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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 "Car l'authenticité est sans doute la plus grande des vertus de la Photographie", 19 février 2014
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : "Voir est un tout" - Entretiens et conversations (1951-1998) (Broché)
À l'occasion de la grande exposition se tenant début 2014 au Centre Pompidou, paraissent d'une part un catalogue richement illustré, en tout point excellent - Henri Cartier-Bresson - et d'autre part le présent recueil d'entretiens courant de 1951 à 1998 : Voir est un tout - Entretiens et conversations (1951-1998) (qui ne comporte quant à lui strictement aucune reproduction). Le tout ayant été placé sous la houlette du commissaire de l'exposition et fort bon spécialiste de l'art photographique Clément Chéroux (avec Julie Jones pour les entretiens).

J'ai déjà pu écrire, dans le commentaire consacré au catalogue de l'exposition, à quel point le texte de Chéroux cerne bien l'homme, son art, sa manière. Ne restait plus qu'à donner la parole à l'artiste lui-même plus en longueur. On sait que le photographe à été avare de textes, tant il se méfiait de la théorie (quand bien même il aurait eu des principes et des modus operandi qui lui étaient précieux). Ceux-ci avaient déjà été réunis dans L'Imaginaire d'après nature. Les entretiens ici rassemblés pour la première fois, s'ils ne contiennent rien qui vienne fondamentalement remettre en question ce qui est exposé dans l'ouvrage publié au préalable par Fata Morgana, achèvent de brosser le portrait d'un Cartier-Bresson à la fois rétif à intellectualiser son travail plus que de raison - de plus en plus au fil des ans - et réfléchissant pourtant de près à son art et à sa propre pratique.

Se considérant comme un piètre journaliste, soucieux de ne pas faire de la 'photographie de salon', Cartier-Bresson montre dans maintes réponses comment il a toujours entendu naviguer entre une photographie nécessairement composée et la volonté de capter à la seconde et au millimètre près toutes les manifestations de l'humain - comment aurait-il pu en aller autrement alors que, jeune encore, "peindre et changer le monde étaient ce qui comptaient le plus dans (s)a vie"? Documenter pour documenter ne l'intéresse pas, pas plus qu'élaborer des images dont la forme serait belle mais "si vide, si creuse". Dans ces entretiens, intéresseront bien évidemment ce que Cartier-Bresson dit de ce qui l'a initialement influencé - c'est de la musique qu'il est venu à la littérature et à la peinture, ayant développé comme on le sait un goût prononcé pour le Surréalisme - et les expériences qu'il raconte - en particulier pendant sa période de formation, dans les années 20 et 30, de ses premiers voyages (cf. Mexique 1932-1934) et expositions (cf. Documentary and Anti-graphic Photographs Reconstitution de l'exposition de 1935 à la Galerie Julien Levy de New York) à son expérience cinématographique comme assistant de Jean Renoir et Jacques Becker et comme réalisateur lui-même (cf. Coffret Henri Cartier-Bresson). Mais c'est bien dans ses réponses aux questions plus théoriques que l'on peut au mieux cerner la permanence de sa vision et de son rapport à la photographie. Les entretiens courant sur près de 50 ans, il est inévitable qu'il ait peu ou prou modifié certaines de ses opinions, mais sur l'essentiel il expose ses principes avec une constance certaine.

Les premiers entretiens sont à cet égard les plus passionnants. D'une part Cartier-Bresson y répond à des questions techniques de façon précise. D'autre part, il fixe une fois pour toute ce qui définira son art jusqu'à la fin. Ainsi : "Je m'occupe presque uniquement de l'homme. Je vais au plus pressé. Les paysages ont l'éternité. Bien sûr, cet être humain, je ne le sépare pas arbitrairement de son entourage, je ne le détache pas de son habitat : je suis un reporter et non un portraitiste d'atelier. Mais l'extérieur (ou 'l'intérieur') où vit et agit cet homme, mon sujet, ne me sert, si vous voulez, que de décor significatif. Je me sers de ce décor pour situer mes acteurs, leur donner leur importance, les traiter avec le respect qui leur est dû. Et ma manière est basée sur ce respect, qui est aussi celui de la réalité : pas de bruit, pas d'ostentation personnelle, être invisible, autant que faire se peut, ne rien 'préparer', ne rien 'arranger', simplement être là, arriver tout doucement, à pas de loup, afin de ne pas troubler l'eau... (...) Restons dans le réel, restons dans l'authentique! (...) On ne peut pas séparer la forme du fond, il y a tout un jeu d'interrelations entre les deux. Le fond - qui importe tant - doit être présenté graphiquement, justement pour ne pas être diminué, abîmé par une mauvaise forme." Alors qu'il est souvent question des autres arts, le photographe ne se prive pas de comparaisons et de références éclairantes : "Dans un bon laboratoire, travailler sur les photos, c'est un peu comme faire le chef d'orchestre qui demande à la flûte de jouer moins fort et aux grands cors de jouer plus fort. C'est une entreprise collective qui relève de la symphonie." À la question qui fuse alors ("Comparez-vous votre travail à une musique ou à un mouvement musical?"), Cartier-Bresson répond : "Non. Il faut constamment nourrir son esprit de musique, d'art, de peinture. Je n'assimile pas ce que je fais à de la musique. Mais j'ai une passion pour Bach et Mozart, pour leur clarté. Ce ne sont pas des romantiques. En peinture, j'aime Paolo Uccello, Titien, Piero della Francesca, Cézanne, Seurat, Goya, Daumier (vous remarquez qu'il n'y a aucun romantique)."

Avec l'aide d'interviewers allant assez souvent à l'essentiel, la plupart des questions ne manquant pas de pertinence, Cartier-Bresson jette sur lui-même (en tant que photographe), sur sa pratique et sur son art quelques lumières vives. Une excellente initiative que d'être allé déterrer ces entretiens, dont la plupart n'étaient plus accessibles qu'aux seuls spécialistes. Avec le catalogue de l'exposition et "L'imaginaire d'après nature", on tient en trois ouvrages de quoi déjà bien faire le tour de l'œuvre et des conceptions qui ont présidé à sa réalisation.
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"Voir est un tout" - Entretiens et conversations (1951-1998)
"Voir est un tout" - Entretiens et conversations (1951-1998) de Henri Cartier-Bresson (Broché - 29 janvier 2014)
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