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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Victoire aux points (mais Oates ne cherche pas le KO), 3 novembre 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : De la Boxe (Broché)
D’abord, cet opus 3 d’une nouvelle collection poche initiée par les éditions Tristram est un bel objet (rappelant les Culte fictions des éditions La Découverte, 34 volumes entre 2003 et 2006) : la couverture est élégante, douce au toucher, le papier, beau. Vraiment un bel objet. La collection porte bien son titre, pour le contenant comme pour le contenu : « souple ». (J’ai aussi sur ma table de chevet deux autres volumes, la nouvelle traduction de Tom Sawyer et le Hunter Thompson à Honolulu).

Quelle belle idée d’éditer enfin ce texte de Joyce Carol Oates, introuvable jusqu’ici en français. Comment dire avec plus de finesse et de discernement la fascination qu’exerce la boxe ? Hemingway, Mailer, Tosches – des machos. Rien de tel avec J.C. Oates. A la fois intellectuelle et ayant une connaissance parfaite de l’histoire de la boxe américaine, elle est tout sauf une groupie attirée par la virilité masculine.

La boxe évoquée ici est exclusivement étatsunienne. Muhammad Ali, Mike Tyson, Jack Johnson, Joe Louis, Sonny Liston, Jack Demsey, Jake La Motta sont les personnages principaux (aussi Rocky Marciano, Marvin Hagler, les deux Ray Sugar – Robinson et Leonard) de cette épopée disséquée ici. Georges Carpentier ou Marcel Cerdan sont totalement absents, et à peine voit en fugitivement Roberto Duran ou Hector Camacho. Non, nous sommes exclusivement aux Etats-Unis, entre Atlantic City et Las Vegas, puisqu’il s’agit de la boxe comme spectacle américain, comme forme de combat ritualisée à l’américaine.

Les amoureux du « noble art » seront comblés par cette évocation de connaisseur enrichie de maintes citations, d’analyses, de sensations vraies et d’un attachement sincère. Même ceux qui comme moi ont pris du recul sur le monde du ring.

Mais la « simple » boxe n’est largement pas le seul intérêt de cet ouvrage. Joyce Carol Oates transcende l’art et la pratique de la boxe pour tracer un parallèle entre boxe et écriture, insistant sur la dimension masochiste, sacrificielle, de la boxe. Tout l’ouvrage, tous les parcours évoqués ici, ne sont qu’illustration de ce parallèle, et on est bien là au cœur de la littérature, et au cœur d’une dimension tragique (mais aussi épique) de la vie.

Si ce commentaire ne vous a pas paru trop fastidieux et que vous voulez aller encore un peu plus loin, je laisse la parole à l’auteur :

La boxe a plus à voir avec le fait d’être frappé qu’avec celui de frapper, tout comme elle a plus à voir avec le fait de ressentir de la douleur, sans parler d’une paralysie psychologique dévastatrice, qu’avec celui de gagner. A voir les carrières « tragiques » d’un assez grand nombre de boxeurs, on comprend clairement que le boxeur préfère la douleur physique sur le ring à l’absence de douleur qui est la condition idéale de la vie ordinaire. Si in ne peut frapper, on peut cependant être frappé, et savoir ainsi que l’on est toujours en vie.
On pourrait dire que la boxe consiste essentiellement à maintenir un corps en forme adéquate pour pouvoir combattre d’autre corps bien conditionnés. Ce n’est pas le spectacle public, le combat en lui-même, mais la période d’entraînement rigoureux y menant qui exige la plus grande discipline et que l’on considère être la cause principale des infirmités mentales et physiques des boxeurs. […] L’artiste peut ressentir une certaine parenté, bien qu’indirecte et unilatérale, avec le boxeur professionnel, à propos de cette question d’entraînement. De cette subordination fanatique de soi aux fins d’une destinée rêvée. On pourrait comparé le spectacle limité dans le temps qu’est le combat de boxe[…] à la publication du livre d’un écrivain. Ce qui est « public » n’est que le stade final d’une période de préparation prolongée, ardue, exténuante et souvent désespérante. De fait, une des explications de la fréquente attirance qu’éprouvent les grands écrivains pour la boxe […] reste la recherche systématique de la douleur dans ce sport, et ce au nom d’un projet, du but d’une vie : la transposition volontaire de la sensation que nous connaissons sous le nom de douleur (physique, psychologique ou émotionnelle) en son contraire absolu. (p. 30-31)

Pour certains écrivains, la fascination est liée […] à l’étalage étonnamment explicite de masochisme dans la boxe – un masochisme en son sens le plus large, le plus suggestif et, pourrait-on dire, le plus poétique. Car, contrairement aux idées stéréotypées, la boxe à avant tout à voir avec le fait de se faire blesser, plutôt qu’avec celui de blesser. (Ce que les meilleurs films de boxe – Raging Bull, Fat City, Champion – suggèrent de la manière la plus visuelle). Aller de la douleur au triomphe – ou au semblant de triomphe – voilà l’espoir de l’écrivain, tout comme celui du boxeur. Le moment d’horreur viscérale, dans un combat typique […] est le moment où le boxeur perd le contrôle, où il ne peut plus tenir sa défense, quand il commence à faiblir, à fléchir, à se mettre en position de repli, à vaciller sous les coups de son adversaire, qu’il n’est plus capable d’absorber ; le moment où le combat se retourne, où toute une carrière, toute une vie même, peut s’arrêter. Ce n’est pas un moment isolé, c’est le grand moment – mystique, universel. La défaite d’un homme est le triomphe d’un autre : mais nous sommes enclins à lire ce « triomphe » comme simplement temporaire et provisoire. Seule la défaite est permanente. (p. 57-58)
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 De la boxe, 28 mai 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : De la Boxe (Broché)
« De la boxe » est un essai de Joyce Carol Oates sur ce sport si brutal et si masculin qu’enfant elle aimait suivre avec son père. La plus part des lecteurs connaissent l’auteure pour son roman sur Marylin Monroe, « Blonde », et parce que son nom est régulièrement cité pour le Nobel de Littérature. Publié aux Etats-Unis en 1987, cet essai tente de cerner l’étrange engouement que suscite la boxe, entre fanatisme et controverses. Décrié, dénigré, surmédiatisé, un combat de boxe, même visionné à la télévision, ne laisse pas indifférent. Est-ce parce que l’on sait tous au fond de nous que ce n’est pas parce que l’on détourne les yeux que la violence disparaît de ce monde ? interroge Joyce Carol Oates. Car c’est avant tout bien de violence qu’il s’agit. Qu’elle soit ritualisée, encadrée, elle est toujours risque de mort. L’auteure rappelle d’ailleurs quelques combats marquants pour leurs fins tragiques, celui de Lupe Pintor/Johnny Owen en 1982, et celui de Ray Mancini/Duk Koom Kim la même année par exemple. Un boxeur doit-il avoir envie de tuer pour gagner ? Joyce Carol Oates a rencontré dans les années 80 celui qui n’était encore alors qu’un jeune champion plein d’avenir, Mike Tyson. Il lui a expliqué vouloir enfoncer le nez de son adversaire dans son cerveau lorsqu’il combattait… Aimer la boxe, est-ce encourager un spot de gladiateur ? Cette passion vient-elle chercher une pulsion de voyeurisme, qui viendrait exciter notre propre agressivité, bridée par la société ? En ce sens, analyse l’auteure, la boxe pourrait presque être comparée à la pornographie, qui a suivi un développement tout aussi impressionnant en Amérique. Elle écrit : « le spectacle d’êtres humains luttant l’un contre l’autre, qu’elle qu’en soit la raison, y compris à certains moments bien médiatisés, pour des sommes d’argents stupéfiantes, est excessivement perturbant, car il viole l’un des tabous de notre civilisation. De nombreux hommes et femmes, même s’ils se sont blindés contre ça, ne peuvent regarder une rencontre de boxe parce qu’ils ne peuvent s’autoriser à voir ce qu’ils sont en train de regarder (…) A cet égard, la boxe comme spectacle public est proche de la pornographie : dans les deux cas, il est fait du spectateur un voyeur distancié, mais surement impliqué intimement dans un événement qui n’est pas censé se dérouler comme il se déroule ». A ceci prêt bien sûr que la boxe n’a (a priori) rien de la mise en scène et du trucage. Elle est l’instantanéité même. On serait alors tenté de penser la boxe comme la catharsis de la violence, la ritualisation qui permettrait, à l’image des sacrifices antiques sur l’autel, de domestiquer l’agressivité de la foule en la concentrant sur une victime émissaire. Pour Joyce Carol Oates, cette comparaison n’est pas non plus valide dans sa globalité. Des études de sociologie pencheraient même à faire penser que les jours qui suivent de grands combats de boxe très médiatisés le nombre d’agression aurait tendance à augmenter de 10% aux USA! Mais ne nous y trompons pas, la boxe n’est pas pour autant le sport le plus dangereux. Elle arrive largement derrière des sports comme l’alpinisme, l’équitation, les courses automobiles et le football américain. Mais elle choque d’avantage en ce que la violence qu’elle déchaîne n’est pas canalisée par la poursuite d’un ballon ou d’un palet ! Non l’enjeu est clairement de faire du mal à l’autre. Le vrai combat est d’ailleurs celui qui s’achève par un KO, un non un KO technique, lorsque l’arbitre est obligé d’arrêter le match. De même si le KO arrive trop tôt le match sera considéré comme frustrant. La pratique des paris est également particulière à ce sport dont elle fait partie intégrante de l’histoire (avec celle des courses de chevaux également). De fait, c’est un milieu par lequel transite énormément d’argent, et grâce au quel beaucoup d’hommes issus des classes populaires ont pu prospérer. A un schisme déjà présent entre boxeurs populaires et boxeurs plus aisés, s’ajoute celui très longtemps difficile entre boxeurs blancs et boxeurs noirs. L’histoire de Mohamed Ali / Cassius Clay est assez emblématique du parcours du combattant du sportif noir aux Etats-Unis dans les années 70. Au-delà de ses exploits sur le ring, il incarne le combat contre la discrimination aux USA. Son titre de champion du monde de boxe, maintes fois reconquis, en fait une figure majeure du sport et de l’endurance. Mais il fut tout autant médiatisé pour son implication dans la religion islamique, son changement de patronyme (que de nombreux journaux sportifs ne respectèrent pas toujours, alors qu’il était d’usage que les boxeurs aient un autre nom de boxeur), mais aussi et surtout pour son refus d’être mobilisé pendant la guerre du Vietnam, annoncé par une phrase choc qui allait marquer son époque : « moi, je n’ai aucun problème avec le Viet-cong », et la sanction exemplaire qui allait en suivre (10 000 dollars d’amende, 5 ans de prison – qu’il ne fera pas – et la suspension pendant 7 ans de sa licence de boxe, qui, s’ajoutant à la suspension de son passeport lui interdisait de boxer dans d’autres pays). Mais il fut aussi remarqué pour son retour sur le ring, à 35 ans passés. Des victoires, des combats historiques, mais aussi des échecs cuisants, des coups, beaucoup, et une santé qui se dégradait plus vite que les années ne passaient. Il est difficile pour un sportif de savoir prendre sa retraite au bon moment et de partir sur un succès (à l’exception du boxeur Rocky Marciano qui ne connût aucun échec avant sa retraite). Joyce Carol Oates fait un tour d’horizon passionnant de ce sport extrême, pratique du dépassement, qui sut si bien cheviller à l’histoire d’une société. Au-delà de la violence, c’est l’histoire de la mise en scène de la violence, de sa cristallisation sur le ring qui ne manquera pas de nous intéresser.

Emma Breton

Pour aller plus loin sur le sujet : notre critique de « Raging Bull » de Jake LaMotta
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 une reédition bienvenue, 28 janvier 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : De la Boxe (Broché)
Qu'on aime ou pas la boxe, c'est une lecture précieuse et d'une redoutable intelligence sur la boxe comme art et comme mythe. Si on aime la boxe, c'est une bible, LE livre majeur. Où donc cette extraordinaire femme écrivain si prolixe trouve t'elle le temps de se pencher si finement sur cette discipline?
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