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le 27 décembre 2012
Ce roman décrit bien la montée progressive de l'oppression liée à la dictature salazariste, avec la censure et la suspicion qui s'installent, mais on y voit aussi la prise de conscience individuelle et le désir de résister. Le personnage principal est très attachant, et l'évocation de Lisbonne rend bien l'ambiance de la ville.
Le mécanisme du "prétend" parait un peu artificiel, mais le style est simple et efficace.
A recommander aux amateurs d'oeuvres qui sont aussi un témoignage de l'Histoire.
Ca m'a donné envie de lire d'autres romans portugais de Tabucchi.
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Antonio Tabucchi est né en Italie en 1943. Ecrivain, il rédige aussi des chroniques pour des journaux italien (Corriere della Sera), espagnol (El Pais), français (Le Monde). Grand connaisseur et traducteur de l'œuvre de Fernando Pessoa le romancier portugais, il s'est tellement passionné pour ce pays que le Portugal est devenue sa seconde patrie.
Avec ce roman, Pereira prétend paru en 1994, Antonio Tabucchi raconte la prise de conscience d'un homme confronté à la dictature. L'action se déroule à Lisbonne en 1938. Pereira est un vieux journaliste, après avoir longtemps tenu la rubrique des faits divers, on lui a confié la page culturelle d'un petit journal. Il rédige la page hebdomadaire seul, traductions de textes d'écrivains français et chroniques nécrologiques d'écrivains décédés. Veuf et atteint d'embonpoint il mène une petite vie tranquille toute entière dévouée à la littérature, peu au fait des évènements politiques qui commencent à agiter le monde. Le fascisme étend ses tentacules sur l'Europe, l'Allemagne, l'Italie de Mussolini, l'Espagne et sa guerre civile, le Portugal commence à subir la dictature de Salazar. Tout cela Pereira l'ignore, son monde solitaire se résume à son bureau dans un immeuble indépendant de celui du journal, son appartement où il parle à la photo de sa femme et le café où il a ses habitudes de restauration. « Mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? » s'étonne un ami prêtre auquel en bon catholique il se confesse régulièrement.
Un jeune homme va bientôt entrer dans sa vie professionnelle, il l'engage comme stagiaire afin qu'il rédige les nécrologies. Bien que les copies rendues soient de mauvaise qualité, Pereira prend pitié du pauvre garçon toujours sans le sou et continue à le rétribuer. Petit à petit, le journaliste va faire connaissance avec la fiancée du stagiaire, on va lui demander de maigres services, puis d'aider à héberger un cousin étranger, activiste dans la résistance à l'Espagne franquiste. Pereira accepte tout, par pure gentillesse et en toute innocence.
Tout doucement les tentacules de la « bête immonde » vont s'enrouler autour du journaliste, le téléphone de son bureau est surveillé, ses articles littéraires sont critiqués par son directeur qui ne les trouve pas assez patriotiques. Enfin un jour, trois sicaires en civil de la police politique font irruption chez Pereira et tuent le stagiaire que Pereira venait de recueillir à son retour d'une longue absence de Lisbonne. Ce meurtre va enfin ouvrir les yeux du journaliste, dans l'urgence il écrit un article dénonçant clairement le crime et grâce à une complicité réussir à le faire paraître dans son journal au nez et à la barbe de la censure.
Tout le talent d'Antonio Tabucchi est d'avoir écrit ce roman, non pas dans un style énergique proche du polar ou dans une débauche de considérations politiques, critiques à l'appui sur le rôle du journaliste face à la dictature etc. Au contraire, l'écrivain nous prend à contre-pied, le ton du roman est léger, de courtes phrases et de minces chapitres, la vie de Pereira est simple et sans heurts, aucun coup d'éclat. Lentement de petits faits viennent ternir ce tableau idyllique, une réflexion d'un garçon de café sur ce qui se passe en Espagne, une conversation avec une inconnue d'origine juive rencontrée dans le train, les propos de son médecin traitant qui envisage de s'expatrier, tous tissent le décor d'un monde bien réel et répugnant dont Pereira va prendre connaissance inconsciemment jusqu'à éveil et son geste de révolte final.
Pour autant le livre s'achève dans l'expectative, quel sort va connaître Pereira ? Seul indice pessimiste donné par Tabucchi, tout le livre est ponctué de « Pereira prétend », comme si nous lecteurs, lisions la déposition écrite d'un homme arrêté par la police.
« C'est une lecture politique de mon roman qui est responsable de son succès. Pereira prétend est arrivé au bon moment. Sans que je l'aie prévu. Il est sorti en janvier 1994, trois mois avant les élections qui ont vu la victoire de Berlusconi et de sa droite douteuse, typiquement italienne. Beaucoup de gens se sont reconnus dans le personnage et l'époque. Ils ont découvert dans l'air qu'ils respirent aujourd'hui quelque chose qui ressemble aux années 40, celles des Salazar, Franco, Mussolini et Hitler. Surtout, ils ont perçu le livre comme l'histoire d'une mort et d'une renaissance civique dans un environnement nationaliste, xénophobe et raciste. Et Pereira est devenu le symbole, le porte-drapeau de tous les opposants, de tous les résistants à cette droite berlusconienne » déclarait Antonio Tabucchi dans Lire Juillet 1995.
Un livre magistral, simplicité d'écriture et profondeur de propos, le mariage parfait. A lire impérativement.

« C'est à ce moment-là que Pereira se souvint d'une phrase que lui disait toujours son oncle, lequel était un lettré manqué, et il la prononça. Il dit : la philosophie donne l'impression de s'occuper seulement de la vérité, mais peut-être ne dit-elle que des fantaisies, et la littérature donne l'impression de s'occuper seulement de fantaisies, mais peut-être dit-elle la vérité. Monteiro Rossi sourit et dit que ça lui paraissait être une bonne définition pour les deux disciplines. »
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le 10 février 2005
Des six romans de Tabucchi que j'ai lus, celui-ci est de loin le meilleur à mon goût : il y a la petite musique de Tabucchi, un ton retenu, mais surtout en arrière-plan l'aventure extraordinaire du bouleversement interne d'un petit bonhomme veule (comme vous et moi ?) qui, au fil du récit, prend conscience de la réalité et tout doucement se métamorphose... Le génie de l'auteur est de rendre cette lente évolution avec une finesse tout simplement... inénarrable ! Livre profond écrit avec une justesse et une simplicité admirables. Indiscutablement sur le haut du panier.
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le 6 décembre 2013
Pereira Prétend est un roman qui a pour protagoniste un journaliste portugais d'un certain âge, un gros veuf aux problèmes cardiaques, responsable de la page culturelle d'un journal quelconque à Lisbonne en 1938. Selon tout apparence, il n'y a rien de très intéressant en tout cela. Et pourtant ce livre s'avére passionnant, tant le lecteur est pris par la crise de conscience du héros dont on ne saura jamais le prénom.

Quoique épargné des confits qui ravagent son voisin, l'Espagne, le Portugual que connaît Pereira à cette époque vit sous une dictature "douce." Peu de portuguais s'en aperçoivent mais les nouvelles qui leur arrivent passent toujours par le censeur, et toute personne qui manifeste des idées dites subversives (c'est-à-dire pour le socialisme ou le communisime) risque au moins une visite nocture inopportune de la "police politque." Pereira se croit éloigné d'une telle rique, puisqu'il est résolument apolitique, étant plutôt tourné vers la littérature étrangère et aux souvenirs de son épouse défunte, dont la photo encadré lui sert encore d'intérlocuteur dans le petit appartement qu'il occupe tout seul.

La vie de cet homme probe mais à l'esprit borné va subir un grand bouleversement avec l'arrivée d'un jeune assistant, Monteiro Rossi, épris de la politique mais surtout épris de la jeune Marta, encore plus engagée que lui politiquement. Petit à petit, ces deux jeunes gens vont entraîner Pereira dans une série d'actes qui fera de lui, et même malgré lui, un engagé. Grâce à plusieurs rencontres fortuites, Pereira arrive au point où il doit décider comment réagir devant un régime dont la brutalité ne peut plus être ignorée.

Dans à peine plus de 200 pages, Tabucchi nous dépeint un pays, une époque et un climat social et politique qui sont tout à fait convaincants. Et surtout, surtout, il y son Pereira, un personnage tellement sympathique et tellement credible qu'il semble plus "vrai" que bien des personnes qu'on croise dans la vie réelle. La preuve, c'est qu'on pourrait facilement imaginer comment il réagirait dans plusieurs situations qu'il ne roncontre pas au cours de ce roman. Et on aimerait tellement savoir (mais là l'auteur nous laisse sur notre faim) ce qui lui arrive après la fin du roman.

La façon dont se déroule la prise de conscience de cet intellectuel au seuil de la vieillesse est au coeur de ce roman.Et si je ne vous ai pas donné envie de le lire, c'est que j'ai mal exprimé ici mon plaisir de lecteur. Ceci n'est pas du tout la sorte de roman qui me plaît d'habitude, car les questions de comportement moral et d'engagement politique me laissent indifférent, d'habitude (en ceci je ressemble à Pereira). Mais la prose détaillée et pourtant concise de cet auteur (bien rendue par son traducteur français), jointe à un personnage principal inoubliable et une trame qui relève presque d'un thriller ont fait que j'étais pris dès le début de ce roman que je vous conseille vivement de lire.
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le 17 octobre 2007
Histoire (discrètement ) politique qui explique comment un journaliste portugais d'avant guerre est progressivement entraîné à aider ceux qui s'opposent à la dictature portugaise de cette époque. La trame politique est pour moi très accessoire. Ce qui est magnifique dans ce livre, c'est la manière un peu naîve de raconter l'histoire, la personnalité du journaliste, ses habitudes de veuf , sa vie d'une exquise monotonie qui se transforme petit à petit. Magnifiquement écrit, d'un style fluide et simple et excellemment traduit ( on ne rendra jamais assez d'hommages aux bons traducteurs!). c'est le premier Tabucchi que le lis et ce livre a été pour moi un enchantement.
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le 21 avril 2014
On y retrouve l'ambiance de la capitale portugaise. A lire absolument pour qui s'est un peu plongé dans la vie lisboète.
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Lisbonne, sous les vents atlantiques, dans la lumière et la chaleur du mois d'août. Un vieux journaliste, en charge d'une page culturelle d'un journal un peu obscur. Il a du goût pour les auteurs français (Balzac, Daudet, Bernanos) qu'il traduit et publie en feuilleton. Pereira, ce journaliste, s'intéresse en effet plus à la littérature et à sa santé défaillante qu'aux évènements. Assidu des cafés, devant une citronnade et une omelette aux herbes, il demande distraitement au garçon des nouvelles du monde. Et les nouvelles sont mauvaises, en cet été caniculaire de 1938: une saison blanche et sèche. Lui parviennent ainsi les échos assourdis de la guerre d'Espagne, les revers des Républicains face aux forces alliées de Franco, de Mussolini et d'Hitler. La vie tranquille de ce veuf, un peu obèse et essoufflé, qui s'interroge sur la mort, mais ne se mêle pas de politique, est troublée par l'irruption d'un jeune couple qui prétend l'aider à rédiger des notices nécrologiques anticipées pour son journal, mais qui va l'entrainer loin de sa routine. Le côté intrigant de ce récit est souligné par l'anaphore "Pereira prétend" qui ponctue le récit et les chapitres, en leur donnant la distance et la précision d'un procès-verbal dont le rédacteur et le destinataire restent pourtant mystérieux. Récit "policier" d'un pays qui l'est aussi, et même un peu plus, sous la férule docteur Salazar. Pereira découvre, contre son gré, sa vraie nature, en même temps que celle de son son pays. Sous l'ombre tutélaire de Pessoa et des grands auteurs de la littérature européenne, Antonnion Tabucchi tisse sa toile. Son lecteur n'a aucune chance de s'en échapper. Un grand livre !
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