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5.0 étoiles sur 5 Une vision originale et pertinente du champ politique
« Le complexe d'Orphée » reprend en les précisant les thèmes développés dans les précédents ouvrages de Michéa. Si l'on n'a pas encore découvert cet auteur, il me semble plus pertinent de commencer par « Impasse Adam Smith » ou bien « L'Empire du moindre mal ». Pour ceux qui le connaissent déjà,...
Publié le 18 juin 2012 par Jean-paul Lacharme

versus
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 original et stimulant
La pensée et l'écriture de J.C. Michéa sont toutes les deux très originales et stimulantes.

La thèse de Michéa est que la gauche progressiste a abandonné le socialisme (après l'affaire Dreyfuss) et qu'elle ne représente plus le socialisme.
Thèse très intéressante et qui...
Publié il y a 14 mois par reflex


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5.0 étoiles sur 5 Une vision originale et pertinente du champ politique, 18 juin 2012
Par 
Jean-paul Lacharme (Marseille, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
« Le complexe d'Orphée » reprend en les précisant les thèmes développés dans les précédents ouvrages de Michéa. Si l'on n'a pas encore découvert cet auteur, il me semble plus pertinent de commencer par « Impasse Adam Smith » ou bien « L'Empire du moindre mal ». Pour ceux qui le connaissent déjà, l'intérêt de l'ouvrage demeure intact. Nous avons ici une histoire détaillée de la cartographie idéologique actuelle. L'auteur rappelle que le monde politique du XIXe siècle était tri-polaire : les blancs ou parti de l'ordre défendant les valeurs de l'ancien régime, c'est à dire l'ancienne droite, les bleus ou parti du mouvement (les républicains, la gauche dominée par les figures d'Alexis de Tocqueville et de Benjamin Constant), et enfin les rouges (socialistes, anarcho-syndicalistes, ensuite marxistes) qu'on ne pouvait alors pas qualifier « de gauche » et qui refusaient d'ailleurs cette étiquette « bourgeoise ». Bleus et rouges se sont rapprochés à l'occasion de l'affaire Dreyfus puis l'histoire du communisme stalinien a brouillé les cartes. Les blancs ont peu à peu disparu entre la fin de la guerre et les années soixante dix. Les rouges se sont peu à peu dilués dans les bleus en devenant ce qu'on appelle l'extrême gauche. Les exigences populaires réellement socialistes sont passées définitivement à la trappe en 1983 ; elles seront par la suite taxées de populistes. Le débat politique actuel est maintenant confiné à l'intérieur de partis républicains libéraux acquis au pouvoir du marché, à la domination du droit procédural et au mythe du progrès quelles que soient leurs étiquettes. Sa linéarité factice (gauche, centre, droite) est le piège fatal enfermant la gauche moderne. La vision politique de Michéa est orthogonale à tout cela. C'est son intérêt majeur.

Un second point important concerne les soubassements moraux du mouvement socialiste primitif (Pierre Leroux) ancré sur le concept orwellien de « décence commune » (common decency), sans laquelle il n'est point de société viable. C'est cette morale des gens ordinaire qualifiée d'archaïque ou de réactionnaire que la gauche moderne a liquidé dans sa fuite en avant. De là le titre de l'ouvrage : ne jamais regarder « en arrière » (c'est réac.) mais toujours en avant selon la direction de la flèche du progrès, de la façon dont Orphée ne devait pas se retourner sous peine de perdre Eurydice sortie des Enfers. Si la common decency demeure encore largement répandue dans les classes populaire bien que le libéralisme vise à l'éradiquer comme obstacle principal à sa mainmise générale sur les populations, elle est inexistante au sein des élites.

Sur la forme, dix questions/réponses, dix chapitres. L'écriture de Michéa est un peu spéciale : elle est arborescente : un chapitre avec des scolies notées [A][B], ... en fin de chapitre. Des notes [1][2] dans les scolies. Des notes [a][b] dans les notes. Ca peut gêner certains.Mais on peut aussi tout lire de façon linéaire.
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36 internautes sur 39 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 qu'est-ce que la gauche ?, 28 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Michéa est surtout connu pour sa critique du libéralisme, ce qui lui a valu de passer pour un gauchiste auprès de certains lecteurs. Dans ce livre il critique plus spécifiquement la gauche, ce qui peut être déconcertant. Mais il ne s'agit pas de provocation de sa part. Son discours est cohérent, argumenté et documenté (en particulier du point de vue historique).

Il avait déjà dit dans ses précédents ouvrages que le libéralisme crée une confusion et une illusion particulière à la gauche. Pour l'expliquer, il revient ici sur ce qu'a été historiquement la gauche. D'abord, au XIXe siècle, un mouvement politique libéral et républicain qui n'avait rien à voir avec les différentes formes de socialisme (en un sens assez large, englobant le marxisme ou l'anarchisme) et les mouvements ouvriers, les deux camps étant même opposés (par exemple au moment de la Commune). Puis s'est formé une alliance de circonstance (que Michéa situe à la fin de l'affaire Dreyfus) qui a créé une confusion entre les deux pendant tout le XXe siècle. Aujourd'hui, bien que la gauche parlementaire ait totalement renoncé au socialisme, la confusion existe encore dans les termes (on emploie souvent l'un pour l'autre). Michéa explique entre autres ce qu'il y a d'incohérent à se prétendre à la fois de gauche et anticapitaliste (idée qui peut sembler très curieuse mais dont peut chaque jour vérifier la pertinence), et comment la droite exploite hypocritement cette incohérence à des fins électorales.

Le livre revient aussi (en l'approfondissant) sur la critique du libéralisme en général. L'écriture arborescente de Michéa peut déranger, mais elle est peut-être nécessaire pour permettre une analyse exhaustive. En tout cas, la lecture de l'oeuvre de Michéa est extrêmement utile pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Comme son propos échappe aux grilles de lectures habituelles, le risque de malentendus est grand. Ne pas hésiter à lire ses précédents livres (par exemple « l'empire du moindre mal ») pour les dissiper.
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22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "Mon point de départ est toujours une injustice", George Orwell, 11 novembre 2011
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Orphée, le prince des poètes, nous précise la mythologie grecque, eut le privilège de rechercher son amour dans l'Hadès, à la seule condition qu'au moment de sortir, il ne devait se retourner. Contrevenant à l'instruction des dieux, Orphée vit disparaître à tout jamais celle qu'il chérissait. Deux fondements mentaux président l'univers de la gauche libérale : le sens de l'histoire qui par nécessité va de la droite à la gauche en passant par le centre, et l'impérieux besoin de "vivre avec son temps". La conjonction des deux se traduit non seulement par un rejet du passé, mais par la haine de celui-ci. Il devient vital pour l'homme de gauche d'échapper à un passé psychologiquement insupportable. Affirmer par exemple que du passé, des valeurs peuvent être retrouvées, affirmées, revient à être un réactionnaire. Est-il réactionnaire le fondateur du socialisme, Pierre Leroux, quand en 1845, il écrit si justement :

"(...) Loin d'être indépendant de toute société et de toute tradition, l'homme prend sa vie dans la tradition et la société. Il ne vit que parce qu'il a foi dans un certain présent et dans un certain passé." (cité par Jean-Claude Michéa, p.48-49)

La réponse s'impose d'elle-même : accepter le passé, le comprendre, l'assimiler, en retirer des leçons (de l'Histoire), refuser une vision linéaire, déterministe, de l'Histoire tendue vers un sens (ésotérique : qui connaît la finalité de l'Histoire ? en dehors de quelques gourous d'une nouvelle cabale philosophique ...) abscons n'est évidemment pas être réactionnaire.

Jean-Claude Michéa, avec son style incisif, surprend le lecteur, cherchant en lui la saine réaction, philosophique, du questionnement de son propre substrat de pensée coutumier, dont l'habitude l'a fait oublier, conduisant machinalement, par aliénation, des réponses insensées, échappant à l'ordre de la pensée. Lire Jean-Claude Michéa, c'est assumer le principe de se faire piquer à la manière du taon de Socrate, en vue de gagner en liberté de penser.

Michéa loue la sagesse de George Orwell, le célèbre auteur de 1984 et de La Ferme des Animaux, au travers de la "common decency" qui est "la réappropriation moderne de l'esprit traditionnel du don" (p.90 :

"Parler, comme le fait Orwell, d'un fondement moral du socialisme (ce qui - précisait-il- 'suscite immanquablement le ricanement sarcastique de quiconque a des prétentions intellectuelles') n'a donc jamais voulu dire que la bonne volonté des gens ordinaires pouvait suffire, à elle seule, à régler tous les problèmes d'une société décente. C'était seulement rappeler, d'une part, que les fins du socialisme se propose de réaliser trouvent toujours leur motivation première dans l'expérience morale de ces gens ordinaires (et non pas dans un savoir de type universitaire - fut-il celui du 'matérialisme historique'). Et de l'autre, que ces fins étant posées, elles ne sauraient en aucun cas légitimer - au nom d'un quelconque 'réalisme politique' - l'usage de moyens notoirement immoraux tels que 'les bombardements massifs de populations civiles, la prise d'otages, le recours à la torture pour arracher des aveux, les séquestrations, les exécutions sommaires, les matraquages, les noyades d'opposants dans les fosses à purin, la falsification systématique des dossiers et des statistiques, la trahison, la corruption et la collaboration avec l'occupant' - Orwell, "Raffles and Mrs Blandish-" p.99.

Poser en soi l'existence de valeurs, d'une tradition, penser que l'être venant à la vie est plus débiteur de la société que son créancier, qu'il trouve dans la civilisation incomparablement plus qu'il n'y apporte - toutes ces composantes de la "common decency" sont rejetées par cette gauche affectée, dans son rejet du passé, dans sa continuelle nécessité de bouger (confondant le sens de "progresser" avec celui du nomadisme perpétuel), affichant ainsi sa marque idéologique libérale.

L'amoralisme de principe des élites capitalistes trouve donc une légitimation par ceux qui rejettent l'idée même de "common decency". L'impératif de mobilité continuelle des capitaux, des marchandises, des hommes (mesure phare du projet de TCE rejeté par la France et adopté par leurs politiques, démophobes, dans le Traité de Lisbonne) a répondu à ce "nomadisme intégral" de la gauche libérale, qu'elle a donc soutenu activement. Cette "gauche kérosène" dont le phare est Jacques Attali (toujours dans un avion ou dans un aéroport), sans sol, milite pour ce type de société aux aspects suivants :

"Dans la pratique, un monde régi par le mouvement brownien des individus atomisés serait donc, sauf pour quelques minorités privilégiées (comme par exemple, les hommes d'affaires, les artistes du showbiz ou l'élite universitaire), un monde où prédomineraient nécessairement les emplois précaires, les junk jobs et les contrats à durée déterminée. Une simple variante appauvrie, en somme, de celui dans lequel nous vivons déjà." (p.145).

Or "l'atomisation des individus constitue le principe et la fin d'une société libérale" (p.295)

Cette société sape les bases même de la démocratie parce que l'idée, exposée par Abraham Lincoln ("s'il est toujours possible de tromper quelqu'un tout le temps (..) ou tout le monde quelque temps, il est impossible de 'tromper tout le monde tout le temps'). "Le fondement logique de cette conviction optimiste - qui légitime le recours au suffrage universel - c'est l'idée qu'avec le temps une communauté donnée finit toujours par accumuler une expérience collective suffisante des hommes et des choses qu'elle devient ainsi progressivement capable de juger lucidement ceux qui briguent ses suffrages. Un tel raisonnement repose cependant sur un postulat implicite. Celui que le noyau dur d'une telle communauté conserve au fil du temps (l'expérience pouvant, bien sûr, se transmettre de génération en génération) un minimum de stabilité. Dans l'hypothèse, au contraire, où la logique du turn-over permanent deviendrait, pour une raison ou une autre, la loi d'existence de cette communauté (...) il est clair que la constitution d'une expérience politique commune deviendrait rapidement problématique et que les possibilités de 'tromper tout le monde tout le temps' en seraient accrues d'autant (le fait que, dans bien des agglomérations modernes, des politiciens cyniques ou corrompus se voient indéfiniment réélus le prouve déjà suffisamment).
L'idée d'une société libérale-deleuzienne reposant sur le nomadisme généralisé (...) semble donc difficilement compatible avec celle d'un véritable 'gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple'" - p.145-146

Mais d'où viennent ces racines libérales de la gauche actuelle ? Jean-Claude Michéa les retrace à la fin du 19° siècle, quand le socialisme a été fusionné avec ceux qui occupaient les places de la gauche, à l'Assemblée, et qui n'étaient autres que les libéraux (cf. la nécessaire lecture de l'Histoire de la Restauration) tels que Guizot, Thiers, "qu'on allait bientôt appeler les républicains de progrès" -p.171 - Charles Péguy dénoncera cette mutation définitive du socialisme avec des propos jamais démentis dans L'Argent.

"Le fondement philosophique de ce rapprochement pour le moins surprenant (surtout après les journées de juin 1848 et l'écrasement de la Commune) était l'idée - qui constitue malheureusement le grand point faible de la théorie marxiste- selon laquelle il était non seulement nécessaire d'en finir au plus vite avec toutes les structures de l'Ancien Régime (...), mais que - conformément à la 'théorie des stades' - l'essor du capitalisme industriel représenterait, de toute façon, un immense progrès historique puisqu'il allait permettre de mettre en place (tout en libérant 'les forces productives' et en favorisant les progrès de l'esprit scientifique) la future 'base matérielle du socialisme'.
Dans cette distribution des cartes entièrement inédite, les organisations socialistes officielles étaient donc invitées à s'intégrer enfin au jeu politique défini sous la Restauration (malgré les réticences de nombreux anarchistes et de la grande majorité d'un mouvement syndical encore fermement attaché à l'idée d'autonomie ouvrière) et à rejoindre ainsi le camp des 'forces de progrès' (devenant, par la même occasion, la nouvelle 'extrême gauche') avec l'espoir d'en radicaliser le mouvement et de conduire celui-ci à son terme 'logique' : le triomphe universel du socialisme.
Inutile de dire qu'un compromis historique noué sur des bases philosophiques aussi douteuses exposait, dès le départ, la classe ouvrière et ses alliés aux pires déconvenues (comme l'expérience du XX° siècle l'a amplement confirmé). D'autant que sur le plan intellectuel, ce ralliement à la gauche (et donc la légitimation de son complexe d'Orphée) ne pouvait contribuer qu'à dissoudre un peu plus la spécificité du socialisme ouvrier originel dans l'imaginaire transgressif et modernisateur du parti du Mouvement et de ces nouvelles classes moyennes urbaines qui en constituaient désormais l'appui social privilégié (c'est naturellement ici que nous retrouvons la critique d'Orwell)" - p.171-173

Jean-Claude Michéa passe en revue les intellectuels engagés dans ce déracinement, cette désolation, véhicules de cette perversion idéologique du socialisme. Orwell "désigne toujours un certain type de fonctionnement intellectuel et psychologique (de nature 'schizophrénique'- ajoute-t-il parfois) qui permet à ceux qui en maîtrisent les codes de se rendre volontairement aveugles aux réalités qu'ils ont sous les yeux ('il ment comme un témoin oculaire', aimaient à plaisanter les dissidents soviétiques). En ce sens, la fonction première du mode de pensée idéologique est bien de neutraliser tout sens commun en enfermant ses 'victime' dans une bulle spéculative - l'adoption d'un jargon stéréotypé (ou d'une 'langue de bois') jouant évidemment un rôle essentiel dans ce processus d'autoenfermement.
Dans l'histoire du XX° siècle, le représentant le plus accompli de cette pathologie intellectuelle (ou de cette perversion) est certainement l'intellectuel stalinien. (...)" Dans la préface de 'Animal Farm', Orwell précise "(...) Le véritable ennemi, c'est l'esprit réduit à l'état de gramophone, et cela reste vrai que l'on soit d'accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment" - p.225

Se libérer de ces folies, c'est renouer avec le "common sense" qui est ontologiquement lié à la "common decency" (p.227).
"Comme le rappelle Raffaele La Capria (dont Orwell aurait sans doute beaucoup apprécié la définition du sens commun comme ce système radar qui guide l'intellectuel véritable) :
'le sens commun n'est pas la mesure de toutes choses, il ne serait pas bon qu'il en aille ainsi, mais il est certainement le minimum nécessaire pour en comprendre beaucoup'. C'est précisément parce que l'intelligentsia de gauche manque cruellement de ce 'minimum nécessaire' que le chemin qui a conduit Orwell au socialisme s'est trouvé si souvent parsemé d'intuitions et de rencontres silencieuses." - p.229

Les nombreuses références à la gauche intellectuelle libérale, critiquéé dans ses fondements, conduisent à mieux comprendre leur haine du peuple, mise en scène au travers des "Beaufs" (Canard Enchaîné), des "Bidochons", des "Guignols de l'info", des "Deschiens". La haine du peuple procède de ce rejet de la common decency, de ce refus du "common sens", dans cette projection sans fin de l'individu atomisé vers un néant consumériste, de précarité. Réagir à la mort programmée de notre société, tel est l'enjeu alimenté en réflexion de ces intellectuels que j'apprécie tant, de la trempe d'un Emmanuel Todd, d'un Jacques Sapir, d'un Bertrand Renouvin, d'un Jean-Claude Michéa (tous habitués des "Mercredis de la NAR") pour n'en citer que quelques uns.

***
Addendum du 17 mars 2012. A la demande de Bagration, j'avais précisé, dans mes remarques, détruites par le site, le concept de "common decency" tel que le définit l'auteur Jean-Claude Michéa - c'est une des rares remarques que j'avais enregistrée, hélas :

BAGRATION,

Une réponse à votre demande de clarification du terme "common decency" se trouve dans le précédent ouvrage de Michéa, La double pensée : Retour sur la question libérale, p.157-161. J'y souscris pleinement. Je cite :

<<"- Comment peut-on traduire en français ce terme de common decency ?
- Le terme est habituellement traduit par celui d' "honnêteté élémentaire", mais le terme de "décence commune" me convient très bien. Quand on parle de revenus "indécents" ou, à l'inverse, de conditions de vie "décentes", chacun comprend bien, en général (sauf, peut-être un dirigeant du Medef) qu'on ne se situe pas dans le cadre d'un discours puritain ou moralisateur. Or c'est bien en ce sens qu'Orwell parlait de "société décente". Il entendait désigner ainsi une société dans laquelle chacun aurait la possibilité de vivre honnêtement d'une activité qui ait réellement un sens humain. Il est vrai que ce critère apparemment minimaliste implique déjà une réduction conséquente des inégalités matérielles. En reprenant les termes de Rousseau, on pourrait dire ainsi que dans une société décente "nul citoyen n'est assez opulent pour pouvoir en acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre" -Le Contrat social, Livre II, chap.XI- Une définition plus précise des écarts moralement acceptables supposerait, à coup sûr, une discussion assez poussée. Mais, d'un point de vue philosophique, il n'y a là aucune difficulté de principe. J'ai récemment appris, par exemple, qu'il existait désormais à Paris un palace réservé aux chiens et chats des riches. Ces charmantes petite bêtes - que vous aimez sans doute autant que moi - s'y voient servir dans des conditions parfaitement surréalistes (et probablement humiliantes pour les employés qui sont à leur disposition) une nourriture d'un luxe incroyable. Le coût de ces prestations est, comme on s'en doute, astronomique. Eh bien, je suis persuadé que dans un monde où des milliers d'êtres humains meurent chaque jour de faim - et, où certains, dans nos sociétés occidentales, ne disposent pas d'un toit pour dormir, alors même qu'ils exercent un travail à temps complet - , la plupart des gens ordinaires s'accorderont à trouver une telle institution parfaitement indécente. Et il en irait probablement de même si j'avais pris comme exemple le salaire des vedettes de football professionnel ou des stars du show-biz. Or pour fonder de tels jugements, il est certain que nous n'avons pas besoin de théorisations métaphysiques très compliquées. Une théorie minimale de la "common decency" suffirait amplement. Dans son "Essai sur le don", Mauss en a d'ailleurs dégagé les conditions anthropologiques universelles : le principe de toute moralité (comme de toute coutume ou de tout sens de l'honneur) c'est toujours - observe-t-il- de se montrer capable, quand les circonstances l'exigent, de "donner, recevoir et de rendre" (1)...

- C'est aussi le simple bon sens, non ?

- Bien sûr. Il arrive d'ailleurs un moment où les revenus des plus riches atteignent de tels sommets qu'ils finissent presque par apparaître encore plus absurdes qu'indécents. Chez Orwell, la "common decency" et le "common sense" (c'est-à-dire le "bon sens") sont, d'ailleurs, intimement liés. (...) Si tant d'intellectuels - parmi les plus brillants du XX° siècle- ont donc cédé aussi facilement à la tentation totalitaire - au point d'en perdre tout bon sens et d'écrire des textes 'hallucinants' - ce n'est certainement pas parce que l'intelligence ou les outils philosophiques leur faisait défaut (les intellectuels français les plus délirants ont, du reste, très souvent été formés à l'Ecole normale supérieure; c'est presque une marque de fabrique); En réalité - nous dit Orwell - il faut rechercher l'explication de leur folie politique dans leur manque personnel de "common decency" - manque qui a forcément quelque chose à voir avec l'égoïsme, l'immaturité et le besoin de s'imposer aux autres (c'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle ce genre d'intellectuel éprouve traditionnellement un mépris sans limites pour la morale commune, supposée être "petite-bourgeoise" ou "judéo-chrétienne"). Dès que quelqu'un cède au 'délire idéologique' (qu'on songe au culte hystérique dont Mao - l'un des plus grands criminels de l'histoire moderne- a pu être l'objet), on peut donc être quasiment sûr que l'on trouvera les clés de sa folie intellectuelle en observant la façon concrète dont il se comporte avec les autres dans sa propre vie quotidienne. Les fanatiques et les inquisiteurs (ceux que Dostoïevski appelait "les possédés") sont presque toujours de grands pervers. Et ce sont aussi, paradoxalement, de grands donneurs de leçons."

(1) :
Si on accepte de voir dans la morale commune "moderne" (ou "common decency") une simple réappropriation "individuelle" des contraintes collectives du don "traditionnel" (tel que Marcel Mauss en a dégagé les invariants anthropologiques) on pourra assez facilement en définir les maximes générales :

- savoir donner (autrement dit, être capable de générosité);
- savoir recevoir (autrement dit, savoir accueillir un don comme un don et "non comme un dû ou un droit");
- savoir rendre (autrement dit, être capable de reconnaissance et de gratitude).

On pourra également déduire les fondements moraux de toute éducation véritable (que ce soit dans la famille ou à l'école): ils se résumeront toujours, pour l'essentiel, à l'idée qu'à l'enfant humain "tout n'est pas dû" (contrairement à ce qu'il est initialement porté à croire) et qu'en conséquence, il est toujours nécessaire de lui enseigner, sous une forme compatible avec sa dignité, que le monde entier n'est pas "à son service" (sauf, bien entendu, si le projet explicite des parents est de faire de leur enfant un exploiteur ou un politicien - ou, d'une manière plus générale, un manipulateur et un "tapeur"). Il suffirait, d'ailleurs, d'inverser ces principes socialistes pour obtenir automatiquement les axiomes de toute "éducation libérale" (et notamment l'idée décisive que l'enfant doit être placé en permanence "au centre" de tous les processus éducatifs.>>

Latour
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 original et stimulant, 25 août 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
La pensée et l'écriture de J.C. Michéa sont toutes les deux très originales et stimulantes.

La thèse de Michéa est que la gauche progressiste a abandonné le socialisme (après l'affaire Dreyfuss) et qu'elle ne représente plus le socialisme.
Thèse très intéressante et qui stimuleront tous ceux qui veulent sortir des clivages simplistes droite/gauche ou socialisme/libéralisme que l'on confond d'ailleurs.

Michéa remet un peu d'ordre dans tout cela et donne des os à ronger.
Pensée riche

Je ne mets pas 5 étoiles parce que je ne le suis pas sur tout. En particulier, je ne pense pas que le socialisme réel (tel qu'il le rêve) soit mieux que le libéralisme (qu'il dénonce avec justesse dans tous ses autres livres).
Bien qu'il critique Marx (ou les marxistes) sur des points, il reste avec une grille de lecture inspirée par Marx, selon moi.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Mise au point sur la politique contemporaine, 8 juin 2013
Par 
Alexis Livier - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Je commente ici un livre que je n'ai pas acheté sur Amazon, mais que j'ai emprunté à la bibliothèque ; qu'on ne me tombe donc pas dessus en me disant que je ne l'ai pas lu.

Jean-Claude Michéa est de ces penseurs qui analysent avec lucidité notre société contemporaine, mais qui, pour cette raison, ne seront jamais invités sur les plateaux de télévision. Si vous n'avez que peu ou même aucune connaissance philosophique comme c'est mon cas, n'ayez pas peur : Michéa se veut disciple d'Orwell, et explicite la pensée de son maître. Le propos de cet essai est de critiquer la religion du Progrès qu'a fait sienne la Gauche occidentale d'une part, et de dénoncer la fausseté du clivage Gauche / Droite d'autre part.

Il suffit, je le pense, d'avoir une paire d'yeux pour constater que le discours traditionnel de Gauche (défendre les ouvriers, les petites gens ; fustiger le Capital) a cédé la place à un discours festif (bien analysé par Philippe Muray dans Festivus Festivus) et progressiste ; ce mot : "Progrès", est l'objet de l'essai de J.-C. Michéa, car il est devenu un dogme irrécusable, la réponse à tous les questionnements, la panacée, et apparemment, l'horizon indépassable du Bien. Comment s'est opéré ce changement ? Michéa remonte aux origines de la politique contemporaine française.

A l'origine, il y avait :

- les réactionnaires, c'est-à-dire les partisans du retour à l'Ancien Régime ; ceux qu'on appelait aussi les ultramontains ;
- les conservateurs, c'est-à-dire ceux qui voulaient conserver les choses en l'état ;
- les libéraux, qui réclamaient plus. Plus de quoi ? C'est bien là qu'on voit que ce mot, "libéral", a de nombreuses acceptions qui font de lui un mot aujourd'hui galvaudé comme "fasciste", "démocratie", "droits de l'Homme", "République", et "citoyen" ; à l'origine, l'homme libéral est un "ami de la Liberté", à l'instar de John Locke ou d'Edmund Burke ; à l'inverse, le libéral d'aujourd'hui est un ami du Marché, de la "concurrence libre et non faussée". De ces deux acceptions, dont la première semble avoir disparu, naît l’ambiguïté.

Ces trois courants politiques sont restés ignorés du socialisme naissant, qui ne voulaient pas s'immiscer dans les affaires des bourgeois ; on voit bien que les premiers socialistes avaient tout compris, eux qui voulaient maintenir le mouvement ouvrier indépendant (et il l'était réellement à la fin du XIXe siècle). Michéa évoque un moment capital de notre histoire politique : l'affaire Dreyfus ; devant la supposée menace d'un retour à l'Ancien Régime, mouvement socialiste et mouvement libéral républicain se sont alliés, et les premiers socialistes de voir leur mouvement phagocyté par les libéraux. Ces républicains, qui n'avait pas hésité à tirer sur les Communards (très socialiste comme attitude, n'est-il pas ?) vont alors prendre les rênes du mouvement ouvrier, ce qui apportera quelques victoires (on pense au Front populaire), mais surtout la trahison de ces derniers dans les années 80.

Le mouvement libéral se définit lui-même comme étant "le Mouvement" contre "l'Ordre" des conservateurs, et bien sûr "la Réaction" des monarchistes ; dès lors, mouvement et progrès deviennent le crédo de ces gens, et leur seul "programme" politique (j'ose à peine écrire ce mot). "Aujourd'hui est meilleur qu'hier ; demain sera meilleur qu'aujourd'hui", voilà une certitude érigée en dogme, puis en religion, dans laquelle nous baignons encore aujourd'hui.

Choisir "mouvement" et "progrès" comme devise implique deux néologismes, que sont le bougisme (vivre comme un touriste ; changer de pays, de travail tous les deux ans) et le jeunisme (rester à tout prix chébran et trop cool-han tu vois quoi !), en même temps qu'un rejet total du passé, vu comme ténébreux (qu'on pense à l'enseignement du Moyen-Âge au collège !) ; or, qui peut se permettre d'être tout le temps entre deux aéroports à part les universitaires, P-DG, politiques, journaleux, fonctionnaires internationaux, etc. ? La majorité des gens naissent, vivent et meurent encore dans leur région d'origine, car ils y sont attachés ; changer de travail tous les ans n'est pas leur objectif, mais une "obligation" à laquelle les aléas du capitalisme financier les soumet, et ils sont attachés à des valeurs (le "bon sens populaire" d'Orwell, repris par Michéa) que vomissent les progressistes au nom de la lutte contre tous les archaïsmes.

De là découlent :

- tous les "combats" à la mode pour les sans-papiers (qu'on pense aux bourgeois du XVIe qui campent en bord de Seine, ou à toutes ces "artistes" qui font des mariages blancs pour "sauver" un gentil Malien), pour supprimer "Mademoiselle" ou "race" des formulaires et du dictionnaire, pour venir en aide aux pauvres Nindiens d'Amérique du sud qui souffrent très beaucoup à cause des méchants blancs ouin ouin, et d'une manière générale, les combats pour donner des droits à toutes les minorités prétendument opprimées (femmes, homos, animaux, Arabes, noirs, Gitans, Roms, sans-papiers, etc.) ;

- le soutien, que dis-je ! l'admiration pour tout ce qui transgresse les codes, les règles, qui fait voler en éclats les préjugés ("art" contemporain à Versailles, et partout ailleurs hélas, soutien aux pédophiles, Justice laxiste, sauf à l'encontre des "réac'", FEMEN qui défilent seins nus à Notre-Dame-de-Paris, etc.), et même la fascination pour la violence, que ce soit celle des zyva de quartiers ou bien celle des requins de la finance internationale ;

- le lâchage de la classe ouvrière par le P.S. dans les années 80, et théorisé seulement dans les années 2000 par feu Olivier Ferrand, le seul homme honnête du Parti, qui a eu l'honnêteté de reconnaître que, pour gagner les élections, il fallait s'appuyer sur les étrangers puisque les classes laborieuses (et dangereuses) étaient perdues (comprendre = qu'elles étaient sceptiques quant aux réalisations du "Progrès"). On constate donc que la Gauche française est condamnée, pour respecter le sacro-saint dogme du Progrès, d'avancer sans se retourner, comme le pauvre Orphée, quitte à se renier.

Voilà pour la Gauche contemporaine. Et maintenant, le clivage Gauche / Droite. C'est un faux clivage, dans le sens où, les deux camps parlant de libéralisme, ils finissent par se rejoindre et combattre pour les mêmes choses.

Les progressistes veulent en finir avec les traditions (morale, religion, famille, orthographe, etc.) et se battent pour tout faire voler en éclats ; pour en finir avec les traditions, rien de tel qu'un bon métissage, qui unira l'Humanité ; tiens, et si on se battait à fond pour l'immigration ? De l'autre côté, la Droite, pour qui la religion et la morale sont affaires privées, qui ne doivent pas empiéter sur le domaine public (comprendre = qui ne doivent pas être un frein au commerce) strictement défini par le Droit, et pour qui l'immigration est source de profits, puisque le capitalisme ne vit que grâce aux migrations incessantes des gens.

Ces deux courants, découlant tous deux du libéralisme né à la fin des guerres de religion pour tenter de trouver une solution à ce qui aurait pu être une guerre sans fin (que l'on songe aux philosophes des Lumières, Montesquieu par exemple, pour qui le commerce est la solution à tous les problèmes, et le meilleur moyen d'obtenir une paix mondiale et définitive) se rejoignent donc sur bien des points ; on comprendra donc les affinités plus que suspectes entre le P.S et l'UMP, ou entre les démocrates et les républicains aux EUA, pour les naïfs qui s'étonnent de ce qu'Obama fasse une "politique de Droite". La "Gauche" a le rôle de "destructeur de traditions", de "combattant du Progrès", de l'"avant-garde de la nouvelle Humanité", tandis que la Droite, sans rien supprimer de ce qu'a fait la Gauche par intérêt électoraliste, fait mine de la critiquer pour s'attirer les voix des gens attachés aux traditions (que l'on songe à J.-F. Copé qui a annoncé, malgré sa présence à la Manif pour tous, qu'il a essayé de récupérer à son compte, qu'il ne remettrait pas en cause le droit au mariage pour les homos), ou alors fait mine de s'intéresser aux idées du Peuple (Sarko et le "débat" sur l'identité nationale ; Guéant et sa pique sur les "civilisations supérieures", qui au passage, en dit long sur l'opinion que notre élite a de nous, les Français, puisque M. Guéant a voulu "jouer au Franchouillard de service" l'espace d'une semaine) juste avant les élections.

Face à cette situation et à cette société totalement cynique et égoïste, Michéa prône, à l'instar d'Orwell, un retour au socialisme primaire, ce qu'Orwell appelle "common decency", que Michéa appelle "le bon sens populaire", ou encore : le populisme ; en somme, ce qu'il faut faire pour que le sentiment d'injustice ne naisse pas dans le cœur des Hommes, et qui a pour fondement trois mots : donner, recevoir, rendre. On partage, ou non, les idées de Michéa, mais force est de constater que son analyse de notre société est juste et percutante ! On aimerait bien le voir au JT de TF1 ou France 2 tiens !
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2.0 étoiles sur 5 Manque de rigueur intellectuelle !, 18 octobre 2014
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Placer cet essai sous le sceau de George Orwell, écrivain magnifique et penseur profond, est une tromperie sur la marchandise. Même si l'on est parfois d'accord avec les jugements intempestifs formulés par l'auteur, on ne peut qu'être abasourdi par son manque de rigueur intellectuelle. En voici un exemple, parmi bien d'autres : Michéa reprend le concept, dû à Marx, sur << l'armées industrielle de réserve >>, pour affirmer que l'immigration massive est due au capitalisme libérale. Que ce dernier cherche à en tirer profit, nul ne le niera. Il ne faudrait pas pour autant oublier les profonds déséquilibres démographiques actuels ni la misère poignante frappant de vastes régions du globe, faits dont le libéralisme, tant décrié par Michéa, ne peut être tenu pour le principal responsable. On se retrouve avec une idéologie << Blut und Boden >> (sang et sol), fleurant une bonne vieille extrême droite, ce dont l'auteur ne semble nulle part avoir conscience. Je terminerai par quelques questions faussement naïves : Michéa, qui prône une économie de proximité, bannissant les transports à longue distance, mange-t-il des oranges ? a-t-il un téléphone portable fabriqué en Asie par des ouvriers surexploités ? monte-t-il dans des voitures propulsées par du pétrole importé de fort loin ? J'arrête ici car on a évidemment compris où je veux en venir.
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Joyeusement hérétique bien qu'un peu confus, 3 février 2013
Par 
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Jean-Luc MICHEA, marxiste connu pour sa critique du libéralisme, critique ici plus paradoxalement la gauche, sur base d'une analogie avec le mythe d'Orphée.
Le mythe est connu : Le prince des poètes se vit octroyer par les dieux le privilège de rechercher son amour perdu dans l'Hadès, à condition qu'en emportant sa bien aimée au sortir des enfers, il ne se retourne pas. Au dernier moment il contrevient à l'instruction des Dieux et voit alors disparaître à tout jamais celle qu'il chérissait.
MICHEA fustige le culte vouée par la gauche libérale au progrès et à la modernité, sa notion d'un « sens de l'histoire » qui la conduit à mépriser tout ce qui évoque « hier » et inversement à encenser toutes les évolutions contemporaines quelles qu'elles soient et à transgresser toutes les limites par principe.
Poser l'existence de valeurs, d'une tradition, est rejeté par cette gauche affectée, dans son rejet du passé, par une assimilation du changement avec le mieux et de l'après avec le progrès, rejoignant ainsi la marque idéologique libérale.
MICHEA dénonce ce déracinement, perversion idéologique du socialisme originel.
Il y oppose la sagesse de George ORWELL, le célèbre auteur de « La Ferme des Animaux », en invoquant les notions de « décence commune » qui est l'expérience morale des gens ordinaires, et de « société décente », dans laquelle chacun aurait la possibilité de vivre honnêtement d'une activité qui ait réellement un sens humain, une société fondée sur la triade : « donner, recevoir et rendre ».
- Savoir donner : autrement dit, être capable de générosité ;
- Savoir recevoir : autrement dit, savoir accueillir un don comme un don et non comme un dû ou un droit ;
- Savoir rendre : autrement dit, être capable de reconnaissance et de gratitude.
Pour un socialiste, les fondements moraux de l'éducation, que ce soit dans la famille ou à l'école, se fondent sur l'idée qu'à l'enfant tout n'est pas dû, contrairement à ce qu'il est initialement porté à croire ; et que par conséquent il est nécessaire de lui enseigner que le monde n'est pas à son service ; Michea dénonce l'éducation libérale qui se fonde sur l'idée de mettre l'enfant au centre des processus éducatifs.
Il y a de quoi se perdre dans la construction de l'ouvrage, avec des notes dans les notes d'autres notes, en cascade, à moins de s'en tenir à une lecture linéaire, ce que l'auteur suggère d'ailleurs en prologue.
Au-delà cette déplaisante construction en spirale, le style est heureusement clair, incisif et il ne manque pas d'humour. Le discours est cohérent, argumenté et extrêmement bien documenté, notamment du point de vue historique.
Si l'analyse théorique est souvent convaincante, on cherchera cependant vainement la démonstration d'un domaine où les choses aient été réellement mieux avant...
Je lui reprocherais aussi de relativiser les « droits de l'homme » en mettant systématiquement ces quatre mots entre parenthèses dans son texte,.
Enfin, le progrès est une réalité, qu'il soit ou non par ailleurs une idéologie...
Il reste que de nombreux thèmes développés par l'auteur sont à mon estime pertinents, comme la généralisation médiatique de la langue de bois et du « politiquement correct », le mépris par les intellectuels de gauche des classes populaires et en particulier des gens du terroir, ou encore la perversion du système éducatif qui tend à briser l'asymétrie ontologique de l'enseignant et de l'enfant.
Que l'on adhère ou non aux thèses qu'il développe, cet ouvrage donne en tous cas des clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui.
Il permet notamment de saisir, en la situant dans une perspective historique, l'adhésion de la majorité de la gauche au libéralisme ; et aussi de comprendre le succès des LEPEN et MELANCHON, en ce qu'ils s'adressent aux valeurs traditionnelles de ceux que l'auteur appelle « les gens ordinaires ».
NDR: J'ai emprunté dans ce commentaires quelques passages à d'autres commentaires.
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24 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Michéesque, 20 octobre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Michéa n'a pas abandonné ses mauvaises habitudes : une lecture en spirale quelque peu décourageante (on se retrouve à lire le petit c du point 8 de la scolie H du chapitre 4), une manie agaçante de distribuer les bons et les mauvais points à tout bout de champ, et une répétition un peu gonflante de ses ironisations sur la "gauche libérale".
Néanmoins, pour la pertinence et la quasi-exhaustivité de ses analyses, je ne cesserai de recommander chaudement les essais de Michéa, qui, l'un après l'autre, ne font que confirmer les thèses du précédent par l'expérience quotidienne de la bêtise ambiante de nos médias et de nos universitaires bien-pensants.
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3.0 étoiles sur 5 Sociologie, 28 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Parfois difficile à comprendre, mais la démarche de Michea existe et elle mérite d'être connue. Le positionnement idéologique est parfois bizarre
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5.0 étoiles sur 5 Riche, dense, éclairant, 4 mars 2014
Par 
E. DENIS (FRANCE) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
J'ai commencé par lire "les mystères de la gauche" mais je crois que c'était mettre la charrue avant les boeufs.
Je recommande vivement la lecture de ce livre-ci qui me semble le plus "eye-opening" depuis que j'ai lu la "stratégie du choc" de Naomi Klein. Une grille de lecture indispensable pour comprendre la gauche moderne et identifier les forces politiques qui s'affrontent.
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