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5.0 étoiles sur 5 "Quand vous pensez avoir tout vu, vous n'en êtes en fait qu'au début, vous venez à peine d'effleurer la surface", 8 mai 2014
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 10 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : À la porte du paradis - Cent ans de cinéma américain. Cinquante-huit cinéastes (Broché)
Michael Henry Wilson fait partie de ces critiques dont les connaissances cinématographiques très précises, les qualités d'analyste et d'interviewer, la clarté du style font qu'il est une signature que l'on a plaisir à suivre. Depuis une bonne vingtaine d'années, je lis ses articles dans la revue Positif, et ai également acquis au fur et à mesure non seulement ses monographies de cinéastes - son Raoul Walsh ou la saga du continent perdu, hélas archi-épuisé ; son Jacques Tourneur ou La Magie de la suggestion se trouvant quant à lui encore, mais difficilement - et ses livres avec deux des cinéastes américains encore en activité les plus pré-éminents, avec qui il s'entretient régulièrement depuis une quarantaine d'années (Scorsese par Scorsese et Eastwood par Eastwood). Tous livres formidables, qui comptent parmi mes préférés dans une collection désormais assez conséquente. Ceux qui ne connaissent pas ces livres mais ont pu se plonger dans les copieux livrets des volumes de la collection de chez Wild Side consacrés au Rendez-vous avec la peur de Jacques Tourneur ou à The Story of G.I. Joe (Les forçats de la gloire) de William Wellman auront pu constater de quelle plume alerte et renseignée il s'agit.

Si j'apprécie toujours les entretiens que conduit Michael Henry Wilson avec des cinéastes américains - il est de fait précieux d'avoir à notre disposition ceux réalisés en complicité avec Eastwood, et plus encore avec Scorsese, dont il est devenu l'ami et le collaborateur occasionnel - je regrettais un peu que ses études sur les films et les cinéastes ne se trouvent que dans les numéros de revues et ne soient pas recueillies en volume. C'est désormais chose faite, la quasi-totalité des 58 études constituant cet ouvrage de 640 pages ayant été publiées au préalable en tant qu'articles de revue.

Cela a son importance si l'on considère la nature de l'ouvrage. Ni dictionnaire proposant des notices fouillées sur ces 58 cinéastes ni collection d'études passant en revue l'œuvre entier pour chaque réalisateur, À la porte du paradis propose une présentation soigneusement composée d'articles plus ou moins revus et corrigés (élagués surtout, d'après ce que précise l'auteur). Il ne faut de ce fait pas s'attendre à un 'livre de référence' au sens d'un manuel alignant des études qui seraient toutes sur le même modèle. Correspondant en cela aux circonstances dans lesquelles ils ont été rédigés, certains écrits couvrent tout l'œuvre d'un auteur, quand d'autres sont consacrés à une partie du corpus, et d'autres encore à un seul film. Ainsi, les pages consacrées à Robert Altman (California Split, Un Mariage), Stanley Kubrick (Full Metal Jacket, Eyes Wide Shut) et Terrence Malick (La Ligne rouge, Le Nouveau Monde) portent sur deux films pour chaque auteur, quand l'article sur Francis Ford Coppola est pour sa part dédié au seul Apocalypse Now. Pour la plupart contemporains de la sortie des films - dans le cas de Coppola, c'était pour la version Redux - ces analyses illustrent bien comment Wilson sait réagir aux œuvres avec tout son bagage cinéphilique et culturel, en faisant preuve d'une hauteur de vue certaine et d'une capacité tout à fait confondante à les appréhender en les inscrivant dans une tapisserie qui les excède (et qui aujourd'hui que les articles sur les divers cinéastes se répondent directement prend d'autant plus son sens).

Qu'il s'agisse d'études plus larges (Michael Curtiz) ou de celles portant sur un seul film (cf. les exemples notés ci-dessus, L'Esclave libre de Raoul Walsh ou Lilith de Robert Rossen), on voit à l'œuvre les mêmes qualités d'analyse aiguë se nourrissant de connaissances d'ordre aussi bien historique et culturelle que biographique que du contexte des conditions de production et de réalisation, etc. Toutes choses sans lesquelles l'étude du cinéma, et singulièrement du cinéma américain, est toujours un peu trop partielle, et qui manquent cependant parfois cruellement.

Le regroupement fera penser, sans toutefois la recouper exactement, à la typologie que Wilson a déjà élaborée il y a quelque temps avec Martin Scorsese dans leur documentaire Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain - le texte à également été publié dans un magnifique album, disponible en anglais comme en français : A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies / Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain. Des aventuriers des premiers temps (Griffith, Stroheim, Murnau, Wellman, Walsh...) aux arpenteurs de l'imaginaire en passant par les contrebandiers, iconoclastes et cinéastes en proie à la désillusion, Wilson fait, comme Scorsese ou Tavernier (cf. Amis Américains), autant de places aux grands maîtres reconnus qu'à des cinéastes connus uniquement des cinéphiles pointus (ou un peu plus largement mais pour guère plus qu'un seul de leurs titres : Tay Garnett, Phil Karlson, Cy Endfield...). Comme on peut l'attendre en pareil cas, la lecture des articles donne envie de tout voir quand on connaît trop peu, de revoir pour ce qui est déjà mieux balisé.

Il est loisible d'avoir ses préférences bien sûr, au-delà même des accointances que l'on peut avoir avec l'auteur / l'œuvre dont il est question. Peut-être parce que les études sur des cinéastes très prolifiques me semblent amener inévitablement à sacrifier des œuvres et à en regrouper d'autres de façon parfois un peu pesante, je tends à préférer les études portant sur un seul film ou sur une poignée. D'autant plus que ces textes ont été produits juste après la vision du film, démontrant ainsi une acuité de regard que les années écoulées depuis lors n'ont pas émoussée - si seulement tous les critiques étaient capables de telles analyses à chaud...! Les articles sur Eyes Wide Shut ou La Ligne rouge font ainsi figure de modèles, n'ayant rien perdu de leur pertinence une quinzaine d'années après leur parution. Ce qui n'enlève pas pour autant leur (grand) intérêt a ceux des textes qui sont plus extensifs. D'ailleurs, les articles ne couvrant pas assez de terrain peuvent laisser un goût de trop peu : c'est le cas pour moi de ceux sur Nicholas Ray, Elia Kazan, Robert Aldrich ou Samuel Fuller par exemple. Ce n'est pas sur un Ernst Lubitsch ou un Frank Capra, qui ont fait l'objet d'écrits par tombereaux, que Wilson donne toute sa mesure. Sur les auteurs sur lesquels il a déjà livré des études magistrales (Scorsese et Eastwood sur une vingtaine de pages dans les livres d'entretiens), voire un livre entier (Walsh et Tourneur), on ne pourra que regretter la version plus longue. À plus forte raison dans le cas de Walsh car il s'agit d'un chapitre du livre (certes aujourd'hui introuvable) quand il venait en illustration de tout ce qui avait précédé, qui semblait peut-être plus essentiel. Dernière limite, qui est celle de l'auteur en règle générale : certains articles demeurent par trop thématiques et ne laissent pas assez de place à l'analyse formelle (non pas que l'on pense qu'elle doive être dissociée du reste, évidemment).

Si l'on peut reprocher à Wilson le fait que certains articles peuvent donner l'impression d'être taillés un peu plus étroitement que d'autres, ce n'est quoi qu'il en soit que par contraste, tant la richesse de certains d'entre eux est patente. Il s'agit bien d'un livre monumental, dont les quelque 600 pages (hors filmographies et index) sont gorgées de connaissances et d'informations diverses et rédigées dans un style impeccable, qui permet de connaître plus intimement en l'espace de seulement quelques feuillets l'œuvre d'un auteur, voire l'auteur lui-même via son œuvre. Mais parce qu'il fait partie de ces livres qui en donnent tellement au lecteur qu'au bout du compte ils le comblent tout en laissant un fort goût de revenez-y, on espère que Wilson et son éditeur ne s'arrêteront pas en si bon chemin. Dans sa Postface, l'auteur exprime ce qui ressemble à des regrets, et il assure qu'il aurait pu substituer à la liste des 58 retenus autant de noms différents. De quoi concevoir un deuxième volume sur le même modèle, en somme. C'est peu dire que l'on est preneur, d'autant que la réalisation du livre est belle, avec une iconographie bien choisie et des mieux reproduites. Chapeau à toutes les personnes concernées, de l'auteur à ses éditeurs, et surtout qu'elles n'hésitent pas à remettre le couvert, en allant cette fois-ci de John Ford à Paul Thomas Anderson en passant par John Huston, Billy Wilder, Brian De Palma, etc.

En postface, Michael Henry Wilson cite son ami Martin Scorsese, dans ce que l'on peut voir comme la profession de foi du cinéphile impénitent : "Quand vous pensez avoir tout vu, vous n'en êtes en fait qu'au début, vous venez à peine d'effleurer la surface." Ce n'est pas faire injure à Wilson, alors que son livre est loin de se contenter de la couche la plus superficielle, que d'assurer qu'il lui reste beaucoup à creuser, y compris d'ailleurs sur des auteurs déjà traités ici. On compte sur lui pour continuer à livrer des analyses et entretiens aussi approfondis que ceux qu'il a coutume de nous proposer depuis des années. Qui ont fini par donner lieu à des livres tous aussi essentiels que celui-ci, qu'on ne peut que recommander chaleureusement.

À mon sens un des tout meilleurs livres de cinéma de cette année, de pair pour ce qui est du seul cinéma américain avec le dernier tome de la très stimulante somme de Pierre Berthomieu Hollywood - Le temps des mutants.

P.-s. C'est avec tristesse que je clos ce commentaire par l'annonce de la disparition de Michael Henry Wilson, fin juin 2014. Ce cinéphile hors pair, passionné et pour ce que j'ai pu en voir des plus affables, nous manquera. On ne peut que se féliciter qu'il ait pu mener ce travail-là à bien, et regretter amèrement qu'il n'y ait à venir ni un deuxième volume d'articles ni les actualisations de ses livres d'entretiens, qu'il avait apparemment déjà prévues. Même en l'état, toutefois, ces ouvrages resteront indispensables.
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5.0 étoiles sur 5 Travail critique majeur d'un des meilleurs spécialistes du cinéma américain, 26 juillet 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : À la porte du paradis - Cent ans de cinéma américain. Cinquante-huit cinéastes (Broché)
"À la porte du paradis" est l'ouvrage que tous les cinéphiles attendaient de Michael Henry Wilson, l'un des meilleurs connaisseurs du cinéma américain, dont on appréciait depuis quarante ans les analyses d'une finesse et d'une qualité d'écriture rares.
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