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24 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la trahison continue...., 31 mars 2012
Par 
Darko (Bretagne - France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 50 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Trahison des Clercs (Broché)
Nous éprouvons tous à un moment ou à un autre de notre vie de l'admiration pour un écrivain ou un artiste particulier, tout en ignorant bien souvent les raisons profondes de cette admiration. En ce qui me concerne, il s'agit de l'écrivain britannique George Orwell, dont l'oeuvre littéraire, le parcours de vie et les idées politiques ont toujours suscité chez moi le plus vif intérêt (et il ne semble pas que je sois le seul De la décence ordinaire : Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Orwell, anarchiste Tory : Suivi de A propos de 1984, La politique selon Orwell, George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984). Seulement voilà, j'ignorais jusqu'à il y a peu les raisons profondes de cet attachement (pourquoi lui plûtôt qu'un autre : Malraux, Hemingway, Koestler ?...) jusqu'à ce que je lise la "Trahison des Clercs" de Julien Benda.

Dans cet ouvrage écrit en 1927, l'auteur rappelle quelle doit être la vocation de l'intellectuel depuis Socrate, avant de dénoncer les travers et dérives de ceux de son temps. Pour Benda, l'intellectuel se doit de défendre l'idée de l'Homme avec un grand H en se fondant sur des valeurs universelles. En bon fils de la Révolution française, nous pensons immédiatement à la devise de la République, "Liberté, égalité Fraternité"...mais pas du tout ! Ces valeurs républicaines concernent l'homme dans la société, mais absolument pas l'homme qui pense puisque par définition l'homme seul est forcement libre, égal et solidaire avec lui même...Non, les valeurs universelles auxquelles Benda fait référence sont la Raison, la Vérité et la Justice, valeurs auxquelles nul intellectuel ne doit jamais renoncer sous peine de trahir son état de clerc, et particulièrement la première d'entre elles, la Raison, car comme le dit Benda "sans Raison, pas de Vérité et sans Vérité pas de Justice". L'auteur considère même que ce triptype est applicable au commun des mortels car celui qui agit avec raison, dans un souci de vérité et avec un esprit de justice ne peut être qu'un homme de qualité. C'est ce passage de l'ouvrage qui m'a fait penser à Orwell et à son concept de "common decency", un homme raisonnable, épris de vérité et de justice et qui malgré son engagement politique n'a jamais succombé aux sirènes de son temps : le colonialisme, le stalinisme, le fascisme et même le capitalisme...

Selon Benda, l'une des caractéristiques majeures du XIXème et de ce début du XXème siècle est constituée par la montée en puissance des passions politiques. Par le passé, ces passions politiques existaient, que l'on pense aux croisades, aux guerres de religions ou aux révolutions, mais elles ne concernaient qu'une petite minorité, la classe dominante; à l'opposé, la grande masse de la population, souvent rurale et analphabète, restait indifférente aux changements politiques qu'elle subissait résignée, au même titre que les aléas de la guerre...On pourrait contester cette vision un peu réductrice de l'histoire en rappelant l'existence de révoltes d'esclaves (Spartacus) et les nombreuses jacqueries ayant émaillé l'histoire de France, mais c'est un fait que le XIXème et le XXème siécles ont connu une montée et une diffusion dans la population des passions politiques à un niveau jamais atteint jusqu'alors. Benda y voit deux causes majeures : la naissance d'une presse politique avec la Révolution française et la généralisation progressive de l'éducation parmi la population, désormais capable de lire les journaux et de comprendre les enjeux.....ou de se laisser manipuler, c'est au choix....

Parmi les passions politiques, l'auteur en recense trois principales : les passions de races, les passions de classes et les passions nationales. En cette période de domination des Empires, les passions de races étaient indispensables pour justifier la colonisation de territoires et de peuples étrangers. Comment justifier la colonisation de l'Afrique et de l'Asie sinon en proclamant l'infériorité biologique des "races" africaines et asiatiques ? Pour Benda ce qui a fait le succès de ces passions de races auprès des populations, c'est l'orgueil de se croire supérieur aux autres. Pourtant on sent bien que l'auteur n'est pas à l'aise avec ce concept de supériorité des races qui, faut-il le rappeler, n'a aucun sens du point de vue scientifique s'agissant des humains, bien que toute une littérature pseudo-scientiste tentra à l'époque de prouver le contraire. Dans sa préface de 1946, Benda abandonnera ce concept de "races biologiques" pour adopter celui non moins contestable de "races culturelles", contestable car en quittant le domaine de la biologie pour celui de la culture, on change de registre pour passer du cadre de l'inné, irréductible, à celui de l'acquis, modulable et changeant. A ce propos, on ne peut que souscrire à la proposition du candidat Hollande de retirer le terme de "race" de la constitution, dernier vestige d'une époque, on l'espère, révolue où le racisme officiel avait droit de cité...

A coté des passions de races, on trouve les passions de classes, chères à Karl Marx, mais également aux capitalistes défenseurs de l'ordre bourgeois que Benda renvoie dos à dos. Car les passions de classes ne sont mues par aucun noble idéal, sinon l'intérêt; intérêt des prolétaires à s'accaparer le bien des possédants, mais aussi intérêt des capitalistes à maintenir en place leur système d'exploitation. On peut noter à ce propos que Benda n'était pas un adversaire acharné de Marx (pour le marxisme c'est autre chose !). Il reconnaissait que l'analyse marxiste avait permis de démythifier un certain nombre de dogmes en mettant en lumière des mécanismes historiques, économiques et sociaux restés jusque là dans l'ombre. Pour Benda, toutefois, le danger essentiel du marxisme réside dans sa méthode, celle de la dialectique matérialiste qui ne reconnait aucune vérité universelle mais les adapte en fonction des intérêts du moment. Benda voyait donc dans le marxisme une philosophie de l'action hostile aux idéaux de la raison, de la vérité et de la justice et en cela on ne peut pas lui donner tort....

Enfin dernière passion politique, la passion nationale, la plus dangereuse pour Benda car motivée à la fois par l'orgueil et par l'intérêt. C'est l'occasion pour l'auteur de décocher ses flèches les plus meurtrières contre ses véritables ennemis : le nationalisme et l'antisémitisme exacerbés des Barrès, Maurras, Sorel et de bien d'autres. Benda reproche à ces intellectuels d'avoir renoncé à la défense des valeurs universelles, d'avoir abdiquer la raison à leurs passions politiques et d'avoir ainsi abandonné la vérité pour le mensonge et la justice pour l'éloge de la force. Bien des clercs avant eux s'étaient engagés en politique, que l'on pense à Voltaire, Renan ou Hugo, mais tous avaient agi en patriotes soucieux du bien de la nation et non en nationalistes, prêts à accepter la défaite de leur pays pour assurer le triomphe de leurs idéaux nauséabonds. C'est ainsi que la défaite de la France en juin 1940 sera qualifiée de "divine surprise" par un Maurras aux anges, qui y voyait là l'occasion de tordre définitivement le cou de la République. Comme le dira justement Romains Gary "la patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine des autres". Haine des autres qui s'achèvera piteusement dans la collaboration avec l'Allemagne nazie pour la frange la plus extrêmiste du mouvement nationaliste français.

Autre aspect intéressant du livre, la position de Benda à l'égard de l'Eglise catholique, ou du moins de ses docteurs qui tentèrent d'interprèter les textes sacrés dans un sens favorable aux thèses nationales, tentant ainsi de faire de Jesus Christ le premier nationaliste de l'histoire ! Il se demande comment tous ces prédicateurs catholiques, ardents défenseurs de la cause nationale et se réclamant de l'enseignement de l'Eglise, peuvent-ils encore se considérer comme chrétiens ? Cette interrogation résonne étrangement à deux siècles et demi de distance avec celle que John Locke formulait dans sa "lettre sur la tolérance" en 1686 : " Je demanderai seulement ici, en passant, s'il n'est pas plus du caractère de l'Eglise de Jésus Christ d'exiger pour conditions de sa communion les seules choses que le Saint-Esprit déclare dans l'Ecriture sainte clairement et expressément être nécessaires au salut, que d'imposer aux autres ses propres inventions ou ses explications particulières, comme si elles étaient appuyées sur une autorité divine, et d'établir par des lois ecclésiastiques, comme absolument nécessaires à la profession du christianisme, des choses dont l'Ecriture ne dit pas un mot, ou du moins qu'elle ne commande pas en termes exprès . Tous ceux qui, pour admettre quelqu'un à leur communion ecclésiastique, exigent de lui des choses que Jesus Christ n'exige point pour lui faire obtenir la vie éternelle, peuvent bien former une société qui s'accorde avec leurs opinions et leurs avantages temporels, mais je ne conçois pas qu'on puisse lui donner le titre d'Eglise de Jesus Christ. (...) Je me contenterai d'avertir ces ardents défenseurs des dogmes de leur société (...) que l'Evangile témoigne partout que les véritables disciples de Jésus Christ souffriront de grandes persécutions, mais je ne sache pas avoir lu, dans aucun endroit du Nouveau Testament, que l'Eglise de ce divin sauveur doivent persécuter les autres et les contraindre, par le fer et par le feu, à recevoir ses dogmes et sa croyance" Lettre sur la tolérance (La Petite Collection). Si l'on est pas convaincu après cela que christianisme et nationalisme ne font pas bon ménage, c'est à désespérer du genre humain....

Benda se réclame enfin de l'humanisme et avoue sa sensibilité à l'égard de la qualité abstraite de ce qui est humain, à "la forme entière de l'humaine condition" comme dirait Montaigne. A ces adversaires nationalistes adeptes du réalisme en politique qui le taxe d'humanitarisme, il répond qu'il ne faut pas confondre humanisme et sentimentalisme. "le premier de ces mouvements est "l'attachement à un concept, une pure passion de l'intelligence n'impliquant aucun amour terrestre" tandis que le second désigne un état du coeur, "un amour pour les humains existant dans le concret". Puis il poursuit "On conçoit fort bien un être s'abîmant dans le concept de ce qui est humain, et n'ayant pas le moindre désir de seulement voir un homme; il est la forme que revêt l'amour de l'humanité chez les grands patriciens de l'esprit, chez un Erasme, un Malebranche, un Spinoza, un Goethe, tous gens peu impatients, semble t-il, de se jeter dans les bras de leur prochain". Enfin à ceux qui invoquent Machiavel pour ultime défense, Benda rétorque que, même chez l'auteur du "Prince", "le mal au service de la politique reste toujours le mal"...

Un livre excellent, exigeant, parfois un peu ardu à lire, mais d'une richesse incomparable...
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19 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Le cynisme des intellectuels, 2 février 2010
Par 
Luc REYNAERT (Beernem, Belgium) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Trahison des Clercs (Broché)
Le livre de Julien Benda est un vrai classique. L'auteur y dénonce sans mâcher ses mots le manque de courage, l'égoïsme et le cynisme de ceux qui devraient donner l'exemple dans la lutte pour défendre la raison, la vérité, la justice sociale et la liberté d'expression, c'est-à-dire les intellectuels, les clercs.

Ces `clercs' trahissent leur rôle d'exemple au profit d'intérêts personnels. Ils se vendent à ceux qui détiennent le pouvoir (à l'époque de la parution du livre, la bourgeoisie et son compagnon de route, le clergé) ou qui s'octroient le seul pouvoir d'interprétation des évangiles saints et séculaires.
Les intellocrates ne produisent que des textes partisans, des analyses biaisées, des raisonnements pleins de préjudices, des variations sur des thèmes inauthentiques ou des louanges à l'instar de leurs `bienfaiteurs'.
Citons une constatation `scientifique' du docteur Alexis Carrel : `le prolétaire est condamné à son statut per æternam en raison d'une sous-alimentation séculaire dont l'effet est irrémédiable.'

Lucien Benda lance ses flèches mortelles contre la gauche (Garaudy, Lefèvre), mais surtout contre la droite omniprésente (Bergson, Péguy, Claudel, Maurras, Barrès, Mauriac, Carrel, Maulnier, Bainville, Psichari, Sorel, d'Annunzio).

Le résultat de ce comportement honteux est la suppression de la liberté sous toutes ses formes, le statu quo socio-économique et la continuation du règne de la bourgeoisie absolue et du clergé contre l'intérêt de la majorité de la population.

Ce constat dévastateur et prophétique (voir le `spectacle' dans les media d'aujourd'hui) est un must pour tous les hommes de bonne volonté.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Politique d'aujourd'hui, 23 mars 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La trahison des Clercs (Format Kindle)
C'est un livre que tout le monde devrait relire aujourd'hui. Les clercs, les hommes politiques feraient bien d'en prendre connaissance, afin de se comporter comme les citoyens sont en droit de le leur demander.
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La Trahison des Clercs
La Trahison des Clercs de Julien Benda (Broché - 13 novembre 2003)
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