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14 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Prolétaires et socialistes ou l'espace entre la forme et sa définition, 2 mars 2009
Par 
Jean-paul Lacharme (Marseille, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Quai de Wigan (Broché)
"Le Quai de Wigan" (The Road to Wigan Pier, en anglais), ouvrage de George Orwell, est d'abord une sorte d'essai anthropologique sur les mineurs de Wigan, site industriel minier du nord de l'Angleterre dans les années 1930. Pour l'occasion, Orwell s'est totalement immergé dans le milieu ouvrier, se logeant chez l'habitant, accompagnant les travailleurs jusqu'au front de taille. L'expérience a fortement marqué l'auteur qui a découvert à cette occasion le travail effroyablement épuisant des mineurs, leurs conditions de vie difficiles parfois proches de la misère, mais aussi la dignité humaine de ce milieu par rapport à leurs homologues petits bourgeois paupérisés dont les revenus étaient parfois inférieurs aux leurs.
La seconde partie de l'ouvrage est plus directement politique : Orwell essaye de comprendre pourquoi l'idée de socialisme apparait souvent comme un repoussoir aux prolétaires. L'idée finement développée ici est que quiconque est incapable de pratiquer quotidiennement le travail des prolétaires [classe formelle], ne peut exprimer à leur place leurs positions et leurs aspirations de classe (car, par exemple, n'est pas mineur qui veut). Or, tous ceux qui professent les idées socialistes (ou communistes) sont soit des petits-bourgeois, soit d'ex-prolétaires qui ont définitivement quitté la vie productive via la bureaucratie syndicale [classe définitionnelle].
L'un des derniers chapitres (XII), magistral et visionnaire (avant Ellul) est consacré au développement irrésistible du machinisme dont le rôle pourrait être fatal au genre humain. La compromission totale entre le "progrès technique" et le "socialisme scientifique" est d'ailleurs l'un des facteurs donnant au socialisme une couleur inquiétante. Orwell se demande si la finalité ultime du progrès mécanique n'est pas d'aboutir à un monde peuplé d'automates (p.212). L'analyse est d'autant plus pertinente qu'elle ne pouvait avoir anticipé le développement de l'informatique qui allait lui donner corps.
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16 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Pour un socialisme démocratique..., 8 juillet 2012
Par 
Darko "From Hell !" (Bretagne - France depuis 1492) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Quai de Wigan (Broché)
Dans l'essai qu'il a consacré à George Orwell, " Orwell - anarchiste Tory" Orwell, anarchiste Tory: suivi de A propos de 1984, Jean Claude Michéa fait référence à de nombreuses reprises à un ouvrage méconnu de l'écrivain britannique : "The road to Wigan Pier", traduit en français sous le titre "le quai de Wigan". Intrigué, je m'étais promis de lire un jour ce livre et bien voilà...c'est chose faite !

Début 1936, George Orwell part enquêter sur les conditions de vie des classes laborieuses du nord industriel de l'Angleterre, symbolisé par des villes comme Sheffield, Manchester, Leeds ou Wigan...A mesure qu'il s'enfonce toujours plus au nord, il y découvre des paysages ravagés, dépourvus de végétation, parsemés de terrils fumants et d'usines puantes, autour desquelles s'agglutinent des rangées de maisons ouvrières, délabrées et insalubres...L'écrivain, qui s'est installé dans une pension de famille miteuse où l'on dort à quatre par chambre, découvre les conditions de vie effroyables de la classe ouvrière, mineurs, métallos, mais surtout chômeurs qui ne subsistent plus que grâce à de maigres allocations publiques. Car la crise est passée par là, importée des USA (déjà !) et en cette année 1936, deux millions de personnes, dont 250.000 mineurs, sont inscrites au chômage !

Orwell décrit méthodiquement tout ce qu'il voit. Il se rend au fond des puits de mines pour appréhender au plus près les conditions de travail des mineurs. il visite les maisons, juge de leur confort et de leur insalubrité. Il étudie les revenus et les budgets des familles, observe leurs us et coutumes (alimentation, habillement...). Il évalue les politiques publiques à l'oeuvre....bref un véritable travail d'anthropologue urbain, ne ménageant ses critiques, ni vis à vis des autorités, ni à l'égard des ouvriers.

L'un des passages les plus intéressants du livre concerne l'analyse que fait Orwell de la société de classes britannique. Il constate que si les différences d'éducation et de richesse sont un facteur déterminant dans la hiérarchisation des classes, l'hygiène joue également un rôle extrêmement important. Exerçant des métiers physiques dans la crasse et la sueur, habitant des logis poisseux dépourvus d'eau courante, les ouvriers, et particulièrement les mineurs, se trouvent dans l'incapacité matérielle d'avoir une hygiène corporelle correcte (peu de mines possèdent alors des douches ..) et donc ils puent, ce qui renforce les préjugés de classes. Pour autant, l'écrivain est impressionné par la dignité et la franchise des relations qui imprègne cette société, respecte ses propres valeurs et où, malgré des conditions de vie abominables, la solidarité n'est pas un vain mot...

Dans la seconde partie du livre, Orwell s'interroge sur son positionnement de classe (questionnement typiquement britannique !) et son engagement en faveur d'un socialisme démocratique. Malgré l'absence de patrimoine et des revenus proches de ceux d'un ouvrier, l'écrivain estime toutefois appartenir, compte tenu de son éducation, à la "classe moyenne inférieure supérieure". S'en suivent des développements tout à fait savoureux sur la société anglaise et ses distinctions de classes, propos totalement incompréhensibles pour nous français...Comme quoi, Mars est moins loin qu'on ne le croit parfois !

Sur le socialisme, en revanche, bien que sa pensée demeure encore embryonnaire et confuse sur certains points, Orwell fixe dans ce livre les grandes lignes qui guideront son engagement et sa réflexion jusqu'à la fin de sa vie. Pour lui, et compte tenu de ce qu'il vient de décrire dans la première partie, le socialisme doit avoir pour but la défense de la justice et de la liberté et donc, en premier lieu, l'amélioration du sort de la classe ouvrière et, par extension, celle du plus grand nombre. Mais Orwell constate à ce propos que le pire ennemi du socialisme pourrait bien être les socialistes eux-mêmes. L'écrivain s'inquiète en effet de ce que le mouvement socialiste attire tout ce que la Grande Bretagne compte d'illuminés, de naturistes, de suffragettes, de végétariens et autres amateurs de régimes macrobiotiques, ce qui a pour effet de faire fuir un grand nombre de sympathisants potentiels. Cette critique s'adresserait plutôt aujourd'hui aux écologistes qui ont récupéré tout ce que le socialisme comptait encore d'utopistes. Plus sérieusement, Orwell s'en prend ensuite à l'intelligentsia de gauche à laquelle il reproche de ne rien connaitre réellement à la condition ouvrière et de croire notamment que le machinisme constitue la solution à l'amélioration du sort des ouvriers. Orwell se livre alors à une critique très moderne du machinisme, dont il ne nie pas l'apport en termes de progrès, mais qui lui semble recéler au moins autant de menaces en termes d'aliénation du genre humain; un critique qui sera reprise et développée par toute une école de pensée à venir et, singulièrement, proche de l'écologie politique...

Le seul point sur lequel la pensée d'Orwell ne semble pas encore définitivement fixée, c'est sur la rupture avec le socialisme scientifique (le communisme), car l'écrivain semble encore considérer le recours à la violence (la dictature du prolétariat) comme une option envisageable. Par ailleurs, son concept de "décence commune", qui apparait seulement deux fois dans "le Quai de Wigan", semble encore à l'état d'ébauche. Sa conversion définitive au socialisme démocratique se fera en juillet 1937, à son retour de la guerre d'Espagne, après avoir constaté de visu les ravages du stalinisme...

Pourquoi lire ce livre aujourd'hui ? J'y vois trois raisons :

- une raison littéraire : trop d'ouvrages, notamment d'anthropologie, au demeurant fort savants, sont écrits dans une langue rébarbative. Je pense notamment à la collection "Terre Humaine", remarquable collection, mais où le langage de la science y est rarement celui de la littérature; tout le monde ne s'appelant pas Claude Levi Strauss Tristes tropiques ou Pierre Jakez Hélias Le cheval d'orgueil: Mémoires d'un Breton du pays bigouden. Et celui ci est plutôt bien écrit...

- une raison historique : prendre connaissance des conditions de vie d'une majeure partie de la population britannique, mais qui devaient également être celles de la population française, d'il y a à peine 80 ans, c'est prendre conscience de la relative nouveauté et du caractère précaire du confort matériel dans lequel nous vivons aujourd'hui, mais c'est aussi interroger l'avenir. Ne devrons nous pas renoncer à la partie la plus artificielle de ce confort pour conserver l'essentiel demain ? Des choix difficiles s'annoncent qui devront être faits...

- une raison politique : qu'est ce que le socialisme aujourd'hui ? tour à tour utopiste, scientifique ou démocratique, Orwell en proposait une conception qui est loin d'être devenue désuète . A l'heure de la nouvelle montée des extrêmes, qu'ils soient nationalistes ou islamistes, Il est plus urgent que jamais de le relire pour que la politique se concrétise enfin par une action en faveur du plus grand nombre.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La misère, la technique et le socialisme, 27 janvier 2014
Par 
Daniel Roux - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Quai de Wigan (Broché)
Livre en deux parties.
La première est un reportage au cœur de la misère de la classe ouvrière anglaise du 19ème siècle .

La seconde partie, la plus intéressante, est un essai sur le socialisme, ou plutôt la vision qu'à Orwell du socialisme, qui, bien loin d'être un socialisme machiniste et progressiste, est un socialisme que Michea appèlera Anarchist tory.
La vison de la technique qu'à Orwell est formidable. Elle précède de plus de 30ans les analyses qu'auront plus tard Ellul et Ilitch.

Ce livre est une clef pour comprendre le socialisme orwellien.

On sent vraiment dans ce livre l'inspiration qu'il a apporté à JC Michea, et plus particulièrement dans son dernier opus les Mystères de la Gauche.

Encore un très grand Orwell.
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5.0 étoiles sur 5 Une lecture indispensable, 27 novembre 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Quai de Wigan (Broché)
Dès les premières pages de cet essai, on comprend comment Orwell en est arrivé à écrire La Ferme des animaux puis 1984 une dizaine d’années plus tard.

Dans la première partie, il nous raconte la vie quotidienne des mineurs du nord de l’Angleterre. A ses côtés, on visite une mine et jamais aucun autre auteur n’en a mieux décrit les souffrances physiques et les dangers qu’on y trouve. On visite également beaucoup de maisons, une chambre « chez l’habitant » où s’entassent vendeurs de journaux, chômeurs et journaliers. On dissèque le budget des travailleurs pauvres et aussi celui des chômeurs. Car en ce milieu des années trente, le chômage prolifère et les aides sociales ne suffisent pas. On voit fleurir la misère, sous forme de roulottes, de carcasses de bus transformées en abris de fortune ou de logements dont l’insalubrité n’a rien de commun avec ce qu’on nomme de la même façon de nos jours : Orwell effectue un travail journalistique d’une épouvantable précision.

Dans une deuxième partie, il nous emmène en Birmanie, où il fut un membre de la police coloniale durant sa jeunesse, et dont il est revenu avec une haine farouche du colonialisme et de la peine de mort, de l’injustice et de l’arbitraire.

La troisième partie trace les grandes lignes de ce que Bourdieu décrira bien des années plus tard sous le terme d’habitus. Orwell nous parle des classes sociales, et expose tout le danger qu’il y a de les définir uniquement par le revenu ou par le fait d’effectuer un travail manuel ou pas.

Enfin, il exhorte ses contemporains à ne pas laisser l’idée de socialisme aux pires illuminés, sectateurs et constructeurs du mythe de la Russie angélique. Il y voit, sous conditions, un remède nécessaire au fascisme grandissant en Europe.

Le Quai de Wigan n’a rien d’un roman. C’est un essai sociologique et pragmatique sur cette fin des années trente, et un document historique indispensable. A sa lecture, il est impossible de ne pas entendre l’écho de la situation économique que nous connaissons actuellement. Le chômage grandissant, on y entendait déjà nombre de personnes prétendre que les chômeurs sont des assistés, des fainéants, en dépit d’une réalité économique calamiteuse. On y découvre une gauche divisée, incapable de faire face à la montée des fascismes, fascismes qui eux savent attirer les classes moyennes et tous ceux qui craignent la perte des traditions et des valeurs face à la mécanisation du monde et du travail. Orwell savait déjà que la guerre était inéluctable et invitait, par cet essai, ses contemporains, malgré tout ce qui pouvait à juste titre les en éloigner, à gonfler les rangs des socialistes, à ne pas laisser l’idée de socialisme à ses défenseurs les plus dogmatiques, et à repousser ainsi l’inexorable avancée du fascisme.

En lisant le Quai de Wigan, c’est notre époque que nous comprenons. C’est une lecture instructive et indispensable, tant pour comprendre notre temps que l’œuvre et le parcours de George Orwell.
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13 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Dans l'ombre de 1984, 1 mai 2002
Par Un client
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le quai de Wigan (Poche)
Ce livre d'Orwell qui reste quasi inconnu, éclipsé par le succès de "1984" ou de "la ferme des animaux", n'en demeure pas moins une oeuvre prenante basée sur l'expérience personnelle de l'auteur : George Orwell y décrit les conditions de vie des plus pauvres Parisiens et Londoniens, travaillant, ou plutôt exploités dans des hôtels ou se réfugiant dans les institutions caritatives.
On y reconnait bien là Orwell le socialiste qui dénonce, et ce dès 1933, une société de consommation et de loisirs et évoque avec précision la vie de ses laissés pour compte .
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Le Quai de Wigan
Le Quai de Wigan de George Orwell (Broché - 13 mai 1982)
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