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le 24 février 2012
Ce texte qui rendit Rousseau si célèbre - à son grand désespoir, s'il faut l'en croire - entend répondre à la question posée, en 1749, par l'Académie de Dijon : "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs". La réponse spontanée serait bien sûr : "oui" ; mais dans son discours bref et comme plein d'énergie, le Citoyen de Genève entend nous démontrer le contraire.
Non, les sciences et les arts n'épurent pas les mœurs ; ils sont bien plutôt l'indice et la cause de la décadence des nations, ce que l'Histoire viendrait confirmer par de nombreux exemples : le peuple romain, rugueux et authentique, a triomphé des Carthaginois raffinés ; c'est après un siècle de haute culture qu'Athènes et les autres cités grecques sont tombées sous le joug Macédonien. Constantinople, enfin, qui conservait les arts et les sciences comme un trésor durant le mâle Moyen-Âge, a été le théâtre des plus sombres complots. C'est que les sciences et les arts ne rendent pas vertueux : ils ne font que pousser les hommes à singer la vertu par la politesse, et à cultiver leur paraître social, qui excuse toutes les vilénies si elles sont exécutées avec esprit... Voilà ce qui nous éloigne de l'authentique vertu, et de la patrie chère aux Romains. Sciences et art, indissociables du luxe et de l'oisiveté, naissent des défauts humains, et corrompent le bon goût. L'oisiveté qu'impliquent ces activités contemplatives ôte à la construction du bien commun des hommes qui eussent été utiles à leur patrie et à l'humanité. Rousseau répond donc par la négative à la question posée par l'Académie : les sciences et les arts constituent un danger pour le caractère des hommes ; le bien de l'humanité est à chercher dans la rudesse des mœurs, une préfiguration du concept d'état de nature...
Ce discours, très vif, se lit de façon fluide ; contrairement à beaucoup d'écrits philosophiques, ici, la thèse repose moins sur une succession de déductions que sur une suite d'exemples historiques (les notes sont, sur ce point, très utiles), et de références à Montaigne. On suit donc Rousseau sans mal dans son argumentation. Je pense qu'on peut recommander ce livre pour s'initier à la philosophie, tant sa facilité d'accès et son refus de l'opinion communément admise en font une lecture plaisante.
Néanmoins, et malgré tout l'intérêt de cette pensée, difficile de ne pas y déceler un certain nombre de paradoxes, que l'auteur essaie de résoudre dans les dernières pages, de façon peu convaincante selon moi : que penser d'un discours érudit qui s'insurge contre l'érudition ? Que penser d'un auteur qui semble espérer la mort des livres, alors qu'il écrit lui-même et qu'il semble beaucoup lire par ailleurs ? etc.
Cet essai passionnant, stimulant, nous force à porter un autre regard sur la culture, ce qui s'avère toujours salutaire, la remise en question étant la meilleure façon d'apprendre à penser par soi-même. Et même s'il est presque impossible d'adhérer à sa thèse, du moins celle-ci enrichit-elle indéniablement notre petit monde intérieur.
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le 20 juin 2014
Le premier discours de Rousseau, écrit pour le concours de Dijon, à l'une des rares questions ouvertes posées par l'académie " Si le rétablissement des sciences et les arts a contribué à épurer les mœurs " est encore d'actualité aujourd'hui et n'a pas vieillie. Ce texte est tout à fait applicable de nos jours à cette noblesse ( qui a changé de nom ) et qui tout en exploitant les travailleurs, en s'enrichissant parfois même avec des exploitations africaines ; distillant l'hédonisme et participant aux partouzes mondaines et à toutes ces libéralités ; prônant la tolérance lorsqu'elle va dans leur sens mais la censure contre leurs opposants ; elle se donne les apparences de la vertu, du bien tout étant la corruption aboutie de l'oisiveté.

Les sciences et les arts ne pouvant être développés que lorsque qu'une partie de la population ( qu'on pourrait définir comme une classe sociale ) a les moyens de se dépouiller de ses obligations de travailler pour vivre, pour charger une autre classe sociale, qui elle, va tout prendre sur son dos, alors ces riches vivant sur le dos des esclaves - et c'est l'histoire de la démocratie athénienne, 10 000 hoplites vivant sur le dos de 200 000 esclaves - vont utiliser leur temps libre à la luxure, voulant se charmer ils apprennent à écrire, en apprenant à écrire ils apprennent à penser en pensant développent toutes ces futilités que sont les science et les arts. Ainsi, les sciences et les arts naissent du péché originel, dans le vice de l'oisiveté. Naissant dans le vice de l'oisiveté, ces sciences et ces arts n'ont que l'apparence du bien, corrompent les esprits et les corps, à un point que l'homme ne sera plus capable de discerner sa véritable Nature profonde de sa fausse Culture qui s'est greffée et qui la tient aliéné à tous ce nouveau superflu qui devient un besoin pour lui. Telle est je crois, la définition de la dépravation, de la décadence.

On peut tout à fait y voir les effets de la société de consommation qui crée de nouveau besoin pour faire tourner la machine capitaliste avec les téléphones portables qui se sont imposés comme une obligation, qui vont dans tous les foyers voire même les plus pauvres avec des forfaits à 60 € pendant qu'au même moment, on se sert la ceinture sur la nourriture et qu'on hésite pas à acheter des produits industriels salés et sucrés qui coutent moins cher que des légumes ou de la viande saine.
55 commentaires| 3 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 26 juillet 2004
Ce texte, qui passe souvent dans l'ombre du Second Discours, est néanmoins fondamental et contient tout le dynamisme de ce qui sera le rousseauisme: qu'il y ait eu DES progrès, c'est une évidence. En conclure à l'existence de quelque chose comme LE progrès, devant quoi il faudrait s'incliner, c'est une illusion, voire une imposture. C'est cette dissociation qui fait le fond de "l'intuition de Vincennes", explicitée dans cette réponse assez pesamment rhétorique mais qui à elle seule ouvre un horizon nouveau et moderne.
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le 19 août 2014
Un ouvrage qui permet de découvrir les tendances de la pensée de Rousseau et laisse entrevoir ses futurs ouvrages plus engagés qui ont donné naissance aux idées de la Révolution Française.
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le 21 février 2015
Que dire de plus que dans le titre. Impeccable, fait bien son travail. Aucun soucis de connexion ou de déconnexion. Clavier agréable.
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