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5.0 étoiles sur 5 une formidable experience de lecture entre fiction et réalité, 6 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : 2013 : Année-terminus (Broché)
La lecture du livre de Luc Dellisse, 2013 – Année Terminus, relève d’une étonnante expérience : un texte vibrant, impertinent, désespéré et pourtant espérant. Il annonce sans vergogne un futur immédiat calamiteux. Il ne s’agit pas de croire ou ne pas croire à ce qu’écrit l’auteur, il s’agit d’éprouver ce que pourraient être les répliques d’un tremblement de terre venu du futur. C’est un livre sur les vibrations pro-phétiques, persifleur un peu, drôle beaucoup, désespéré donc, mais est-ce le problème ? Le livre vibre comme l’immeuble que secoue le tremblement de terre, le livre vibre aussi de la colère de l’auteur qui fustige la bêtise des hommes qui ont permis (ne serait-ce que penser) qu’un tel fu-tur advienne. Et ce qui vibre c’est l’actualité que me disent les journaux et magazines proposés à bord de l’A 380 qui me ramène de Shanghai par des hôtesses déguisées en guichetière de harem kitsch. Pendant que le champagne coule à flots – et du meilleur dans le bar à cocktails de l’A380 qui survole le Tibet – les nouvelles du monde s’hybrident à la lecture de 2013 – Année Terminus. Les titres de la presse mondiale chancellent un moment, vibrant dans la page – c’est dans les avions que plus volontiers je lis la presse papier. Ils sont là en abondance, offerts et dépliables à l’infini, s’entassant tout autour de mon siège à géométrie généreusement variable, créant un océan de papiers froissés, irrécupé-rables. Quand un article m’intéresse je le photographie pour en garder trace, efficace mémoire technologique. En cette année 2012, pénultième à l’héroïne du Dellisse, une chose est sûre : la sombre mousson des effroyables nouvelles de notre monde est leur chasse gardée et voilà qu’il vient mettre la pagaille. Il relève de leur privilège de dire les catas-trophes atmosphériques, les cataclysmes financiers, les chamboule-ments politiques. Je sais bien que par ailleurs il y a toute la littérature de science fiction pour annoncer ce genre de choses. Mais c’est rarement pour tout de suite – sauf peut-être avec Orson Welles et sa lecture radiophonique de la Guerre des Mondes en 1938 ou plus récemment l’émission de 2006 à la Télévision Belge qui annonçait la séparation de la Belgique. Il y en a sans doute eu d’autres.
Pour l’instant, dans mon Airbus, j’hésite : j’ai dit que les mots vi-braient sur les pages. J’épargne au lecteur le fait que les maux aussi. C’est qu’il se passe quelque chose de tout à fait étonnant et qui ne doit rien au champagne que je n’ai pas encore gouté car une foule interlope se presse au bar, avide de compenser le prix du voyage par son équiva-lent symbolique en bulles de luxe. Les mots des journaux et magazines semblent eux déjà pris de boisson – effet des effluves du dit bar ? ou pris de vertige – effet de la proximité du texte de Dellisse? effet de si-dération, alors, devant ce qu’il narre ? A ce stade je ne sais pas encore dire. Mais je devine leur manège : ils ont repéré le virus qui va les pha-gocyter – ils sont rattrapés par la fable, rejoints par la littérature de gué-rilla et acculés par son humour incandescent. Pour se venger de son audace ils se glissent dans les chapitres et tentent d’effrayants accou-plements sémantiques entre virtuel et réel. Vient un moment de tension telle qu’il n’est guère possible de séparer l’un de l’autre, la lecture dellissienne du monde et celle de la presse mondiale. Se construisent alors sous mes yeux des chimères typographiques et sémantiques qui n’ont rien à envier au Panthéon Taoïste des pays que nous survolons. Ce sont dragons de feux terroristes, vouivres financières, hydres boursières et autres saintetés violentées. J’exagère bien sûr. Ce ne sont là que les ombres portées par l’exploration parfaitement maitrisée par Dellisse du cataclysme qui nous attend. Ce texte n’est ni un roman ni un document. Peut-être comme il le prétend imprudemment une fable – mais cette course de la famille nucléaire à quatre enfants n’est pas elle-même un mythe moderne qu’il nous concocte? Dans la tempête mondiale cette famille puissamment traditionnelle autour du père, cette famille en exode m’évoque une Légende des Siècles inversée où Caïn devient le cheva-lier errant qui regarde l’œil qui regarde dans la tombe avec ce qu’il faut de défi, de résolution, donc, pour que la peur se lise dans le premier tandis que le second – son regard d’auteur– se relève et laisse pantois le créateur. Bref il lui fait la nique, au Créateur. Il revient aux fondamen-taux et il donne de quoi se préparer à la catastrophe. Mieux : il la métamorphose. Pire : il la rend « jouable ». Malin : il saute du Radeau de la Méduse à l’Arche de Noé. L’errance familiale vers Bruxelles est une véritable invention – une invention de vie, une invention romanesque, une vraie fausse fresque de notre temps. Son livre documente la comédie du monde. Le lecteur excusera le néologisme facile mais indispensable : ce qui se passe c’est l’invention de la documédie. Il s’agit ainsi de raconter des histoires qui permettent un nouveau rapport au monde dont on ne saurait jamais s’il est réel ou virtuel – et cela n’a plus d’importance de-puis longtemps car il s’agit de la comédie transhumaine qui n’est pas forcément rigolote tous les jours mais qui est notre lot de tous les jours. Transhumaine. Ben oui. J’ai par hasard (même si bien entendu ce con-cept de hasard est une galéjade) relu ces jours-ci et dans mes voyages aériens, sur mon Kindle , la préface de la Comédie Humaine. Pour 2 euros j’avais téléchargé tout Balzac, tout Jules Vernes, tout Poe, tout Lo-vecraft, tout Joyce, tout TE Lawrence…. Et emmener 2013 année terminus. Le style des Anciens est bien sûr un peu daté, ce qui a du charme…. Entre le Château des Carpathes et la Maison du Chat qui pe-lote, le Dellisse ! quel bonheur que la lecture… quel vice oui ô Larbaud ! Le style de Dellisse sera peut-être daté dans cent ans mais pour l’instant il me bluffe et m’accule – ô douleur exquise ! – à me remettre darre darre à consigner ce que seront ces mythes du futur car à le lire on a intérêt à bien utiliser le temps qui reste. Christian Gatard
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2013 : Année-terminus
2013 : Année-terminus de Luc Dellisse (Broché - 19 août 2012)
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