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Le Nanga Parbat culmine dans la chaîne himalayenne à 8125 mètres de haut. La simple sonorité de son nom est déjà l’invitation aux plus incroyables rêveries. Mais comme dans toutes les légendes, il comporte sa part d’ombre et de malédiction.

Longtemps réputé imprenable, le Nanga Parbat résista à beaucoup d’assauts, et cela durant des années. Les alpinistes parmi les plus chevronnés de l’époque y risquèrent leurs vies, et beaucoup y restèrent. Le 3 juillet 1953, l’allemand Hermann Buhl réussit l’exploit qui avait coûté la vie à 31 alpinistes avant lui. Celle que l’on appelle alors « la montagne tueuse » commençait à livrer peu à peu ses secrets. Mais approchée ne signifiait pas qu’elle pour autant fût domptée.

En 1970, une nouvelle expédition allemande, menée par Karl M. Herrligkoffer, s’apprête à tenter l’expédition par la face du Rupal, le plus haut versant à pic du monde, et encore invaincu. Reinhold Messner et son frère Günther font partie de l’équipe qui assiège le 9ème sommet du monde cette année là.

Reinhold Messner livre ce récit de l’ascension qu’il mena au péril de sa vie, et dont son frère Günther ne revint pas.

On aimerait penser qu’il en va des sommets comme des alpinistes : qu’ils évoluent dans des hauteurs que le commun des mortels ne peut connaître.

Mais ce livre est au contraire le fruit d’un combat, celui de Reinhold Messner, contre la calomnie, le mensonge et la trahison dont il fut l’objet dès son retour du sommet. Accusé d’avoir abandonné son frère pour assouvir ses ambitions, les bruits les plus fous se répandirent sur lui. La malédiction du Nanga Parbat avait rattrapé les deux alpinistes trop aventuriers. En 2005, les restes de Günther furent découvert, et allaient attester la thèse de l’avalanche sur le retour du sommet, telle qu’elle avait été exposée par Reinhold.

Mais revenons en 1970. Alors que les allemands font le siège de la montagne, le mauvais temps les cloue au camp de base, la nature semblant bien décidée à rappeler à l’homme sa gravité initiale.

Les alpinistes décident alors de tenter une « attaque éclair » du sommet malgré le mauvais temps, annoncé comme persistant par une fusée rouge lancée dans la nuit noire par le chef d’équipe Karl Herrligkoffer (le chef d’équipe ici organisait et planifiait l’ascension mais ne grimpait pas jusqu’au sommet).

Si la réputation de Reinhold Messner comme grand alpiniste de son temps était déjà bien établie (il n’avait pourtant pas encore escaladé l’Everest sans masque à oxygène, ce qui était alors tenu pour impossible et qu’il allait réaliser en 1978, puis de nouveau en solitaire en 1980), ce n’était pas encore le cas de son frère Günther. Elan de fraternité, ambition, passion…toujours est-il que Günther rompt les rangs et rejoint rapidement son frère sur la voie qui mène au sommet, distanciant les deux autres membres de leur équipe. Bientôt les deux hommes se tiennent côte à côte sur le toit du Nanga Parbat, dans la fameuse zone au-dessus des 8000 mètres, que les alpinistes appellent la « zone de la mort », tant l’air respirable y est pauvre.

Mais si les grimpeurs redoutent les effets néfastes de cette altitude, ils ont tous une autre crainte : la descente. Souvent plus mortelle, car toute l’énergie et l’adrénaline du corps sont jetées dans la conquête du sommet.

Günther disparaît soudainement, sans un cri ou un bruit. Comme dans un récit mythologique, le Nanga Parbat s’est refermé sur le jeune alpiniste de 24 ans, laissant Reinhlod seul dans l’immensité glacée. Et cette solitude sauvage fut sa malédiction à lui.

Aussitôt redescendu, il fut accusé, i compris par sa propre équipe, de tous les maux : avoir abandonné son frère mourant pour satisfaire sa quête du sommet, sommet que les deux hommes n’auraient jamais gravit par ailleurs.

Le Nanga Parbat avait bien rattrapé les deux frères audacieux, avalant le plus jeune et le plus téméraire dans une avalanche blanche, et abattant sur le plus vieux la mythique malédiction de Cassandre, condamnée à parler sans jamais être crue par ses semblables.

Et pourtant, bravant sans relâche la calomnie et la douleur du deuil, Reinhlod Messner n’aura de cesse de se battre pour rétablir sa vérité de l’ascension par le versant du Rupal, et de son retour par le Diamir, exploit qu’il réalisera une nouvelle fois quelques années plus tard, prouvant que puisqu’à l’impossible il était tenu, l’impossible il réaliserait une nouvelle fois.

Ce livre incroyable témoigne à lui tout seul de la complexe personnalité de Reinhlod Messner. Son écriture entrecroise deux narrations différentes (un récit qui relate chronologiquement les évènements de 1970, et une « voix off » qui commente son ressenti avec la vision rétrospective que les années passées lui autorisent) et deux temporalités, rendant au mieux un cheminement de pensées dont on pressent que l’auteur n’a cessé d’arpenter d’années en années.

À ce jour Reinhlod Messner n’a guère plus besoin de prouver quoi que ce soit. En renouvelant les exploits et les performances réputées « impossibles », il a contribué à élargir ce monde qui ne cesse de se rétrécir. À lieux incroyables, histoires incroyables, comme si l’homme ne savait plus vraiment qui il était dans ces hauteurs où la vie n’est pas censée se développer. On songe alors à toutes ces malédictions que les anciennes civilisations imaginaient sur les sommets des montagnes, dont on disait qu’elles étaient la demeure des dieux…

Emma Breton

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le 7 janvier 2013
L'histoire reprise ici par Messner commence par un résumé succinct des tractations entre Messner et ses équipiers et le club alpin et sert plutôt d'exutoire à l'auteur. Autant, il semble clair que les critiques et les calomnies étaient injustifiées, autant il manque de détails, d'interprétations et d'analyse pour bien comprendre les tenants et aboutissants. Au niveau du style, Messner réunit les carnets de note de son frère, ses propres commentaires et mixe le tout en un style à la troisième personne vite horripilant.

Le livre devrait offrir une justification à ses actions envers ses détracteurs mais il peine assez à en fournir, ne rend pas trop le contexte dans lequel les décisions sont prises (altitude, manque de jugement, etc). L'individualisme se ressent et pour être alpiniste moi-même, j'ai du mal à comprendre comment il a pu perdre son frère dans la descente, en empruntant tous deux des chemins différents. L'époque n'imposait pas à strictement parlé de cordée mais jamais il m'est arrivé de perdre de vue un coéquipier, épuisé et en difficulté de surcroit...

Cela dit, le livre est tout de même puissant d'évocation, de caractère et on ressent un homme de fer mais fragile aussi et profondément atteint par l'impuissance de cette perte et son injustice (si près du but, la vallée). Il donne envie de comprendre plus avant l'histoire, alors qu'il devrait en fournir la clé. Celle-ci aurait mérité une réécriture par un auteur au style plus soigné, plus littéraire; elle en aurait gagné en clarté et en agrément de lecture
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