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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Suite de la plongée au coeur de l'horreur du système concentrationnaire soviétique, 24 février 2011
Par 
crew.koos (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TESTEURS)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres complètes tome 5 - L'Archipel du Goulag tome 2: Tome II (Relié)
Second tome de l'implacable triologie que Soljenitsyne consacra au système concentrationnaire sovietique, cet ouvrage ne perd rien de la force de temoignage qu'avait le premier. Une nouvelle fois, c'est l'horreur et l'incompréhension qui nous saisit à la lecture des pages évoquant le système dans son ensemble et le quotidien dans les camps.

Dans cette seconde partie Soljenitsyne démonte toute la logique implacable qui se cache derriere l'extermination par le travail depuis les iles Solovski (ancetres des Goulags) jusqu'a l'abattage des arbres dans les coins les plus reculés et les plus glaciaux de l'ancien empire, en passant par le travail pharaonique de creusement des différents canaux ordonnés par Staline. Evidemment pour tenir les délais délirant fixés par le petit père, se sont des journées de 12 - 14h de travaux auxquelles les prisonniers sont soumis, 360 jours et quelques par ans, avec pour seul hébergement, parfois, une simple tente par moins 50 degrès.

Une fois mené à bien cet historique, Soljenitsyne s'attache a dresser un portrait de la population de ces camps, des enfants, des femmes, des politiques, des mouchards, des planqués, etc... tout un petit (enfin, quelques millions de personnes tout de meme) monde partageant les memes horreurs, le froid, l'humidité, la promiscuité, la faim, les mauvais traitements, le viol, la maladie, le travail harrassant, la fatigue, et une humanité, à de rares exceptions près, rabaissée a ses plus bas instincts animaux pour tenter de survivre.

Bien evidemment, comme pour le tome 1, c'est horrifié que l'on referme ce livre, peut etre plus encore qu'au premier tome, tant est cette fois abordée le quotidien qui fut celui de millions de personnes comme vous et moi dont le seul crime fut parfois de poser negligemment une veste sur un buste du petit pere des peuples et qui s'en trouvérent dénoncés comme sociaux traitres.

Témoignage édifiant d'une époque pas si lointaine, ou l'occident proclamait, a l'issu des horreurs nazis, "plus jamais ca", tandis que la machine semblait s'emballer de l'autre coté de l'encore inachevé rideau de fer.

CREW.KOOS
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 227 témoignages, plus celui d'Alexandre Soljénitsyne, essentiels, pour notre Mémoire Universelle !!!, 14 mars 2013
Par 
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres complètes tome 5 - L'Archipel du Goulag tome 2: Tome II (Relié)
(Deuxième des trois volumes sur l'Histoire de "L'Archipel du Goulag").

Dans ce deuxième volume de "L'Archipel du Goulag", Alexandre Soljénitsyne, par son témoignage et ceux de 227 prisonniers, nous présente l'immensité du Goulag, composé par sa foultitude de camps de concentration, de travaux forcés et de "rééducation". Il décrit également le fonctionnement et les "relations" à l'intérieur des camps, entre les prisonniers et les bourreaux (ou Tchékistes, nom des bourreaux repris de la première Police Politique du régime Soviétique, instaurée en décembre 1917 par Lénine : la Tcheka !).
Il reprend la généalogie des camps de concentration depuis leurs origines situées, évidemment, dès le début de la période Léniniste. En effet, seuls nos "Camarades", en ce 21ème et début de 3ème millénaire sont encore capables de feindre et même de..., NIER, cette tragique réalité pourtant incontournable. D'ailleurs, de nombreuses citations concernant Lénine sont issues des 55 volumes de ses "Œuvres". Effectivement, c'est Lénine, lui-même, qui employait des termes à caractères Terroristes, Criminogènes et pour tout dire..., Totalitaires, dans ses discours et ses ordres, tels que : "camps de concentration", "Terreur massive", "pendre", "fusiller", "travaux coercitifs", "ennemis de classe", "ennemis du peuple", "contre-révolutionnaires", "otages", "parasites", "insectes nuisibles", "éléments socialement douteux", etc. (page 13) :

"Eôs aux doigts de rose, si souvent mentionnée par Homère et que les Latins appellent l'Aurore, a caressé de la main le premier petit matin de l'Archipel.
Lorsque nos compatriotes eurent appris par la BBC la découverte de M. Mikhaïlov, à savoir que l'existence des camps de concentration dans notre pays remontait à 1921, beaucoup d'entre nous (beaucoup d'Occidentaux aussi) furent sidérés : si tôt ! cela se peut-il ? dès 1921 ! est-il possible ?
Bien sûr que non ! Bien sûr que Mikhaïlov se trompe. En 1921, ils fonctionnaient déjà à plein régime, nos camps de concentration (ils étaient même en voie d'achèvement). Il serait bien plus juste de dire que l'Archipel est né au son des canons de l'"Aurore" (croiseur, il tira les premières salves de la révolution d'Octobre (25 octobre/7 novembre) sur le Palais d'Hiver qui abritait la Gouvernement Provisoire).
Comment eût-il pu en être autrement ? Réfléchissons.
Marx et Lénine n'ont-ils pas enseigné la nécessité de briser l'ancienne machine coercitive de la bourgeoisie pour la remplacer sur-le-champ en en créant une nouvelle ? Or la machine coercitive comprend : l'armée (nous ne sommes pas étonnés de voir se constituer l'Armée rouge au début de 1918) ; la police (la milice est rénovée avant même l'armée) ; les tribunaux (à partir du 24 novembre/7 décembre 1917) ; - et les prisons. Pourquoi donc, au moment où l'on instaurait la dictature du prolétariat, eût-on dû tarder à introduire une nouvelle espèce de prison ?
Autrement dit, et d'une façon plus générale, prendre du retard en matière de prison, ancien style ou nouveau style, était une chose rigoureusement impossible. Dès les premiers mois qui suivirent la révolution d'Octobre, Lénine exigeait : "les mesures les plus résolues et les plus draconiennes pour relever la discipline" (note n°1 : V.I. Lénine, Polnoïé sobranié sotchinénïi[Œuvres complètes] en 55 volumes, 5e édition, Éditions d'État de littérature politique, Moscou, 1958-1965, t. 36, p. 217). Or des mesures draconiennes sont-elles possibles sans prison ?
Quelles nouveautés en la matière l'État prolétarien est-il susceptible d'apporter ? Ilitch [Lénine] explora de nouvelles voies. En décembre 1917, à titre d'hypothèse de travail, il proposa l'arsenal suivant de châtiments : "confiscation de tous les biens (...), détention en prison, expédition au front et travaux coercitifs pour tous les contrevenants à la présente loi (note n°2 : Lénine, Œuvres complètes., t. 35, p. 176). Nous pouvons donc noter que l'idée directrice de l'Archipel, les travaux forcés, a été avancée dès le premier mois de l'après-Octobre."

De surcroît, l'Idéologie de la "Dictature du Prolétariat " devrait plutôt être nommée, en réalité : "Dictature SUR le prolétariat" et tous types d'autres "ennemis du peuple", puisqu'en effet, les Bolcheviques (Communistes), dans leur mansuétude légendaire, firent marquer dans la Constitution, dès le 10 juillet 1918, que... (page 17) :

"(...) celui qui ne travaille pas ne mange pas. En conséquence, si les détenus n'étaient pas conviés à travailler, ils devaient, aux termes de la nouvelle constitution, être privés de leur ration de pain."

Ce principe consistant à nourrir les prisonniers en fonction de leur productivité (de toute façon dans tous les cas, la ration de nourriture dans les camps était totalement insuffisante pour nourrir correctement n'importe quel être humain) devait tragiquement devenir l'un des principes fondamentaux du mode de fonctionnement des camps de concentration et de travaux forcés de l'ère Soviétique, au moins jusque dans la décennie de 1950. D'où, entre autres causes, les 2 MILLIONS de morts au Goulag ! (pages 18, 19, 20, 21 et 24) :

"Lors du VIIIe Congrès du RKP(b) (Rossiïskaïa kommounistitcheskaïa partia (bolchévikov) [Parti communiste (bolchévique) de Russie] ; nom du PCUS en 1918-1923) (mars 1919), les fondements de la "politique du travail coercitif" furent inclus dans le nouveau programme du parti. Quant à la complète mise en forme organisationnelle d'un réseau de camps sur toute l'étendue du territoire de la Russie soviétique, elle coïncida rigoureusement avec les premiers samedis communistes (12 avril-17 mai 1919) : les arrêtés du Vtsik concernant les camps de travail forcé datent des 15 avril et 17 mai 1919 (note n°11 : Sobranié ouzakonéniï u rasporiajéniï Rabotchévo i krestianskovo pravitelstva, Izdavaïemoïe Narodnym Komissariatom ioustitsii [Recueil des dispositions législatives et des directives du Gouvernement ouvrier et paysan, édité par le Commissariat du Peuple à la Justice]. 24 avril 1919, n°12, p. 124 : Sur les camps de travail coercitif ; 3 juin 1919, n°20, p. 235 : Sur l'organisation des camps de travail coercitif). Ils prévoyaient la création (par les soins des tchékas locales) de camps de travail coercitif dans chaque chef-lieu de gouvernement (selon ce qui était le plus commode : dans l'enceinte de la ville, dans un monastère ou bien dans une propriété des environs) ainsi que dans certains districts (pour l'instant, pas dans tous). Chaque camp ne devait pas contenir moins de trois cents personnes (afin que le labeur des détenus remboursât les frais de garde et d'administration) ; tous étaient du ressort des Services punitifs des différents gouvernements.
Mais ces camps de travail forcé n'ont encore pas été les tout premiers camps de la RSFSR (Rossiïskaïa Sovetskaïa Fédérativnaïa Respoublika [République socialiste fédérative soviétique de Russie]). Le lecteur a déjà rencontré à plusieurs reprises, en lisant les sentences des tribunaux (1re partie, chap. 8), les mots "camp de concentration". Peut-être a-t-il cru que nous commettions un lapsus ? que nous utilisions, par inadvertance, une terminologie postérieure ? Il n'en est rien.
En août 1918, quelques jours avant l'attentat perpétré contre lui par Fanny Kaplan, Vladimir Ilitch [Lénine], dans un télégramme adressé à Ievguénia Bosch (note n°12 : Cette femme, aujourd'hui oubliée, s'était vu confier à l'époque (en ce qui concerne la Tchéka et le Tséka) le destin de tout le gouvernement de Penza) et au Comité exécutif du gouvernement de Penza (aux prises avec une révolte paysanne qu'il n'arrivait pas à mater), écrivait ce qui suit : "Enfermer les douteux (pas les "coupables", les douteux - A.S.) dans un camp de concentration hors de la ville" (note n°13 : Lénine, Œuvres complètes, t. 50, p. 143-144). En outre : "...faire régner une terreur massive et sans merci..." (notez que le décret qui l'instituait n'avait pas encore été pris).
Et le 5 septembre 1918, une dizaine de jours après ce télégramme, fut publié le Décret du SNK (Sovet narodnykh kommissarov [Conseil des Commissaires du Peuple]) sur la Terreur rouge, signé Pétrovski, Kourski et BontchBrouïévitch. Outre les instructions concernant les exécutions massives par fusillade, il y était notamment prescrit de : "protéger la république des Soviets contre ses ennemis de classe en isolant ces derniers dans des camps de concentration (note n°14 : Recueil des dispositions législatives... 1918, section 1, n° 65, article 710 : De la Terreur rouge).
Voilà donc où - dans une lettre de Lénine, puis dans un décret du Sovnarkom [Soviet des Commissaires du Peuple (Gouvernement)] - il a été trouvé, pour être immédiatement saisi au vol et adopté, ce terme de "camp de concentration", l'un des termes majeurs du XXe siècle, promis à un si vaste avenir international ! Et voilà QUAND : en août et septembre 1918. Le mot lui-même s'était déjà employé pendant la Première Guerre mondiale, mais s'agissant de prisonniers de guerre, d'étrangers indésirables. Ici, pour la première fois, il est appliqué aux citoyens du pays lui-même. Le transfert de sens est compréhensible : un camp de concentration pour prisonniers de guerre n'est pas une prison, mais un lieu où il est nécessaire de les regrouper préventivement. On proposait maintenant que les citoyens douteux soient eux aussi l'objet de regroupements préventifs extrajudiciaires. L'esprit énergique de Lénine, s'étant présenté en pensée des non-condamnés entourés de barbelés, venait de trouver au passage le mot dont on avait besoin : kontsentratsionnyïé, "de concentration" !
Le chef des Tribunaux militaires révolutionnaires l'écrit, du reste, en toutes lettres : "L'internement dans des camps de concentration s'apparente à l'isolement des prisonniers de guerre" (note n°15 : K. Kh. Danichevski, Revolioutsionnyïé Voïennyïé Tribounaly [Les Tribunaux militaires révolutionnaires], édité par le Tribunal militaire révolutionnaire de la République, Moscou, 1920, p. 40 (Mention : secret). Voilà qui est franc : loi du plus fort et opérations militaires, mais contre son propre peuple.
Et si les camps de travail coercitif du NKIou (Narodny komissariat ioustitsii [Commissariat du Peuple à la Justice]) entraient dans la classe des "lieux communs de détention", les camps de concentration, eux, n'avaient rien d'un "lieu commun", ils étaient organisés, sous la compétence directe de la Tchéka, à l'intention des éléments particulièrement hostiles et des otages. Certes, par la suite, on put également échouer dans les camps après être passé devant le tribunal, mais il va de soi que ce qui vous marquait pour le flot, ce n'était pas la condamnation, mais le critère d'hostilité (note n°16: Recueil Des prisons..., p. 27-28). Toute tentative d'évasion du camp de concentration multipliait (sans jugement là non plus) votre temps de peine par dix ! (Bien dans le ton de l'époque, n'est-ce pas : "Dix pour un !", "Cent pour un !"). En conséquence, si quelqu'un, déjà titulaire de cinq ans, s'évadait puis était repris, sa peine était automatiquement prolongée jusqu'en 1968. Pour la seconde tentative d'évasion était prévu (et, bien entendu, régulièrement appliqué) le poteau.
En Ukraine, les camps de concentration furent créés avec un certain retard, seulement en 1920.
Les racines des camps étaient implantées profond, mais nous en avons perdu l'emplacement et jusqu'à la trace. Sur la plupart des premiers camps de concentration, plus personne ne nous fera de récits. Seuls les derniers témoignages de ceux qui ne sont pas encore morts parmi les premiers internés permettent de saisir quelque chose et de le sauver.
À l'époque, les autorités qui installaient les camps avaient une certaine prédilection pour les ex-monastères : murs solides formant enceinte, bâtiments de bonne qualité, et l'ensemble vide d'occupants (les moines, n'est-ce pas, ne sont pas des hommes : dehors, tout ça !). C'est ainsi qu'à Moscou, il y eut des camps de concentration dans les monastères Saint-Andronic, Neuf-du-Saint-Sauveur, Saint-Jean. Le Journal rouge de Pétrograd du 6 septembre 1918 nous apprend que le premier camp "sera installé à Nijni-Novgorod, dans un couvent de femmes vide d'occupantes (...). Les premiers temps, il est prévu d'expédier dans le camp de Nijni-Novgorod cinq mille personnes" (souligné par moi - A.S.).
À Riazan, le camp fut également établi dans un ci-devant monastère (le monastère de Kazan). Voici ce qu'on en raconte. Il y avait là des marchands, des prêtres, des "prisonniers de guerre" (nom que l'on donnait aux officiers capturés qui ne servaient pas dans l'Armée rouge). Mais aussi des clients indéfinissables (le tolstoïen I. Ie... v, dont nous connaissons déjà le procès, y avait précisément échoué). Dépendant du camp, des ateliers : tisserands, tailleurs, cordonniers, ainsi que (cette dénomination existait déjà en 1921) des "travaux généraux", à savoir des chantiers de remise à neuf et de construction en ville. Les détenus sortaient sous escorte, mais les artisans isolés, selon la nature de leur travail, étaient laissés sans gardiens et les habitants leur donnaient, dans les maisons, de petits suppléments de nourriture. La population de Riazan manifestait beaucoup de compassion aux privés ("privés de liberté", et non pas "détenus", telle était la dénomination officielle) ; lorsque leur colonne passait, on leur faisait l'aumône (des biscuits, de la betterave cuite, des pommes de terre) : l'escorte ne les empêchait pas de l'accepter et les privés de liberté partageaient entre eux de façon égale tout ce qu'ils avaient reçu. (À chaque pas, voilà des habitudes qui ne sont pas les nôtres, une idéologie qui n'est pas la nôtre). Les "privés" particulièrement chanceux se casaient dans quelque institution en rapport avec leur spécialité (le... v, aux Chemins de fer) ; dans ce cas, ils recevaient un laissez-passer pour circuler en ville (mais en revenant au camp passer la nuit).
Voici quelle était la nourriture (en 1921) : une demi-livre de pain (plus une autre demi-livre pour ceux qui remplissaient la norme), matin et soir de l'eau bouillante, au milieu de la journée une louche de soupe-lavure (renfermant quelques dizaines de grains et des épluchures de pommes de terre).
Ornements de la vie du camp : d'une part, les mouchardages des provocateurs (et les arrestations y relatives) ; de l'autre, un cercle d'activités chorales et dramatiques. Des concerts étaient donnés à l'intention des Riazanois dans la salle de l'ex-assemblée de la noblesse, l'orphéon des "privés" jouait au jardin public. De plus en plus, les privés liaient connaissance avec les habitants de la ville et se rapprochaient d'eux, cela finissait par devenir intolérable : alors on se mit à expédier les "prisonniers de guerre" dans les Camps du Nord à destination spéciale.
Il y avait une leçon à tirer de ces camps de concentration, avec leur manque de fermeté et de sévérité : ils se trouvaient en plein cœur de la vie civile. D'où la nécessité des camps spéciaux du Nord. (Les établissements du premier type furent liquidés à partir de 1922).
Toute cette aurore des camps mérite qu'on se plonge plus intensément dans ses chatoiements.
Après la fin de la guerre civile, les deux armées du travail constituées par Trotsky durent être dissoutes en raison des murmures des soldats maintenus sous les drapeaux, ce qui ne fit que renforcer le rôle des camps de travail forcé dans la structure de la RSFSR (Rossiïskaïa Sovetskaïa Fédérativnaïa Respoublika [République socialiste fédérative soviétique de Russie]). Vers la fin de 1920, la RSFSR comptait 84 camps sis dans 43 gouvernements (note n°17 : Tsentralny gossoudarstvenny arkhiv Oktiabrskoï revolioutsii (TsGAOR) [Archives centrales d'État de la Révolution d'Octobre], fonds 393, inv. 13, dossier 1c, f. 111). À en croire une statistique officielle (encore que tenue secrète), ils contenaient à l'époque 25 336 personnes, sans compter 24 400 "prisonniers de la guerre civile" (note n°18 : Ibid., f. 112). Les deux chiffres, en particulier le dernier, semblent sous-estimés. Toutefois, si l'on considère qu'ils n'englobent pas les détenus relevant de la Tchéka, où, du fait des opérations de désengorgement des prisons, coulages de péniches et autres formes d'extermination massive, le décompte ne cessait d'être repris à zéro, il se peut qu'ils soient exacts. L'avenir devait compenser.
(...) Voyons donc la suite. Au 1er octobre 1923, au début des années sans nuage de la Nep (assez loin encore du culte de la personnalité), nous avons les chiffres suivants : 355 camps, 68 297 privés de liberté, 207 maisons de correction, 48 163 ; 105 maisons de détention et prisons, 16 765 ; 35 colonies agricoles, 2 328, plus 1 041 mineurs et malades (note n°22 : Archives centrales d'État de la Révolution d'Octobre, fonds 393, inv. 39, dossier 48, ff. 13, 14)."

Comme l'explique Alexandre Soljénitsyne plus haut, durant la période Léniniste, les camps de concentration furent pleins si rapidement, que l'État-Parti Bolchevique (Communiste) créa les Camps du Nord à destination spéciale (S.L.O.N.), comme ceux de Pertominsk, Kholmogory et bien sûr le plus grand d'entre eux, le tristement : Archipel des îles Solovki dans la région d'Arkhanguelsk, dès 1923, dont la partie principale était représentée par le monastère nommé : le kremlin (confer les ouvrage de Francine-Dominique Lichtenhan : "Le laboratoire du Goulag : 1918-1939" ; Sozerko Malsagov et Nikolaï Kisselev-Gromov : "Aux origines du Goulag, Récits des îles Solovki : L'île de l'enfer suivi de Les camps de la mort en URSS" et Raymond Duguet : "Un bagne en Russie rouge"), (pages 31 et 32) :

"Bien qu'inspirés par la lutte des classes, les camps de concentration existants avaient été, en effet, jugés insuffisamment sévères. L'année 1921 avait déjà vu fonder les Camps du Nord à destination spéciale (Slon), dépendant de la Tchéka. Les premiers camps de ce type avaient fait leur apparition à Pertominsk, à Kholmogory et tout près d'Arkhanguelsk (note n°6 : Solovetskiïé ostrova [Les Ȋles Solovki] revue hebdomadaire, organe de la Direction des camps des Solovki à destination spéciale de l'Oguépéou. Ouslon, îles Solovki, 1930, n° 2-3, p. 55, rapport présenté à Kem par le camarade Nogtev, chef de l'Ouslon. Lorsqu'on montre maintenant aux touristes, dans l'estuaire de la Dvina, ce qu'on appelle "le camp du gouvernement Tchaïkovski", il faut savoir qu'il s'agit d'un des premiers "camps du Nord à destination spéciale" de la Tchéka). Cependant, ces endroits avaient été, semble-t-il, reconnus difficiles à garder et impropres à la concentration de grosses masses de détenus. Alors, tout naturellement, les regards des autorités s'étaient portés sur les îles toutes proches, ces Solovki à la vie matérielle bien organisée, aux bâtiments de pierre, séparées du continent par une distance de vingt à quarante kilomètres - suffisamment courte pour les geôliers, suffisamment longue pour les fuyards - et totalement coupées de lui six mois par an : un endroit encore plus coriace que Sakhaline."

Dans ces camps de concentration (notamment aux Solovki), comme dans les centaines de Centres d'interrogatoire, de torture et d'exécution de la Tchéka, à travers toute la Russie, les plus horribles tortures et crimes y étaient perpétrés, comme ces quelques exemples (page 38) :

"Inutile, d'ailleurs, d'aller chercher un perchis en haut de la Hache, il s'en trouve également au cachot, toujours bondé, du kremlin. On peut aussi vous coller debout sur l'arête d'un bloc erratique : impossible de s'y maintenir. En été, on vous plante "sur des souches", c'est-à-dire nu, exposé aux moustiques. Mais cela implique qu'on surveille le puni ? Il n'y a qu'à l'attacher à un arbre, les moustiques se chargeront de lui. En hiver, quand il gèle, le prisonnier nu sera arrosé d'eau. Ou encore : on fait coucher des compagnies entières dans la neige pour une peccadille. Ou encore : on enfonce jusqu'au cou un homme dans les boues qui bordent le lac et on l'y maintient. Ou bien encore, tenez : on attelle un cheval à des brancards vides, à l'autre extrémité des brancards on attache les pieds du coupable, un gardien enfourche le cheval et le fait courir dans une coupe de bois jusqu'à ce que cris et gémissements cessent de se faire entendre derrière."

Le monastère (le kremlin) et plusieurs îles des Solovki furent donc transformés par le Pouvoir Bolchevique, en camps de concentration en 1923 ; le tout formant un gigantesque Archipel Concentrationnaire. Comme nous venons de le voir, la torture y était monnaie courante et particulièrement perverse ; et il existait également des lieux d'exécution. D'ailleurs, après l'effondrement de l'U.R.S.S. en 1991, plusieurs charniers ont été découverts aux Solovki ! (page 42) :

"On le fait entrer par cette porte et on lui tire dans la nuque ; un peu plus loin, des degrés descendent en pente raide, il va basculer ; on peut même abattre des fournées de sept ou huit, après quoi on envoie des gens évacuer les cadavres, ainsi qu'une corvée de femmes (mères et épouses d'hommes partis pour Constantinople ; croyantes qui n'ont pas abandonné leur foi et ont refusé d'en laisser détacher leurs enfants) pour laver les marches (note n°12 : Aujourd'hui, sur les pierres où on traînait ainsi les gens, à cet endroit de la cour abrité du vent des Solovki, des touristes heureux de vivre et venus visiter l'île tellement célèbre se font, des heures durant, des passes de volley-ball. Ils ne savent pas. Et s'ils savaient ? Eh bien, ils se feraient des passes exactement de la même façon.
Du reste, ceux des guides qui laissaient entendre qu'il y avait eu là un camp, et pas seulement un monastère, ont été remerciés. Et l'on s'efforce de confiner les touristes dans les limites de la Grande île : afin qu'ils ne voient ni la montagne de la Hache, ni même l'ermitage de la Trinité (où il subsiste jusqu'à ce jour beaucoup de barreaux, ainsi que des guichets dans le bois des portes), ni celui de Saint-Sabbace. (Là, on a par exemple un cachot souterrain qui vous fait grelotter en une minute un jour de canicule))."

Puis dans les années 30, sous l'ère Stalinienne, comme l'ogre Soviétique devait isoler, et pour tout dire, se débarrasser définitivement de toujours plus d'"ennemis du peuple", l'Archipel du Goulag se développa considérablement à travers une foultitude de ramifications de catégories de camps. Chaque tentacule comprenant de nombreux camps, était spécialisée dans un secteur d'activité. À commencer par les travaux forcés dans de grands chantiers comme le Bélomorkanal (ou canal Staline) reliant la Baltique à la Mer Blanche. Il y eut également le Bamlag : la voie ferrée Baïkal-Amour. Dans ces monstrueux chantiers, des dizaines de milliers de zeks (prisonniers) périrent : de faim, d'épuisement, de maladie ou bien encore sommairement exécutés (confer le témoignage de Dimitri Vitkovski récemment publié en 2012 : "Une vie au Goulag"). Voici donc dans quelles effroyables conditions fut construit le Bélomorkanal (pages 80, 81 et 90) :

"Le canal doit être construit dans un court laps de temps et revenir bon marché ! - telle est la directive du camarade Staline !" (Or quiconque a vécu cette époque se souvient de ce que cela signifiait, une Directive du Camarade Staline !) Vingt mois ! voilà ce qu'alloua le Grand Guide à ses criminels, tant pour le canal que pour leur redressement : de septembre 1931 à avril 1933. Il n'avait même pas pu donner deux années entières, tant il était pressé. Canal de Panama, 80 kilomètres : 28 ans ; canal de Suez, 160 kilomètres : 10 ans ; canal Baltique - mer Blanche, 227 kilomètres : moins de 2 ans - ça vous va ? Deux millions et demi de mètres cubes de roche à déblayer ; en tout, 21 millions de mètres cubes de terrassements. Avec les amas de blocs erratiques qui couvrent cette contrée. Avec les marais. Les sept écluses de l'"escalier de Povénets", les douze écluses de la descente vers la mer Blanche. 15 digues, 12 déversoirs, 49 levées de retenue, 33 canaux. 390 000 mètres cubes de bétonnage, 921 000 mètres de cubes de gabionnage (note n°11 : Arrêté du Conseil des Commissaires du Peuple de l'URSS (Moscou, Kremlin, 2 août 1933). Le Canal Staline de la Baltique à la mer Blanche, p. 401). Et "ce n'est pas le Dneprostroï, auquel ont été accordés long délai et devises étrangères. Le chantier du canal Baltique - mer Blanche est confié à l'Oguépéou et n'aura pas un sou de devises !".
Voici que le dessein devient de plus en plus clair à nos yeux : ainsi donc, Staline et le pays ont si fort besoin du canal que pas un sou de devises ne lui sera attribué. Vous allez avoir cent mille détenus travaillant simultanément, quel capital pourrait être plus précieux ? Et fournissez-nous le canal dans vingt mois, hein ! pas un jour de délai supplémentaire.
Du coup, on se déchaînerait à moins contre ces nuiseurs d'ingénieurs. Les ingénieurs disent : faisons des ouvrages en béton. Réponse des tchékistes : pas le temps. Les ingénieurs disent : nous avons besoin de beaucoup de fer. Les tchékistes : remplacez-le par du bois ! Les ingénieurs disent : il nous faut des tracteurs, des grues, des engins de chantier ! Les tchékistes : vous n'aurez rien de tout cela, pas un sou de devises, faites tout à la main !
(...) D.P. Vitkovski, un ancien Solovkien qui, conducteur de travaux au Bélomor, sauva de nombreuses vies grâce à cette fameuse "truffe", c'est-à-dire en trichant sur le volume des travaux effectués, brosse ce tableau d'un soir sur le canal (Poljizni [La Moitié d'une vie], Samizdat (note n°17 : publié pour la première fois dans la revue Znamia [L'Étendard], 1991, n°6 (NdR)) :
"Une fois terminée la journée de travail, il reste des cadavres sur le chantier. La neige recouvre peu à peu leurs visages. En voici un recroquevillé, les mains dans les manches, sous sa brouette qui s'est renversée sur lui : le froid l'a pris ainsi. Un autre a été saisi avec la tête enfoncée entre les genoux. Ces deux-là ont gelé dos contre dos. Tous des gars de la campagne, les meilleurs ouvriers qu'on puisse imaginer. On les expédie au canal par dizaines de milliers, en les séparant pour éviter qu'aucun d'eux ne se retrouve dans le même camp que son père. Et d'emblée on leur assigne une telle norme de cailloux et de blocs erratiques que nul n'en viendrait à bout même en été. Personne n'est là pour leur apprendre à vivre, pour les prévenir, et ils se donnent à fond comme on fait à la campagne ; ils s'affaiblissent rapidement, et voilà : ils gèlent, embrassés deux par deux. La nuit, des traîneaux passent pour les ramasser. Les conducteurs y lancent les cadavres qui résonnent comme du bois en retombant.
"L'été, si les cadavres n'ont pas été ramassés à temps, seuls subsistent les os, et ils passent dans la bétonneuse en même temps que le gravier. Ainsi ont-ils été coulés dans le béton de la dernière écluse, près de la ville de Bélomorsk, où ils demeureront pour l'éternité."
Il faut dire aussi que les directeurs du chantier ont renchéri sur la férocité du Patron lui-même. Malgré son "pas un sou de devises", Staline avait ouvert un crédit de 400 millions de roubles soviétiques. Pour se faire bien voir, ils n'en ont même pas dépensé le quart : 95 300 000 roubles (note n°18 : A. Proussak, Iz istorii Bélomorkanala [Pages d'histoire du canal de la mer Blanche], Voprosy istorii [Questions d'histoire], 1945, n° 2, p. 143)."

Puis, l'expansion du Goulag atteignit des régions particulièrement reculées, jusque dans les contrées sauvages, inhospitalières et particulièrement froides de la Kolyma. Cette dernière était dépendante de la Direction des camps du Nord-Est nommée : l'Ousvitlag (confer l'ouvrage de Nicolas Werth : "La route de la Kolyma"). En effet, ici les températures Sibériennes sont extrêmes, pouvant atteindre les -50°. Exercer les travaux forcés dans un climat aussi rude ; qui plus est, dans un habillement rudimentaire engendrait régulièrement des amputations de doigts, d'orteils, voire de mains, de pieds, de bras ou de jambes gelés et gangrenés par le froid ; ainsi que d'innombrables décès, de froid, d'épuisement, et de sous alimentation. Dans de telles conditions de survie, bien souvent les zeks préféraient s'auto-mutiler en se coupant une main par exemple, plutôt que de risquer d'être écrasé lors de l'abattage d'un arbre dans les neiges et le froid extrême de la Kolyma ! Lorsque des êtres humains atteignent un tel niveau de désespoir, il me semble que l'on peut alors parler d'une volonté délibérée de se débarrasser de ces forçats par l'extermination de masse, de la part de l'État-Parti-Unique Soviétique !...

P.S. : Ce commentaire étant trop long pour figurer intégralement sur ce site, vous pouvez le retrouver dans son intégralité sur ma page Facebook : "Communisme Totalitarisme (Unvola)".
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1 internaute sur 5 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 excellent, 21 novembre 2011
Par 
M. Christian (france) - Voir tous mes commentaires
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Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oeuvres complètes tome 5 - L'Archipel du Goulag tome 2: Tome II (Relié)
ce livre que j'avais lu il y a quelques années et qui m'avait beaucoup est destiné à un cadeau d'anniversaire
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Oeuvres complètes tome 5 - L'Archipel du Goulag tome 2: Tome II
Oeuvres complètes tome 5 - L'Archipel du Goulag tome 2: Tome II de Alexandre Soljénitsyne (Relié - 12 janvier 2011)
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