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15 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Renouvelle la vision de la coopération en entreprise, 22 septembre 2012
Par 
Blacknano (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
Cela faisait quelques années que j'attendais ce livre.

Etant quotidiennement confronté à la question de la coopération, je n'avais à me mettre sous la dent que les recettes psychologisantes des livres de management, ou la grille de lecture stratégique de la sociologie des organisations.

Intuitivement, je ne m'y retrouvais pas : j'avais le sentiment diffus que les individus coopèrent pour d'autres raisons que le calcul, même si, bien sûr, celui-ci n'est jamais complètement absent.

Autant dire que la parution de "Donner et prendre" est venue à point nommé.

La coopération, un échange de liens

Norbert Alter part du constat, évident à énoncer mais qui peine encore à trouver sa traduction dans les pratiques de gestion, que « la compétence devient collective, et de plus en plus collective. Elle exige de savoir s'associer et d'échanger avec les autres ». Par exemple, pour une organisation dont la vocation est de vendre des « solutions » techniques, c'est-à-dire un assemblage « intelligent » de produits, à quoi sert de disposer de techniciens très compétents, si sles commerciaux, qui ne possèdent pas le bagage technique suffisant, ne travaillent pas main dans la main avec les techniciens ? C'est bien le collectif Techniciens-Commerciaux qui, dans ce cas précis, va être capable (ou non) de créer de la valeur. Mais « La seule addition des compétences individuelles ne permet pas de produire la richesse globale ».

A partir de là, Norbert Alter va piocher dans l'anthropologie, plus précisément dans le triptyque donner-recevoir-rendre de Marcel Mauss, pour analyser les ressorts de la coopération.

La coopération, telle que les anthropologues la voient, est un processus de don et de contredon, qui met l'accent moins sur la nature du bien échangé (conseil, idée, coup de main...) que sur celle du lien. Elle est un cycle d'échange dans lequel le contenu de ce qui est échangé a moins d'importance que le processus lui-même. N'en déplaise donc aux tenants du paradigme de l'individu stratège, la coopération est donc davantage affaire de relation que d'intérêt, et d'émotions que de calcul : « On choisit de coopérer avec telle personne parce que l'on a envie de coopérer avec elle. Les échanges sociaux s'orientent de manière principalement affective, et secondairement professionnelle. Les relations de coopération reposent sur des sentiments - gratitude, fierté ou complicité - qui procurent un plaisir recherché en tant que tel. »
La coopération entraîne un « endettement mutuel » : je te donne parce que j'ai envie de travailler avec toi ; tu me rendras ce que tu voudras, quand tu le voudras ; et ainsi de suite. Peu importe, au fond, que la valeur des biens échangés soit équivalente : seules comptent la réciprocité des échanges et leur inscription dans la durée.

S'il est évident pour tout le monde que la coopération crée de la valeur, il est en revanche plus difficile de la mesurer : « Rendre un collègue compétent n'a pas de valeur économique précise. On ne peut mesurer la valeur économique de ces échanges. »

Malgré ses allures de simplicité, la coopération n'a donc rien d'évident. Elle réclame des conditions bien bien précises :

- D'abord, donner : « Il faut au préalable investir dans le lien en donnant ».

- Il faut ensuite qu'il y ait un retour. Si la coopération n'est pas intéressée au sens étroit du terme, elle n'est pas non plus, évidemment, complètement désintéressée : elle attend du lien, de la réciprocité. Et cette réciprocité se nourrit elle-même d'une certaine stabilité des relations : les organisations à fort turn-over ont du mal à coopérer.

- Enfin, la coopération, qui provoque une surcharge de travail, largement invisible, de surcroît, doit être reconnue, si l'on veut qu'elle se développe.

Changement ou mouvement ?

L'énoncé de ces conditions permet de mesurer en quoi la coopération se satisfait mal d'un simple « volontarisme managérial » :

- Si les salariés recherchent les liens pour eux-mêmes, car ils sont sources de satisfaction et d'estime de soi, il n'en va pas de même du « management amont ». Pour celui-ci, le temps investi dans la relation est du temps perdu, car il n'est pas directement productif ; à ce titre, il doit être éliminé, comme la « flânerie » que redoutait Taylor, en son temps. Alter a des mots assez durs : « Le management, malgré ses apparences de rationalité, n'apprend pas. Il ne modifie aucunement les hypothèses qui fondent ses décisions. L'un de ses crédos consiste, par exemple, à vouloir mobiliser le personnel, alors que celui-ci ne cesse de se mobiliser spontanément ; un autre persiste à penser que l'efficacité d'une organisation tient à la qualité de ses structures, alors qu'elle repose sur la qualité des rapports sociaux qui y règnent. » Il revalide, à trente ans de distance, ce que Crozier et Friedberg notaient déjà dans "L'Acteur et le système" : « Au sommet, il semble bien que l'on manque toujours de connaissance, et même simplement d'expérience de la complexité, et aussi de la richesse du vécu au niveau opérationnel. Le complexe du il n'y a qu'à nous semble plus répandu au sommet qu'à la base. »

- Le mécanisme don/contredon est aussi aléatoire dans l'entreprise que dans la vie. Chacun a, dans son entourage, des gens qui prennent volontiers..., mais qui ne rendent guère : « Les contredons ne sont jamais garantis : l'ingratitude est aussi répandue que la gratitude. »

- Investir dans la coopération, donner, alourdir sa charge pour donner un coup de main : tout cela demande du temps. Or, cette denrée se fait rare. A ce propos, Norbert Alter souligne très justement que la notion de changement devient de plus en plus inadaptée, et il préfère y lui substituer celle de mouvement. Le changement est une transition entre deux états stables ; or, il n'y a plus guère de stabilité. « Il n'est plus possible d'utiliser ce terme pour décrire la dynamique des firmes contemporaines. On ne distingue jamais d'état B, car le changement ne se stabilise jamais durablement. Le mouvement représente une dynamique sans aboutissement. »

- « Cette danse », ainsi que la qualifie Alter, « n'a rien d'un ballet. Chaque danseur a tendance à suivre son propre rythme. » Alter appelle cela des dyschronies : des conflits de temporalité entre les différents métiers de l'entreprise. Le temps de la finance n'est pas celui de la GRH, le temps des commerciaux n'est pas celui des producteurs, le temps d'une direction générale n'est pas celui des salariés. « Le mouvement réduit considérablement la durée des interactions, et donc la possibilité, pour les individus, de s'engager sur le long terme. Il ne cesse de remettre en cause le capital social accumulé, les dettes et les engagements. »

- La dernière difficulté réside dans la réciprocité. On a vu que la base du mécanisme coopératif est l'endettement mutuel. Or, « l'entreprise ne souhaite pas être redevable. Elle préfère le plus souvent les contrats aux arrangements, et l'équilibre des échanges à l'endettement. Elle tend donc logiquement à interdire de donner. Mais une observation attentive montre qu'elle ne résiste pas toujours à l'attrait de ces biens. Elle finit par les prendre, comme s'ils représentaient peu de chose. Elle ne manifeste pas qu'elle les reçoit. Elle ne doit donc pas grand-chose. »

Danser couvert de plumes

Le livre de Norbert Alter nous donne une vision globale des fonctionnements et dysfonctionnements des entreprises avec, en leur centre, le mécanisme central, subtil, mais mal compris, de la coopération.

Pour ma part, trois choses me paraissent devoir être soulignées :

- L'approche de l'école du don est séduisante, mais il y a fort à parier qu'elle va avoir besoin de temps pour faire son chemin : « Considérer que les salariés font des cadeaux à leur employeur, qu'il faut reconnaître ces gestes et donner à son tour serait à peu près aussi conventionnel que de proposer de danser couvert de plumes pour augmenter la productivité. Si ces propositions font sourire, ce n'est pas parce qu'elles sont inefficaces, mais parce qu'elles ne font pas partie des croyances considérées comme normales. »

- Si l'on admet, avec l'auteur, que le ressort de la coopération est davantage à rechercher dans les bénéfices relationnels que dans l'intérêt, au sens strict de ce terme, alors on ne peut plus considérer que c'est parce que les leviers RH (évaluation, rémunération) fonctionnent mal qu'il y a des problèmes de coopération. La perspective d'Alter inverse la donne : c'est au contraire parce qu'ils fonctionnent trop bien et parce qu'ils recentrent méthodiquement les collaborateurs sur leurs objectifs individuels, étouffant dans l'aeuf les velléités de fonctionner de façon plus collective.

- Dernier point : si la coopération peine autant à s'installer, ce n'est pas parce que les salariés rechignent à coopérer - les 231 pages du livre prouvent le contraire -, mais parce que les entreprises créent des doubles contraintes autour d'elle. Dans le même temps où elles appellent à coopérer à grand renfort de démarches d'empowerment et de formations, elles rechignent à offrir à leurs équipes les espaces qui leur seraient nécessaires pour se réunir et travailler ensemble... bien souvent, d'ailleurs, parce que les responsables de ces mêmes équipes ont eux-mêmes du mal à coopérer au sein des équipes de direction. Les salariés se voient ainsi contraints de choisir entre deux mauvaises solutions :

- S'ils ne coopèrent pas, ils sont considérés comme ne « jouant pas collectif » ;
- S'ils investissent du temps dans la coopération, l'entraide, le coup de main, le « travail invisible », ils sont suspectés de perdre du temps, de ne pas être assez « orientés résultats ».

Le beau livre d'Alter, dans la continuité des travaux d'anthropologie de l'école du don, montre ainsi de façon très juste à quel point capacité de changement, coopération et reconnaissance sont étroitement liées.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 A lire même pour les non managers..., 30 août 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
La problématique de la coopération et du don n'ont jamais été vraiment utilisées, sans doute a tord.
Cependant si on y réfléchit sereinement (ce sont des conclusions de l'ouvrage), cela suppose de « remettre le management sur ses pieds » autour de trois idées :

[...]les échanges sociaux représentent une richesse telle qu’il faut accepter que les salariés en consument une partie au bénéfice de la constitution de leur identité collective : cela revient finalement à un investissement ;
tous [« les travaux en sciences sociales »] expliquent qu’une décision n’est jamais bonne en elle-même, mais qu’elle peut le devenir en analysant ce qui la rend progressivement efficace ; ce qui revient à investir infiniment plus en aval du management et beaucoup moins en amont ;
enfin, il faut apprendre à célébrer les dons et les sacrifices fait par les salariés à l’entreprise ; cela revient à inverser les politiques de communication en remerciant plus qu’en sollicitant, et surtout, en faisant preuve de gratitude.

Revue complète ici : [...]
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un ouvrage indispensable au manager, 8 mai 2012
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
L'auteur nous propose une analyse des relations en entreprise à travers le don, chaque page de cet ouvrage est riche d'enseignement et incite le lecteur à comprendre davantage le monde de l'entreprise.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage d une grande richesse !, 31 mars 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
Interessant pour tous à mon sens, manager ou non. De plus, le contexte de l'entreprise qui sert "d illustration" peut facilement être transposé à d autres. Parfait egalement pour ceux qui travaillent sur ce concept. A lire !
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 génial, 16 janvier 2014
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je l'ai acheté dans le cadre de mes études et ce fut un bonheur de le lire, le don et contre don régente notre vie
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5.0 étoiles sur 5 Une approche "méta" passionnante, 13 janvier 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
"Donner et prendre" fait parti de ces livres qui questionnent fondamentalement nos grilles de lecture. Norbert Alter nous fournit une analyse trans-culturelle et trans-générationnelle des relations de coopération. L'entreprise est un cadre d'illustration et son modèle se transpose naturellement à toute société. Brillant, simple et rafraîchissant.
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5.0 étoiles sur 5 tres bien, 21 décembre 2013
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présentation du livre conforme à l'annonce
livraison rapide et livre en parfait etat
contenu lié à l'estime de soi, très utile dans la vie quotidienne
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4.0 étoiles sur 5 A la recherche du don dans l'univers régit par l'échange monétaire, 20 novembre 2013
Par 
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
C'est une excellente idée d'éclairer, à l'aide de l'anthropologie, l'importance du don, de l'acte gratuit, dans cet univers du travail dominé idéologiquement par les conceptions utilitaristes.
Son analyse de l'échange social comme soubassement essentiel des dynamiques individuelles et collectives à l'oeuvre dans l'entreprise recoupe les observations que chacun peut faire. La sagesse séculaire nous rappelle qu'il y a plus de joie à donner qu'à recevoir. Avec le désir de progresser (voir l'oeuvre de Teresa Amabile) et le désir de reconnaissance (cf Ricoeur ou Honneth), la générosité constitue l'un des trois piliers fondamentaux du sens de la vie au travail.
Ce livre est une invitation à refonder le management sur une conception anthropologique plus réaliste que l'utilitarisme et ses déclinaisons étroitement comportementalistes.
Ce travail reste à faire. On peut juste regretter que l'auteur ne s'aventure pas sur ce terrain où la critique nécessaire ouvre la voie à la proposition.
Mais peut-être n'était-ce pas son intention.
c'est en tout cas un livre qui fait réfléchir. Et c'est toujours bon à prendre.
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5.0 étoiles sur 5 C'est du Alter..., 12 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Donner et prendre : La coopération en entreprise (Poche)
Ce livre est une bouffée d'oxygène pour les neurones, comme nombre des ouvrages de cet auteur. Si Alter n'existait pas, il faudrait l'inventer.
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Donner et prendre : La coopération en entreprise de Norbert Alter (Poche - 28 octobre 2010)
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