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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le secret des trois cartes en super scope et en fanfare, 1 février 2012
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tchaikovsky : La Dame de Pique (CD)
Il en va de La Dame de pique comme de bien d'autres opéras. En l'absence de version incontestable (ou "de référence", ou comme on voudra), on se dirigera vers l'une ou l'autre pour leurs forces, en essayant autant que faire se peut d'oublier leurs faiblesses. Le premier critère pour beaucoup étant le confort d'écoute, indiquons pour la bonne bouche et ceux que cela intéresse la version de Melik-Pashaev, sans doute une des meilleures, mais dans un son qui ne peut rivaliser avec celui des enregistrements de studio ultérieurs : Pique Dame (pikowaja Dama). A réserver peut-être aussi à ceux qui connaissent déjà l'oeuvre et/ou qui aiment une école de chant qui n'a plus cours depuis déjà quelque temps.

Si l'on considère les enregistrements plus récents, hélas, ce n'est pas le choix qui embarrasse. En gros, deux concurrents majeurs, chacun avec leurs forces donc, mais aussi avec des faiblesses insignes : Tchaikovsky : La Dame de Pique pour Seiji Ozawa avec le Boston Symphony Orchestra, Tchaikovsky : La Dame de Pique pour Valery Gergiev avec son orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg (qui s'appelait encore Kirov au moment de l'enregistrement).

La victoire, aux points, devrait aller à Ozawa. Hélas, même si, comme le note Jean-Marie Lambert dans son commentaire, Vladimir Atlantov en Hermann est sans doute meilleur là qu'ailleurs, je dois avouer que pour moi cela ne passe pas. Ce n'est pas qu'il dépare l'enregistrement dans son entier et il arrive à donner le change à certains moments, mais sa ligne de chant n'est pas ce qu'elle devrait être, et son vibrato (et pour tout dire son côté beuglard invétéré) gâchent pour moi parmi les plus belles scènes de l'opéra. C'est d'autant plus dommage que la direction d'Ozawa est fort belle et qu'il s'agit certainement de celle qui fait le mieux ressortir toutes les beautés de l'orchestration de Tchaikovsky, mais aussi ses nuances. On pourra regretter néanmoins chez Ozawa un déficit de théâtre, mais comme ce n'est pas plus chez Gergiev qu'on le trouvera... Quant à Mirella Freni dans le rôle de Liza, elle est tout ce qu'on peut en attendre, de la beauté vocale (bien qu'elle montre ici et là quelques signes de fatigue) à la caractérisation. Pour une autre faiblesse, mais mon rédhibitoire, on notera une Pauline mal chantante. La comtesse de Maureen Forrester n'est pas aussi géniale qu'elle aurait pu l'être, et ses moyens vocaux sont évidemment très loin d'être encore ce qu'ils furent, mais elle réussit à tenir sa partie avec ce qu'il faut d'inquiétante étrangeté (et meurt dans des râles du meilleur effet...).

Quant à Gergiev, il aligne un des meilleurs Hermann de sa génération, en la personne de Gegam Grigorian. Pour un rôle aussi prédominant, ce n'est pas rien. Contrairement à Atlantov, il arrive - avec des moyens vocaux certes bien supérieurs - à être héroïque ET halluciné, en modulant et en faisant évoluer son personnage vers l'obsession, l'aliénation puis la rédemption avec infiniment plus de justesse et de conviction. Hélas, la Liza de Gulegina n'est pas franchement à la hauteur et sent la convention, même si elle se laisse écouter et ne gênera pas grand monde. La comtesse d'Arkhipova est inférieure à celle de Forrester, et pour l'étrangeté on repassera (ne parlons pas de la frayeur, et même la distinction n'est pas son fort). Olga Borodina réussit sa Pauline, mais on ne peut pas dire que ce soit absolument déterminant. Et la direction de Gergiev? Bien à sa manière de l'époque : étirant souvent les tempi, à la recherche d'une grandeur qui devient souvent grandiloquence, faisant claquer les cuivres et donnant ici et là dans le clinquant. Ce qui n'empêche pas des beautés évidentes, des scènes entières étant presque parfaitement dosées et enlevées, sans parler de la qualité des instrumentistes - les clarinettistes, et au-delà tous les bois, très sollicités par la partition, sonnent merveilleusement.

Résumé en ce qui me concerne : pour la direction et la Liza de Freni, ce serait Ozawa; pour Hermann et les indéniables beautés de l'orchestre, au-delà des alourdissements auxquels se livre le chef, ce serait Gergiev. Tout cela en l'absence d'une version dirigée par le grand spécialiste actuel de cette partition, Vladimir Jourovsky (ou de son frère Dimitri, qui semble bien suivre sur ses brisées) avec par exemple Vladimir Galouzine, qui occupe les scènes avec ce rôle, le plus souvent avec brio, depuis une bonne quinzaine d'années. Quel dommage 1) que Jourovsky n'ait pas été celui qui dirigeait lorsque la mise en scène de l'Opéra de Paris a été captée pour le dvd, alors que c'est lui qui l'avait créée et reprise : Tchaikovsky - La Dame de Pique / Papian, Galouzine, Tézier, Stotijn, Rojdestvesnki, Dodin (Opéra national de Paris 1999) (voir mon commentaire) 2) que personne ne juge bon aujourd'hui d'enregistrer en studio, lorsque l'on sait que les forces en présence auraient toutes les chances de produire un résultat plus que satisfaisant. On pourrait imaginer également - je ne l'ai pas entendu dans cette oeuvre mais il était parfaitement adéquat dans Eugène Onéguine - qu'un Tugan Sokhiev donnerait une excellente Dame de pique avec un plateau mitonné aux petits oignons. Bref, par pitié, ne nous laissez pas qu'avec ces enregistrements en partie réussis, mais qui restent bien imparfaits, d'un des chefs-d'oeuvre de l'opéra - je dis cela en n'ignorant pas les réalités économiques et la situation de l'industrie musicale, évidemment, mais rien n'empêche de le dire et de souhaiter que cela évolue.

P.-S. Je n'ai pas mentionné la version sortie récemment chez Orfeo, Tchaikovsky : La Dame de Pique, enregistrée sur le vif par Algis Shuraitis avec Atlantov (toujours lui, hélas) et Julia Varady. Ne l'ayant écoutée qu'une fois, je ne voulais pas en dire beaucoup plus, mais pour Varady et la direction fort intéressante de Shuraitis, on pourra vouloir se diriger vers elle. Quant à la version Rostropovitch (Tchaïkovsky : La Dame de Pique (Coll. The Originals)), je ne l'ai jamais beaucoup aimée et ne l'ai pas réécoutée à l'occasion. Le souvenir que j'en ai, outre que je trouvais la direction assez grasse et bien trop sentimentale à mon goût, c'est qu'une des raisons d'être de cette version, la souvent géniale Vishnievskaya en Liza, ne tient pas car elle n'a franchement plus les moyens du rôle. Mais je conçois sans aucun problème que ses admirateurs trouvent là de quoi admirer, cela va sans dire.

NB Comme vous pourrez aisément le constater, un des critères de choix entre les versions peut être le prix. De façon assez étonnante pour un enregistrement de presque 20 ans, la version Gergiev est encore au prix (très) fort, alors que la version Ozawa est passée en collection économique. Vivement la baisse de prix pour toutes! Il est vrai que la version Gergiev offre un épais livret à l'ancienne, avec le texte intégral, des textes et photos, alors que le livret de la version Ozawa est désormais à l'économie, avec le seul argument.
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Tchaikovsky : La Dame de Pique
Tchaikovsky : La Dame de Pique de Pyotr Il'yich Tchaikovsky (CD - 2001)
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