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52 internautes sur 53 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Trente ans, mais pas une seule ride, 1 janvier 2009
Par 
Jean-paul Lacharme (Marseille, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Le sujet de « La culture du narcissisme » ouvrage de Christopher Lasch paru en 1979, porte sur l'évolution de la psychologie des humains -les monades égoïstes pour reprendre l'expression de Jean-Claude Michéa- dans la société libérale (lisez capitaliste) « post-moderne ». C. Lasch (1932-1994) est presque exactement contemporain de Guy Debord et ce travail partage avec « La société du spectacle », ouvrage auquel il renvoie explicitement, le même type de réception publique officielle : un silence assourdissant. Ce travail est dense (288 pages bien tassées dans la collection Champs essais ; la fonte utilisée pour le corps du texte est déjà petite, mais celle des notes en pied de page est minuscule) et porte sur les différents aspects de la vie courante (le travail, la famille, le couple, l'éducation, le sport et les loisirs, etc.). Au départ, Lasch est un historien. A l'arrivée, c'est un critique social dont la culture philosophique et psychanalytique est réellement solide. Politiquement, c'est un populiste (dans le meilleur sens du terme) qui met à nu les tares congénitales de la pensée dite « de gauche ». Il n'est donc guère étonnant que Michéa qui effectue un travail critique parallèle à celui-ci en France ait trouvé là une importante source d'idées.

Le sujet de Lasch est un homme dont la compétence technique livrée aux grandes entreprises ne permet plus de pourvoir lui-même à ses besoins matériels. Il vit au jour le jour, détaché du passé historique collectif, et rêve parfois de se libérer de sa dépendance à l'égard de la technologie et ainsi survivre à sa destruction ou son effondrement (thème plus largement développé par l'auteur dans « le moi assiégé »). Le narcissisme représente la dimension psychologique de cette dépendance. L'effondrement de sa vie personnelle provient de « la guerre de tous contre tous » (au sens de Hobbes) qui s'étend à présent aux classes moyennes. Le vide intérieur, la solitude, l'inauthenticité, le manque de confiance dans l'avenir sont son lot quotidien. La prolifération des images mine son sens de la réalité et l'idée répété d'un développement normatif engendre la peur spécifique de toute déviation lue comme pathologique. L'individu autonome du XIXme siècle a fait place à une conception marchande de la personnalité, un hédonisme trompeur et la nécessité de plaire et d'être aimé. L'employé n'est souvent qu'un prolétaire peu compétent qui va chaque jour à son travail bien habillé. La propagande de mort assénée chaque jour par les grands médias renforcent son sentiment d'insécurité. Lorsque la propagande se confond avec l'information, la notion de vérité a fait place à celle de crédibilité et la contagion de l'inintelligible se répand à tous les niveaux de l'appareil gouvernemental. Lorsque les images du pouvoir éclipsent sa réalité, ceux qui sont sans pouvoir se battent contre des fantômes. Dans l'enseignement, la démocratisation à contribué à la propagation de l'abrutissement et au déclin de l'esprit critique. Le pouvoir s'immisce dans les familles : les réformes présentées comme un sommet du progrès moral réduisent en réalité les droits du citoyen ordinaire. Le rôle de guide des parents s'effondre... Ceci n'épuise pas les thèmes traités dont un grand nombre sont repris dans les ouvrages plus récents de l'auteur.
Pour résumer, Christopher Lash est un auteur de tout premier plan dont l'œuvre apporte une vision réellement décapante de notre société. « La culture du narcissisme » sortie en 1979 n'a pas pris une seule ride. C'est le bon point d'entrée dans l'œuvre de Lasch.
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10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La société thérapeutique, 31 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Ouvrage absolument majeur de la sociologie du XXème siècle.
L'auteur y décrit la dérive narcissique de plusieurs pans de notre société (l'éducation, le sport, la guerre des sexes, le travail, la mort,...) et démonte les unes après les autres les tentatives pathétiques de nos "thérapeutes" en tout genre de réparer leurs propres erreurs..
Toujours précis dans ses explications psychanalytiques, Lasch se révèle finalement être un bien meilleur professeur que toute une bibliographie de Freud et de tous ses "enfants".
Lasch finit d'ailleurs par mettre le doigt là où ça fait mal : c'est le capitalisme et les rapports de production dans l'industrie qui sont responsables de l'avènement de la société narcissique.
Je ne suis pas du tout d'accord avec le commentaire de "H. Alex Malom" qui reproche à Lasch de ne jamais poser les jalons d'une société anti-individualiste : il le fait avec brio en dénonçant la disparition de l'artisanat au profit de la production de masse, et en déplorant que toutes les connaissances techniques se trouvent entre les mains des élites directoriales et bureaucratiques. Bien que ce ne soit pas réellement explicite, il est facile de comprendre que Lasch compte sur une économie locale et non-industrielle, sur une "communauté des compétences" (p.289) pour faire disparaitre une à une les multiples têtes de l'hydre narcissique.
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11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'irréfutable histoire de la dérive du libéralisme: un vademecum, 16 avril 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Admirable historien, Lasch démontre au cours d'une chronologie qu'il accompagne d'une analyse philosophique, sociologique, psychologique et psychanalytique comment le libéralisme théorisé par Adam Smith et les Lumières s'est mué en nihilisme, c'est à dire un monde où les intérêts ont dorénavant remplacé les valeurs, un monde où « le narcissisme comme figure sociale de repli ou d'implosion vers soi apparaît comme une conséquence de l'effondrement de l'autorité et des sources possibles d'identification normative »(D.Martucelli).
Loin de l'étiquette néo-marxiste de l'Ecole de Francfort avec laquelle sa pensée a pris ses distances, Lasch prouve ici à quel point le clivage droite-gauche n'a plus de sens, cette dernière définitivement enfumée et embourbée dans un libéralisme démagogique globalisant. Il esquisse avec vingt ans d'avance l'ambition reprise entre autres par Michéa dans sa belle et pédagogique préface(malgré un messianisme prolétarien simpliste qui lui fait abusivement attribuer ici à Lasch un regard sur la société « sous le seul angle approprié, c'est à dire de bas en haut »), d'une société dans laquelle un sens retrouvé de la communauté se substituerait à cette lutte de tous contre tous que le narcissisme résume, dernier avatar de la vision de Sade selon laquelle les individus ne sont in fine que des objets d'échange.
Autrement dit : comment peut-on être libéral ?
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7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Très bonne critique fondamentale de l'aliénation progressiste, 27 mars 2010
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Cet ouvrage publié en 1979 fut accueilli par un silence prodigieux, signe du dérangement profond qu'il provoqua dans l'intelligentsia (de gauche) à cette époque. Pourtant son premier tirage fut rapidement épuisé, le samizdat fonctionnant à plein : ce livre était une bombe jetée contre les progressistes héritiers bourgeois d'un mai 68 hédoniste.

Evoquer Christopher Lasch, historien américain (1932 - 1994), vous procure le mérite de vous aliéner les bobos, les partisans du libéralisme (dont l'essence est magnifiquement bien exprimée par Jean-Claude Michéa in "La double pensée : Retour sur la question libérale"), en clair, tous les partisans du relativisme des valeurs.

Ce livre est riche. Les références historiques, philosophiques et psychanalytiques sont nombreuses, denses. Le développement de la pensée est subtil, progressant par nuances.

Deux citations extraites de la préface écrite par Jean-Claude Michéa rendent nécessaire la lecture de cet ouvrage :

"L'un des passages les plus dérangeants de "La culture du narcissisme" demeure, de toute évidence, celui où Lasch développe l'idée que la génie spécifique de Sade - l'une des vaches sacrées de la gauche - serait d'être parvenu, "d'une manière étrange", à anticiper dès la fin du XVIII° siècle toutes les implications morales et culturelles de l'hypothèse capitaliste, telle qu'elle avait été formulée pour la première fois par Adam Smith, il est vrai dans un tout autre esprit.

"Sade - écrit ainsi Lasch- imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n'importe qui; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d'échange.

Elle incorporait également et poussait jusqu'à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci.

Dans l'état d'anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre - un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l'agression sans freins.

Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n'importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu'il fût.

En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n'a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises." (p.11 et 12)

Je citerai un dernier passage :

"Plus que tout, c'est la coexistence de l'hyper-rationalité avec une vaste révolte contre la rationalité qui justifie que l'on caractérise notre mode de vie en ce XX° siècle comme une culture du narcissisme. Ces sensibilités contradictoires ont une origine commune. Toutes les deux naissent du sentiment de perte et d'exil ressenti par tant d'hommes et de femmes d'aujourd'hui, de leur plus grande vulnérabilité face à la douleur et à la privation, et de la contradiction entre la promesse qu'ils "ont droit à tout" et la réalité de leurs limitations". (p.306)
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6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 indispensable, 8 mai 2011
Par 
D. André (Suisse) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Un ouvrage indispensable pour comprendre certains aspects importants de la réalité contemporaine. Bien qu'écrit à la fin des années 70 et faisant référence surtout à la réalité américaine, cet ouvrage aborde certains pans de l'évolution du monde moderne. Je ne suis pas certain de suivre l'auteur dans toutes ses analyses, mais il est indéniable que celles-ci donnent à penser.
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5.0 étoiles sur 5 Un livre important, 10 mai 2014
Par 
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
"La culture du narcissisme" est un ouvrage majeur de Christopher Lasch - tout comme "La Révolte des Elites ou la trahison de la démocratie". Ici, il reprend de manière fondamentale et, comme à son habitude, avec moult références, un large éventail de thèmes au centre de notre société contemporaine. Ce texte est une critique fondamentale du modernisme du temps court au travers des thèmes du monde du travail, de l'éducation, de la politique, du sport, de la famille etc. Le travers narcissique y est mis en lumière par une analyse psychanalitique profonde (que je trouve personnellement difficile pour le non initié) et surtout par une démarche dialectique qui caractérise l'auteur. C'est un livre difficile, mais fondamental, essentiel.
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9 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Aux origines de la gauche bobo, 21 mars 2009
Par 
Jules Alexandre Théophraste de Corvée de Ch.... (Aix-en-Provence, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La culture du narcissisme (Poche)
Voilà sans doute, et sans aller plus loin, l'analyse la plus lucide de tous les mythes que trimballe la gauche bobo aujourd'hui: culte éperdu du moi, exigence immédiate de la satisfaction du désir, relativisme des valeurs et surtout destruction obsessionnelle de l'école et de la culture (transformée en "fête"). Le chapitre sur l'école et sa destruction aux Etats-unis permet de comprendre ce qui se passe aujourd'hui chez nous.
Vous qui lisez ce livre, abandonnez tout espoir: la gauche (dite "gauche américaine", celle qui communie autour de la lecture de "Libération") est l'avant-garde de la réaction. Depuis la publication de ce livre, son arrière-garde a pris le pouvoir partout, l'hédonisme agressif, le mépris du travail, le culte de l'individu isolé esclave de ses désirs est devenu l'idéologie officielle. Cela porte aussi un autre nom: le nihilisme.
D'autant plus admirable qu'à l'origine Lasch était un marxiste, mais qui a refusé de suivre la "modernité" issue de mai 1968.
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La culture du narcissisme de Christopher Lasch (Poche - 8 septembre 2008)
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