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4.0 étoiles sur 5 Impressionnisme qui ne s'avoue pas tout en se savourant, 18 juillet 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : "Le Chemin de fer" Op.27 (CD)
D’abord une première partie avec Laurent Martin. Préludes d’ouvertures du CD. Lent – lent – lent- Les notes s’égrènent bien séparées et bieN définies avec une lenteur qui tient de la lassitude extrême face à un monde qui ne propose rien après son éternel prélude vital si ce n’est la mort.

Le jeu sur les demi-tons qui fait basculer du majeur au mineur est un jeu d’enfant qui donne à la musique une dimension presque triste, larmoyante, geignante.

Le prélude numéro 17 rêvant d’amour est un peu plus dynamique avec des regroupements de deux notes courtes et d’une longue, et puis un galop mais de chevaux de bois. N’allons pas trop loin quand même, jusqu’à un sursaut plutôt évanescent de passion et de plaisir.

Il ne reste plus qu’à prier lentement, recueilli, inerte, étale comme la prière descendante et désillusionnée d’un mourant sur son lit de mort.

Les deux impromptus qui suivent se réveillent un peu avec quelques triolets plus audacieux, surtout le second d’ailleurs qui martèle le chemin d’un piétinement qui fait du surplace musical.

Le chemin de fer est par contre un prodige de tourbillon et de volutes de fumée bien sûr. Ecoutez les traverses, les éclisses et autres points de jointure des rails sur les roues. Et puis rêvez du voyage extraordinaire à l’autre bout du département en une heure au lieu d’une journée pour la préfecture. Mais ce train nous donne un peu le tournis comme si nous avions l’âme rivée aux roues qui ne savent que virevolter. Supplice moderne de la roue. Ici et là on traverse une nappe de soleil ou un enchantement boisé mystérieux. Musique expressive pour laquelle le tempo est des plus loquace. J’ai récemment entendu une exécution par Laurent Martin en l’église de Vollore-Ville qui m’avait semblé plus expressive, plus percutante.

On passe ensuite à des études avec Bernard Ringeissen. Un peu plus de dynamisme mais toujours une circularité qui n’en finit pas de tourner sur elle-même et quelques bribes de chansons populaires.

L’étude numéro 6 retrouve le rouet qui tourne et qui file lentement un fil d’Ariane dans un univers vide. Mais Anne ma sœur Anne… Je ne vois rien venir si ce n’est les notes qui martèlent doucement, les rythmes qui harcèlent lentement et les pauses courtes qui ruissellent de silence retenu entre deux engoulées de noires et de blanches, ou est-ce des croches ?

Heureusement l’étude numéro 12 se réveille un peu et se révèle rebelle comme une course effrénée qui monte et descend les escaliers de quelque calvaire ou chemin de croix à toute vitesse pour rejoindre le calme du bar ou de la chambre, le recueillement du bénitier. Enfin presque puisque Alkan est juif. Pas de temps pour s’arrêter aux stations. Le train est fou et a perdu ses freins quand il est pris en chasse par la main gauche qui arrive sur le dos de ses cinq chevaux sans vapeur. Mais le calme divin regarde cette agitation comme un duel d’araignée dans un panier de crabes avant de repartir de plus belle poursuivi par quelques saraphs ou serpents d’airain et se terminer en queue de requin. Attention ça mord et c’est mortel.

Une marche funèbre ramène alors un peu d’ordre et d’autorité. On se calme, s’il vous plaît, pour un voyage non en chemin de fer mais en corbillard. On entend les sabots des chevaux sur les pavés et les pas trainants de ceux qui suivent. Marche lente jusqu’au tombeau et loin de l‘église pour sûr car c’est la pièce la plus longue du CD, presque quatre fois plus longue que la durée moyenne de deux minutes six secondes des vingt-sept pièces dont une seule avait un tout petit peu plus que six minutes. On a tout le temps d’effeuiller les lis ou les pâquerettes jusqu’au silence de la descente du corps à la tombe, mais de ténèbres nenni, ma mie.

Retour à Laurent Martin avec quinze esquisses si courtes qu’on ne les voit pas passer. Elles sont toutes charmantes, expressives, presqu’en avance d’un demi-siècle sur leur temps. Impressionnistes en quelque sorte. Autant de déjeuners au bord de l’eau et de baignades de demoiselles sous le regard de sérieux messieurs, en attendant que Picasso lance ses satyres dans ce monde bien calme où un staccato bref nous réveille pour prendre une absinthe verte. Mais une sonnerie de cloches n’est que l’écho angélique de la mort de la journée – ou est-ce un glas pour initiés à l’art de mourir quotidiennement d’ennui ? Une espèce de romantisme du farniente parce qu’il n’y a rien à faire.

L’esquisse numéro 10, Increpatio, est torturée par un mal profond qui lui tord le crâne d’une migraine exquise, et le piano tape sur les nerfs de ce pauvre malade qui heureusement retrouve rapidement le répit du repos, le dépit du dépôt, un ressouvenir rassurant.

Un brin de fantaisie dans la monotonie ambiante en désescalade un peu abrupte jusqu’en bas dans la vallée. Un petit chant recueilli au bord de l’eau. Un gladiateur vient mourir aux pieds de l’empereur et joue le prix du sang pour l’honneur du rang. Un minuettino se prend un brin de douce et lente folie dans une embrassade confortable et chaude de lenteur, encore et encore. Et puis il nous pave le paradis de mille petits et bons souhaits. C’est plus calme que l’enfer et ses bonnes intentions. Un peu d’amour nocturne sans diable et sans chaude passion, juste un peu de tendresse délicate. Et encore un rêve.

Finalement on retrouve Bernard Ringeissen pour conclure ce voyage tout de douceur, tendresse, lenteur, mollesse, senteurs suaves, d’un scherzo officiellement endiablé. Enfin un diable de petit diablotin. Méphistophélès sera pour plus tard et Lucifer attendra la venue de Satan. On est dans le tout premier temps du premier moment du commencement d’un début d’ambiance vigoureuse.

Laurent Martin que j’ai souvent entendu en chair et en os semble aujourd’hui se libérer de l’enseignement et retrouver une vigueur que l’alimentaire lui avait enlevée. Mais peine perdue, ô conservatoire conservateur, le pain perdu n’est pas perdu pour tout le monde et se retrouve toujours tôt ou tard sur la table de quelque Cène où l’on partage ce que l’on n’a pas pu montrer avant que l’âge vous prenne et vous libère, malgré ce qu’en dit Laurent Martin qui se déclare déjà un pied dans la tombe, une main dans la décrépitude.

Dr Jacques COULARDEAU
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"Le Chemin de fer" Op.27
"Le Chemin de fer" Op.27 de Valentin Alkan (CD - 2006)
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