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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Des pas dans la nuit humaine, 16 août 2013
Par 
Thibault Marconnet (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Être sans destin (Relié)
Imre Kertész nous livre, avec Etre sans destin, un portrait sans concessions de ce qu'il a vécu dans sa chair au milieu des espaces troubles des camps de concentration.

Bien plus que par le minutieux "procès-verbal" de cette confrontation face à un univers concentrationnaire inexplicable, c'est dans la façon dont tout cela fut vécu et enregistré par sa mémoire, que Imre Kertész remue nos consciences de lecteurs, ébranle les fragiles notions que nous nous faisons du bien et du mal.

C'est parce qu'il n'émet pas de jugements tranchés sur ce qui lui arrive dans les camps, que le jeune narrateur peut conserver un regard enfantin et étonné sur les douloureux événements qu'il est amené à vivre.
Il est dans la pure présence, non dans la quête d'un sens : lequel serait, de toute évidence, impossible à formuler.

Le récit qu'il fait de sa vie dans les divers camps où il fut déporté, semble relever d'une vie parallèle, double ; comme s'il était en quelque sorte un spectateur de ce théâtre d'ombres faméliques et souffrantes.
Ce regard de l'enfance — miraculeusement conservé au sein même de l'adolescence et de la déportation —, lui permet de traverser ces terres de la désolation en acceptant, comme sous l'ordre d'un décret mystérieux, la rude et absurde tâche dans laquelle il se trouve embourbé.

Le sens profond d'Etre sans destin, me semble culminer dans le regard que pose, après coup, ce jeune adolescent qui revient des camps de concentration comme on émerge des fumées noires d'une sorte de cauchemar éveillé.

Lorsqu'il regagne ce qui fut autrefois son foyer — entretemps passé en d'autres mains —, il retrouve deux vieillards juifs de son enfance, qui ont pu survivre en se cachant : Steiner et Fleischmann.

A leurs questions insistantes sur ce qu'il fera désormais de son avenir après l'horreur qu'il vient de traverser, le narrateur adolescent leur assène ces mots :
"S'il y a un destin, la liberté n'est pas possible ; si, au contraire, […] la liberté existe, alors il n'y a pas de destin, […] c'est-à-dire qu'alors nous sommes nous-mêmes le destin." (p. 356)
Questionnement métaphysique vertigineux, auquel il s'empresse d'ajouter — comme par douceur —, des mots si simples en apparence et qui semblent porter en eux la légèreté et le poids de toute existence humaine : nous avons avancés pas à pas comme nous le pouvions.

Notre difficile arrangement avec la vie consiste peut-être dans ces pas, que chacun accomplit à son rythme avec plus ou moins de peine, en grappillant quelques miettes de bonheur avant que le vent les emporte — les déporte au loin.
Rien ne sert de se presser car nous arriverons tous où nos pas nous mènent fatalement : là où il nous faudra partir dans ce qui est peut-être un point final.

Mais Fleischmann et Steiner ne semblent pas pouvoir envisager, sans un indicible effroi, l'espèce de "détachement" dont fait preuve le narrateur.
Son être se fait farouche lorsque ceux-ci cherchent à lui assigner une identité de pure victime.

Retentissent alors de sa bouche ces paroles foudroyantes : "On ne peut pas — il fallait qu'ils essaient de comprendre cela —, on ne peut pas tout me prendre, il m'est impossible de n'être ni vainqueur ni vaincu, de ne pas pouvoir avoir raison et de n'avoir pas pu me tromper, de n'être ni la cause ni la conséquence de rien ; je les suppliais presque d'essayer d'admettre que je ne pouvais pas avaler cette fichue amertume de devoir n'être rien qu'innocent." (p. 357)

Il ressort d'Etre sans destin, étrangement, des exhalaisons de mort et un ardent souffle de vie — sans que ces deux impressions ne puissent s'annuler l'une l'autre.

Imre Kertész s'est délesté — autant qu'il a pu —, de sa pesante croix en ne faisant pas mûrir dans son âme les fruits aigres de la haine et de la vengeance.

Parce que la condamnation face à l'incompréhensible violence est si dure à prononcer ; parce qu'il n'y a, au fond, ni anges ni diables ; pas d'êtres purs ou impurs, mais un trouble mélange de tout cela — et parce qu'en tout agneau demeure possible la férocité du loup.

Âpre constat de "la banalité du mal" ; terrible "innocence" de la cruauté !

Il y a simplement des hommes : les uns recevant les coups, d'autres les donnant ; des hommes dont le triste lot commun est de ne jamais vraiment "savoir ce qu'ils font".
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5.0 étoiles sur 5 Un roman pour le dire..., 16 novembre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Comment oser parler de ce "roman" qui est "LE" témoignage ABSOLU de l'au-delà du cauchemar, de l'enfer concentrationnaire et moral, vécu comme destinée par tant de million d'êtres...? Existe-t-il des mots, peut-on en bâtir des phrases, pour essayer de "dire" et faire saisir le vécu et le ressenti de ces "êtres"...? Avant de lire ce livre, je ne pensais que seul "SHOA", le film de Claude Lanzmann, avait la capacité descriptive, sans aucune image d'archive, de nous "élever" par petites touches anodines sur une durée de plus de 9 heures, afin de nous éveiller à la tentaculaire monstruosité, aux niveaux individuels et collectif que fût l'extermination des juifs d'Europe... Pour moi, il y eut un avant et un après, le visionnage de "SHOA"... Ce livre d'Imre Kertész est le pendant littéraire du film de Claude Lanzman, tant sa construction magistrale, comme celle de "SHOA", vous conduit à la vision (cauchemardesque...) de ce qui a été vécu là-bas... S'il n'y a qu'un livre à lire sur l'enfer vécu dans les camps de concentration, c'est celui-ci... Mais au travers de ce livre, nous découvrons aussi un auteur d'exception, passé au creuset donc, à la réflexion affiné, rare et dérangeante... Refermer ce livre, m'a permis d'en ouvrir d'autres du même auteur et de trouver une exigence de pensée hors du commun... "Il ne suffit pas de poser ces questions, il faut les atteindre..." (Imre Kertész, "Dossier K")... Ce "récit" fait atteindre un autre niveau de conscience (c'est évidemment là un tour de force hors norme...) et ouvre la porte de l'univers "Kertész" avec ses exigences dialectiques et intellectuelles... Précipitez-vous pour lire cet ouvrage exceptionnel et apprendre à garder le "cœur conscient" dans notre monde... d'autres y sont arrivés, en vivant des évènements d'une autre trempe...! c'est aussi là, une des nombreuses facettes éducatives de ce...livre (diamant)...! Cet ouvrage implacable et bouleversant, à la construction d'orfèvre, est absolument incontournable...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Des pas dans la nuit humaine, 16 août 2013
Par 
Thibault Marconnet (France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Imre Kertész nous livre, avec Etre sans destin, un portrait sans concessions de ce qu'il a vécu dans sa chair au milieu des espaces troubles des camps de concentration.

Bien plus que par le minutieux "procès-verbal" de cette confrontation face à un univers concentrationnaire inexplicable, c'est dans la façon dont tout cela fut vécu et enregistré par sa mémoire, que Imre Kertész remue nos consciences de lecteurs, ébranle les fragiles notions que nous nous faisons du bien et du mal.

C'est parce qu'il n'émet pas de jugements tranchés sur ce qui lui arrive dans les camps, que le jeune narrateur peut conserver un regard enfantin et étonné sur les douloureux événements qu'il est amené à vivre.
Il est dans la pure présence, non dans la quête d'un sens : lequel serait, de toute évidence, impossible à formuler.

Le récit qu'il fait de sa vie dans les divers camps où il fut déporté, semble relever d'une vie parallèle, double ; comme s'il était en quelque sorte un spectateur de ce théâtre d'ombres faméliques et souffrantes.

Ce regard de l'enfance — miraculeusement conservé au sein même de l'adolescence et de la déportation —, lui permet de traverser ces terres de la désolation en acceptant, comme sous l'ordre d'un décret mystérieux, la rude et absurde tâche dans laquelle il se trouve embourbé.

Le sens profond d'Etre sans destin, me semble culminer dans le regard que pose, après coup, ce jeune adolescent qui revient des camps de concentration comme on émerge des fumées noires d'une sorte de cauchemar éveillé.

Lorsqu'il regagne ce qui fut autrefois son foyer — entretemps passé en d'autres mains —, il retrouve deux vieillards juifs de son enfance, qui ont pu survivre en se cachant : Steiner et Fleischmann.

A leurs questions insistantes sur ce qu'il fera désormais de son avenir après l'horreur qu'il vient de traverser, le narrateur adolescent leur assène ces mots :
"S'il y a un destin, la liberté n'est pas possible ; si, au contraire, […] la liberté existe, alors il n'y a pas de destin, […] c'est-à-dire qu'alors nous sommes nous-mêmes le destin." (p. 356)

Questionnement métaphysique vertigineux, auquel il s'empresse d'ajouter — comme par douceur —, des mots si simples en apparence et qui semblent porter en eux la légèreté et le poids de toute existence humaine : nous avons avancés pas à pas comme nous le pouvions.

Notre difficile arrangement avec la vie consiste peut-être dans ces pas, que chacun accomplit à son rythme avec plus ou moins de peine, en grappillant quelques miettes de bonheur avant que le vent les emporte — les déporte au loin.

Rien ne sert de se presser car nous arriverons tous où nos pas nous mènent fatalement : là où il nous faudra partir dans ce qui est peut-être un point final.

Mais Fleischmann et Steiner ne semblent pas pouvoir envisager, sans un indicible effroi, l'espèce de "détachement" dont fait preuve le narrateur.
Son être se fait farouche lorsque ceux-ci cherchent à lui assigner une identité de pure victime.

Retentissent alors de sa bouche ces paroles foudroyantes : "On ne peut pas — il fallait qu'ils essaient de comprendre cela —, on ne peut pas tout me prendre, il m'est impossible de n'être ni vainqueur ni vaincu, de ne pas pouvoir avoir raison et de n'avoir pas pu me tromper, de n'être ni la cause ni la conséquence de rien ; je les suppliais presque d'essayer d'admettre que je ne pouvais pas avaler cette fichue amertume de devoir n'être rien qu'innocent." (p. 357)

Il ressort d'Etre sans destin, étrangement, des exhalaisons de mort et un ardent souffle de vie — sans que ces deux impressions ne puissent s'annuler l'une l'autre.

Imre Kertész s'est délesté — autant qu'il a pu —, de sa pesante croix en ne faisant pas mûrir dans son âme les fruits aigres de la haine et de la vengeance.

Parce que la condamnation face à l'incompréhensible violence est si dure à prononcer ; parce qu'il n'y a, au fond, ni anges ni diables ; pas d'êtres purs ou impurs, mais un trouble mélange de tout cela — et parce qu'en tout agneau demeure possible la férocité du loup.

Âpre constat de "la banalité du mal" ; terrible "innocence" de la cruauté !

Il y a simplement des hommes : les uns recevant les coups, d'autres les donnant ; des hommes dont le triste lot commun est de ne jamais vraiment "savoir ce qu'ils font".
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4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 un témoignage incomparable, 8 mai 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Dans cet essai dont l'auteur a été couronné par le prix Nobel de Littérature en 2002, nous est livré un des plus puissants témoignages sur les camps de concentration : à travers l'itinéraire d'un enfant (15 ans!)nous comprenons mieux pourquoi les hommes ont laissé faire ce massacre sans se rebeller... et comment ils ont réussi à supporter toute cette cruauté... Mais nous ne comprendrons jamais pourquoi des hommes ont eu tant de haine pour réaliser ces barbaries ... Un joyau de littérature qui se lit comme un roman..
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5.0 étoiles sur 5 impressionnant!, 22 juin 2012
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Je suis impressionnée avec la capacité de l'auteur de décrire les personnages et l'espace physique.En lisant, j'ai l'impression que je suis avec lui dans le train, en ligne pour le "triage", dans le champ de travail. Il montre en noir et blanc la douleur et la crainte de ne pas savoir ce qui va se passer demain et que la seule façon de survivre est réussir à vivre pour les prochaines heures.
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4.0 étoiles sur 5 Candide à Auschwitz, 22 septembre 2012
Par 
Romur "Romur" (France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Les totalitarismes et le génocide restent pour moi un sujet d’interrogation qu’aucune lecture ou aucune analyse n’arrive à dissiper complètement.
Ce livre d’Imre Kertesz apporte une vue complètement nouvelle sur les camps de concentration, par rapport à Elie Wisel ou Primo Levi. Le fond et les événements restent les mêmes, mais le regard est celui de Candide.

Dans la première partie (la montée des vexations, l’arrestation, le voyage en train) ce regard distant et naïf reflète l’incrédulité et la volonté des victimes de croire que « c’était sans doute une erreur », que ça va s’arranger, puis que « ça aurait pu être pire ». Le souci de chacun de rassurer ses voisins, de se montrer coopératif et de montrer sa bonne volonté pour que les choses se passent bien est d’autant plus poignant que le lecteur connaît le destin qui les attend.
Kertesz garde le même mode d’expression pour raconter les humiliations, les brutalités, la déchéance sans y mettre de pathos ou de lyrisme. Pudeur sans doute qui est sa façon à lui de parler de l’horreur (notamment en qualifiant les premiers mois dans le camp « d’age d’or » puis en disant « mon dieu, que j'aimerais vivre encore dans ce beau camps de concentration ») mais aussi manière de faire comprendre que le détachement était une façon de survivre en faisant abstraction de la souffrance et que « il n’y a aucune absurdité qu’on ne puisse vivre tout naturellement ».
Les hasards bureaucratiques des camps d’extermination vont l’envoyer au service médical (alors que tant d’autres meurent d’épuisement, de violence ou des gaz) et lui permettre de survivre jusqu’à la libération de Buchenwald. Redevenu libre c’est à dire sans destin puisque « s’il y a un destin alors la liberté n’est pas possible » il retrouve Budapest et la difficulté de faire comprendre son expérience à ceux qui veulent et à ceux qui ne veulent pas comprendre.
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5.0 étoiles sur 5 Un livre exceptionnel, 12 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Ce n'est pas simplement un témoignage sur la shoah, c'est surtout un travail d'écriture qui essaie de reconstituer un état mental, émotionnel, face à une situation extrême qui semble incommunicable au lecteur contemporain.
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Magnifique, 23 février 2013
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Fait partie des grands chefs-d'oeuvre sur le sujet, à lire absolument. Lecture techniquement facile, mais le roman laisse une impression douloureuse évidemment.
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5.0 étoiles sur 5 Bluffant, 16 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Etre sans destin (Broché)
Un des meilleurs romans écrits sur ce sujet. C'est du vécu, cela se ressent (et d'ailleurs, à mon avis, un auteur qui essaie d'écrire de la fiction sur la Shoah sans être lui-même survivant n; est qu'un parasite). Ici, Kertesz réussit à créer de la beauté de la pire période de l'histoire humaine.

A lire et comparer avec Nuit, par Edgar Hilsenrath.
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Etre sans destin de Imre Kertész (Broché - 31 août 2009)
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