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Où j'ai laissé mon âme
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6 sur 6 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 2 décembre 2010
Jérôme Ferrari reprend dans ce nouveau roman un thème connu, celui du bourreau et de sa conscience. Mais il en fait quelque chose de très personnel et d'universel à la fois. On retrouve dans son roman philosophique les grand thèmes judéo-chrétiens, mais aussi Hannah Arendt, et Boulgakov, et pourquoi pas Malcolm Lowry. Mais il est inutile de comparer l'oeuvre de J Ferrari à qui ou quoi que ce soit. Son style, sa prose poétique fulgurante sont uniques. Et si on retrouve de roman en roman des thèmes communs, des échos on est à chaque fois estomaqué par la force de l'écriture, la rigueur de la pensée, la puissance de l'émotion. J Ferrari n'est jamais pesamment didactique ou donneur de leçon : il donne à voir, à penser. Et ses mots résonnent longtemps.
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3 sur 3 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Il est des livres qui laissent des empreintes profondes comme les blessures dont à souffrir leurs personnages et comme les hontes qu'on n'a pas pu, su ou voulu contenir plus longtemps. Le dernier roman de Jérôme Ferrari est de ceux là, sans le moindre doute possible.

Dans ce huis clos intime se déroule un condensé de drames dont personne ne peut sortir indemne. Nous voici projetés en 1957, en Algérie. La guerre fait rage. Les victimes civiles sont de plus en plus nombreuses comme ces filles de joie et leurs clients militaires que l'on vient de retrouver déchiquetés par une bombe placée dans le lupanar. Ou bien comme ce cortège de mariage massacré sur place, sans laisser un seul survivant ni un seul témoin, histoire de faire régner la terreur dans le bled et de contraindre les populations à supporter ceux que le pouvoir nomme des terroristes, comme toujours en ce cas.

Dans ce climat de folie et de terreur perpétuelle, obtenir des renseignements sur l'ennemi est une question fondamentale, vitale au sens propre du terme. Voici l'immense responsabilité qui incombe au Capitaine André Degorce en charge des interrogatoires et de démanteler un par un, minutieusement et laborieusement, les membres d'un réseau terroristes. Un par un, il coche les noms et les cases d'un immense organigramme affiché dans son bureau. Or, on n'obtient pas de renseignements en se montrant aimables. C'est en usant de violence, d'intimidations, de sévices et de tortures, d'exécutions sommaires parfois aussi que l'on parvient à ses fins.

En ce mois de Mars 1957, Degorce vient de mettre la main sur la tête du réseau, un certain Tahar. Une capture encombrante d'autant qu'elle fut exhibée vivante et en bonne santé à la presse. Une capture troublante par le calme et l'autorité naturelle d'un prisonnier conscient du sort que lui réservent les enjeux de pouvoir. Une capture qui met à nu les doutes qui broient de plus en plus souvent Degorce, lui le brillant mathématicien que la seconde guerre mondiale a envoyé à Buchenwald. Lui qui a échappé aux camps vietnamiens après s'être engagé dans l'Armée parce qu'il fallait bien donner un sens à une vie qui l'avait perdu.

Au cours des trois jours de détention de Tahar, la vie de Degorce va définitivement basculer et figurer l'éternelle lutte entre le Bien et le Mal, entre la morale et la nécessité, entre la maîtrise de son destin et le coup du sort.
La force de J. Ferrari est de confronter la vision de Degorce, en tant qu'homme comme en tant que jouet de l'Histoire, à trois points de vue. Celui du Lieutenant Andreani, son ex compagnon d'armes et de détention au Vietnam devenu à Alger le chef de la cellule en charge du traitement des prisonniers une fois qu'on a fini de tirer d'eux ce qui en était attendu. Autant dire, le liquideur, l'homme en charge des basses-aeuvres. Bien des années après la fin de ces inutiles conflits, Andreani s'adresse à distance à son supérieur, Degorce. Andreani est un cynique, à la fois admirateur de son supérieur à qui il doit la survie aux camps viet et détestant ce que Degorce devint à Alger au terme de la détention de Tahar. Ses mots sont d'une dureté rare et traduisent tout le mépris d'un homme qui savait avoir perdu son âme et qui passa le reste de son existence à tenter de le dissimuler à tous, blessant ses hommes et compagnons souvent sans même s'en rendre compte.

Celui de Degorce lui-même qui nous conte chacune de ces trois journées, bien marquées dans le livre et introduites par une référence aux textes évangéliques comme la preuve d'une trahison aux valeurs chrétiennes et humaines les plus fondamentales et ciment de notre société. Degorce devient alors une sorte de Pilate des temps modernes. Entre chaque journée figure la diatribe d'Andreani et qui met à nu la personnalité de plus en plus putride et nauséabonde de Degorce. En voulant se comporter en pair avec Tahar, en lui faisant rendre les honneurs militaires, Degorce tente de sauver vainement le peu qui lui reste de libre arbitre et d'âme emportée par les horreurs auxquelles il lui faut se livrer ou consentir. Chaque rebuffade n'en devient du coup qu'une nouvelle manifestation d'un caractère qui a perdu ses repères, ses valeurs et ses croyances et nous montre un homme et un officier en pleine dérive, se trahissant comme il trahit tous les siens.

Celui de son épouse enfin, de dix ans son aînée, rencontrée par hasard au sortir de Buchenwald. Une abîmée de la guerre elle aussi et qui se comporte plus en mère qu'en épouse. D'elle, on ne connaît que les lettres donnant de nouvelles anodines d'une famille qui attend son retour ; puis, à la fin, son inquiétude à ne lire que de froides réponses de son mari, incapable d'écrire ce qu'il va et ne croyant pas un mot de ce qu'il écrit. Une femme qui soupçonne le pire mais n'ose vraiment l'envisager. Une femme qui offre une consolation impossible par la distance physique et psychique.

Degorce fut comme un frère pour Andreani. Mais c'est Caïn qui tua Abel. Et depuis, Caïn cherche son âme qu'il sait avoir laissée là-bas, en Algérie.

Un livre éblouissant par sa construction, son style et la profondeur des sujets qu'il aborde. Qui sait ce que nous aurions fait à leur place ....

Publié aux Editions Actes Sud - 2010 - 154 pages

Retrouvez mes notes de lecture sur thierrycollet-cetalir. blogspot.com
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19 sur 22 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Quelques pages à peine et sans avoir jamais lu Jérôme Ferrari, c'est l'évidence : il s'agit là d'une œuvre littéraire forte, grave et engagée, à mille lieues d'un énième roman distrayant qui serait certes plaisant mais resterait léger. L'écriture de Jérôme Ferrari interpelle et séduit, et dans sa perfection stylistique et par la gravité de son sujet.

Le capitaine André Degorce a connu l'horreur des camps de concentration en 1944, résistant pendant la seconde guerre mondiale, il a été déporté à l'âge de 19 ans. Il est aussi rescapé de Dien Bien Phu et des camps du Viet Minh, où il a fait la connaissance du Lieutenant Horace Andreani. Ils se retrouvent tous deux à présent en Algérie, où pendant 3 jours de mars 1957, autour du personnage de Tarik Hadj Nacer, dit Tahar, colonel à l'ALN, l'auteur nous plonge dans l'horreur des victimes devenues bourreaux. Certaines scènes de torture sont difficilement soutenables, pourtant l'on sait par de nombreux documents historiques qu'elles ont été réelles. Marié à une veuve de guerre de dix ans son aînée, André Degorce reçoit les lettres de sa femme, mais ne peut lui répondre, ou alors succinctement, sans jamais approcher la réalité de sa situation.

Roman exigeant dans sa forme et son écriture, il interpelle inévitablement sur la nature humaine et ces arrangements avec soi-même qui s'ils permettent de survivre, ne sont pas moins lucides : malgré ses efforts de respect, Degorce a bien perdu son âme, là, en Algérie, et à jamais. Un roman fort de la rentrée.
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1 sur 1 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Les années n'ont altéré ni son souvenir, ni sa rancœur, ni son amour. Alors lieutenant français en Algérie, un homme se souvient, et écrit à celui qui pour lui avait été non un simple mentor, mais un ami et un frère: le capitaine Degorce.
Il témoigne de son incompréhension, de ses doutes et de son engagement dans une guerre sale et violente. Des choix que la fin ne justifie pas, et des moyens qui se réduisent.
Face à son abnégation envers ce sens de la réalité, il observe les tourments de son capitaine, qui rend plus hommage à son captif, l'algérien rebelle Tahar, qu'à ses soldats.

La violence et la guerre, le capitaine Degorce les connait. Il a traversé nombre des affres du XXème siècle. Les camps de Buchenwald, la défaite à Dien Bien Phuh, et enfin la guerre d'Algérie.

A l'abri d'une villa en bord de plage, les hommes sont interrogés, torturés, poussés par tous les moyens à la délation.
Mais confrontée à ce déferlement d'actes barbares, sa raison s'érode.
Dans un rôle que plus rien ne justifie, il se surprend à agir par automatisme avec une efficacité non moins redoutable, d'une même voix défendant les victimes d'une violence inutile, et harcelant les rebelles.

Ce n'est finalement qu'auprès de son double inversé, Tahar le rebelle, qu'il trouve encore à s'abreuver à une source qui ne soit pas tarie.
Car au fond, les deux hommes sont unis par cette même conscience dramatique, celle que l'histoire les a poussés à de telles extrémités...la torture pour l'un, le terrorisme pour l'autre. Et finalement, lorsque l'on est pris dans le carcan d'une telle nécessité, que reste-t-il de la morale, de la conscience, du bien ou du mal?

Quand l'homme n'a plus d'espace commun à arpenter, de valeurs, et qu'il n'est plus mu que par une urgence compulsive, toujours impérative, qui lui ôtant jusqu'à sa faculté de jugement, dans une course sans pause ni réflexion, il perd sa conditions d'être humain, nous rappelle ce récit.

Sombrant lentement dans cet éther où la responsabilité de chacun se dissipe au profit d'une responsabilité collective anonyme, les hommes ne sont plus que les jouets de la nécessité...mais qu'est-ce qui fait nécessité? "Ce sont vos méthodes!" s'exclame le capitaine Degorce, "Ce sont vos méthodes qui nous obligent...Vous ne nous laissez pas le choix!...Comment voulez vous qu'on fasse?" "Ca c'est étrange, murmura rêveusement Tahar", "Qu'est ce qui est étrange?", "Oui c'est étrange, poursuit Tahar, moi, vous voyez, j'étais certain que c'était nous qui n'avions pas le choix des méthodes".
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6 sur 7 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 19 novembre 2010
Le capitaine Degorce et le lieutenant Andreani ont connu ensemble la débâcle,les camps de concentration,l'Indochine et la défaite de Diên Biên Phu.Ils se retrouvent en 1957 en Algérie.Comme beaucoup d'officiers,la logique de la loyauté fera baculer Andreani dans l'O.A.S,la conscience du catholique Degorce l'amènera à s'interroger sur les moyens employés lors de cette nouvelle forme de guerre.Le troisième personnage Tahar commandant de l'A.L.N.servira de révélateur.Jérôme Ferrari par sa belle écriture interroge le lecteur.Un des meilleurs romans de la rentrée littéraire 2010 justement récompensé par le prix France Télévisions.
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5 sur 6 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
le 27 novembre 2010
Que dire de plus que Laure !Ce sublime roman met en scène 2 officiers qui se sont connus en Indochine dans un camp de prisonniers où ils ont subi tortures et humiliations et se retrouvent à Alger à leur tour tortionnaires et bourreaux. Mais leurs réactions sont bien différentes : autant l'un essaie de justifier sa conduite, reniant certaines vérités, autant l'autre, fier de ses exactions accuse le premier de trahison d'un idéal qui leur fut commun. Se pose la question : comment peut-on être à la fois victime et bourreau ? Comment faire concorder le Bien et le Mal ? Roman très fort qui prend la forme d'une dissertation philosophique captivante sur le destin de l'homme. Un des meilleurs de cette rentrée littéraire 2010.
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le 28 décembre 2014
J'ai l'âge d'avoir connu les guerres d'Indochine et d'Algérie. J'ai lu Lartéguy et Schöndorfer. C'est peut être pour cela que ce roman de Ferrari (dont je suis un grand admirateur) n'est guère qu'un "récit" de plus. Le style narratif est superbe (comme d'habitude), la profondeur métaphysique finement ciselée.Mais les "événements" qui trament le récit ne peuvent surprendre que ceux qui sont nés après 1968 (comme Ferrari).
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L'auteur semble découvrir que la torture "nécessaire" est un déchirement tant social que personnel. Et nous voici plongés dans l'éternel débat ...peut-on pratiquer la torture (physique ou mentale) pour obtenir les informations qui pourront éviter la mort de civils innocents ? Les personnages de ce roman vont se trouver au coeur de ce drame et finalement aboutir à la même réponse ...non sans états d'âme.
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8 sur 10 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
Livre très puissant sur les désillusions d'un capitaine français qui après avoir été victime de tortures en tant que résistant puis en Indochine se retrouve dans le rôle du tortionnaire en Algérie. Cet homme va voir ses convictions humaines et de noblesse de la guerre, voler en éclat alors qu'il a arrêté le chef d'un groupuscule perpétrant des attentats... Alors qu'il croit en un certain sens de l'honneur, il va se rendre compte qu'il n'y a que l'horreur et la surenchère dans la guerre.. et que lui même n'est pas au dessus de cela..
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le 29 mai 2014
Une oeuvre forte et profonde où l'âme des personnages exprime la profondeur des sentiments sur un thème grave qui a déchiré un certain nombre de parents. Les consciences s'exprime avec violence eu égard au sujet. Des personnages qui sont avant tout des hommes avec leur forces et faiblesses. Bravo à Jérôme Ferrari qui, de par un style riche et percutant, sait établir un rapport de proximité extraordinaire avec ses lecteurs en bouleversant le plus profond de leur être. Quel que soit le choix qu'ils auraient fait en lieu et place des héros de ce roman. A lire sans hésiter !
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le 18 octobre 2014
Ce roman pose le problème de la torture, en situation de guerre. Est-elle utile pour récupérer des renseignements qui pourront sauver des vies. Comment vivent ceux qui la pratique?
L'écriture est fluide, précise e, bref excellente.
Ce roman est presque historique; il s'agit de l'Algérie et d'Alger en 1957
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