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Le nom de Saul Leiter est enfin reconnu par plus de personnes. Un réalisateur de cinéma comme Todd Haynes a pu à propos de Carol le citer en exemple pour la façon dont il a élaboré la photographie de son film avec son remarquable chef-opérateur Ed Lachman. Certains plans font tellement immanquablement penser au travail de Leiter que c'en est troublant. Remercions Haynes et Lachman d'avoir mis en avant leurs sources pour ce qui est de la représentation de New York dans les années 50 (Leiter, mais également Helen Levitt et Ruth Orkin, artistes précieuses elles aussi).

C'est aujourd'hui une chose entendue, ainsi que le résume Martin Harrison dans le texte figurant dans le recueil de photographies Early Color, "dans la seconde moitié du XXème siècle, par la grâce d'un langage qui sut user du fragment et de la contingence, Saul Leiter parvint à étendre les frontières de l'art photographique".

Ces "images évocatrices, à la qualité picturale", prises en règle générale dans les années 50 (essentiellement des scènes de rue, pour la plupart aux Etats-Unis et singulièrement à New York, mais également dans quelques capitales européennes), "rendent couleur et mouvement dans une forme libre et semi-abstraite : fluide, spontanée. Les silhouettes réfléchies se dissolvent dans un brouillard élégiaque, intangibles, perdues dans le temps. (...) La vision de Saul Leiter tire parti d'un oeil prompt à s'imprégner de l'événement spontané. Confronté à la densité du réel, à des coordonnées fugitives dans le sens et l'espace, il déploie toute une gamme de stratégies - cadrages obliques, intersections complexes de plans, reflets ambivalents - pour distiller une poésie urbaine tour à tour tendre, incisive ou poignante. Il prend aussi des risques, dans son viol des conventions techniques et son indifférence aux limites de sensibilité de la pellicule."

Le résultat, au-delà même des compositions souvent très hardies (quand bien même les décadrages et autres effets de flou sont aujourd'hui devenus monnaie courante), est invariablement sensible et crée souvent un mystère diffus. Comme le rappelle le texte, Saul Leiter s'est d'abord rendu à New York pour y devenir peintre, et la découverte d'André Kertesz et d'Henri Cartier-Bresson, ainsi que son amitié avec W. Eugene Smith, ont été pour beaucoup dans son adoption définitive du média photographique. Si l'on peut trouver bien des modèles pour cette saisie des "images à la sauvette", comme Cartier-Bresson bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis Walker Evans ou Helen Levitt (qui était une des rares à travailler en couleur autant qu'en N&B à l'époque), peu sans doute ont autant mis un œil de peintre au service de la texture photographique. Pour autant, il ne faut pas croire que les photographies de Leiter seraient ouvertement picturales, ou uniquement au sens où lui aussi, comme nombre de peintres de l'époque - on a souvent cité à son sujet les peintres de l'expressionnisme abstrait - aurait cherché à travailler la matière et la forme autrement.

Alors que Leiter a été (re)découvert dans les années 90, il aura fallu du temps pour que l'on mesure l'étendue de son travail. Ce n'est que beaucoup plus récemment qu'il nous a été donné de voir certains de ses tableaux (cf. Painted Nudes, publié en 2015). Et pour cause ! Leiter a toujours souhaité travailler dans les marges du monde de l'art, et la renommée qu'il a acquise sur le tard, dans les vingt dernières années de sa vie - il est mort fin 2013, à presque 90 ans - n'a rien fondamentalement changé, si ce n'est qu'il a accepté de remettre le nez dans son travail passé, de tirer des rouleaux qui avaient dormi dans leur coin un bon bout de temps.

L'apport de l'ouvrage publié par Kehrer en 2012 à l'occasion de l'exposition rétrospective qui s'est tenue à la Maison de la Photographie à Hambourg, considérable par rapport aux autres livres existants, est de deux types : il est le seul à donner à voir des échantillons de tous les travaux de Leiter (essentiellement photographie N&B et couleur, photographie de mode pour les magazines, peintures) ; il contient nombre de textes - en anglais et en allemand, sans traduction française - qui donne une idée beaucoup plus précise non seulement de l'œuvre, mais aussi de l'homme.

S'agissant de ce dernier aspect, la lecture des textes ne peut que faire aimer davantage le bonhomme. Voir par exemple ces extraits de ce qu'écrit Adam Harrison Levy de ses visites chez Leiter : "A typical conversation with Saul will start like this : he'll pick up an old and yellowed monograph about an artist, say Bonnard or Picasso, and flick through its pages while commenting on a painting in passing. He'll then casually make a pronouncement such as 'the history of art is the history of color'. This might lead to a long digression about Degas and his family (wealthy and comfortable), which will then lead to a memory of his family life in Pittsburgh (difficult and strained), and will finally return to his subject of art and Picasso's use of color. For Saul, discussing art is the equivalent of other people talking about the weather. It's his kind of small talk. While in conversation he will often pause, bend from his chair, and pick up a battered portfolio up onto his lap and flick through its contents. Inside there might be paintings, photographs, or painted photographs. He'll pause in mid-sentence, look down, pull one out, and say, 'that's quite nice' with astonishment, as if he has never seen his own work before. He'll then gently touch the surface with the tips of his fingers and wipe it clean, as if removing some dust. He makes this motion with surprising grace. He'll then slip the print back into the portfolio and resume speaking where he left off." A la suggestion de Harrison qu'il devrait songer à faire une exposition d'œuvres que Leiter lui-même dit trouver "not so bad", celui-ci répond : "No. It's too much. Why do people want more, more, more ? More shows, more books ? I'm tired. I want to be left alone. I embrace my own unimportance", avant de partir d'un grand rire. Pour avoir vécu toute sa vie sans croire que son œuvre était essentielle à l'univers, lorsque Leiter donne une telle réponse on sait que cela ne relève aucunement de la pose.

Heureusement que Leiter a vécu assez longtemps pour d'une part tirer lui-même un grand nombre de photographies qu'il avait laissé croupir, d'autre part accepter que des galeries et institutions se chargent de mettre en valeur son travail. On sait qu'en France c'est la Fondation Cartier-Bresson qui a présenté la première exposition de quelque importance, en 2008. Le livre de chez Steidl y étant lié est hélas épuisé depuis bien longtemps : Saul Leiter. Mais il aura de toute façon fallu attendre l'exposition de Hambourg en 2012 pour bénéficier d'une première exposition rétrospective. Si le catalogue est riche, il faut tout de même assurer qu'il ne saurait remplacer les deux livres essentiels de chez Steidl Early Color et Saul Leiter, Early Black and White. A cela il y a deux raisons, une objective et l'autre moins : 1) le nombre de planches est supérieur dans les Steidl, étant donné qu'ils correspondent en fait à trois volumes, un pour la couleur et deux pour le N&B 2) je préfère quant à moi les formats moyens de chez Steidl aux reproductions pleine page, parfois coupées sur deux pages, de chez Kehrer. Si vous préférez quant à vous les photos grand format, vous devriez en revanche trouver plus votre compte dans le catalogue Kehrer, d'autant que nombre de personnes estiment que les reproductions sont trop petites dans les livres de chez Steidl. Il faut cependant savoir que la qualité de reproduction s'avère globalement meilleure dans les ouvrages de chez Steidl. En ce qui me concerne, les livres prioritaires si l'on s'intéresse avant tout à la photo de Leiter restent les deux Steidl. Si l'on est mordu, le Kehrer s'avère toutefois un complément indispensable, à plus forte raison si l'on est anglophone ou germanophone, car les textes sont copieux et permettent comme je l'écrivais plus haut de mieux cerner à la fois l'homme et son art. Je précise que les textes en allemand et en anglais alternent dans le corps de l'ouvrage : on trouvera la traduction de chacun des textes dans l'autre langue en annexe.

Ce catalogue, vite épuisé, a fait l'objet d'une deuxième édition, à peine revue, après la mort de Leiter : Saul Leiter: Retrospektive / Retrospective. Ces catalogues n'étant hélas pas toujours réimprimés, je conseille de ne pas trop attendre si l'on est a priori intéressé. Comme on peut en juger avec bien des catalogues, en particulier lorsqu'il s'agit de photographie, ils s'épuisent rapidement et ensuite les prix explosent en occasion.

Quoi qu'ait pu en dire Leiter lui-même, on peut toutefois espérer plus. Il reste apparemment énormément d'images, y compris parmi celles qu'il a sélectionnées lui-même, qui n'ont jamais été montrées, ou seulement pour certaines dans des galeries ici et là. Il est en outre incompréhensible qu'aucune grande exposition rétrospective n'ait été présentée en France. Espérons que cela viendra bientôt, et qu'un catalogue rendra compte de façon plus complète encore de l'étendue de son travail. En attendant, les livres encore disponibles ne sont pas des pis-aller, quand bien même ils auraient de petits défauts.

Notons également que Steidl a annoncé la sortie prochaine d'un ouvrage consacré intégralement aux nus photographiques de Leiter : Saul Leiter in my room.

Rappelons que, le prix de ces ouvrages étant déjà (très) élevé, on peut aussi se rabattre sur l'ouvrage de la collection Photo Poche, toujours aussi indispensable à qui veut se faire une idée assez juste de l'œuvre d'un photographe sans se ruiner : Saul Leiter.
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le 28 février 2014
Ce livre comporte de nombreuses sections en allemand. Ce n'est donc pas une version anglaise comme mentionné mais, une version anglais / allemand.
Dommage que ce ne soit pas indiqué.

Par ailleurs la livraison n'a pas respecté les délais annoncés: 2 mois d'attente pour un livre "en stock".
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le 18 mars 2016
en fait j'ai adoré ce livre mais l'ODEUR de ses encres d'impression est insupportable et empêche tout le plaisir qu'on pourrait avoir à
le parcourir et à le lire ! C'est vraiment plus que regrettable à beaucoup de points de vue (professionalisme des éditeurs et/ou imprimeurs,
sans parler d'écologie...) pour un livre dont la maquette est ambitieuse et réussie.
je vais conserver ce livre en le laissant ouvert en espérant que son odeur s'atténuera...
J'adore Saul Leiter et sa mémoire ne méritait vraiment pas ça !
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