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Intéressant de lire, parallèlement à l'affaire du bijoutier de Nice, cette présentation de deux récits de la Belle Epoque sur le policier et l'apache. Le premier réside dans les mémoires d'une prostituée du monde apache, la légendaire "Casque d'Or", âgé de 23 ans, Amélie Elie. Elle livre son témoignage alors que deux chefs de bande, Manda et Leca, qui se disputaient ses beaux yeux, viennent de régler leur différend à coups de couteux, à l'été 1902. Le deuxième récit est signé Eugène Corsy, un obscur gardien de la paix qui raconte la mort de son collègue Joseph Besse, tué lors de sa première mission en juillet 1905, dont le texte n'a été redécouvert que récemment.

Le texte du policier est avant tout celui d'un milieu professionnel, les gardiens de la paix à Paris, qui recrutent fréquemment dans les campagnes et à l'armée. Les agents s'inspirent de la pratique de l'îlotage londonien. La mort est fréquemment rappelée dans le récit de Corsy mais elle ne concerne en fait qu'une minorité d'agents. La haine de l'apache prédomine assez largement.

En face, Amélie Elie dresse le portrait d'une prostituée effrontée, mais qui masque mal la dureté de la condition : l'insouciance fait partie intégrante de la vie des apaches... Si la criminalité augmente à Paris à partir de la décennie 1890, elle n'a pas grand chose à voir avec les fantasmes des journaux de l'époque. L'angoisse sécuritaire renvoie en fait à des mutations de la société. Les apaches forment une culture déviante, une sorte de contre-société, qui aide à construire la figure du gardien de la paix, comme deux faces d'un miroir.

Car les deux récits se rapprochent. Par les lieux, le nord-est industrieux de Paris, et par la date. Corsy n'hésite pas à souligner qu'il mène des expéditions punitives contre les apaches en toute illégalité, avec ses collègues. Les deux personnages ont d'ailleurs du mal à coucher leur témoignage par écrit -Amélie Elie se confie, en fait, à un journaliste. Ils jouent sur les médias de masse qui se développent à l'époque (journaux, etc) et construisent la dichotomie armée de l'ordre-armée du crime. Comme les ouvriers se sont finalement insérés dans la société, il faut trouver de nouveaux criminels : ce seront les apaches, thème qui s'impose dans les années 1900. Casque d'Or fait publier son récit dans la presse, ce qui montre l'ambiguïté d'une figure qui fascine. Les policiers, eux, reprochent aux tribunaux d'être trop cléments à l'égard des apaches ! Corsy cherche d'ailleurs à faire entendre la voix des policiers dans les médias, négligée, là où Casque d'Or témoigne de la réappropriation par les groupes populaires d'un discours médiatique qui est subverti.

Pour compléter, l'auteur propose une bibliographie p.243-244.
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le 30 mai 2013
Ce volume s'ouvre sur les "Mémoires de Casque d'Or".
Un "avertissement" n'est pas superflu. A savoir qu'un certain Henri Frémont, collaborateur de la "Fin de Siècle", "revue littéraire", tint la plume d'Amélie Elie. Nous sommes en 1902. La prostituée a 23 printemps. Aux motifs de sa célébrité, s'inscrivent la rivalité, le combat tragique de deux chefs de bandes : Manda de la Courtille et Leca de Charonne, lesquels voulaient faire main basse sur cette Casque d'Or, "reine des apaches".
La lecture de ces "Mémoires" donne une impression de pollution. Le journaliste ne se limite pas à retranscrire, mais visiblement cherche à accrocher les lecteurs qui, ne l'oublions pas, doivent être fidélisés tout au long de 18 livraisons (s'étendant du 5 juin au 3 août 1902). En conséquence, il faisande le texte, cherche à faire prendre la sauce. Un exemple ?
- "L'amour, c'est beau, c'est splendide, mais quand l'habitude s'en mêle, ça devient une petite image à deux sous qu'on connaît par coeur. L'amour qui n'est pas fouetté tombe à rien" (P. 54). On devine que les Mémoires ne se limitent donc pas à des "images à deux sous" mais recourent à des sensations supposées fortes, équivoques si pas frelatées.
Cependant, la revue de cette "Fin de Siècle" se proclame "littéraire". Ici, elle se livre non seulement au sensationnalisme mais emprunte aussi les voies du roman, de l'imaginaire. Avec pour ligne rouge la recherche du succès auprès du "beau monde". En cultivant chez lui une certaine faiblesse, en encourageant son attirance certaine pour un autre monde, interlope celui-là : le "milieu". Une collection de "barbares", de voleurs, de criminels, d'alcoolos accros, de proxos, de racketteurs etc.
Le tout participe à la création d'une mythologie : celle du "Paris canaille".
Quant à la seconde chronique, elle se confirme du même cru. Un gardien de la paix est assassiné par un souteneur. Le tout donne un récit annonciateur des futures publications spécialisées en scandales avec un maximum de violences, de crimes, d'horreurs quand ce n'est pas de terreurs ou d'erreurs judiciaires...
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le 6 novembre 2015
L’intérêt de ces chroniques se trouve plus dans le second récit que dans le premier, qui est en fait une narration quelque peu niaise d’une fille d’ « apache » dont la célébrité, toute relative, a été magnifiée par le film de Jacques Becker et ses célèbres interprètes. Le récit de Corsy – qui est en fait une sorte de rapport de police « journalistique » – est, d’un point de vue historique, plus parlant : il éclaire la pratique policière de l’époque et, particulièrement captivant, sont les extraits des journaux de l’époque qui relatent dans le détail le déroulement des faits et leurs implications sociales ! On y remarque qu’en plus d’un siècle, les revendications corporatives n’ont pas changé et que le laxisme de la Justice est toujours aussi prégnant !
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