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15 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 L'incarnation, 27 juillet 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair (Poche)
Cher Fabrice Hadjadj,

Vous avez écrit un très grand livre et vous le savez. Les petites vérités ne sont pas bonnes à dire. Cela aussi, vous le savez. Vous vous en moquez.

Merci pour votre humilité qui est un exemple. On rencontre aussi une simplicité qui effraie plus qu'elle ne rassure. Tant mieux, puisque la foi, loin d'être un opium, est un « rude coup de pied au cul » !
D'où rencontre avec la chair jusque dans ses entrailles.

« Le rapport technicien aux sexes les réduit à des accessoires du plaisir. Le rapport contemplatif les assume jusqu'en leur drame religieux [...] D'un côté, une technique des corps ; de l'autre, une mystique de la chair. » (p.53)

Nous ne sommes plus devant la sagesse qui se regarde mais une vérité qui nous nourrit constamment.

Il y aurait beaucoup à écrire sur la progression extraordinaire de votre livre, sa grâce, son exigence, sa présence.

On retiendra quelques leçons de vie - qui ne plairont pas à tout le monde - en vous laissant parler ; quelles sont les leçons de ce bel ouvrage ?

D'abord, le sentimentalisme, romantisme compris, marche main dans la main avec la pornographie ; je convie les lecteurs que nous sommes tous à rejoindre Pascal Quignard ( Le Sexe et l'Effroi) pour compléter ; de la même façon, Michea présentait le libéralisme comme le relais idéologique du libertarianisme ; derrière Voltaire, il y a Sade ou vice(s) et versa : « Pour tenir la chair à distance, nous eûmes toujours un certain sentimentalisme et une certaine pornographie L'une et l'autre relèvent de l'idéal. »

"La sensibilité sature. Le désir vire au dégoût. Les Romains le savaient, pour qui la table du festin n'était pas loin du vomitorium"

« Bien entendu, ce sentimentalisme et cette pornographie se posent en adversaires : elle lui reproche ses prétentions angéliques, il la condamne pour sa déchéance bestiale. Mais le voyeur et le romantique sont d'accord pour se délester de la chair dans sa présence incontrôlable. Pour l'un comme pour l'autre, ce qui importe, c'est le cinéma. »

L'Amour avec un A et qui se termine par un air. La confusion entre donner sa vie et donner sa mort, une mystique du sentiment totalement... désincarné ? Comme le remarquait déjà Pasolini avec son esprit de finesse, il y a quelque chose d'ostentatoire chez ces couples qui se donnent la main, persuadés de s'aimer l'un, l'autre, de vivre un amour authentique quand, en réalité, ils cherchent à mettre en scène leur vie intime qui, avec ce réflexe magique, a tendance à s'effacer sur la scène publique, comme s'ils étaient filmés ; ils ont tellement intégré l'imaginaire du néo-fascisme libéral-libertaire qu'ils oublient combien ils ont intériorisé la caméra.

« D'aucuns qui s'appellent « gays » sont souvent les rares héritiers de l'amour courtois. C'est-à-dire d'un amour pas gai du tout, mais ému de ses larmes. Il est absurde de leur reprocher une relation impossible, interdite, immorale. On reprocherait la même chose à Lancelot et Guenièvre ou Tristan et Yseult. Qu'ils se perdent, ils le savent très bien, et c'est cette perte à leurs yeux qui est l'amour véritable : une allégeance entière et gratuite jusqu'à la destruction de soi. Les grandes amoureuses dédaignées sont leur puissant modèle : Gaspara Stampa, la Religieuse portugaise... L'esprit de sacrifice est au fond de leur croyance. Ils sont plus près de la vérité que l'homme et la femme qui se servent mutuellement d'oreillers. Mais qu'est-ce qu'un sacrifice qui ne conduit pas à une vie nouvelle ? N'y a-t-il pas là le danger d'une offrande narcissique, qui n'offre rien, mais nous campe dans la pose d'un Saint Sébastien qui se tirent à soi-même des flèches ? « Aïe ! Mon pauvre coeur !Ma chère âme blessée d'amour ! Mon corps transpercé d'impossible ! Etc » (p.127)

« Le gommage de la différence sexuelle permet à l'homme et à la femme d'entrer dans une RIVALITE mimétique. Ils quittent l'inégalité apparente pour la concurrence généralisée » (p.32)

« Celui qui court après les plaisirs ne peut avoir perdu que la joie de vivre » On pourrait piocher comme cela à l'infini. Au hasard, la différence sexuelle :

« La différence des sexes est de toute façon si foncière que les sexualités qui croient s'en extraire ne parviennent qu'à les reproduire par intériorisation ou par redistribution des rôles. La chasteté n'y est plus mais demeure le casting. Et si le drame est ici obscur, c'est parce qu'il a l'évidence de la comédie. L'un endosse le masculin et l'autre féminin. Il peut y avoir alternance, mais point simultanéité. Il y a d'ailleurs toujours une femme pour l'homme, même si ce n'est que la mère ; et toujours un homme pour la femme, même si ce n'est que le maître. Il faut bien des modèles. [...] Il en sera toujours ainsi tant qu'il y a aura des naissances : l'union de l'homme et de la femme précède l'individu, dans sa chair même il est femme ou homme, comment pourrait-il renier entièrement sa source ? Sans doute en sera-t-il autrement le jour où pour le bien de l'industrie les bio-généticiens produiront à partir de la glèbe du sol des individus asexués ou hermaphrodites, dévoués à leur tâche, entièrement pacifiés. Ce sera l'Eden reconstitué par la technique. Le glorieux relèvement de Sodome. Et malgré tout, au nom de ses justes cachés, les derniers fils d'Abraham devront intercéder pour elle. Sous peine d'être moins que sodomites. » (p.159)

Ce livre supprime rationnellement ce mensonge qu'on s'est fait de l'Eglise : non, l'Eglise n'est pas l'ennemie du désir ou du corps ; c'est même tout le contraire : elle va jusqu'au bout de ce qu'ils impliquent. Elle invite à retirer les gants et à se mettre au travail !
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La profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair
La profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair de Fabrice Hadjadj (Poche - 3 février 2011)
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