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5.0 étoiles sur 5 Une queue de comète?, 28 avril 2014
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Une renaissance américaine : De Woody Allen à Robert Zemeckis, Entretiens avec 30 cinéastes (Broché)
Michel Ciment aura dans tous ses livres au moins inclus des entretiens avec les cinéastes : Kubrick, Boorman, le Jane Campion par Jane Campion à venir très prochainement. Certains sont exclusivement constitués d'entretiens : Kazan, Losey : Edition définitive. Et puis il y a des recueils d'entretiens, certains liés par un thème (Passeport pour Hollywood : Entretiens avec Wilder, Huston, Mankiewicz, Polanski, Forman, Wenders), d'autres moins.

Après l'indispensable Petite planète cinématographique : 50 réalisateurs, 40 ans de cinéma, 30 pays (paru il y a une dizaine d'années), Ciment propose un autre recueil qui concerne cette fois-ci strictement des cinéastes américains, avec qui il a pu s'entretenir les 40 dernières années. Il dit l'avoir délibérément conçu comme un complément au précédent et aux volumes déjà consacrés à des auteurs précis. Ceci explique que l'on n'y trouvera ni les entretiens avec les cinéastes ayant fait l'objet d'un des livres mentionnés ci-dessus (ainsi que Jerry Schatzberg, même si l'ouvrage lui ayant été consacré est à présent épuisé) ni ceux avec John Cassavetes et Terrence Malick - datant de la sortie de Badlands, soit au moment où il parlait encore au commun des mortels - qui peuvent se trouver dans Petite Planète cinématographique. Seule exception, mais de taille : Ciment ayant eu l'autorisation de faire paraître dans Positif il y a quelque temps l'entretien que lui avait originellement donné Kubrick sur Full Metal Jacket, il est à présent reproduit ici, séparément de son Kubrick - rappelons que ce n'est pas un entretien qui figure dans la monographie, mais des réponses faites à sa demande par écrit après qu'il avait relu la transcription de leur échange, qu'il ne souhaitait pas voir sortir tel quel. Autant dire que les réponses données dans cette petite vingtaine de pages, nourries de la confiance de longue date qui s'était instaurée entre les deux interlocuteurs et beaucoup moins concertées que celles finalement publiées, valent à elles seules le prix du ticket d'entrée (mais cet entretien est évidemment loin d'être le seul intérêt de l'ouvrage).

Cette "Renaissance américaine" dont il est question dans le titre est une expression que Ciment préfère à celle ayant généralement cours pour qualifier le renouveau ayant suivi l'effondrement du système des studios dans les années 60, "le Nouvel Hollywood". Arguant entre autres que ce renouveau venait de partout, à commencer par New York, et sans doute pas essentiellement de Hollywood, Ciment résume à grands traits les différentes périodes, ne cantonnant pas cette Renaissance américaine à la génération ayant émergé et pris le pouvoir (pour plus ou moins longtemps) dans les années 70. Même si cela pourra sembler discutable, il l'étend à la génération suivante, celle ayant fait son trou entre les années 80 et le début des années 90 et ayant grandement contribué à la santé d'un cinéma majoritaire par ailleurs de plus en plus formulesque (David Lynch, Oliver Stone, Spike Lee, les frères Coen, Tim Burton, Quentin Tarantino). Et inclut quelques-uns des francs-tireurs ayant fait les beaux jours du cinéma américain des années 90 et 2000 comme James Gray, Lodge Kerrigan ou Todd Solondz. Héritier de plusieurs de ces figures et une des rares personnalités marquantes à avoir émergé ces dernières années, c'est à Jeff Nichols que revient l'honneur - un peu lourd, trop d'espoirs reposant sur ses frêles épaules - de clore le ban. D'où l'impression que si "Renaissance américaine" il y a eu, il s'agit aujourd'hui d'une queue de comète, la plupart des cinéastes encore en activité figurant dans cet ouvrage ayant commencé leur carrière il y a au moins 15 ans, sinon beaucoup plus. Cela dit, outre les cinéastes que Ciment admire et qu'il n'a pas pu interviewer (Paul Thomas Anderson, par exemple), il existe d'autres metteurs en scène plus que prometteurs d'une part, et d'autre part on sait bien qu'il ne faut jamais désespérer et qu'un autre renouveau pourrait bien survenir au moment où on l'attend le moins. Mais pour l'heure, que d'œuvrettes et d'espoirs déçus dans le cinéma américain du creux des années 2010!

De l'entretien avec Barbara Loden réalisé à la sortie de Wanda en 1970 jusqu'à celui avec Nichols après la présentation à Cannes de Take Shelter en 2011, ce sont donc 30 entretiens avec 30 cinéastes différents réalisés sur plus de 40 ans qui sont reproduits dans cet ouvrage. Presque tous faits au moment de la sortie d'un film donné, ils ne sont pas rétrospectifs et il ne faut pas attendre d'eux qu'ils couvrent du terrain sur la filmographie du cinéaste considéré. C'est ce qui fait leur limite, mais aussi leur grand intérêt. Dans son introduction, Ciment rappelle que les propos sont ainsi souvent plus frais et moins calculés. C'est d'autant plus vrai que plusieurs de ces entretiens ont été conduits à chaud, après la première présentation du film dans un festival. N'ayant pas forcément encore rôdé leur discours, les cinéastes n'en sont que plus ouverts, surtout lorsque la personne avec qui ils s'entretiennent montre qu'il a perçu certains des aspects qui font la spécificité de l'œuvre présentée. Car c'est bien ce qui frappe à la lecture de ces échanges : si l'on peut reprocher à Ciment, comme à n'importe quel interviewer, de ne pas avoir posé telle question ou de ne pas avoir cherché à creuser plus certaines réponses, quitte à pousser l'interviewé dans ses retranchements, il est le plus souvent évident à la lecture des questions que la perception de l'œuvre était immédiatement assez acérée pour que les demandes soient bien ciblées. L'échange prend ensuite la forme qu'il prend, plus ou moins naturel et fouillé, mais il y a toujours à glaner dans ces entretiens, y compris lorsqu'on n'est pas passionné par l'auteur ou l'œuvre dont il est question.

Pour ce qui est de la génération des années 70, s'il y a bien les attendus Michael Cimino, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese, ce n'est pas forcément pour s'entretenir de leurs films les plus emblématiques. Si Cimino parle bien de Voyage au bout de l'enfer, avec brio d'ailleurs, Coppola s'entretient avec Ciment de Coup de cœur et Scorsese essentiellement de New York New York, La dernière valse et ses documentaires - dans Positif, c'est Michael Henry Wilson qui a réalisé la plupart des entretiens avec Scorsese, qui ont finalement donné lieu à un livre d'une qualité exceptionnelle : Scorsese par Scorsese. Robert Altman, pris à un tournant de sa carrière (et de l'évolution du cinéma américain), revient sur ses échecs commerciaux de la fin des années 70. On retiendra également le passionnant échange avec Monte Hellman, qui détaille en 1973 aussi bien ses westerns que Macadam à deux voies. Parmi les protagonistes des années 70, on lira également avec profit les paroles de James Toback, Paul Schrader, Bob Rafelson, Alan J. Pakula et Sydney Pollack. D'autres réalisateurs "des années 70" discutent ici d'un de leurs films postérieurs, ainsi Philip Kaufman au moment de son adaptation de L'insoutenable légèreté de l'être.

Un des entretiens les plus riches d'enseignements s'avère être celui de l'homme de toutes les contradictions, George Lucas. Parlant en 1977 aussi bien de La Guerre des étoiles que de ses premiers films, il finit par évoquer Coppola et Apocalypse Now, alors qu'il devait l'aider au montage. "Quand il reviendra (de la jungle), il aura une abondance de richesses, neuf heures de film environ, avec des séquences extraordinairement brillantes que j'ai vues, des monologues de Brando de dix-sept minutes qui sont des films en eux-mêmes! C'est stupéfiant et il faudra faire un choix. C'est sa façon de travailler. Il est très libre, ouvert aux idées extérieures et le matin, en se levant, il peut décider d'inclure une chose nouvelle. J'ai tant appris de lui que c'est difficile à évaluer! Je lui en suis reconnaissant dans la mesure où il m'a tout appris sur les acteurs ou sur la manière de structurer un scénario. Et en même temps je lui en veux parce qu'il se crée des problèmes en réalisant des films gigantesques qu'il faut distiller après coup. Le cinéaste qui tourne cent-dix-huit minutes de film pour un film de cent-dix-huit minutes, ce n'est pas lui! Il n'est pas Alfred Hitchcock! Il est même l'opposé et cela me rend fou, car je suis très précis, très méthodique, comme Steven Spielberg. Scorsese, lui, est plus près de Coppola. Marcia, ma femme, qui monte New York New York, doit travailler sur quatre heures et demie de cinéma brillant et essayer de les réduire. Ces Italiens ont tendance à se rendre malheureux en créant ce chaos autour d'eux mais ils adorent ça, au fond. Moi, avec mes ascendances anglo-saxonnes et ma discipline, je ne peux pas le supporter! Mais cette énergie, cette chaleur humaine, ça donne de très bons films!" Un passage éloquent s'il en fût.

Clint Eastwood, l'homme de toutes les époques ou presque, répond à Ciment sur Chasseur blanc, cœur noir, sans doute un de ses films tout à la fois les plus atypiques et les plus typiques, tant il lui ressemble. Là aussi, c'est Michael Henry Wilson qui a livré le livre-somme sur Eastwood, agrémenté de très nombreux entretiens : Eastwood par Eastwood. Mais bénéficier de cet échange sur Chasseur blanc, cœur noir est une aubaine. Autre film à la fois pas absolument central pour son auteur et pourtant on ne peut plus révélateur, le film de Woody Allen ici considéré est Coups de feu sur Broadway.

Pour les années 80-90, la plupart des auteurs sont ceux que Positif a soutenus dès leur début, comme en attestent les entretiens réalisés avec Steven Soderbergh (sur Sexe, mensonges et vidéo), Tim Burton (sur tous ses premiers films), Quentin Tarantino (à propos de Reservoir Dogs), les Coen (ici à propos de Barton Fink), Lodge Kerrigan (sur Clean, Shaven) Todd Solondz (sur Happiness), Larry Clark. Ajoutons à cela que quand bien même ils seraient des cinéastes inégaux, il n'est pas déplacé de voir ici présents Oliver Stone ou Spike Lee, deux personnalités trempées qui chacun a sa façon représente également certaines des évolutions du cinéma américain dans les années 80-90. Précisons enfin que l'entretien donné par David Lynch sur Sailor et Lula est particulièrement dense. Si tout cela intéresse, voire passionne, je distinguerai pour ma part volontiers l'entretien avec James Gray sur The Yards, extrêmement précieux pour comprendre à la fois l'auteur et son art, dans cette œuvre-ci et dans les autres signées par lui.

Comme dans le livre d'entretiens précédent paru chez Stock, une fois passée l'introduction générale les entretiens se trouvent par ordre alphabétique du nom d'auteur, avec au préalable une page d'introduction sur lui. Le plus de cette édition est que la plupart des cinéastes ayant eu droit à leur photo par Nicolas Guérin, qui signe les clichés paraissant dans Positif depuis quelques années (cf. Cent Cinéastes D'aujourd'hui - 50 Ans De La Revue Positif), celle-ci est reproduite en ouverture de chaque séquence. Pas de photo des films, mais ces beaux portraits sont des mieux venus pour accompagner ces entretiens qui restent autant de témoignages précieux que le cinéma américain n'en finit pas de se renouveler. On lui souhaite de continuer à le faire longtemps puisque aussi bien il n'est pas encore mort et n'a de ce fait pas besoin de renaître.
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