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Ce tome contient les épisodes 8 à 11, parus en 2000/2001. Il fait suite à Qui a tué Retro Girl ? (épisodes 1 à 6).

5 jeunes étudiants discutent dans la cafétéria du campus, du travail à fournir jusqu'au terme du semestre. Ils sortent et se séparent après quelques derniers quolibets. L'un d'entre eux porte un costume de superhéros sous ses vêtements civils. Il s'agit du costume de Diamond, l'ancienne identité secrète de Christian Walker. Il est retrouvé sauvagement assassiné peu de temps après, baignant dans son sang dans une ruelle. Christian Walker et Deena Pilgrim sont appelés par la police pour enquêter sur ce meurtre, même si à l'évidence la victime de disposait pas de superpouvoirs.

Le lecteur retrouve Brian Michael Bendis (BMB) au scénario et Michael Avon Oeming (MAO) aux illustrations. Ce dernier est toujours aussi inventif pour ses mises en pages. Il utilise régulièrement des constructions sur 2 pages en vis-à-vis. Il arrive à trouver des solutions de mise en page plus pertinentes que dans le premier tome pour rendre intéressant les longs dialogues. Il y a en particulier ces 2 doubles pages dans lesquelles Deena Pilgrim effectue un recueil de témoignages auprès des habitants d'un immeuble. Les cases concernant Pilgrim sont disposées en U (5 cases superposées, à gauche, autant en bas, puis à droite) et le creux du U contient 12 cases dans lesquelles Walker interroge un témoin. Il y a également 2 courses poursuites silencieuses magnifiques. Et la double page consacrée à la bagarre entre Walker et Pulp (19 cases au total) génère une tension remarquable.

Le lecteur retrouve les autres tics graphiques de MAO, certains qu'il maîtrise mieux, d'autres, toujours aussi agaçant. Parmi les améliorations, il y a l'utilisation du noir et des ombres exagérées. BMB et MAO ont choisi d'avoir des interstices noirs entre les cases, ainsi que des bordures de pages noires, au lieu du blanc habituel. À la fois MAO joue sur la disposition des cases pour donner l'impression que chaque case est comme une image arrêté d'un film, sur fond noir. À la fois il s'émancipe de la traditionnelle grille de 6 ou 8 cases pour poser chaque case au gré de l'ambiance qu'il souhaite créer. Il y a un exemple vraiment réussi de ce jeu de positionnement dans le premier épisode quand Walker et Pilgrim tuent le temps au commissariat. Le jeu des ombrages a gagné en qualité pour devenir plus abstrait, plus expressionnistes.

Globalement le style graphique s'apparente à des dessins épurés de types dessins animés (par exemple Batman Adventures) pour une lisibilité immédiate et une faible densité d'informations visuelles. C'est à la fois très agréable à lire du fait de la vitesse d'assimilation, sans être creux pour autant du fait d'une conception réfléchie et travaillée. Par contre, MAO reste persuadé que reproduire des cases en les photocopiant aide à prolonger les instants et faire prendre conscience au lecteur de l'élasticité du temps. J'ai toujours du mal à y voir autre chose qu'un raccourci de fainéant qui n'apporte rien à la narration. MAO s'amuse aussi à intégrer un ou deux gags visuels, telle la présence de Norville Rogers (Shaggy, en français Sammy, le copain de Scoubidou) parmi une scène de foule dans l'épisode 8.

BMB a choisi d'écrire une histoire plus ramassée en 4 épisodes. Il a diminué le volume d'informations qu'il fait ingurgiter au lecteur et le résultat est beaucoup plus équilibré que le premier tome. Même s'il subsiste des pages phagocytées par des phylactères démesurés, il a commencé à aérer sa narration en incluant également des scènes d'action silencieuses qui offrent des moments de respiration. Il propose une enquête policière bien tordue avec des meurtres, et un coupable pas évident. La tension ne retombe pas, même pendant les procédures de routine qui émaillent l'enquête (recueillir les témoignages, interrogation de suspects, etc.). Il réussit également à développer incidemment l'environnement de la série avec un entretien compliqué avec Johnny Royale, ou en évoquant les liens des Powers entre eux, ainsi que l'interdiction légale de port de costume bariolé.

Alors que le premier tome souffrait d'erreurs de jeunesse, celui-ci rentre déjà dans une forme aboutie qui marie harmonieusement plusieurs éléments de roman policier : l'aspect déductif de l'enquête, des scènes d'action, des interactions complexes entre les 2 coéquipiers Walker & Pilgrim, l'aspect routinier du travail de police. Bendis tient son lecteur en haleine en alternant les phases de dialogues et les phases d'action. Oeming tient son lecteur en haleine en se montrant inventif dans ses mises en page et séducteur dans l'apparence de ses personnages. Il ne leur manque plus que d'intégrer une dimension sociale pour accéder au rang d'indispensable.
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