances, nous aurions été, nous aussi, identique à cet homme.

C'est peut être la description actuelle la plus réussie de ce que l'homme peut avoir de monstrueux en lui. Je ne connais de comparable dans cette analyse que le livre de Robert Merle "la mort est mon métier" qui se base sur le vie de Rudolf Hoess, le concepteur et chef du camp d'Auschwitz.

Cela dit, ce roman ne doit pas constituer la seule référence dans ce domaine. Ce serait réducteur et malsain. Je vous invite à lire Primo Levi, Raul Hilberg, Léon Poliakov qui font oeuvre d'historien et de témoignage dans ce domaine. Bref, c'est un livre qui invite à la réflexion et c'est en cela qu'il est le plus réussi.
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