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3,2 sur 5 étoiles
Le Sermon sur la chute de Rome - Prix Goncourt 2012
Format: PocheModifier
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Le roman de Jérôme Ferrari, presqu'une nouvelle tant il est court (200 pages de petit format), se distingue tout d'abord par une belle écriture, au vocabulaire riche et aux phrases ciselées, et de subtiles références historiques et philosophiques qui, étonnamment, ne détonnent pas avec un récit centré sur l'univers terre à terre d'un bar assez banal d'un petit village corse.

A travers l'histoire d'une famille (sur 4 générations), l'auteur illustre intelligemment l'idée que si l'on ne choisit pas sa famille, on ne peut pas non plus se soustraire facilement à l'histoire et aux blessures de cette même famille. Au travers des aspirations de Matthieu et de son ami Libero qui reviennent au village pour reprendre la gérance d'un bar pourtant marqué par une évidente mauvaise étoile, l'auteur développe son thème central - « Ce que l'homme fait, l'homme le détruit » - sur la base d'événements anodins et très concrets. La trame du récit se situe ainsi à des années lumières de bouleversements civilisationnels qu'a vécu Saint Augustin, 1600 ans plus tôt, qui servent pourtant de filigrane au roman (Libero a étudié Saint Augustin en fac de philo et la sœur de Matthieu travaille sur le site des fouilles d'Hippone) et viennent en souligner le propos.

C'est donc avec une grande discrétion que l'auteur exploite la référence au sermon d'Augustin sur la chute de Rome : pas besoin, comme Jérôme Ferrari le démontre, de féroces guerriers Wisigoths ou Vandales pour mettre à bas un monde apparemment idéal. De médiocres petits grains de sable peuvent suffire à détruire les plus beaux rêves : un brin de jalousie envers la serveuse qui à rencontré l'homme de sa vie ou un soupçon de déception vis-à-vis d'une autre qui soustrait des sommes pourtant minimes dans la caisse pour Libero ; la vaine croyance que l'on peut vivre en détournant les yeux de la réalité et encore cette même jalousie du côté de Matthieu, qui ne parvient pas à assumer ses histoires d'amour, envers ceux qui n'ont pas cette retenue.

Brillant, bien écrit, intelligemment construit, parfois drôle, souvent sombre, « Le sermon sur la chute de Rome » frappe par la puissance de son propos et par son message sur l'humilité nécessaire à chaque entreprise humaine. Il lui manque pourtant le « je ne sais quoi » qui en ferait un roman inoubliable. Une « chute » un peu trop prévisible peut-être.
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115 sur 136 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 29 septembre 2012
Un philosophe, auteur confirmé au style original et brillant, qui nous invite à découvrir notre société en contrepoint des méditations de Saint Augustin! Voilà ce qui me semblait la promesse d'une lecture intéressante, voire même d'une réelle découverte. Or, à la fermeture du livre, il ne me reste que le sentiment d'avoir perdu mon temps.
Que les personnages soient des anti-héros aux motivations médiocres, pourquoi pas. Mais aucun d'entre eux ne fait l'objet d'un minimum de réalité psychologique. Aucune identification n'est possible avec cet univers de zombies, si bien que le rapprochement avec la chute de Rome fait l'effet d'un anachronisme sacrilège. Le vrai sujet de cette fausse saga est le "bar", dont le destin nous est conté avec force détails, avec les tentatives successives d'en rendre l'exploitation rentable. Un bar corse ne peut survivre qu'en s'adossant à la prostitution: telle pourrait être, en résumé, la thèse de cet ouvrage. Certes, cela force la méditation!
Le mal-être existentiel du Roquentin de La Nausée apparait, en comparaison, comme une aventure exaltante. Pour ceux qui aiment le 'trash', qu'ils (re)lisent les Chemins de la liberté!
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24 sur 29 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
50 PREMIERS REVISEURSle 11 septembre 2013
Il est toujours triste de parcourir un livre là où on aurait aimé gouter l'immersion et de découvrir le bimbelotier, tapi derrière l'artisan joaillier.

Pourtant, tracer le parallèle entre la chute du monde romain telle que commentée par St Augustin évêque d'Hippone et celle inexorable, de nos mondes successifs, ou évoquer le destin de l'Homme portant en germe sa destruction, étaient à priori, des idées fortes et intéressantes.

Hélas, à la lecture ce lien paraît bien fragile et le traitement parfois brillant, est également assez frustrant et agaçant.

La vie de ces jeunes gens déboussolés, idéalistes à mi-temps et cherchant à s'accomplir en reprenant le bar dans un petit village corse, semble tellement pusillanime qu'il est vain de chercher une résonance, exceptée celle du creux.

L'histoire de Matthieu et Libero, ces 2 amis d'enfance, réfugiés dans le petit monde de l'Alta rocca est surtout prétexte à déverser la désormais habituelle "french touch" : personnages outrés (la serveuse Annie qui accueille tous les clients en leur grattant les burnes !), situations caricaturales, éternels tics d'écriture recherchant l'originalité à tout prix.

Ce bar doit être approvisionné par David Foenkinos tant il sert du poncif à toute heure.

D'ailleurs, le style colle bien à cette gargote un temps transformée prétentieusement en "lounge". A chaque fois que le récit pourrait décoller, quand apparaissent de jolies tournures (oui, il y en a) ou une idée intéressante, surgit immanquablement une considération banale chargée de "faire genre", qui vient l'affadir.

Comme pour s'excuser de laisser poindre à plusieurs reprises le bel écrivain qu'il pourrait être, Ferrari semble s'acharner par des épisodes aussi ridicules que les introspections digitales de Gratas ou l'assassinat de fascistes italiens par un berger naïf, à échapper à toute tentation lyrique.

S'ajoute à ça, la petite affèterie visant la ponctuation, avec des insertions de dialogues ou ses phrases à rallonge. Regardez la phrase qui commence p 146 ("Le temps...) et s'achève 23 lignes plus tard au pied d'une autre qui elle ("Jacques..."), s'étale sur 32 lignes (!)

Si au moins, on s'attachait aux personnages. Si, comme savait le faire Pagnol, de l'émotion pouvait surgir des tournées de pastis...
Mais ici, nous sommes loin du Bar de la Marine.

Matthieu et Libero, les 2 tenanciers semi-proxénètes sont tellement peu attachants, leur chute est tellement prévisible qu'on se surprend à guetter l'arrivée des vandales pour leur ouvrir les portes afin qu'on en finisse au plus vite.

Les personnages secondaires auraient pu éveiller davantage d'intérêt et notamment Aurélie, la sœur de Matthieu, lucide et résignée. Mais ils sont abordés de manière trop superficielle pour attirer l'attention qu'ils auraient méritée.

Là ou St Augustin libérait et désespérait son auditoire effrayé par l'approche des Wisigoths d'Alaric en rappelant que Dieu ne nous avait jamais promis "que la mort et la résurrection", Ferrari délivre -parfois avec talent, un sermon insipide, peuplé de charcuterie à touristes, de 4X4 et d'entraineuses bonasses. (au passage : pauvre Corse où les fantasmes destinés à épicer les brouets de St Germain des prés semblent pousser plus drus que la Nepita...)

Ferrari : la révision s'impose.
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5 sur 6 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Il fallait bien du culot à Jérome Ferrari pour faire entrer en résonance la petite histoire banalement humaine de Libero et Matthieu, avec la grande Histoire, celle de St Augustin tentant de consoler ses contemporains sur la fragilité des Empires aprés la chute de Rome. J'ai attaqué ce court roman à reculons car je trouvais ce pati-pris bien prétentieux et j'avais lu trop de commentaires négatifs. Et pourtant ce roman a été pour moi une des trop rares belles surprises de la rentrée. Bien sûr on peut être agacé par ces phrases à rallonges, mais ne sommes-nous pas dans une tragédie, celle précisément de la condition humaine? et cela mérite bien un peu de pompe. On peut aussi être irrité par une construction parfois confuse aux changements de points de vue non annoncés. Mais ce flottement ne souligne-t'il pas le parallèle entre le destin du grand-père et celui de son petit-fils, l'un ayant compris le tragique et l'absurdité de la condition humaine et l'autre qui ne va pas tarder à en faire la triste expérience? Inutile de présenter l'aventure corse de ces deux garçons qui nous rappelle la vanité de nos entreprises qu'un grain de sable peut détruire mais qui nous dit aussi que l'homme a en lui la force de se relever après l'effondrement de ses rêves. Belle métaphore aussi sur la mort des sociétés, la nôtre certainement, mais l'Histoire nous a prouvé que les hommes s'adaptent et que la vie perdure. Un roman pas si pessimiste qu'il n'y paraît au premier abord.
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2 sur 2 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 15 avril 2014
pas grand fan des goncourt, il faut être franc, celui-ci est un petit bijou, c'est à se demander si le jury ne s'est pas trompé dans son choix entre la poire et le fromage. tant mieux pour les lecteurs
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60 sur 76 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Deux étudiants en philosophie quittent Paris pour créer le meilleur des mondes possibles,en reprenant la gérance d'un bar corse dont ils font un lieu de paix et d'amour jusqu'à ce que la misérable nature humaine ne rappelle que toute création engendre son autodestruction;de même les anciens ont-ils assisté à la chute des empires,en Algérie comme en Afrique Noire,sans prendre la mesure de leur effondrement progressif.Les démiurges ont échoué,et le royaume de Dieu n'est pas de ce monde.
Remarquable roman,dont la parfaite construction allège le sens philosophique;l'auteur excelle à rendre humeurs,chairs et désirs à travers un "grand style" que peu maîtrisent aussi bien aujourd'hui.
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3 sur 4 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 19 février 2015
Ce n’est qu’après avoir eu le livre entre les mains que j’ai découvert qu’il avait été lauréat du Prix Goncourt. Vu le peu de commentaires postés, et l’impression positive mais pas mémorable dont j’en suis ressorti après la lecture, je ne crois pas prendre beaucoup de risque en affirmant qu’il ne marquera pas la postérité.

Qu’est-ce qui aura motivé alors les jurés pour lui décerner ce fameux Graal ? Comme certains le remarquent, l’auteur a effectivement un style particulier où une phrase entre son début et sa fin tient lieu de paragraphe, pour ne pas dire de page. C‘est déroutant au début, à la limite de l’imposture littéraire, histoire de se faire remarquer vainement dans le tsunami des romans de la rentrée.

Mais j’aurais tort de porter un jugement définitif sur la chose, étant moi-même adepte des phrases trop longues et avec absolument pas assez de recul pour hurler que le roi est nu, ou qu’il y a une vraie maîtrise de l’auteur dans ce domaine. Alors on se prend au jeu, et passé le temps de l’adaptation, cette manie permanente de faire des phrases narratives extrêmement longues a bercé ma lecture de la même façon que la voix d’un Frédéric Mitterrand commentant un documentaire sur une tragédie ayant marqué l’Histoire. Effet parfaitement recherché par l’auteur ou juste divagation de mon esprit ? Impossible à dire, mais je n’ai pas trouvé l’expérience désagréable.

Ce Sermon aura offert alors un bon moment de lecture et quelque part, c’est tout le mal qu’on souhaite d’un livre, non ? Après, au même titre qu’il ne marquera pas la postérité, ce n’est pas un livre qui m’aura particulièrement marqué mais on aurait tort de le porter aux gémonies juste parce qu’il a gagné le Goncourt (les concurrents en face cette année-là étaient-ils réellement supérieurs ?).
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48 sur 62 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
"Chaque monde repose ainsi sur des centres de gravité dérisoires dont dépend secrètement tout son équilibre". Cette phrase de la page 162 pourrait s'appliquer aisément au livre dans son ensemble. Voici un roman reposant sur des centres de gravité simples, voire simplistes diront les plus critiques: un village corse, un bar, une famille déchirée par les deux guerres mondiales et les guerres coloniales, deux copains, des filles légères, des femmes responsables, les mirages du pouvoir, l'illusion du bonheur, la croyance absurde de croire pouvoir changer les personnes, les choses, la jalousie, la violence, l'alcool, l'amour, la mort. Jérôme Ferrari convoque dans son roman tous ces "centres de gravité" pour nous offrir une vision assez désenchantée de nos existences. Il y a une fatalité constante dans ce livre. C'est, car ce devait être, aurait pu être son titre. Pour cela l'auteur montre, avec le renfort de la parabole d'Augustin d'Hippone dans son sermon sur la chute de Rome en 410, que les biens terrestres ne sont qu'illusions, moments, joies et plaisirs éphémères. Leur perte, leur évanescence ou leur disparition brutale ne doivent pas effrayer celui qui croit en Dieu. Bien sûr, d'aucuns trouveront que l'auteur a joué au philosophe en convoquant également Leibnitz et son meilleur des mondes.
J'ai préféré demeurer sur le plan littéraire. Et là vraiment, je crois nécessaire de saluer le style, l'écriture, le ton. Oui cette histoire de famille en Corse, autour d'un bar et de ses avanies, est divinement bien écrite. Il y a des passages proprement proustiens, des phrases belles comme des cris de révolte : "...., car il ne s'agissait ici que d'exercer avec une délectation répugnante un pouvoir qui ne se manifestait que dans les caprices de son arbitraire, le pouvoir des minables et des faibles, dont ce type en chemisette était le représentant parfait, avec le sourire idiot et suffisant qu'il lui adressait du haut de la citadelle imprenable de sa bêtise".
Tout le roman est ainsi, une authentique fête du langage, une syntaxe puissante, une lecture quasi hypnotisante.
Oui, pour moi ce livre est un vrai chef d'oeuvre littéraire que je ne peux que recommander chaudement.
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le 15 décembre 2012
De Saint-Augustin à la Corse, la quête du sens de la vie n'est simple pour personne, et tous les personnages ont le sentiment de ne pas vivre réellement, en tout cas la vie qu'ils auraient souhaité. Caractéristique de la fin d'une époque, comme le suggère Jérôme Ferrari ?
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le 12 août 2015
Etonnant par le style (dans un premier temps ...rébarbatif, "trop littéraire".)
Etonnant par le traitement du sujet : la Corse, les corses, ne sont pas cajolés. Pas refusés non plus. Roman "humain", en fait, très humain.(Je pense à un traitement quelque peu "flaubertien" des personnages.)
On rechigne un peu, puis on se laisse envoûter.
Il mérite son prix : c'est un excellent livre.
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