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4.0 étoiles sur 5 La tragédie de l'attente
D'une apparante simplicité, "En attendant Godot" est en réalité une oeuvre d'une richesse incroyable. Le génie de Beckett est d'avoir créé une oeuvre plurivoque, avec différents niveaux de sens et différentes interprétations. Une oeuvre qui n'a pas fini de nous questionner. Une oeuvre dans laquelle chacun peut...
Publié le 24 mai 2008 par Bibliophilette

versus
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 ATTENDONS
j'ai renoncé au deuxième acte...c'est pas que...mais on s'emm...e dur et ce dès le début...Bon...Je préfère "Waiting for Benny" dans lequel Charlie Christian nous démontre son incroyable talent...Quant à Godot, si jamais il arrive, qu'il m'attende, je serai de retour le lendemain du Jugement Dernier....
Publié il y a 14 mois par BAGRATION


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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La tragédie de l'attente, 24 mai 2008
Par 
Bibliophilette (France - Centre) - Voir tous mes commentaires
(TESTEURS)    (TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
D'une apparante simplicité, "En attendant Godot" est en réalité une oeuvre d'une richesse incroyable. Le génie de Beckett est d'avoir créé une oeuvre plurivoque, avec différents niveaux de sens et différentes interprétations. Une oeuvre qui n'a pas fini de nous questionner. Une oeuvre dans laquelle chacun peut trouver un sens.

Profondément ancrée dans l'époque où elle a vu le jour (1952), la pièce reste pourtant incroyablement moderne. Sans doute parce qu'elle évoque des thèmes universels : l'homme sans dieu, des temps et espaces incertains, l'humain et l'inhumain en chacun d'entre nous, la menace du silence et le vide des paroles, l'indicible ou la mort, la fin ou l'éternel recommencement.
Beckett interroge mais n'apporte pas de réponse. Où le lecteur peut-il trouver les réponses ? Est-ce en lui ? Est-ce en "Godot" ? Mais qui est Godot ?

Je recommande après une première lecture de lire le "Profil d'une oeuvre" qui éclaire le texte. Puis de relire la pièce. A lire et à relire.
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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 l'essence de la tragédie, 29 février 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
Minimaliste et contraignant, tel est Beckett. Il faut connaître l'Irlande pour comprendre pleinement la matière de sa pièce: là-bas, des masses de gens attendent... quoi? une raison de vivre? du travail? Dieu? Attitude culturelle propre aux pays du Tiers-Monde, l'attente est ici élevée à la hauteur d'une métaphysique. Ce qui permet, inversement, de relativiser la métaphysique. Procrastination essentielle de l'action et de la vie. J'avoue qu'une tragédie sans peplum me plaît.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 ATTENDONS, 8 février 2013
Par 
BAGRATION "MOLTO LENTE" (FRANCE) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
j'ai renoncé au deuxième acte...c'est pas que...mais on s'emm...e dur et ce dès le début...Bon...Je préfère "Waiting for Benny" dans lequel Charlie Christian nous démontre son incroyable talent...Quant à Godot, si jamais il arrive, qu'il m'attende, je serai de retour le lendemain du Jugement Dernier....
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 magnifique, 19 mai 2013
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Un classique incontournable!
En attendant mieux à ... 6 pieds sous terre.
A lire et à relire comme livre de chevet.
A.Delplanque.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 instructif, 18 avril 2013
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De l'absurde a l'etat pur ! Mais de la reflexion quand meme sur la condition de l'etre humain. A conseiler pour ceux qui sont ouverts a d autres ecritures.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 A lire, 3 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
Beckett fidèle à lui-même, une pièce qui surprend et qui se lit plutôt rapidement. Une édition toujours aussi agréable. Que des qualités.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Bon ouvrage, 23 décembre 2012
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Je recommande ce livre aux personnes fans de l'absurde. La qualité même du livre est excellente. Bonne lecture à tous !
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Chose promise chose due, 18 juillet 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
Quatre personnages, deux couples, avec un cinquième, le messager qui finit de construire le pentacle diabolique, et s'ils sont deux le nombre Salomon. Estragon et Vladimir, Gogo et Didi, sont un couple qui s'aiment d'amour amical, inséparables, inaliénables, qui s'embrassent sans cesse dans de grandes accolades, ce qui n'est certainement pas français. Il se quittent à la nuit tombée pour passer la nuit dans des fossés, Estragon se faisant cogner dessus par des bandes d'inconnus, et ils se retrouvent le lendemain en fin d'après-midi pour attendre Godot, un projet comme un autre, marinant dans leurs odeurs fortes, Estragon des pieds et Vladimir de la bouche, j'ai presqu'envie de dire du goulot mais on ne nous dit aucune part qu'ils pratiquent la déglutition de vin rouge.

Chaque après-midi ils sont dérangés et distraits dans leur attente par un couple voyageur à définition sociale dans le premier acte et à définition totalement dégénérative au niveau de leurs handicaps dans le deuxième acte. Dans le premier on a un maître Pozzo qui dit avoir un château, et son « homme de peines » Lucky (qui deviendra un « serviteur » dans le deuxième), bel euphémisme antagonique par rapport à l'esclave de la version anglaise, et dans les deux cas du nom et de la position sociale.

Dans le deuxième acte Pozzo est aveugle et Lucky est muet.

Autant dans le premier acte Lucky porte les bagages, obéit à tous les ordres, au fouet si nécessaire, est mené avec une corde, Pozzo derrière lui (qui mène qui ?), autant dans le deuxième c'est Lucky qui mène vraiment son aveugle de maître, bien qu'il porte toujours les bagages, mais est devenu un « serviteur ».

On remarquera dans le premier acte la prétention de Pozzo que Lucky s'asservit lui-même pour ne pas être renvoyé dans son grand âge. Dans le deuxième acte l'asservissement est devenu purement machinal car le maître est devenu impuissant et pourrait aisément être abandonné car aveugle.

Dans le premier acte Pozzo exprime son intention d'aller au marché de Saint Sauveur pour vendre Lucky alors qu'il exprime que la seule bonne solution serait l'euthanasie, le tuer.

Dans le deuxième acte Pozzo ne peut plus vendre Lucky qui est devenu sa canne blanche, sa boussole de cécité, et donc une nécessité absolue. Renversement du rapport de classe que H.G. Wells a largement utilisé dans avec « Machine à voyager dans le Temps ».

Mais ce couple ne fait que traverser. Il révèle la lente et inexorable descente aux enfers de l'humanité, en particulier de l'humanité divisée en classes, un credo fort de l'idéologie communiste. Il n'y a plus d'espoir car Pozzo devenant aveugle il a perdu le sens du temps au deuxième acte, alors qu'à la fin du premier acte il avait déjà perdu sa montre et donc le temps lui-même, puisque dans la nature le temps n'existe pas, seulement la durée.

La déliquescence de l'humanité est aussi exprimée dans le discours de pensée de Lucky qui ne fait que vaguement se souvenir de formules qu'il met bout à bout dans un délire oratoire avec une rythmique rhétorique fondée sur la répétitivité.

Cette rythmique privilégie la figure de quatre avec quelques extensions vers cinq, six ou sept. Notons que souvent cette structure quaternaire n'est que le doublement d'une structure binaire. Lucky cite ses sources. Il y en a quatre, chacune double. « Poinçon et Wattmann », une fois. « Testu et Conard », quatre fois avec trois « Conard » supplémentaires menant ainsi à sept. « Fartov et Belcher », une fois. « Steinweg et Petermann », deux fois.

« Poinçon et Wattmann » ont un dieu personnel, « quaquaquaqua à barbe blanche, quaqua hors du temps de l'étendue qui du haut de sa divine apathie, sa divine athambie, sa divine aphasie ... la divine Miranda. » Notons que cela marche mieux « en anglais ou le « quaquaquaqua » est triplé pour atteindre douze « qua » (les douze apôtres, référence chrétienne pour un anglais moyen, mais aussi les douze tribus d'Israël) et où les éléments divins ont une rime (apathia, athambia, aphasia, Miranda). Ce Dieu est le tétragramme juif YHWH, aussitôt étendu à six, le nombre de Salomon. Le tétragramme est repris ensuite avec les quatre « divine » et les quatre noms féminins qui suivent coupés nettement en trois par leur préfixe et leur rime notons imparfaite pour le français mais correcte pour l'anglais, plus une quatrième, une femme, un personnage important de Shakespeare par exemple (« La Tempête », pièce apocalyptique à final épiphanique) sans le préfixe privatif et sans la rime. Les quatre sont féminins en français.

« Testu et Conard » veulent dire exactement ce qu'ils disent à savoir têtu et connard avec donc la structure quaternaire étendue à sept de façon imparfait, la Semaine Sainte ou la Genèse.

« Poinçon » marque l'or et l'argent alors que « Wattmann », l'homme watt est une allusion au watman des trams d'autrefois qui mettaient le bras du pantographe en contact avec la caténaire, sans parler des stylos Waterman.

« Fartov » est la russification de « fart » qui en anglais signifie « péter » et « belcher » est l'agentisation de « belch » qui en anglais signifie « roter ».

« Steinweg » est une marque de pianos et signifie le chemin de pierre et « Petermann » signifie l'homme de pierre.

Notons qu'en anglais ces noms deviennent : Puncher, Wattmann, Testew, Cunard, Fartov, Belcher, Steinweg, Peterman. Cela confirme les sens vus en français et Peterman est en anglais un cambrioleur spécialiste des coffres-forts.

Le reste du discours est riche en incohérence signifiante et en rythmiques répétitives elles aussi signifiantes. Lucky est quelque part la voix d'un dieu devenu confuse mais qui donne des indications sur la nature de ce dieu, par exemple quand il parle du golf à neuf ou dix huit trous. 9 est le nombre du diable, la neuvième heure est l'heure de la mort de Jésus, et 18 est trois fois six, 666, le nom de la Bête dans l'Apocalypse de Saint Jean.

Lucky finit en se prenant la tête sur le mot « tête » : « la tête la tête la tête la tête en Normandie ... la tête la tête en Normandie ... la tête ... Conard Conard ... Conard ». Quatre « la tête » étendus à six, le nombre de Salomon, puis sept, la Semaine Sainte ou la Genèse. Les trois derniers repris en écho par trois « conard » eux aussi groupés en deux plus un, d'où trois plus trois, à nouveau le nombre de Salomon, mais avec les six premiers on monte aux douze tribus d'Israël et aux douze apôtres.

La version française est très franchement messianique au sens Ancien Testament et Apocalypse de Saint Jean. Quatre est à la fois Dieu lui-même et la crucifixion de Jésus tandis que 9-18-666 est l'Apocalypse de Saint Jean, avec 6 qui est le nombre de Salomon ou l'étoile de David. La version anglaise est plus orientée vers le Nouveau Testament et les douze apôtres.

Mais alors où est jésus ?

Avec les deux larrons (p. 12-13) cités par deux évangélistes et pas les deux autres, et encore un seul des deux larrons est sauvé uniquement par un des deux évangélistes qui les citent.

Vladimir demande à Estragon (p. 13) : « Tu as lu la Bible ? » Réponse évasive « La Bible ?... » d'où la remarque de Vladimir typiquement française : « A l'école sans Dieu ? » et la réponse désarmante d'Estragon : « Sais pas si elle était sans ou avec. »

Jésus est le Sauveur (p. 15). Le Marché Saint Sauveur est un marché aux esclaves ou Pozzo emmène Lucky pour le vendre (p. 40), étrange référence à Jésus pour un marché aux esclaves. Il y a aussi les sept (la Semaine Sainte ou la genèse) « adieu » au moment du premier départ de Pozzo et Lucky, étendus ensuite par cinq supplémentaires (un pentacle païen) à douze (les douze tribus d'Israël ou les douze apôtres).

Le premier soir Estragon a l'intention de partir pieds nus. Vladimir s'étonne, d'où la réponse d'Estragon : « Jésus l'a fait. » Et devant le doute de Vladimir il ajoute « Toute ma vie je me suis comparé à lui. » (p. 68)

Le deuxième acte est tout aussi orienté. L'arrivée de Pozzo et Lucky fait croire à Vladimir que Godot arrive et donc « nous sommes sauvés » (p. 96) Plus loin Estragon demande : « Tu crois que Dieu me voit ? » Vladimir lui conseille de fermer les yeux, ce qu'il fait et il dit : « Dieu ait pitié de moi. » (p. 99)

Plus loin Estragon appelle Pozzo « Abel ! Abel ! » (p. 108) et Lucky « Caïn ! Caïn ! » (p. 109) allusion aux frères ennemis célèbres de la Genèse, allusion lourdement reprise en conclusion des deux actes par le messager, un garçon qui garde des chèvres et qui a un frère qui garde des brebis et Godot bat ce deuxième frère, un Godot qui a une barbe blanche. Nous y reviendrons.

Le final de l'acte deux est une évocation de Jésus à nouveau. Vladimir : « On se pendra demain. A moins que Godot ne vienne. » Estragon : « Et s'il vient ? » Vladimir : « Nous serons sauvés. » (p. 123) Et c'est là que le bât blesse car Estragon a son pantalon aux chevilles et doit le remonter avant de sortir de scène. Une touche obscène qui ruine l'effet salvateur de la remarque de Vladimir.

Cet élément d'obscénité est fortement scatologique en plus. Il est beaucoup plus fréquent dans la version française que dans la version anglaise. J'ai relevé, et ce relevé n'est probablement pas complet, quarante-trois insultes, grossièretés ou obscénités. Certaines longuement développées. « C'est long mais ce sera bon » (p. 11) . « Si on se pendait ? » « Ce serait un moyen de bander. » « On bandes ? » « Avec tout ce qui s'ensuit. Là où ça tombe il pousse des mandragores. » (p. 20) Le jeu avec la carotte « (Il en suce méditativement le bout.) (p. 25) et le commentaire « plus on va moins c'est bon. » (p. 26) « Tu pisses mieux quand je ne suis pas là. » (p. 76) « ma chaude-pisse d'existence. » (p. 80) Mais quand Vladimir sort pour aller aux toilettes « au fond du couloir à gauche » dans les coulisses la protestation de Pozzo qui dit « vous auriez du le retenir. » obtient la réponse suivante : « I s'est retenu tout seul... » (p. 45).

Il y a de nombreux autres cas de sous-entendus clairement exprimés ou non à ce niveau.

C'est alors que nous pouvons nous demander qui est Godot.

Pozzo donne la première indication quand il dit « Godet, Godot, Godin » (p. 36) et « Godin, Godet, Godot » (p. 46). La racine est /god-/. Cela fonctionne bien en anglais car c'est la racine germanique de « dieu ». Elle existe en Persan /khoda/ et en Sanskrit /khooda/. Le Sanskrit n'est pas pertinent ici puisque c'est une langue dérivée de l'origine commune des langues dites Indo-Européennes d'un côté et des langues Indo-Aryennes de l'autre. Les deux sous-familles sont issues du plateau iranien où la culture zoroastrienne est antérieure à la culture védique, mais c'est aussi elle qui développe le monothéisme comme un potentiel qui sera réalisé quand cette culture redescendra dans la Mésopotamie et rencontrera la culture sémitique.

Cela permet de dire que « Godet » est un petit dieu, « Godot » est un petit dieu vu péjorativement et « Godin » est un mot valise « God - Odin », Odin étant le dieu germanique majeur. Cette racine anglaise ou germanique du nom Godot est incompréhensible en Français où la racine pour « dieu » est justement celle du mot « dieu ». Mais ce jeu sur une racine germanique a entraîné du côté français des étymologies populaires comme « godillot », ce qui ne correspond à rien dans le texte.

Si ainsi Godot est un petit dieu, quel petit dieu est-il (souvenons-nous que le suffixe est péjoratif) ?

La deuxième identification, comme nous l'avons vu vient de Lucky, le tétragramme du dieu juif réduit à « quaquaquaqua », pour le moins péjoratif en écho à blablablabla dans nos pratiques linguistiques courantes. Lucky le dote d'une barbe blanche et le positionne en dehors du temps et de l'étendue (espace).

Le premier messager donne des renseignements sur Godot indirectement en parlant de lui-même qui garde des chèvres et de son frère qui garde des brebis mais que Godot bat ou punit. Le parallèle avec Abel et Caïn est imparfait, mais il est clair. C'est le deuxième messager qui est peut-être le même ayant perdu la mémoire ou son frère, « si ce n'est toi c'est donc ton frère » (La Fontaine, « Le loup et l'agneau »), qui confirme que Godot a une barbe blanche et donc confirme la description donnée par Lucky.

Ainsi on comprend pourquoi si Godot vient demain ils seront sauvés. Ce sera la Deuxième Venue, le Jugement Dernier, l'Apocalypse qui donne aux pauvres de ce monde le royaume des cieux, pauvres en argent et pauvres en esprit, et c'est une allusion directe au poème du poète irlandais Yeats intitulé « The Second Coming » et qui voit la Bête dans la crèche de Bethléem. On voit alors combien Beckett a laminé le sens et le contenu religieux de sa culture irlandaise catholique pour la fondre dans des allusions juives ou chrétiennes, vagues et entièrement contenues dans des moyens ésotériques, comme des références numériques. Les seuls éléments de la tradition judéo-chrétienne effectivement citées sont : Jésus, Abel, Caïn, et, dans la version anglaise, Adam. Tout le reste du discours religieux laminé est contenu dans Godot et quelques éléments de description. En tout cas cette seconde venue est elle aussi laminée à n'être qu'un espoir vain de la venue hypothétique, toujours promise, jamais tenue, de ce Godot, petit dieu plutôt ridicule que Estragon et Vladimir brandissent comme un oripeau justifiant leur refus de quelque changement que ce soit. Pendant ce temps le monde de la lutte des classes (discours marxiste) s'écroule comme nous le montrent Pozzo et Lucky qui s'écroulent en arrivant la deuxième fois et puis qui s'écroulent en partant la seconde fois..

Il y aurait beaucoup encore à dire. Mais concluons sur quelques idées simples. La structure quaternaire devient un motif, une gestalt dans une langue française nettement inférieure à la langue anglaise, trop ordurière même, typique de la « classe ouvrière » des années 1950 en France avant les trente glorieuses et les progrès de l'éducation.

Mais il ne s'agit pas d'une vision absurde. Il s'agit d'un rejet de la société de classes comme ne menant aucune part. C'est donc une dénonciation du marxisme de cette époque qui ne discutait que de la paupérisation de la classe ouvrière au moment même où commençaient les trente glorieuses avec le Plan Marshall. Il est vrai aussi que la propagande communiste cinématographique de l'époque opposait le coca cola à la boisson du peuple, à savoir le vin rouge. On remarque l'absence totale de ce breuvage et même de la couleur rouge dans le théâtre de Beckett.

La dernière remarque en nos temps de l'analyse des genres, au sens des orientations sexuelles (il y en a douze dans la planète LGBT en ajoutant les hétéros et en différenciant les travestis et les transsexuels) porte sur l'orientation sexuelle de la pièce. L'obsession scatologique, de braguette, de succion, de pantalons aux chevilles, sans compter les allusions sexuelles entre ces mâles, fait que l'on a ici un discours homosexuel totalement enfermé dans le placard célèbre, ou plutôt un coffre fort dont on a perdu la combinaison et la clé. Je regrette personnellement que toutes les versions des pièces de Beckett que j'ai vues sur scène, et en particuliers « En attendant Godot » refusent de montrer à la surface ce discours souterrain parfaitement conscient de la part de l'auteur. Ce n'est pas en amenant des femmes dans ces rôles d'hommes que l'on révèlera le sens caché. Ce n'est pas comme Gildas Bourdet l'a fait en son temps à Lille en montant « Fin de Partie » dans un décor rose alors que le premier ministre était Pierre Mauroy, donc en politisant le discours, que l'on révèlera le discours profond, clandestin, mais parfaitement conscient de l'auteur. En ce temps-là on ne jouait pas avec le feu. On le mettait au vingt-cinquième sous-sol du subconscient.

Dr Jacques COULARDEAU
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 clowns tristes, 14 janvier 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
Samuel Beckett ne sait quel est le sens de son oeuvre ni, surtout, si elle en a un...Pour moi, Vladimir et Estragon, Pozzo et Lucky sont des clowns tristes qui nous montre, sans concessions, l'évidente et épouvantable condition de vie de l'être humain.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Théâtre de l'absurde, 24 mai 2011
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : En attendant Godot (Poche)
Samuel Beckett dans cette pièce de théâtre qu'il écrivit en français, à Paris en 1953, me parait révélatrice du théâtre de l'absurde comme l'illustrait à cette même époque Eugène Ionesco, notamment dans La cantatrice chauve suivi de La leçon et Rhinocéros.

Qui est Godot ? Un jeu de mot sur God suivi d'un diminutif ? Samuel Beckett refusera cette interprétation. Ou bien Godasse ? Il est vrai que Estragon, l'un des deux rôles majeurs de cette pièce se plaint systématiquement de ses chaussures, qui sentent mauvais, sont trop étroites, sont d'une couleur sale quand elle ne s'altère pas dans le second acte, l'amenant à ne plus les reconnaître.

Perte de mémoire. Estragon perd la mémoire du jour passé. Vladimir en a une en revanche dont il use avec parcimonie pour conserver l'amitié de Estragon. Tous deux attendent un personnage mythique, fruit de leur imaginaire ?, Godot. Questions posées sur le sens de notre passage sur Terre, sur notre vie, déserte à l'image du décor : un plateau avec un arbre squelettique.

Samuel Beckett, dans une lettre à Michel Polac, écrite en janvier 1952, en réponse à une question sur le sens de cette pièce, écrit :

" Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible." (en quatrième de couverture)

L'interprétation sur scène doit révéler avec certitude des sens qui échappent à la lecture, tant le jeu des acteurs est minutieusement décrit dans son apparente désorganisation voire folie.
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