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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Bijou!, 1 septembre 2014
Par 
Biggy - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Les auteurs passent des fois toute une vie à écrire leur œuvre majeure, celle qui restera gravée dans le marbre. Et parfois, sans que l’on s’y attende, sans qu’ils ne s’y attendent eux-même, une œuvre sort du lot, si on la doit à son auteur on peut également dire que cette œuvre a « fait » son auteur. Comme pour Watchmen avec Alan Moore, ou Kingdome Come avec Mark Waid. Et à la fin des années 80 ce fut au tour d’Arkham Asylum avec Grant Morrison. Avec ce réussi le génial écrivain écossais frappe un grand coup dans le petit microcosme du comics ! Les chiffres de ventes sont ahurissants et la portée du récit sans limite.
Pour ma part, avec cette édition d’Urban Comics, ce sera ma première plongée dans les profondeurs d’Arkham Asylum de Grant Morrison. Lecteur de DC Comics depuis seulement dix ans, je n’avais jamais franchi le pas de cette œuvre, sans la moindre explication. Sans doute beaucoup de mal avec les dessins. Et je n’étais pas encore un fan inconditionnel de Grant Morrison. Chose faite aujourd’hui, et voilà mes impressions.

Les patients de l’asile d’Arkham se sont échappés de leurs cellules et tiennent le personnel de l’institut en otage. Leur unique requête en échange de la libération des prisonniers : que Batman pénètre dans l’asile et endure leur enfer quotidien. Persuadés que la place d’un homme habillé en chauve-souris est obligatoirement avec eux, les patients réservent à leur hôte une expérience qui le marquera longtemps. (Contenu : Arkham Asylum: A Serious House on Serious EarthThe 15th Anniversary Edition)

Avant toute chose, il est obligatoire d’aborder la partie graphique d’Arkham Asylum. Tant le travail de Dave McKean est déroutant, fascinant, cela dépend des points de vue de chacun. L’artiste coutumier des couvertures (Sandman…) nous offre ici un travail plus qu’abouti, artistique et diablement en symbiose avec le récit. Alors certes c’est déroutant, c’est même assez déstabilisant, il ne faut pas hésiter à se forcer un peu pour passer cette première barrière que représentent ces dessins. Passé cet effort cela devient fascinant. Dave McKean nous dépeint une atmosphère glauque, froide, sinistre, oppressante, où l’on sent toute la folie du lieu s’abattre sur nos épaules, l’atmosphère nous glace l’échine ! Et une fois que le style est adopté, une fois que la démarche est comprise, on découvre que chaque page est un tableau, une œuvre d’art, où les couleurs se mélangent et donnent l’impression de dégouliner. De l’art abstrait pour appuyer sur la folie qui règne en ces lieux et en chacun de ses habitants. C’est une véritable expérience graphique et artistique, où même la typographie des textes changeante à chaque personnage rajoute un peu plus à cette expérience unique.
Désarçonnant au premier abord donc, les dessins, que dis-je les toiles de Dave McKean s’avèrent être un atout majeur de notre visite de l’asile d’Arkham !

L’histoire, bien que d’une simplicité enfantine, est l’une des plus angoissante que l’on puisse nous offrir avec Batman ! Les patients de l’asile se sont libérés, et pour éviter d’avoir à tuer tous les gens, innocents qui y travaillent, ils demandent à ce que Batman se rende à eux, dans l’asile ! Il va alors tomber entre les mains du Joker qui va le guider le long d’une terrible épreuve, d’une lente descente aux enfers, où nous n’auront jamais vu un Batman aussi fragile.
Après un test de rorschach éprouvant le remettant face au meurtre de ses parents, Batman va errer dans l’asile essayent non seulement d’y remettre de l’ordre, mais également à remettre de l’ordre dans sa propre tête. Il doit en effet se battre contre l’image miroir que lui renvoient ses nombreux ennemis lors de rencontres pleines de symbolisme, se battre contre l’idée qu’il serait à sa place ici, lui qui déambule sur les toits de Gotham dans une tenue de chauve-souris… Killer Croc, le Chapelier Fou…, toute la galerie y passe. Et si le Joker sert à permettre à Batman d’effectuer une sorte de renaissance, le Chapelier Fou est un des personnages les plus importants de l’histoire. Sa rencontre avec Batman nous explique parfaitement le but de cette histoire, et nous comprenons alors l’énorme parallèle que Grant Morisson trace entre son récit et celui de Lewis Carol. Cette odyssée de Batman lui permet de changer, de remettre les choses en place, un peu à l’image d’Alice. C’est là que les dessins claustrophobes de Dave McKean font des miracles ! La fin nous montre que le Joker semble avoir agit de la sorte pour aider Batman…

Bref, Arkham Asylum est un chef d’œuvre, qu’il faut lire plusieurs fois pour en assimiler toutes les références, tout le symbolisme. Plus que la folie d’Arkham, c’est sa propre folie que le Joker force Batman à affronter, histoire de le rendre meilleur !
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Numéro 3, 13 juin 2014
Par 
Tornado (Provence Côte d'Azur) - Voir tous mes commentaires
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Cette nouvelle édition Urban Comics propose un format deluxe et offre un papier glacé. Un bonus de taille a été ajouté en seconde partie, puisque nous pouvons désormais profiter du manuscrit écrit par le scénariste, accompagné des planches miniatures qui correspondent à chaque chapitre.
"Batman : Arkham Asylum" est un graphic novel réalisé en 1989 par le scénariste Grant Morrison et l'illustrateur Dave Mc Kean.
Deux histoires se superposent : La première raconte la vie tragique, au début du XXème siècle, d'Amadeus Arkham, le fondateur de l'asile du même nom, et sa longue plongée dans la folie. La seconde met en scène Batman face à ses ennemis dans les mêmes lieux, à l'époque présente. En effet, les pensionnaires de l'asile pour criminels d'Arkham, avec le "Joker" en tête, se sont échappés de leurs cellules et ont pris en otage le personnel médical. Leur chantage est le suivant : Ils libèreront les otages si Batman accepte de prendre leur place, afin qu'il affronte pour une fois sa propre folie...

"Arkham Asylum" a toujours été l'un de mes "Batman" préférés, avec Batman : Killing Joke et les créations de Frank Miller. C'est un de ceux que j'ai lus le plus souvent. Heureusement d'ailleurs, tant la compréhension de l'histoire n'est pas évidente à la première lecture !
D'une noirceur abyssale, le début de l'album réussit de manière impressionnante à retrouver la même ambiance angoissante et malsaine que le prologue du film La Maison Du Diable, le chef d'œuvre de Robert Wise. Le manoir Arkham distille ainsi un malaise immédiat, comme s'il était habité par le mal. Non pas un "mal d'opérette", tel qu'il est de coutume de le représenter dans les habituelles histoires de super-héros, mais plutôt un mal vénéneux, dans ce qu'il possède de pire en matière d'indicible et de dérangeant. Il faut dire que les auteurs y vont franchement dans la violence et les ténèbres de l'âme humaine. Les méchants de l'histoire, entre les psychopathes internés du temps d'Amadeus Arkham et les ennemis récurrents de Batman, sont réellement terrifiants, et rarement ces derniers auront-ils autant suinté le mal. Ainsi, des personnages comme le "Joker" ou le "Chapelier fou", souvent amusants dans les histoires de Batman, dégagent ici une aura malsaine particulièrement palpable et nauséeuse. A ce titre, scénario, dialogues et illustrations se complètent pour offrir une atmosphère incroyablement claustrophobe et poisseuse, telle que l'on n'en avait jamais vu (ressentie ?) à l'époque dans n'importe quels comics de super-héros. Même s'il faut avouer que "Arkham Asylum" ne suit pas vraiment les sentiers battus des comics mainstream !

Tragédie, mythologie, symbolisme, ésotérisme, onirisme et psychanalyse se télescopent avec une rare osmose tout au long de ce récit assez court, qui se révèle malgré tout incroyablement long à déguster si l'on veut en apprécier à la fois toute la densité scénaristique et la richesse picturale.
Grant Morrison écrivait alors un des comics les plus adultes et les plus graves dédiés à un super-héros de toute l'histoire du medium. Et c'est probablement l'une des œuvres qui motiva l'éditeur DC Comics pour lancer la ligne Vertigo, réservée aux adultes et aux amateurs de créations au contenu artistique plus exigeant.
Dave Mc Kean, quant à lui, emboitait le pas de Bill Scienkievicz qui avait commencé avec Elektra Assassin et Daredevil : Guerre et amour (sur des scénarios de Frank Miller) à concevoir ses planches comme des tableaux et ses images comme des peintures expressionnistes. Le résultat est époustouflant et marquera durablement les rétines. Il faudra attendre longtemps, avec des illustrateurs comme David Mack (Daredevil : Echo) ou J. H. Williams III (Batwoman) pour retrouver ce type de comics à forte teneur picturale conceptuelle.

"Arkham Asylum" s'impose en définitive comme un des points de rupture les plus importants dans l'histoire des comics qui accédèrent alors à un stade nettement supérieur d'un point de vue artistique, où scénario et images se mariaient de manière conceptuelle, se destinant à un lectorat davantage mature, curieux et réfléchis. A ce titre, il n'a vraiment pas pris une ride, ce qui n'est pas le cas de la majorité des comics de la même époque.
Ça vaut ce que ça vaut, mais de mon point de vue, il achève la décennie des années 80 en s'imposant comme l'une des œuvres les plus abouties en matière de super-héros, à côté de Watchmen et Batman The Dark Knight Returns, élevant Grant Morrison au rang de troisième auteur majeur de sa catégorie...
Chef d'œuvre absolu.
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5.0 étoiles sur 5 chef d'oeuvre, 17 août 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Angoissant, terrifiant, captivant, obnubilant....
Comment qualifier ce chef d'oeuvre ?! =

J'ai été très agréablement surpris par la qualité graphique de ce comic ! (& habitué depuis quelques temps à l'édition d'Urban Comics qui est toujours impeccable).

L'oeuvre est très, très riche, et les nombreuses notes de l'auteur en fin de comic permettront à plus d'un de rentrer (carrément) dans la tête de l'auteur...

à lire absolument pour tous les fans de la Chauve souris.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Soul asylum, 7 août 2014
Par 
M. Cyrille - Voir tous mes commentaires
(TESTEURS)    (TOP 1000 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman Arkham Asylum (Relié)
Vous vous souvenez sûrement de Jack Nicholson dans le premier blockbuster sur Batman, avec des acteurs bankables (Kim Basinger quoi) et un réalisateur ayant une assise artistique et critique (Tim Burton). Il cabotinait dans son rôle de Joker, il riait sans cesse, faisait des moulinets avec ses bras, ne tenait pas en place et surjouait absolument tout. Si ça se trouve il faisait la fête avec Prince, ça ne devait rien arranger.

Le seul Joker digne de ce nom au cinéma n'est arrivé qu'avec le second Batman de Christopher Nolan, interprété par Heath Ledger, habité, suintant la folie et la saleté, ne respectant rien. C'était en 2008, soit près de vingt ans après le premier Batman avec Nicholson.

Sorti la même année que le Burton (en décembre 1989), Arkham asylum est un one-shot de 128 planches sur le chevalier noir, ne faisant pas partie d'une continuité de la série, mais qui pourrait avoir lieu à différentes époques, une parenthèse universelle, élaborée par deux jeunes auteurs qui allaient exploser après une dizaine d'années de carrière. Il met en scène le joker de 2008 et a révolutionné le monde du Batman. Totalement hors-série, il est le roman graphique original américain le plus vendu (près d'un demi-million d'exemplaires en comptant les traductions).

Son empreinte a marqué durablement l'univers de Batman, l'asile devenant un lieu presque obligé pour les auteurs suivants. Il est la référence directe au jeu vidéo du même titre et de ses suites (depuis 2009), et apparaît dans les films suivants de Batman (Batman Forever, Batman & Robin, et surtout Batman Begins), ce qui donne une idée de la direction désormais suivie par les cinéastes se frottant au mythe de la chauve-souris.

Les auteurs décidèrent de suivre la voie de Watchmen par Alan Moore et Dave Gibbons et de The Dark Knight Returns (ou TDKR) par Frank Miller, deux comics révolutionnaires sur plusieurs points. Tout d'abord, les univers où se déroulent ces bds ne sont pas très éloignées du monde tel qu'il est dans les années 80. Watchmen se passe dans une uchronie, Richard Nixon est toujours président, et seul un être bleu possède des pouvoirs surhumains, les autres costumés étant surtout athlétiques et malins voire riches, descendants de Batman ou de The Question. Quant au Batman de TDKR, il est à la retraite et ne comprend plus le monde qui l'entoure, manipulé par les médias omniprésents, dirigé par la corruption et l'incompétence.

L'âge grim and gritty (noir et réaliste) des comics débutait. Une vision bien pessimiste de l'humanité pèse sur ces deux oeuvres, où l'on n'hésite pas à digresser, raconter des histoires parallèles de personnes désemparées, abruties par la violence dont elles sont les témoins ou les victimes. Les méchants ne sont pas des super-vilains, mais des décisions politiques, la menace de la bombe atomique, la foule enragée, des gamins sans éducation. Moins facile à combattre qu'un énorme Galactus ou un psychopathe extrêmement malin.

Au final, Watchmen et TDKR s'attachent à détourner le sens premier des super-héros. Les comics les représentant avaient souvent été considérés (et non sans raison valable) comme infantiles, de la sous-culture idiote pour jeunes enfants. C'était malheureusement occulter la dimension mythique de ces personnages, qui puisaient eux-mêmes leurs racines dans la religion et les légendes grecques, romaines, celtes, voire de la philosophie (l'übermensch de Nietzsche).

En les remettant au centre du monde réel, Moore et Miller rappellent à tout le monde que non, les super-héros ne sont pas que des histoires pour enfants. Ce sont des hommes qui redonnent espoir au milieu des politiques asociales de Reagan et de Thatcher, des gens droits et foncièrement bons, qui combattent pour la justice et le bien de tous. Des mythes, en somme, des images intemporelles, telles que leurs premières inspirations. Bien sûr, la contrepartie fut violente : les super-héros représentaient soudainement un pouvoir totalitaire, s'habillant de cuir et de bottes qui en rappellent de nombreuses autres (SS ou skinheads, à vous de voir). Mais au moins, on les prenait enfin au sérieux...

Pourtant la trame de ces oeuvres reste tout de même classique : d'abord perdants, les héros grandissent et dévoilent les vérités au fur et à mesure, finissant par triompher. Tous ces personnages ont beau être faillibles et réalistes, ils conservent une intégrité à laquelle le lecteur ne peut qu'adhérer. Ils restent des héros. Il fallait donc d'autres auteurs comme Alan Moore et Dave Gibbons pour une nouvelle génération de comics et de lecteurs. N'étant pas originaires des Etat-Unis d'Amérique (le berceau des super-héros), mais Anglais, on alla donc débaucher de jeunes auteurs d'Angleterre et d'Ecosse, dont Grant Morrison et Dave McKean. Contrairement à ses pairs, Grant Morrison commence par détester le grim and gritty. C'est pour lui une trahison de l'âge d'or et de l'âge d'argent, un avilissement d'êtres purs et positifs. Mais il sait que le public désormais adulte peut aller plus loin et ne pas uniquement se complaire dans une violence graphique toute nouvelle. C'est pourquoi il prend directement le contre-pied de Watchmen et TDKR en imaginant Arkham asylum. Ici, le héros n'est pas visible, il est un concept, souvent représenté comme une ombre informe surmontée d'une autre ombre informe à deux pointes tendues vers le ciel. Il n'est pas un héros que l'on veut suivre. Il est le lapin de Alice qui nous entraîne dans un cauchemar.

Car devenus inquiétants et symboliques, les super-vilains présents dépassent les cadres, terrifient le lecteur, telles des entités toutes puissantes du rêve. L'intemporalité et l'universalité de Arkham asylum se base sur l'oeuvre de Lewis Caroll. Il commence et termine avec une citation de Alice au pays des merveilles, sur des fonds imaginés par Dave McKean, montages photographiques de détails mécaniques, de sols craquelés, de fossile. Et sans s'en rendre compte, le lecteur entre dans le cauchemar. Il en sortira de la même façon.

L'histoire est simple : tous les super-vilains que Batman a fait enfermer dans l'asile d'Arkham se sont rebellés et ont pris le personnel en otage. Ils ne les relâcheront que si le chevalier noir les rejoint, pour une partie de chasse vengeresse. En parallèle, Arkham lui-même nous raconte son histoire, car tout n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Le destin tragique d'Arkham finalise la personnalité de l'asile, château labyrinthique effrayant, maison d'horreur. Nous sommes déjà loin d'un danger à arrêter, d'une menace mondiale, nous sommes dans un théâtre bien délimité, une attraction de fête foraine horrifique. L'asile d'Arkham condense toute l'ambiance gothique et sombre de Gotham où les fous sont lâchés. C'est dès le début que l'on comprend le sujet : Batman ne serait-il pas aussi fou que ces super-vilains ?

Nous sommes donc face à une oeuvre psychanalytique, qui va pousser Batman (mais jamais Bruce Wayne; le Joker refuse qu'on lui enlève son masque, puisque c'est son vrai visage) dans ses retranchements. Représenté comme une ombre, Batman n'est pas un héros, mais un être acculé, ne se battant que contre ses démons pour survivre, n'hésitant pas à pousser la chaise roulante du Docteur Destin dans les escaliers, horrifié d'être approché par la maladie représentée par Gueule d'argile. Le lecteur n'a pas peur pour Batman, le héros infaillible. Il a peur de lui, de l'animal apeuré mais puissant qui tente d'échapper à sa prison de fous. Après avoir ainsi démythifié Batman, l'autre facette de ce cauchemar devait également se différencier de Watchmen et de TDKR dans son traitement graphique. Il fallait oublier les cases, la narration linéaire par planche, il fallait draper le tout dans une véritable toile de Bosch.

Cette nouvelle édition de Urban comics reprend la version "25th anniversary" avec une centaine de pages de bonus, où le scénario original est annoté par Grant Morrison lui-même. Si on y découvre des anecdotes toujours bienvenues (Neil Gaiman posant pour Dave McKean lorsque Batman se transperce la main, le refus de Dave McKean de dessiner Robin, la volonté de dessiner des tests de Rorschach comme de vraies tâches d'encre et non des symboles symétriques comme dans Watchmen), on comprend surtout combien cette bd est l'oeuvre de deux visions.

Dans le scénario original, Grant Morrison déroule l'action comme une bd classique. Si un autre dessinateur l'avait pris en main, il aurait sans doute donné un clone de The Killing Joke, autre one-shot sur Batman par Alan Moore (encore lui !) et le non moins talentueux Brian Bolland (je suis fou du trait de Bolland) qui confronte encore une fois le Joker et Batman sur le thème de la folie. Mais Dave McKean est un illustrateur, il sort des beaux-arts, et le scénario rempli de références psychanalytiques, religieuses, mystiques, mythiques, ésotériques et artistiques de Morrison est pour lui l'occasion d'en faire une interprétation. Supprimant des passages complets d'actions secondaires ou trop classiques, il s'approprie le script, suggère souvent plus qu'il ne montre, et transforme ce qui devait être une bd en fresque contemporaine. D'ailleurs Morrison sait avec qui il collabore, découpe son scénario en séquences et non en planches, et donne toute liberté au dessinateur. Celui-ci s'en donne à coeur joie, mélange les dessins à des collages, des photos, superpose les éléments du décor plutôt que de représenter le décor lui-même, et efface toute humanité des personnages.

Car il s'agit également d'onirisme, les contours ne peuvent pas être clairement définis. Les thèmes doivent être ressentis, perdus dans un maëlstrom de traits et de couleurs. Grant Morrison a beau, comme ses pairs Neil Gaiman et Alan Moore, être très verbeux dans son scénario, il s'oppose à leurs diatribes à rallonge en épurant le texte. Les dialogues et les textes de pensées de Batman ou de Arkham brillent par leur concision. Ils vont droit à l'essentiel, mais cachent également toute la volonté référentielle de cette histoire, qui fait notamment appel à Aleister Crowley, Carl Jung, le christianisme et les croyances médiévales, parsemant de symboles chaque image. Je vous rassure : je n'en connais pas le quart de la moitié, mais j'ai tout de même saisi l'ambiance voulue. En conclusion, un choix cornélien : faut-il faire face au miroir ou le traverser ?
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Batman Arkham Asylum
Batman Arkham Asylum de Grant Morrison (Relié - 12 juin 2014)
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