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10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Assumer notre passé pour espérer un avenir, 10 juin 2014
Par 
Yves Léonard (Languedoc) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Modérément moderne (Broché)
C'est un essai brillant, érudit et discrètement provocateur que nous propose le philosophe Rémi Brague. Sa cible est le nihilisme contemporain qu'il identifie comme le problème majeur des sociétés occidentales et qui l'inquiète au point de craindre pour la survie de notre civilisation. Tout au long de ces pages son interlocuteur essentiel est Nietszche.
Le titre "Modérément moderne" fait ironiquement référence à la célèbre formule de Rimbaud : "Il faut être absolument moderne" pour en prendre le contre-pied. Pour Rémi Brague, qui est aussi spécialiste du Moyen-âge, l'apport de la modernité ne va pas de soi et justifie un regard critique. Il s'attache à nous montrer à travers maints exemples que la modernité s'est en fait construite sur l'acquis des siècles qui l'ont précédée et dans une certaine ingratitude vis à vis de ceux-ci. Le risque du parasite est de mourir avec la bête dont il se nourrit, or aujourd'hui notre civilisation est exténuée et le Christianisme qui a assuré son fondement et sa permanence depuis deux millénaires voit ses institutions moquées dans les médias et ses penseurs marginalisés.
La vaste culture de Rémi Brague lui permet d'aborder de nombreux sujets à partir de son éclairage propre de Chrétien mais avec, me semble t'il beaucoup d'honnêteté intellectuelle. J'ai été notamment sensible au débat qu'il mène entre d'une part l'idolâtrie ou la superstition, d'autre part l'athéisme. Ces deux déviations (aux yeux de l'auteur) ont existé de tous temps mais sont particulièrement présentes dans notre actualité, l'une étant la mère du fanatisme, l'autre du manque fondamental de confiance dans leur être de nos sociétés. Pour Rémi Brague le Judéo-Christianisme est indissociable du rôle accordé au logos, de l'émergence des ténèbres et donc d'une valorisation de la raison, certes inapte à connaître les origines et les fins dernières mais propice au développement de la vie, à la culture de nos jardins. Brague cite Léopardi : " La raison est une lumière. La nature veut être éclairée, non pas incendiée par elle".
Rémi Brague achève son texte par une longue méditation sur l'éducation et la transmission, sujets évidemment majeurs dans la perspective qui est la sienne. Distinguant soigneusement l'éducation de l'instruction il en vient à proposer, sans trop y croire, un programme éducatif ou la théologie (fondement de tout), les langues "mortes" et la pratique des beaux arts seraient les matières cardinales. Utopie? Certes, mais il s'agit d'une orientation, laquelle est aux antipodes des orientations actuelles qui privilégient l'apprentissage de techniques "utiles". Pour Rémi Brague qui se veut visionnaire, ce ne sont pas celles-ci qui assureront la survie de notre civilisation mais une autre attitude face à la vie.
Il s'agit donc d'un propos radical, à la mesure sans doute des impasses actuelles. Rémi Brague mérite d'être lu et médité.
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23 internautes sur 32 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Des étymologies qui contreviennent au langage postmoderniste, 21 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Modérément moderne (Broché)
Ce qui et remarquable avec un tel savant c'est qu'il est « toujours dans la plaque ». Il a une telle connaissance des langues et des auteurs que l'on ne risque jamais de passer à côté de quelque chose d'important.
Il sera retenu ici le mot « SÉCULIER » pour observer comment il parvient à « renverser la table ».
Première remarque : - L'usage du mot « séculier », par opposition à religieux est pris au sens de ce qui s'appelle aujourd'hui « sécularisme » est relativement nouveau.
Deuxième remarque : - Le philosophe anglais John Stuart Mill, dans son livre On Liberty (1859), plutôt que d'opposer « irréligieux » à « religieux », a choisi ce mot qui appartient lui-même au vocabulaitre chrétien ; voire même qui n'a de sens qu'à l'intérieur de celui-ci, où il désigne l'état de vie monastique, s'opposant en ce sens à l'état « régulier ».
Troisième remarque : - À cete date fatidique de 1859, celle de la publication de L'Origine des espèces de Darwin, les élites intellectuelles de l'Angleterre sont en train de basculer hors du christianisme. Mais il n'est pas encore de bon ton de se déclarer athée.
Il s'agit donc d'une précaution oratoire de Mill.
Première conclusion : - Depuis lors, le terme « séculier » est devenu un de ces mots qui expriment la (bonne) conscience de soi de la Modernité éclairée, satisfaite d'avoir laissé derrière elle tout ce pour quoi elle trouve divers noms, parmi lesquels le terme de « Moyen-Âge », qui suffit à déconsidérer tout ce qui en relève.
Première incidente : - Pourtant, le terme est d'origine chrétienne, et il s'enracine plus précisément dans le droit canonique où il désigne celui qui, au sein de l'Église, vit dans le « siècle », à la différence de celui qui est soumis à une règle monastique. Cette évolution sémantique n'est pas sans parallèle. Ainsi, l'adjectif « laïc » qui a pris le sens « extérieur à l'Église », désignait à l'origine un statut précis à l'intérieur de l'Église, celui de baptisé qui n'a pas de fonctions cléricales.
Deuxième incidente : - La considération de faits linguistiques de ce genre amène à se poser des questions quant à leur contenu. Ainsi, on peut se demander si la valorisation accordée au peuple, voire sa quasi-divinisation (vox populi, vox Dei), est tenable à long terme sans le fondement biblique de la dignité de chaque homme et si la thèse de Bergson sur l'origine évangélique de la démocratie ne serait pas tout simplement vraie.>
Emission de sa thèse: - Le véritable sujet des démocraties modernes est « le peuple tel qu'il est constitué par l'élection divine, qui donne à chaque personne d'avoir accès au VRAI et au BIEN. Car autrement comment répondre à l'objection aristocratique, qui demande pourquoi on devrait donner un même bulletin de vote au prix Nobel et à l'idiot du village ? Le vocabulaire de la langue grecque possède un mot pour désigner cette façon de concevoir le peuple, un mot choisi par les auteurs de la traduction grecque de la Bible, la Septante. Afin de rendre l'hébreu `am, et probablement pour éviter d'avoir recours à demos, aux connotations politiques trop manifestes, ses traducteurs ont utilisé le terme de la langue épique laos, qui était à leur époque plutôt démodé ou provincial. L'adjectif grec laikos (« appartenant au laos ») donna le latin laicus, encore vivant dans nos langues romanes et en français.
Conclusion : - En dernières analyse nos démocraties modernes seraient, dans l'idéal qui les anime plus ou moins secrètement, des laocraties. Dans la pratique, nos régimes concrets constituent des mixtes, à dose variable selon les cas, entre cette laocratie idéale et ethnocratie (construction effectuée par un Etat cristallisé autour d'une région ou d'une dynastie : Ile-de-France, Piémont, Prusse, Castille, parlant un dialecte imposé par l'école).
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5.0 étoiles sur 5 a lire et relire, 2 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Modérément moderne (Broché)
décidement les auteurs sont comme le bon vin. Je lis mr Brague depuis quelques années et comme philosophe essayiste il arrive à maturité. Ce dernier livre s'il pouvait être lu par nos pseudos élites leur ferait comprendre de l'utilité des humanités pour réfléchir, penser, être un homme tout simplement.
en tout cas un livre à lire pour être dans le monde "moderne"
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Modérément moderne de Rémi Brague (Broché - 5 mars 2014)
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