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4,2 sur 5 étoiles
Thérèse Desqueyroux
Format: PocheModifier
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13 sur 13 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Encore un ouvrage qui paraîtra incompréhensible à celui qui a oublié ou n'a pas appris ce qu'était la société jusqu'aux trois quarts du XXème siècle, et plus encore ce qu'était la société de province avec ses convenances et ses qu'en dira-t-on étouffants.

Thérèse a tenté d'empoisonner son mari (elle aurait aussi bien pu se tuer elle-même...) : la famille la disculpera pour éviter le scandale judiciaire mais la condamnera à l'incarcération dans la maison de famille, avant que son mari ne décide, vu son obstination, de la mettre en liberté (ou de l'abandonner ? Dans tous les cas, elle a plus de chance que Camille Claudel !). Mais quel monstre est donc cette femme qui se désintéresse de son enfant ?

Parfois dans la tête de Thérèse, parfois de l'extérieur, Mauriac nous fait suivre dans une langue simple et claire le parcours psychologique de ce désespoir et de cet étouffement dans les convenances conjugales de la bourgeoisie de province. Des grands pins des Landes aux grands boulevards parisiens, les mécanismes de la pensée sont subtilement compris et analysés même si Mauriac dans sa préface avoue avoir du mal à comprendre et maîtriser le destin de son héroïne.
Un roman qui brille par sa brièveté et sa complexité
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6 sur 6 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
ayant vu l'admirable film de Georges Franju (1962) avec des interprètes rares -Emmanuelle Riva et Philippe Noiret- j'ai eu envie de relire ce texte et comme il ouvre le tome II de la Pléiade, je continue ainsi ma relecture de cet auteur majeur du XXe siècle ; c'est un roman court qui nous projette dans la bourgeoisie riche de province où tout le monde doit se conformer à un moule défini, la famille avant tout, la préservation du nom, le mépris de l'étranger et du juif en particulier, la perpétuation de la race, la fierté de posséder des milliers de pins... Thérèse sort de ce monde-là, elle est terrienne et elle vit de ses pins, elle est jolie sans être belle et très charmante, elle décide donc d'elle-même d'épouser le fils Desqueyroux qui en vaut en autre, même qui lui paraît un peu moins buté que les autres, afin de marier leurs patrimoines Mais très vite elle se sent oppressée par la lourdeur de son milieu qui la tétanise, elle est intelligente et libre d'esprit, elle ne peut se conformer au moule, son Bernard lui devient rapidement odieux, tellement attendu et grossier, sa petite fille la dégoute pour ce qu'elle représente, leur propriété d'Argelouse l'enferme comme une prison... elle voudra anéantir tout cela par l'empoisonnement de son mari, sans préméditation, ainsi, par un hasard Mais lorsqu'elle aura commencé rien ne pourra plus l'arrêter... il s'en sortira, le procès sera bâclé car elle doit être acquittée pour préserver la Famille et le Nom Mais elle se retrouvera encore plus mouton noir recluse par ce qu'elle avait voulu détruire car les convenances priment... la prose de Mauriac est équilibrée, pondérée, précise, imagée, toujours bouleversante, elle nous rend vivant ce monde-mort fait de convenances, d'hypocrisie et de traditions.

"Oui, la mort dans la vie : elle goûte la mort autant que la peut goûter une vivante."
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3 sur 3 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Très bon livre, excellemment écrit. Brodant à partir d'un fait divers réel, le thème de la condition féminine est abordé avec un regard passionnant pour peu qu'on se remette dans l'esprit de l'époque. La construction du livre est bonne et les personnages très bien analysés, comme très souvent avec Mauriac. Le noeud de vipères reste cependant une bonne classe au-dessus, et Mauriac était d'accord sur ce point même s'il avait une tendresse particulière pour le personnage terrible de Thérèse, et son enfermement dans son milieu et son mariage.

Cela dit, je ne comprends pas qu'on s'entête à ne faire lire Mauriac qu'à des collégiens, bien trop jeunes pour saisir la finesse d'analyse des passions humaines dont était capable l'auteur, et qu'il démontre notamment dans Thérèse Desqueyroux. Sans parler de la noirceur de certains personnages (Génitrix,Le Sagouin), propre à rebuter n'importe quel élève de moins de quinze ans. Ces oeuvres méritent bien plus d'être étudiées au lycée, d'autant que leur taille relativement courte ne pèsera pas beaucoup sur une année scolaire. Sa langue est un mélange idéal de français soutenu, travaillé, et pourtant parfaitement lisible et accessible : l'un des meilleurs outils pour découvrir les richesses et la beauté de notre langue. Mauriac reste un des plus grands génies littéraires français (tant sur le fond que sur la forme, irréprochable), peut-être le meilleur de notre XXème siècle, ainsi que l'atteste son Prix Nobel de Littérature. Criminellement, il tombe peu à peu dans l'oubli de nous jours, au profit de surestimés Bazin ou Le Clezio. Quel dommage...
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10 sur 11 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Mauriac, une espèce de Paul Valéry qui ferait des romans, est saisissant de puissance narrative et poétique. Un style barbelé, sublimé d'un grand vinaigre. Son adjectif, isolé, banal, indispensable, est des plus grands. Mauriac est de ceux dont on lit la ligne avec hâte et regret de cette hâte. Il est de ceux qui, aussitôt lue la page, la font relire comme on le ferait d'un poème dont chaque mot est au cœur son exacte clé; fût-elle tranchante d'être mal ébarbée.
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2 sur 2 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 5 décembre 2012
Je dois l'avouer, je n'avais jamais lu Mauriac, le trouvant à l'opposé de mes sensibiltés politiques et religieuses... Une sorte de censure et de racisme, quoi... Et puis, il y a le film qui sort, la promo, et avant de le voir, bon, lisons le livre ! C'est un grand écrivain, j'ai été étonné par la qualité de l'écriture qui -comme j'aime- est concise, précise, des portraits au scalpel... Et l'histoire, glaçante, est remarquable. Donc, Mauriac, un grand écrivain, et je vais en lire d'autre... Il faut toujours reconnaître sa bêtise, n'est-ce-pas ?
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1 sur 1 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 9 août 2014
Oui Thérèse est complexe mais Mauriac a l'art de nous guider dans les labyrinthes de sa pensée (où elle-même se perd parfois).
On est captivé par les approches de la vérité (si tant est que "la" vérité existe pour Thérèse).
C'est cette complexité qui fait que ce personnage est si intéressant et si vivant (si vivant qu'il a même échappé à son créateur qui voulait lui donner une autre fin) !
Toutes les approches de ce chef d'oeuvre me semblent pertinentes : roman féministe, roman social (la bourgeoisie terrienne girondine du début du vingtième siècle), roman poétique sur la campagne girondine (poésie à laquelle je suis particulièrement sensible, étant né et ayant vécu 25 ans à Bordeaux et autour de Bordeaux), roman sur les "interdits" (l'attirance de Thérèse pour Anne lors de leur adolescence par exemple), roman de la non-communication et du manque d'amour familial (Thérèse, orpheline de mère très tôt, n'a pas reçu beaucoup d'amour de son père et n'en reçoit aucun de sa belle-famille), roman sur liberté ...
Il me semble que cette complexité qui se manifeste par un ensemble de questions pour lesquelles Mauriac nous donne des pistes mais pas de réponses définitives est la marque des grands chefs d'oeuvre...
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1 sur 1 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
On a coutume d'étiqueter Mauriac "écrivain catholique". Personnellement, c'est une expression qui me chagrine. D'abord parce qu'elle est réductrice, ensuite parce qu'elle exhale un insidieux parfum de prosélytisme. Bien sûr que la Foi occupe dans l'oeuvre mauriacienne une place essentielle, mais elle n'en est pas pour autant le thème unique, et quoi qu'il en soit jamais au grand jamais je n'ai eu le sentiment, en lisant Mauriac, qu'il cherchait le moins du monde à me convertir.

Non, tel Bernanos, tel Julien Green, Mauriac est tout simplement un merveilleux romancier, un psychologue de premier ordre qui excelle à fouiller d'une plume élégante les âmes les plus noires ou les plus exaltées. Ah, que d'heures magnifiques j'ai passées en sa compagnie, à déguster sa prose délicate et à me passionner pour ses personnages tourmentés! Demandez-moi quel est son meilleur livre et je vous répondrai sans doute Le Noeud de vipères. Mais demandez-moi lequel je préfère et je vous répondrai: celui-ci!

A sa publication, en 1927, Mauriac a 42 ans. Ecrivain reconnu et célébré, il compte déjà à son actif plusieurs belles réussites comme Le Baiser au lépreux ou Le Désert de l'amour. Pour "Thérèse Desqueyroux", le voilà qui s'inspire d'un fait divers authentique, l'histoire d'une femme qui a tenté d'assassiner son mari à l'arsenic. Sur cette trame criminelle qui inspirera également Simenon quelques années plus tard, Mauriac bâtit un roman qui n'a rien de policier, mais se dévore pourtant comme un véritable suspense.

Fi de l'empoisonnement! Fi de l'enquête! Fi du procès! Le livre s'ouvre directement sur le non-lieu de Thérèse, comme si Mauriac voulait nous signifier d'entrée de jeu que l'aspect trivialement judiciaire de l'affaire ne l'intéresse pas. Non, ce qu'il veut, c'est comprendre le pourquoi intime des choses, la genèse du mal, le processus mental par lequel une épouse ordinaire se métamorphose en apprentie meurtrière. Pour y parvenir, il va entrer dans l'âme de Thérèse, l'accompagner dans son introspection, remonter le cours de sa vie pour mieux établir la généalogie de son geste criminel.

Ce livre est un magnifique portrait de femme, un portrait qu'on dirait peint de l'intérieur, tout en clairs-obscurs, sans aucun sentimentalisme, à la manière d'un Rembrandt. Mais c'est aussi le portrait à charge d'une certaine bourgeoisie de province, étouffante, étriquée, rétrograde, engoncée dans ses traditions et ses préjugés. Le véritable crime de Thérèse, en fin de compte, le plus impardonnable, ce n'est pas tant d'avoir voulu tuer son mari que d'avoir, ce faisant, tenté de s'évader de la prison sans barreaux à laquelle son mariage la condamnait. Tout au long du récit, on sent bien, à la manière dont il en parle, que Mauriac est du côté de son héroïne, qu'il la comprend, qu'il compatit à son destin. Il s'attachera d'ailleurs tellement à elle qu'il la fera revenir sous sa plume, huit ans plus tard, dans La Fin de la nuit.

Mince par son volume, ce livre est immense par l'humanité qu'il dégage et admirable par la qualité de sa prose. Une prose en apparence humble, dépourvue d'effets, mais dont la simplicité même recèle des trésors de sensibilité. Certaines pages de ce roman sont parmi les plus émouvantes que j'ai jamais lues.
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le 18 février 2002
Ce qu'elle a fait est d'échouer à tuer son mari;et n'est-ce pas son vrai "crime"?; son pere, un homme de politique l'a sauvée de la guillotine par un "non-lieu"; ce qui suit est un des plus beaux romans du xxe s. Ce qui suit est l'anéantissement systematique d'un vivant; etre humain. Cela se passe dans les annees 20 ou bien avant mais le message de ce livre reste toujours fiable. Tres facile a lire est tres interessant, ce livre nous montre la Therese qui,est un peu vivante dans nous tous...moi je n'ai rien vu a critiquer c'est tres bien ecrit et je vous conseille de le lire.Je ne suis pas francais mais j'ai eu de la chance en lisant ce roman. Merci et pardonnez moi les fautes de grammaire etc.moi je crois que ce livre a ete tres bien ecrit.
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Un roman-phare, une héroïne tourmentée, faussement féministe, que d’aucuns reconnaîtront sous les traits devenus célèbres d’Emmanuelle Riva (le film de Franju) ou plus récemment d’Audrey Tautou. Une histoire d’empoisonnement et d’amour déçu, au sein de la "bonne" société bordelaise de l’entre-deux-guerres. François Mauriac, qui a le chic pour haïr ses personnages tout en les décrivant par le menu, avec amour, pratique une autopsie de cette société sur le déclin, enfermée dans ses préjugés et certitudes. Toujours d’actualité, hélas, ce court roman se lit, ou se relit, avec plaisir, tant il atteint à l’universel par l’acuité de son regard sur les aspects les plus troubles du comportement humain.
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le 29 septembre 2014
Le style lumineux de l'auteur est une délectation en soi. Ainsi portés par celui-ci, les ressorts du drame qui nous est compté paraissent limpides malgré la densité psychologiques du récit. Un trés beau (trop court?) moment de lecture.
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