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9 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La nature du politique dans les "sociétés primitives", 8 octobre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Société contre l'Etat : Recherches d'anthropologie politique (Poche)
"La Société contre l'État" est l'exemple même de ces études qui dépassent la discipline dans laquelle ils évoluent. Né d'un projet ethnologique, ce livre touche de plein-pied des problématiques issues des sciences politiques, de la sociologie ou encore de la philosophie, par l'analyse originale qu'il fait de la nature du pouvoir, la nature de l'État, ou la fonction du langage. Cette pluridisciplinarité s'explique par le parcours de l'auteur, Pierre Clastres, philosophe de formation, ethnologue de profession. Se trouvent rassemblés ici 10 articles déjà publiés dans des revues scientifiques, suivis d'une étude finale inédite livrant les conclusions de Clastres sur la nature du pouvoir dans les sociétés amérindiennes "primitives". Ensemble parfois hétéroclite, quoique conservant toujours, en filigrane, la problématique du pouvoir "primitif", l'ouvrage se voulait une sorte d'introduction à une étude structurée sur les problématiques abordées, qui devait venir ultérieurement. Mais la mort accidentelle de Pierre Clastres quelques années plus tard lui a conféré le statut de testament intellectuel. Il nous faut donc nous contenter de cet ensemble dépareillé pour aborder une pensée vive, originale, mais qui ne semble toutefois pas échapper à certaines limites.

Les différents articles réunis ici partagent deux objectifs : dénoncer l'ethnocentrisme qui toucherait l'ethnologie, et démontrer que l'absence d'État dans les sociétés primitives n'est pas subi mais voulu, de façon inconsciente. Si les arguments de l'auteur portent dès lors qu'il critique la démarche de ses collègues, la thèse centrale de son livre se révèle nettement moins convaincante. Et à mon grand regret, je ne suis pas certain de savoir pourquoi.
J'aurais tendance à expliquer ma gêne par le glissement occasionnel du raisonnement, de l'analyse ethnologique à la réflexion philosophique. L'exemple le plus frappant est le chapitre sur la "philosophie de la chefferie indienne", qui tente de circonscrire la sphère dans laquelle évolue le chef sans pouvoir des sociétés primitives amérindiennes. Le raisonnement progresse par une succession de faits et de déductions rigoureuses, un véritable modèle méthodologique. Cependant, lorsqu'il parvient à son sommet, c'est-à-dire à la conclusion générale qui énonce l'essence de la chefferie indienne, Clastres émet une thèse - le pouvoir politique coercitif tel qu'il s'est épanoui en occident est une ruse de la Nature pour s'immiscer dans la négation de sa propre essence, à savoir la culture - qui semble sortir de nulle part, alors même que son caractère novateur et polémique aurait du lui valoir un traitement autrement plus argumenté. Ce point culminant n'est que vaguement relié à la suite de déductions rigoureuses qui précède. Il s'en suit une vague impression de bâclé, nuisant au projet de l'auteur, qui est tout de même de convaincre son lecteur...
C'est en effet dans la conclusion de ses textes "politiques" que Clastres ne me convainc pas, la conclusion étant insuffisamment argumentée (comme dans "Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne") ou imprécise, laissant à une étude postérieure qui ne vint jamais - et pour cause - le soin de lui apporter son point final (comme dans "La société contre l'État").
D'autres textes, moins nettement centrés sur le phénomène politique, prennent place dans ce recueil. Si on sent une même problématique politique, alors décelable en filigranes, quelques lignes d'introduction de l'auteur auraient été les bienvenues pour servir de lien entre des articles traitant de points si différents. On est d'ailleurs parfois contraints d'attendre la fin d'un article pour repérer en quoi il se veut pertinent dans le recueil - je pense à "De quoi rient les Indiens ?" Et on perçoit dès lors les limites de cet ouvrage regroupant des écrits qui n'avaient, au départ, probablement pas vocation à être rassemblés, même si Pierre Clastres en a soigné les extrémités : la première étude, "Copernic et les Sauvages", fait office d'une formidable introduction du projet ethnologique dont il est question, tandis que "La société contre l'État" se veut une sorte d'ouverture, qui laisse, certes, sur sa faim, mais qui met un terme à ce qu'on vient de lire en promettant autre chose. Entre ces extrémités, et à de rares exceptions près, rien ne justifie que telle étude succède à telle autre. Il semble d'ailleurs que l'ordre chronologique de parution ait servi, grosso modo, de guide à la composition.
Malgré ces faiblesses, l'auteur nous livre des réflexions enrichissantes sur des sujets d'apparence aussi éloignés que l'humour, la fonction prophétique, la division sociale sexuée, ou le rôle de la torture ; on apprend quantités de choses intéressantes, et on comprend à quel point des pratiques qu'on semble vider de leur sens en les rangeant sous les vocables "tradition" et "coutume" ont en vérité des fonctions précises et importantes dans la vie de la société, et à quel point cette dernière semble exercer une domination sans faille sur l'individu. Bien sûr, comme je l'ai rappelé plus haut, tout n'est pas également convaincant.

Il est aussi frappant de constater que le vocabulaire et les analyses de Clastres révèlent une grille de lecture marxiste, même s'il ne s'agit pas de marxisme orthodoxe, et alors même que l'auteur semble s'en défendre. Il est plusieurs fois question de "superstructure" et "d'infrastructure" ; dans le dernier chapitre, Clastres inverse la chronologie de l'aliénation marxiste, en la disant politique avant d'être économique. En défendant, à travers les exemples amérindiens, l'idée de l'existence de sociétés sans État, et en affirmant à maintes reprises le caractère néfaste de ce dernier, l'auteur semble donner raison au terme du projet communiste : une société sans un État qui n'est qu'un instrument de domination d'une classe sur une autre. La définition restreinte de l’État que Clastres reprend de Max Weber, le détenteur de la "violence légitime", va dans le même sens, alors même qu'il écrit, à la page 40 : "[les sociétés sans État] ont très tôt pressenti que la transcendance du pouvoir recèle pour le groupe un risque mortel, que le principe d'une autorité extérieure et créatrice de sa propre légalité est une contestation de la culture elle-même ; c'est l'intuition de cette menace qui a déterminé la profondeur de leur philosophie politique". Et de là, l'idée selon laquelle Clastres aurait succombé à la fascination qu'il éprouve pour son sujet (fascination que l'on aurait du mal à lui reprocher) au point de magnifier ces tribus amérindiennes face à la culture occidentale inégalitaire et coercitive. Si ce reproche ne lui est plus adressé aujourd'hui, je n'ai pu m'empêcher, durant ma lecture, de penser que Clastres devait considérer l’État comme une abomination, et que son analyse des sociétés amérindiennes se colorait de ce jugement, inverse de celui qu'il a reproché à ses collègues. Mais ce n'est après tout qu'un détail, l'essentiel résidant dans les faits et la profondeur de l'analyse qui en est faite.

J'aurais également quelques reproches à adresser à l'éditeur. "La société contre l'État" a paru voilà plus de 30 ans, ce qui aurait du nous valoir une édition critique, replaçant l'ouvrage dans les débats de son temps, décrivant le devenir des thèses présentées (Clastres a t-il eu des disciples ? Comment sa thèse a t-elle été reçue ? Les recherches effectuées depuis ont-elles validé ou invalidé ses prises de position ? Qu'en est-il aujourd'hui de l'école de Berkeley ? etc.), précisant les références vagues - pour un néophyte - de l'auteur, etc. Or, les Éditions de Minuit ne nous livrent que le texte original. Difficile donc d'évaluer ce qui est offert à notre jugement... Pour en apprendre plus, on est forcé de consulter des manuels de sciences politiques et de sociologie politique.

On aura sûrement du mal à comprendre, au terme de cette critique, pourquoi j'ai attribué 4 étoiles à ce livre.
J'ai découvert la pensée de Pierre Clastres à l'Université il y a un an et demi, elle m'avait interpellée et fascinée, et je lui prêtais d'instinct une profondeur d'analyse et de jugement. Normalement, le passage de l'aperçu que constitue un cours à la pensée matérialisée pleinement dans l'œuvre aurait du achever d'emporter totalement mon adhésion. Que, dans mon cas, le cheminement ait été exactement inverse en dit long sur ma déception. L'argumentation n'est pas parvenue à me convaincre ; elle m'a paru pécher dans les conclusions. Bien sûr, ce sentiment peut provenir de la nature même de l'œuvre, doublement inachevée.
Toutefois, malgré ses nombreuses limites, "La société contre l'État" est une mine d'informations, d'analyses fines et nous invite à remettre en question notre façon de penser le politique. En ce sens, il s'agit d'une lecture très profitable, qu'on ne peut pas regretter. Je la recommande donc malgré tout.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la société contre l'Etat, 27 mai 2013
Par 
Chaudron (f) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Société contre l'Etat : Recherches d'anthropologie politique (Poche)
texte antropologique fascinant sur les société dite "primitive" qui nous permet de mettre en perspective le monde occidentale d'aujourd'hui soit disant "civilisé"
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La Société contre l'Etat : Recherches d'anthropologie politique
La Société contre l'Etat : Recherches d'anthropologie politique de Pierre Clastres (Poche - 6 octobre 2011)
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