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17 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une guerre civile annonciatrice de la France moderne, 18 mai 2012
Par 
Stéphane MANTOUX - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Armagnacs et Bourguignons (Poche)
Bertrand Schnerb est l'un des universitaires français spécialiste du duché de Bourgogne sous les quatre grands ducs Valois. Il a d'ailleurs signé un ouvrage sur l'Etat bourguignon (1363-1477) également réédité dans la collection Tempus. Perrin a également inclus dans celle-ci ce volume consacré à la véritable guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, qui déchire le royaume de France entre 1407 et 1435 (l'ouvrage est initialement sorti en 1988).

Le terme de maudite guerre qui figure dans le sous-titre de l'ouvrage est de la plume des contemporains eux-mêmes. D'après les chroniqueurs en effet, tous les maux s'abattent sur le royaume de France à partir du moment où Armagnacs et Bourguignons en viennent à s'affronter par les armes. Cette guerre civile est sans doute l'une des crises les plus graves connues par le royaume français avant la Révolution de 1789. Traditionnellement on l'associe à la faiblesse du pouvoir royal incarné par Charles VI le Fol ; les rivalités entre princes entraînent le retour des Anglais et la mise en coupée réglée de la France par Henri V, avant que l'intervention de la Pucelle ne sauve la situation pour Charles VII. L'historiographie a désormais tendance à voir les choses différemment. Bertrand Schnerb veut montrer combien cette guerre civile est en fait profondément moderne : deux conceptions de l'Etat qui s'affrontent (renforcement du pouvoir royal contre conservatisme, maintien de la tradition), une propagande active et un recours à l'opinion publique, l'emploi de vastes moyens de coercition et de contrôle des populations... paradoxalement, comme il le rappelle, le conflit entre Armagnacs et Bourguignons survient alors que les deux camps, la France et l'Angleterre, sont sur le point de négocier la paix (la première, exsangue financièrement, avait cependant surmonté les premiers revers ; la seconde allait de déception en déception sous le règne de Charles V qui reconquiert une bonne partie du royaume, perdue sous son père et son grand-père).

C'est évidemment la folie du roi Charles VI, déclarée en 1392, qui amène la question de la régence et les premières oppositions. Louis d'Orléans, le frère du roi, partisan d'une conception moderne de la monarchie, défend par ailleurs les droits des papes avignonnais dans la querelle du schisme et s'étend vers l'Empire. Philippe le Hardi, l'oncle, duc de Bourgogne, prône la soustraction d'obédience des deux papes et cherche à s'étendre au Nord, tout en ménageant la chèvre et le chou avec les Anglais, alors que Louis d'Orléans se fait progressivement de plus en plus belliqueux. Tout oppose donc les deux personnages : orientation politique, construction territoriale, choix religieux. C'est la mort naturelle de Philippe le Hardi, en 1404, qui renverse le cours des choses. En effet, son fils Jean Sans Peur, plus jeune, a une assise moindre et un accès moins évident aux facilités offertes par le gouvernement du royaume -politiques et financières. Son rival Louis d'Orléans prenant le dessus, Jean Sans Peur ne voit pas d'autre solution que l'assassinat, commis en 1407.

Jean Sans Peur, acclamé à Paris où a lieu le meurtre, entreprend de faire justifier son acte par le théologien Jean Petit qui dresse le fameux éloge du tyrannicide, promis à bel avenir à l'époque moderne. Mais les Orléans ne s'en laissent pas conter : Charles, l'héritier, réunit autour de lui une coalition de seigneurs, parmi lesquels les oncles du roi comme le duc de Berry, pour contrer les Bourguignons. La guerre civile fait alors rage en France à partir de 1410. Chaque camp fait appel aux Anglais : la dynastie Lancastre, à peine installée sur le trône, y voit l'occasion de reprendre la main en France. Jean Sans Peur appuie les émeutes cabochiennes (du nom d'un des meneurs, Simon Caboche) qui ensanglantent Paris en 1413-1414, mais il est bientôt obligé de les désavouer devant l'autonomie prise par ces insurgés parisiens. Bientôt le roi d'Angleterre Henri V débarque en France et écrase une armée essentiellement armagnaque à Azincourt, le 25 octobre 1415.

Jean Sans Peur, face à un parti adverse décapité, tente alors d'installer sa conception du gouvernement royal limité, modéré, en particulier sur la question des impôts. Il reprend Paris, lassée de la mainmise du comte d'Armagnac (qui a donné le nom du parti) et toujours favorable aux Bourguignons, en mai 1418. Jean Sans Peur cherche ensuite à s'allier au meilleur titre avec le roi d'Angleterre qui poursuit sa conquête méthodique de la Normandie. Le dauphin Charles, futur Charles VII, veut à tout prix empêcher la collusion anglo-bourguignonne. Après des tentatives de négociation avortées, il laisse ses familiers, souvent des anciens proches du duc Louis d'Orléans abattu en 1407, comme Tanguy du Châtel, mettre à mort Jean Sans Peur lors de l'entrevue de Montereau, en 1419.

Philippe le Bon, le fils de Jean Sans Peur, passe alors alliance avec Henri V, tandis que le dauphin Charles, rongé par le remords du crime, voit son pouvoir chanceler. Bientôt le roi anglais fait signer à Charles VI le traité de Troyes, en 1420, qui le nomme lui et ses descendants roi de France -en lieu et place du dauphin Charles- et d'Angleterre. Seule la mort prématurée d'Henri V, en 1422, la même année que Charles VI, affaiblit la position anglaise, qui doit maintenant elle aussi faire face à une régence, celle d'Henri VI. Pendant ce temps, la guerre entre Armagnacs et Bourguignons continue. Mais le duc de Bourgogne Philippe le Bon se désintéresse, en raison de la présence anglaise, des affaires de France : contrairement à son père et à son grand-père, il regarde vers ses Etats du Nord et à l'agrandissement de son duché. Charles VII, qui prend ce titre dès la mort de son père en 1422, n'a cependant pas les moyens financiers de la reconquête. Il faut attendre l'épisode de Jeanne d'Arc et le sacre pour voir un sursaut moral et militaire du côté français. En 1435, après la mort de la Pucelle, les Français parviennent à détacher les Bourguignons du parti anglais et signent avec eux le traité d'Arras, qui reconnaît quasiment le duché de Bourgogne comme entité indépendante : du moins tous les acquis de la période ouverte par la guerre civile pour la Bourgogne sont reconnus. Charles VII est ensuite en mesure de mener la reconquête du royaume contre les Anglais, et la guerre civile s'estompe.

Dans son ouvrage, Bertrand Schnerb réussit donc le pari qui consiste à brosser le portrait d'une guerre civile à la fin du Moyen Age. Une guerre civile où s'oppose deux "partis", sans cartes d'électeur bien sûr, mais avec leurs symboles (le bâton noueux de Louis d'Orléans contre le rabot de Jean Sans Peur, par exemple), leurs leaders, leurs aspirations politiques. Une guerre civile qui ravage le royaume de France et prend à partie toute la population : de cette Jaquette Jiffart qui assiste, rue Vieille-du-Temple, à l'assassinat de Louis d'Orléans par les spadassins de Jean Sans Peur ; de ce Perrin Baudaire, qui en 1418, à la prise de Paris par les Bourguignons, s'engage dans une compagnie de routiers au service des Armagnacs, et parfois de son propre compte, avant de revenir chez lui ; de ces habitants de Mathaux, près de Brienne-le-Château, en Champagne, qui un jour de 1421 tuent des routiers bourguignons désoeuvrés qui s'en prenaient à leur bétail à leur curé. La lutte de ces deux France donne également naissance aux "danses macabres" du cimetière des Innocents, suivies de bien d'autres. Dans cet "automne du Moyen Age", la mort n'épargne personne, petits ou grands. Plus encore que le moment Jeanne d'Arc, qui s'insère en fait à l'intérieur de cet épisode, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons a donné naissance, à sa façon, à la France de l'époque moderne.
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Dense et remarquable, 25 juillet 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Armagnacs et Bourguignons (Poche)
Malgré une pagination raisonnable, ce livre s'avère dense car il couvre une période limitée : il plonge dans une partie du conflit de la Guerre de Cent Ans relativement méconnue et plus animée par une effroyable guerre civile entre Bourguignons – dont les ambitions politiques étaient de récréer une Lotharingie en marge du Royaume de France – et Armagnacs, vaste et lâche ensemble (en fonction des événements et retournements de situation) mené notamment par la Maison d'Orléans, et regroupant les partisans de la Couronne et d'un Etat français fort.

L'intérêt de cet ouvrage réside en effet dans la relecture des événements terribles qui ont émaillé ces années et débarrassés de l'image d'Epinal de nos livres d'école. Non, cette partie de la Guerre de Cent Ans n'est pas une guerre des français contre les anglais, mais d'abord une guerre civile qui va gravement affaiblir le royaume et permettre aux anglais des conquêtes inespérées : prise et occupation de la Normandie et de Paris pendant de longues années, imposition d'un roi d'Angleterre et de France. Bertrand Schnerb rappelle avec justesse que l’aventure de Henri V d’Angleterre était un coup de poker : ainsi, à Azincourt, les Anglais partaient en très forte infériorité et ont réussi malgré tout à renverser le cours de la bataille vers un résultat qu’eux-mêmes n’espéraient pas.

Autre image d'Epinal remise dans la perspective de cette période, Jeanne d'Arc. Oui, son arrivée est miraculeuse permettant à Charles VII de reprendre ses conquêtes alors qu’après plusieurs sévères défaites, il se retrouvait dos au mur. Mais, à l’aide d’extraits de textes de l’époque, on découvre aussi une Jeanne d'Arc partisane de la lutte à outrance et politiquement gênante quand il s'agit de reprendre le jeu diplomatique. Surtout l’intervention de Jeanne d’Arc si elle a permis de renverser le cours des événements reste circonscrit à une période de deux années au sein d’un conflit qui dure depuis plus de 40 ans puisque Bertrand Schnerb en fait remonter les germes aux années 1380. Si l’Histoire n’a retenu de Pierre Cauchon que le mauvais évêque à la solde des Anglais qui a envoyé Jeanne d’Arc au bûcher, l’auteur rappelle opportunément que c’est une figure historique depuis longtemps engagée auprès des Bourguignons via le mouvement des Cabochiens, partisans d’un Etat laissant de grandes libertés aux Ordres et Corporations existant.

Car le grand mérite de cet ouvrage est de ré-envisager non seulement cette partie de la Guerre de Cent Ans d’abord comme une guerre civile mais de souligner qu’une des raisons de cette guerre civile n’est pas l’état d’anarchie lié à la guerre de Cent Ans : c’est même une conséquence plutôt qu’une cause. En effet, le pays traverse une crise du pouvoir entre partisans d’un Etat central et fort et partisans d’un Etat plus lâche et laissant beaucoup d’autonomie aux pouvoirs existant alors (noblesse, parlements etc.). On retrouvera une crise similaire lors de la Fronde mais cette période des Armagnacs et Bourguignons est autrement plus désastreuse car cette crise du pouvoir s’éternise pendant plusieurs décennies, complexifiée par la folie de Charles VI, des querelles dynastiques qui trouvent alors leur paroxysme (et encore une fois pas seulement entre les maisons de France et d’Angleterre) et une situation qui se dégrade jusqu’à des points de non retours calamiteux. Comme dans un mauvais feuilleton politique, on ne comptera plus les trahisons, coups bas ou orgueils mal placés qui vont faire plonger le pays dans l’abîme suite à de bien mauvais calculs par ceux qui détiennent le pouvoir : plutôt le chaos que la défaite ! Les réconciliations ne sont que de façade et se répètent à un tel rythme que plus personne n’est dupe. Et si d’aventure, un tenant d’un des deux partis en opposition vient à disparaître (Philippe le Hardi, Louis d’Orléans, Jean Sans Peur), ses héritiers reprennent le flambeau avec une violence redoublée.

En mettant en parallèle les pages du journal du Bourgeois de Paris avec le cours des événements, Bertrand Schnerb montre la descente aux enfers graduelle de notre pays et les souffrances répétées des contemporains de cette époque, ceux-ci n’aspirant qu’à un retour à la paix, qu’elle soit française, bourguignonne ou même anglaise.

Une bien triste leçon de pouvoir donnée aux malheureuses générations qui ont vécu cette période !
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15 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Excellent, 26 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Armagnacs et Bourguignons (Poche)
Un ouvrage qui reconstitue méticuleusement le fil des évènements et restitue parfaitement les intrigues, manigances et autres trahisons de cette lutte qui par bien des aspects semble très moderne : recours sytématique à la démagogie par exemple.
Tout simplement à lire si on veut comprendre cette période : guerre de Cent ans, Jeanne d'Arc, plusieurs conceptions de la monarchie qui s'affrontent, idées reçues courantes sur le Moyen-Age qui volent en éclats ...
Une période qui pour le coup mériterait réellement d'être appelée [selon cette formule devenue ridicule à force d'être employée à tort et à travers] les heures les plus sombres de notre histoire.
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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage riche, précis, fortement lisible et auto-critique., 15 avril 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Armagnacs et Bourguignons (Poche)
Dans ce magnifique livre, Bertrand Schnerb retrace en détails les évènements d'une guerre civile française qui est bien trop tombée aux oubliettes. Il retrace la lutte entre deux factions françaises qui essayent chacun de profiter à sa manière d'une couronne affaiblie par la maladie psychologique qui la rend absente pendant des périodes de crises successives et prolognées. Les princes opportunistes vont, par leurs actes égoïstes, gravement nuire à la force nationale française; le moment critique viendra avec la bataille d'Azincourt, où les forces anglaises sous Henry V vont s'échapper d'une campagne jusqu'à présente désastreuse grâce aux querrelles intra-françaises.

Les sources premières sont lourdement utilisées, analisées et confrontées afin de prouver la véracité des propos de l'auteur, tout en gardant une trame narrative rapide qui offre au lecteur un voyage de qualité.
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Parfait équilibre entre histoire, politique et thriller médiéval, 4 février 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Armagnacs et Bourguignons (Poche)
La retranscription dans un style fluide et agréable de l'enchainement des faits qui sous-tendent cet épisode fascinant de l'histoire de France nous le rend limpide et passionnant. Un bon équilibre entre histoire, politique et thriller médiéval. Un "must have". Je commande également du même auteur : l'Etat Bourguignon qui aborde de façon thématique l'administration de leurs terres disjointes par les Ducs de Bourgogne.
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5.0 étoiles sur 5 Un tres bon traite' sur Armagnacs et Bourguignons, 6 mars 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : LES ARMAGNACS ET LES BOURGUIGNONS. : La maudite guerre (Broché)
C'est une tres bonne documentaire sur le livre de Bertrand Schnerb ! Charles VI est presque toujours fou, et pendant son reigne une luttea' mort se dechaine entre Armagnacs (et suitors) d'un cote', et Bourguignons de l'autre. L'histoire procede meme apres les deux chefs ont ete' tues (a' distance d'annees); la haine des les deux cotes sont trop profondes. La mort di roi, la presence de Jeanne d'Arc qui donne beaucoup de victoires a' Charles VII (le fils de Charles VI), la perseverance du nouveau roi et le passage de beaucoup d'annees permet, enfin, que le roi se delivre des Anglais et qu'il finalment rentre enfin a' Paris debourgougnonne'.

J'aime le livre de Bertrand Schnerb qui decrive en detail les histoires qui se deroulent dans dizaines d'annees.
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Armagnacs et Bourguignons
Armagnacs et Bourguignons de Bertrand Schnerb (Poche - 4 juin 2009)
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