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le 26 décembre 2007
Evocation visiblement très autobiographique de son enfance, "L'enfant" marque par la rudesse de l'univers qu'il décrit, et qui n'en ressort que plus par le style que l'auteur adopte :

"Ma mère dit qu'il ne faut pas trop gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins ; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

Mlle Balandreau m'y met du suif."

Je reprends la citation pour donner le ton - elle est extraite de la première page - et aussi pour sa forme, car le fait que des paragraphes courts s'enchaînent est tout à fait caractéristique de l'ouvrage ; elle vient appuyer la scansion déjà marquée par la brièveté des phrases et l'enchaînement rapide des souvenirs dont l'auteur réduit l'évocation aux évènements et aux sensations les plus marquantes. Apparaissant ainsi comme des flashs, ces réminiscences semblent d'autant plus réalistes. Vallès qui raconte son enfance, ce n'est pas Proust qui médite sur sa madeleine, ni dans son fond ni dans sa forme, c'est le moins qu'on puisse dire. La vie du gamin du Puy au milieu du XIXème siècle est rythmée par les corrections que ses parents lui infligent avec un sadisme déconcertant, la mère n'hésitant pas à tendre des pièges à son fils au point que ce dernier en est réduit à prétendre qu'il n'apprécie pas telle chose pour ne pas en être privé, mais s'en voir au contraire offrir en abondance.

On suit ainsi notre héros jusqu'à son adolescence. Le parcours est très rude, à peine ponctué de trop petits moments de bonheur lorsqu'il échappe à la surveillance de l'autorité. Tout de même, on voit l'animal relever la tête peu à peu, ce qui permet d'échapper à un effet de répétition qui aurait lassé : l'un des aspects les plus saisissants de la technique de narration qu'a adoptée Vallès est qu'il s'échine à ne jamais plus en dire sur chaque instant de son enfance que ce qu'il semble avoir perçu et compris alors. Ainsi, le début semble écrit par un petit bonhomme et la fin, par un adolescent. Au final, le lecteur a l'impression de grandir avec lui.

Au-delà, les amateurs du XIXème siècle trouveront dans ce roman d'un fils d'enseignant une description décapante du système scolaire. Des enseignants survivant dans la misère, exposés à la précarité la plus totale, soumis qu'ils sont à la toute puissance de leur hiérarchie, qui se fixent comme seul horizon de parvenir à faire avaler et recracher aux élèves leurs classiques : on est bien loin de ce qu'on peut connaître aujourd'hui. Qui forme cette école, interroge Vallès, qui un jour s'effondre en réalisant qu'on l'apprécie pour sa capacité à faire de vers sans se soucier de ce qu'ils disent, pour la quantité et non pour la qualité de son travail... mais c'est pour mieux s'entendre dire "Relevez-vous, mon enfant ! Avoir ramassé ces épluchures et fait vos compositions avec ? Vous n'êtes au collège que pour cela, pour mâcher et remâcher ce qui a été mâché par les autres" par le professeur auquel il confesse ce qu'il croit naïvement être un crime. On a fait mieux depuis en termes d'épanouissement des esprits, même s'il subsiste assez de cette approche dans certains cursus tant la sélection sur la mémoire facilite l'abattage des copies : vive le QCM qui dispense d'en appeler à l'esprit de synthèse et au sens critique !

Ceux qui seront séduits par les rapports de la mère à son fils ne manqueront pas de lire "Vipère au poing" d'Hervé Bazin pour continuer d'investiguer le sujet.
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le 12 mai 2015
Les Balzac, Hugo ont trouvé leur maître, même Zola le reconnut. Poétique, vivace, lumineux, un style incomparable, d'une étonnante modernité ? On se demande bien pourquoi ce n'est pas ce livre qui est proposé à la lecture aux collégiens. Trop peuple, trop réaliste sur la condition ouvrière ? Je regrette de l'avoir découvert si tard, ne le manquez pas !
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Le communard Jules Vallès (1835-1882) publia "L’enfant" en 1879 (premier roman de sa trilogie avec "Le Bachelier" et "L’insurgé").
Jules Vallès publia son ouvrage à la veille de l'amnistie des communards (1880), il y raconte la vie difficile de son double littéraire Jacques Vingtras (La part de vérité et d'invention m'échappe, c'est comme dans les "Mémoires" de Chateaubriand).

Ce premier volume, particulièrement rude, relate la vie d'un enfant en conflit avec une mère -nous dirons- "spéciale"...
L'enfance de Jacques Vingtras permet aussi de traverser la vie sociale de la France sous la Monarchie de Juillet (les années 1840 particulièrement).
Cependant, il y a quelques longueurs sur d'infinis détails d'enfance on aimerait arriver un peu plus vite à l'adolescence et à la révolution de 1848.

Nb : Ajoutons qu’Émile Zola, adepte du naturalisme, félicita Jules Vallès pour ce récit violent, dure et réaliste.
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le 24 janvier 2005
Vallès raconte l'enfance du petit Jacques, fils d'un instituteur et d'une marâtre insupportable. Jacques, c'est Jules... Jules c'est l'auteur. Et pourtant ce dernier n'entend pas faire oeuvre autobiographique. Donc pas de complaisance - never complain, never explain -. Ce qui fait qu'on rit beaucoup parmi ces pages, on rit de l'ironie du gamin, on rit d'un bon sens qui se voudrait la chose du monde la mieux partagée... Et puis surtout on prend plaisir à cette écriture si subtil, aux jeux de mots, aux quolibets... Jules Vallès fut un grand homme, un grand auteur, mais il fut aussi un sacré p'tit gars!
A lire donc le plus vite possible,
avis à tous les lecteurs "littérairement pédophiles" comme l'était Christiane Rochefort.
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le 16 octobre 2008
Si on ne connaît pas la collection dans laquelle paraît ce livre, on fait un très mauvais achat !
En effet, il ne s'agit pas du roman de Jules Vallès mais de l'étude de quelques extraits.
Probablement un bon livre scolaire, mais une grosse déception pour celui ou celle qui recherche l'oeuvre originale et complète.
La description devrait être un peu plus explicite....
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le 5 septembre 2014
J'en sors à l'instant. Une lecture un peu difficile, le vocabulaire de l'"époque" dénote un peu aujourd'hui. Ensuite, je ne peux pas dire avoir été bluffé par cette histoire d'enfance subie. De la maltraitance, le terme est un peu fort... Du manque affectif, certes c'est explicite mais la souffrance de Jules Vallès témoigne plus d'une évidence : il est né dans la mauvaise famille. 16 ans donc, 16 ans à se soumettre, obéir, se taire, faire semblant, frustré, canalisé, contrôlé, moqué...
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le 26 septembre 2002
Jules Vallès raconte son enfance. Féroce et drôle car raconté par un enfant qui prend tout à la lettre. Malgré tout dramatique car la toute puissance des adultes n'a pas de limite face aux enfants qui n'ont d'autres solutions que de se réfugier dans les rêves, la bêtise ou la mort. On a de la tendresse pour cet enfant si malmené et qui pourtant aime ses parents ...
Se lit facilement.
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le 4 décembre 2015
bon livre parlant du vrai problème de la place de l'enfant dans la société de l'époque mais on se rend compte au fur et a mesure que cela arrive encore aujourd'hui
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le 4 juillet 2014
Un livre de Jules Vallès, l'Enfant. Une très belle histoire est raconter par Jules Vallès lui même, très émouvant ce livre à la fois.
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L’enfant/Jules Vallès
C’est en 1876 que Jules Vallès alors âgé de 44 ans en exil à Londres commença la rédaction de ce qui allait être une trilogie intitulée « Jacques Vingtras : L’enfant, Le Bachelier, L’insurgé. Trois volumes dont le premier est ici en question.
En exil car il avait été condamné le 4 juillet 1872 à mort par contumace pour l’incendie présumé d’un immeuble à Paris en 1870. Il avait été arrêté en août 1870 pour avoir manifesté contre le régime impérial, puis libéré. En octobre il s’était joint à l’insurrection contre la Défense Nationale à l’annonce de la défaite de Sedan. Impliqué dans l’insurrection de la Commune dès mars 1871 et se sachant en danger il fuit par la suite en Angleterre. Et il écrit…
Le quatrième de couverture résume toute la détresse de Jacques, le héros de ce récit autobiographique :
« À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leur parents, je dédie ce livre. » Signé : Jules Vallès.
Dans un style non dépourvu d’humour, de subtilité et de sensibilité, Vallès nous conte cette enfance martyre qu’il a connu et il sait le faire avec les mots qui conviennent : son style est évolutif en fonction de l’âge. De simples dans l’enfance les mots deviennent plus chargés de rancœur à l’adolescence.
Fils de professeur de collège et d’une paysanne, Jules Vallès, encore enfant en 1840 raconte :
« Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants et elle me fouette tous les matins. Quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi et rarement plus tard que quatre heures… Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait ? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit : je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisotté ; j'ai été beaucoup fouetté"

Il convient de lire au second degré bien souvent ce que Vallès exprime.
« Il faut bien avouer que ma mère est logique. Si on bat les enfants, c’est pour leur bien, pour qu’ils se souviennent, au moment de faire une faute, qu’ils auront les cheveux tirés, les oreilles en sang, qu’ils souffriront, quoi !...Je suis tombé sur une mère qui a du bon sens, de la méthode….J’ai été jusqu’ici le tambour sur lequel ma mère a battu, elle a essayé sur moi des roulées, et des étoffes, elle m’a travaillé dans tous les sens, pincé, balafré, tamponné, bourré, souffleté, frotté, cardé et tanné…Je sentais bien que cela faisait plaisir à ma mère de me faire du mal ; qu’elle avait besoin de mouvement et pouvait se payer de la gymnastique sans aller au gymnase…Je ne connaissais que le calus de ses doigts, l’acier de ses yeux et le vinaigre de sa voix… »
Cette mère bornée, vulgaire, d’extraction modeste et qui veut prendre l’ascenseur social et paraître, est une femme méchante animée de pulsions sadiques et Jacques quoique le premier de la classe subit les remontrances et les coups sans broncher. Une sorte de jalousie anime cette mégère irascible.
Père et mère sont des êtres complexés de par leurs origines sociales et des tortionnaires névrosés.
À la suite d’un différent conjugal, son père qui jusque là était loin d’égaler sa mère dans sa rage contre Jacques en étant plutôt lâche, devient acariâtre et se met à le frapper également.
« J’aurais été un ange qu’on m’aurait rossé aussi bien en m’arrachant les plumes des ailes, car j’avais résolu de me raidir contre le supplice, et, comme je dévorais mes larmes et cachais mes douleurs, la fureur de mon père allait jusqu’à l’écume….De temps en temps, ils se raccommodent et me battent tous les deux à la fois ! »
Tout au long de ce calvaire, Jacques pourtant conserve du respect et de la gratitude pour ses parents et continue de bien étudier.
Jusqu’au jour où devenu un jeune homme, Jacques annonce à sa mère venue lui rendre visite à Paris où il étudie qu’il n’aime pas ses parents et ne veut plus les voir. Et il regrette aussitôt ses paroles quand il voit les larmes de sa mère…Un face à face pathétique entre mère et fils.
La frustration de Jacques se situe à tous les étages de sa vie et cette persécution explique sans doute que Jules Vallès se révoltera contre l’ordre établi et l’interdit en devenant un insurgé lors de la Commune de Paris en 1871.
Le ton des dernières pages du livre exhale un parfum de révolte totale après la lecture d’ouvrages historiques révolutionnaires et l’exaltation de Jacques face à la misère du peuple et l’injustice dont est victime le monde ouvrier fait de lui un futur militant motivé et décidé.
Un récit poignant et sombre de 400 pages de violences morales et physiques.
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