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Le très ambitieux projet d'intégrale de l'oeuvre pianistique de Franz Liszt chez Naxos ravira les amateurs de piano : on notera d'abord l'homogénéité de la collection avec un portrait changeant à chaque disque, des volumes numérotés au contenu thématique, différents lieux d'enregistrement (Angleterre, Etats-Unis, Hongrie, Allemagne, Canada) et des interprètes plus ou moins connus mais souvent de haut vol et de toute nationalité. C'est ce qui fera tout son intérêt si on la compare à l'intégrale achevée du marathonien Leslie Howard chez Hypérion, certes de qualité mais bien trop monotone dans le fond comme dans la forme et beaucoup plus chère ! A noter par contre que les dates d'enregistrements ne correspondent pas systématiquement aux dates de sortie et que la régularité de celles-ci en déconcertera plus d'un, mais l'aventure durera plusieurs années, donc patience !

Le pianiste canadien Philip Thomson s'est « chargé » d'enregistrer les Harmonies poétiques et religieuses que l'on trouvera ici « coupées en deux » et complétés par des pièces assez proches de la couleur générale du recueil. Disons-le d'emblée, cet ensemble lisztien demeure désaffecté dans son ensemble par les pianistes. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il a le tort de se faire côtoyer des morceaux à l'inspiration inégale, allant du génial (« Bénédiction de Dieu dans la solitude », « Pensée des Morts », « Funérailles », « Cantique d'amour ») au moins bon (« Invocation », « Misere », « Pater Noster ») voire au carrément mièvre (« Ave Maria », « Hymne de l'enfant à son réveil », « Andante Lagrimoso ») Le volume 4 de la série enfonce le clou en donnant en complément 4 « Ave Maria » à mon sens totalement insipides et les 6 « Consolations » d'un vide d'inspiration affligeant. Mais tel fut Liszt, et ces disques ont le mérite de représenter toutes les facettes de sa création. Dont acte. Autant dire que le rôle de l'interprète est ici vital au risque de sombrer dans un ennui mortel... ce à quoi nous invite Philip Thomson ! Sans parler des pièces les plus faibles, sans aucun relief, rien ne ressort d'une « Invocation » même pas tonitruante qui ressemble à une battue d'accord sans vie, ni d'une « Bénédiction de Dieu » qui ne chante pas au milieu d'un embrouillamini de notes liées, ni dans les « Funérailles » qui n'enterrent personne, ce qui est un comble ! Le pianiste aime-t-il cette musique ? On en doute en écoutant le « Cantique d'amour », morceau piège où l'on peut se laisser aller au pire sentimentalisme, comme l'écriture pianistique nous incite à le faire. La prise de son, plate et terne, est sans doute pour beaucoup dans l'impression générale qui se dégage de ces deux disques. Dommage.
Livret très détaillé en français.
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