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12 sur 12 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 5 mai 2012
Comme toujours avec Rémi Brague, nous échappons aux discussions oiseuses d'un philosophisme douteux et, quel bienfait, à la pensée unique. Cet érudit qui maîtrise l'arabe et l'hébreu, et avec les sujets qu'il aborde ça n'est pas un détail, puise ses connaissances aux seules sources acceptables, les textes, et développe une argumentation rigoureuse et impressionnante, non sans humour d'ailleurs. Quand le livre est refermé, on pose un regard neuf sur le sujet et Rémi Brague, non content de nous éclairer, nous propose d'affuter notre esprit critique en nous invitant à comprendre avant de juger. On peut affirmer que les ouvrages de Rémi Brague font oeuvre de salubrité publique : est-ce pour cela qu'il est ostracisé par les tenants de la pensée unique qui tiennent le pavé médiatique ? Il est vrai que démontrer, entre autres choses, que le Moyen Âge fut tout sauf obscurantiste ou que la pensée de l'Occident médiéval - autrement dit chrétienne - n'a pas attendu Avicenne ou Averroès pour exister contredit sans ménagement les propos de comptoir des "penseurs" à la mode. Des livres tels ceux de Rémi Brague sont absolument nécessaires et de plus, passionnants à lire.
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18 sur 19 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 17 septembre 2010
Rémi Brague est un universitaire français spécialiste de l'histoire de la philosophie au Moyen Age, en particulier des philosophes des civilisations "islamique" et chrétienne.

Son livre est un ouvrage d'un chercheur qui va bien au delà des polémiques qui entourent ces sujets en apparence lointains autour de la transmission des textes philosophiques grecs aux intellectuels d'Occident. La question de l'influence des philosophes musulmans, Avicenne et Averroes principalement a pris depuis quelques années une dimension politique qui tend à déformer la réalité des faits.

L'analyse très détaillée de Rémi Brague permet de comprendre la réalité de la réflexion philosophique en Occident, dans les pays sous domination musulmane et dans la communauté juive : il montre les limites des philosophes ainsi que l'influence réelle qu'ils ont exercé.

Le sens même donné à la philosophie est très différent et les hypothèses sur une prétendue tranmission , voire d'une filiation entre les philosophes de Cordoue et saint Thomas d'Aquin par exemple sont remises en perspectives et largement critiquées par l'auteur.

Rémi Brague est un vrai spécialiste du sujet et son argumentation est construite et servie par des exemples et citations convaincants. Son travail a inspiré plusieurs chercheurs, en particulier Sylvain Guggenheim avec "Aristote au Mont saint Michel" qui reprend en partie son travail.

Loin de maîtriser ce sujet, j'ai apprécié ce livre , même s'il est un peu difficile à suivre dans les premiers chapitres. Sa thèse est solide et l'auteur cherche à convaincre avec des termes clairs et accessibles. Il y parvient et donne envie de relire son livre pour mieux s'en imprégner.

Un moment rare.
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13 sur 14 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 17 juillet 2010
Comme d'habitude avec Rémi Brague, l'écriture est fluide et plaisante, l'humour présent et l'érudition impressionnante !
On apprend énormément de choses sur ce Moyen-Age tant caricaturé et la comparaison entre la chrétienté et le monde islamique est, elle aussi, passionnante notamment en ce qui concerne la différence de statut entre la philosophie dans la chrétienté et la philosophie en terre d'islam ou dans les communautés juives. L'auteur revient également sur la question épineuse de la transmission de l'héritage antique (d'une partie de celui-ci) en mettant au claire le rôle de chacun (arabes, syriaques, juifs, byzantins), il développe l'idée avancée dans "Europe, la voie romaine" du modèle d'appropriation des sources antiques (digestion/inclusion), explique certains sujets communs à la philosophie dans les trois aires culturelles médiévales puis, certainement la partie la plus déroutante du livre, remet en cause la thèse selon laquelle le géocentrisme aurait été vécu comme une déchirure, comme une blessure en nous faisait bien voir qu'anthropocentrisme et géocentrisme n'était pas lié. L'Antiquité et le Moyen-Age pensaient certes que la Terre se trouvait au centre mais ce n'était en rien qq chose de positif...
L'ouvrage se termine sur un petit article savoureux sur Averroès.
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C'est une présentation du Moyen-Age vu à travers la philosophie, les religions différentes de l'époque, les écrits des Saints, la vision des scientifiques de ce temps-là... et j'en passe. Bref ici Rémi Brague fait un tour intéressant de la question. L'érudition de cet homme est impressionnante et c'est là qu'il est difficile de le suivre. Il faut y aller doucement, pas à pas et avoir du temps devant soi pour lire avec toute l'attention nécessaire. Donc, ce n'est pas un livre de lecture aisée, à l'usage du premier venu.
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1 sur 2 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 20 avril 2014
C'est ce paradoxe mis en évidence par Rémi Brague, qui, dans ce livre passionnant, a retenu notre attention et dont nous proposons aux lecteurs la démonstration.
< À tout le moins, [comme l'écrit le philosophe juif provençal Gersonide au XIVe siècle] si le bonheur ne se trouve pas dans la possession de la connaissance, on peut déjà le trouver dans le procès même de la recherche. C'est là, souligne Rémi Brague, une idée dont on n'a pas de mal à constater qu'elle sonne moderne. On songe au mot de Pascal [dans ses Pensées] : « on aime mieux la chasse que la prise » et à la célèbre parabole de Lessing [dans Eine Duplik] : si Dieu lui donnait à choisir entre la vérité et la recherche de la vérité, il choisirait la seconde.
La connaissance atteint son sommet, selon Gersonide, dans la connaissance de Dieu : « La béatitude pour l'homme consiste à saisir et à connaître Dieu dans la mesure du possible. Nous atteignons ce but par l'observation des choses, de leur ordre et de leur soumission aux lois, et de la façon dont la Sagesse divine les met en ordre ». [Un élément vient s'y rajouter, en provenance de Thémistius], « cet ordre est étroitement associé à Dieu, voire, jusqu'à un certain point, il est identique à Dieu ».
D'un autre côté, la connaissance de la réalité physique ne mène pas seulement à l'objet le plus haut de la connaissance, c'est-à-dure Dieu, mais elle constitue également le sujet de la connaissance. En effet, la qualité même de la béatitude éternelle pour une personne dépend de la quantité de connaissances acquises. En langage plus technique, elle dépend de la quantité d'intelligibles qu'elle aura fait passer de la puissance à l'acte et emmagasinés dans l'intellect acquis. Elle dépend aussi de leur qualité : plus l'objet de notre connaissance sera sublime, plus grande sera la béatitude que nous éprouverons. Gersonide observe qu'il nous est impossible d'actualiser tous les intelligibles jusqu'au dernier, ce pourquoi l'union avec l'Intellect Agent est impossible. Notre portée est moindre, par exemple en ce qui concerne les corps célestes. Malgré tout, nous devrions tenter d'acquérir le plus possible d'intelligibles. La seule raison qui justifie le souci de prolonger la vie est que nous augmentons ainsi nos chances de multiplier les intelligibles accumulés en nous...
Tant que nous vivons cette vie présente, tant que nous sommes in via, nous ne sommes pas encore véritablement nous-mêmes. Nous sommes encore en train de travailler au chantier sur lequel nous nous construisons nous-mêmes, nous tendons vers la plénitude définitive de notre propre être comme personnes, jusqu'au moment où la mort nous donnera le dernier coup de pinceau. De la sorte, c'est de la façon la plus littérale que nous devenons nous-mêmes à travers notre connaissance de la nature...>
C'est bien la physique qui nous fait !
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5 sur 9 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 10 octobre 2013
Un grand spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive, qui sans exagérer l'apport du monde de culture arabe à l'Europe, reconnait néanmoins "l'immensité de la dette culturelle qu'elle a envers les Juifs, en dehors d'elle comme en son intérieur, ainsi qu'envers le monde de culture arabe, chrétiens comme musulmans". Ainsi écrit-il :

"Il est bon aussi de rappeler d'où l'Europe a tiré les sucs nourriciers dont elle s'est engraissée. La réponse est simple : elle les a pris en dehors d'elle. Elle les a empruntés au monde gréco-romain qui l'a précédée, puis au monde de culture arabe qui s'est développé en parrallèle avec elle, enfin au monde byzantin. C'est du monde arabe, en particulier, que sont venus les textes arabes d'Aristote, de Galien, et de bien d'autres, qui, traduits en latin, ont nourri la Renaissance du XIIe siècle. C'est du monde byzantin que vinrent les originaux de ces mêmes textes, qui en permirent une étude plus précise et alimentèrent la floraison scholastique du XIIIe siècle. Que serait Thomas d'Aquin s'il n'avait trouvé en Averroès un adversaire à sa mesure ? Que serait Duns Scott s'il n'avait trouvé en Avicenne, pour reprendre la formule de Gilson, un "point de départ" ? Et bien des textes dont l'Europe s'est nourrie lui sont venues par l'intermédiaire des traducteurs juifs. L'Europe doit ainsi prendre conscience de l'immensité de la dette culturelle qu'elle a envers ces truchements (c'est d'ailleurs un mot arabe...) : envers les Juifs, en dehors d'elle comme en son intérieur, ainsi qu'envers le monde de culture arabe, chrétiens comme musulmans." (p.52)
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