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5.0 étoiles sur 5 Les «Art Messengers» ont encore frappé! Un album riche et puissant, 1 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Freedom Rider (CD)
ART BLAKEY
Ce grand batteur de jazz (1919-1990) est une des figures les plus emblématiques du Bebop puis du Hard bop.
Après des débuts des plus éclectiques au sein d’ensembles de grande qualité («The Fletcher Henderson Orchestra» par exemple), Art Blakey devient en 1954 un grand leader de jazz en compagnie du pianiste Horace Silver. La formation «The Jazz Messengers» est née et va drainer une constellation de jeunes musiciens surdoués (Clifford Brown, Hank Mobley, Kenny Dorham, Benny Golson, Bobby Timmons, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Wayne Shorter, Keith Jarrett, Wynton Marsalis, Kenny Garrett… et la liste est vraiment trop longue pour paraître ici). Les membres du quintet changeront au fil des décennies mais Art Blakey restera le moteur du groupe qui «sévira» pendant plus de 30 ans.
Et signalons deux données fondamentales qui expliquent la longévité des «Jazz Messengers» et leur osmose musicale: Blakey n’en était pas le véritable orchestrateur, il laissait aux jeunes pousses le soin de composer puis de diriger les sessions d’enregistrement des différents albums; ensuite, le quintet était une sorte de coopérative au sein de laquelle chaque musicien réalisait ses soli à part égal avec les autres, et en plus, chacun d'entre eux touchait le même salaire que le boss. Musicalement, les différents membres qui y sont passées étaient irréprochables mais par contre, la vie quotidienne entre sessions et concerts était émaillée par les problèmes d’alcool et de drogue, par les bagarres et les accidents en tous genres. Les membres finissaient par quitter le groupe, soit parce qu’une mort prématurée les emportait, soit parce que, mis en avant par la générosité de Blakey, l’envie de voler de leurs propres ailes les tenaillaient.
Des ingrédients parfaits pour un metteur en scène qui voudrait réaliser un film de fiction et dont le titre est tout trouvé: «The Jazz Messengers».

LES MUSICIENS
Art Blakey (batterie), Bobby Timmons (piano), Jymie Merritt (basse), Wayne Shorter (ténor saxophone), Lee Morgan (trompette).

L’ALBUM ET SON CONTEXTE
«The Freedom Rider» est né entre février et mai 1961 dans un contexte particulier.
Celui de la revendication des droits civiques aux États-Unis qui a commencé après la Seconde Guerre mondiale.
1960 et 1961 sont des deux années charnières pour le mouvement politique en faveur de l’intégration des afro-américains.
Des étudiants et des militants pour la cause noire organisèrent ainsi des opérations de «Freedom Ride» qui consistaient à se déplacer en bus d’un état à un autre afin de vérifier que les lois ségrégatives étaient bien abrogées, notamment dans les états du Sud-Est américain. Des violences extrêmes eurent lieu dans quelques villes de l’Alabama et les militants, blancs comme noirs, pourtant pacifiques, furent battus à coup de battes de base-ball, de tuyaux en fer et de chaînes de bicyclette.
Art Blakey fut très affecté par ces déchaînements de racisme et de violences qui lui rappelaient les méthodes Ku Klux Klan.
Pour rendre hommage aux victimes et dénoncer ses actes, il composa un morceau «The Freedom Rider». En cela, il se rapprochait de son cadet Max Roach, autre batteur de génie, qui avait enregistré un an auparavant «We Insist!» une suite en cinq parties qui dénonçait la condition faite à la minorité noire et prônait une émancipation plus rapide. La musique de cet album de Roach, à la fois tourmentée et enflammée, est articulée sur la voix déclamatoire de la chanteuse Abbey Lincoln et les dissonances «Free jazz» d’Ornette Coleman.
Même si il n’existe pas de chant sur l’album d’Art Blakey et des «Jazz Messengers», on y retrouve des similitudes, des échos, des citations comme si ce disque entrait en résonance avec celui de Roach.
«The Freedom Rider» est bien sûr plus Hard bop, avec quatre compositions du trompettiste Lee Morgan. Et le premier morceau de Wayne Shorter rappelle le célèbre «Moanin’» du pianiste Bobby Timmons mais le troisième morceau est lui dans la veine des expérimentations modales et des nappes de son de John Coltrane. L’album «Giant Steps» de Trane sorti au début de l’année 1960 est un tournant du Hard bop qui glisse vers de nouveaux horizons jazzistiques et il aura une influence décisive sur le jeune Wayne Shorter.

LE CD (54 minutes 06)
La mastérisation numérique réalisée en 1998 par l'incontournable ingénieur du son Rudy Van Gelder est de grande qualité.

1. «Tell It Like It Is»: une composition de Wayne Shorter.
Ce titre rappelle «Moanin'» célèbre morceau de Bobby Timmons.
Les ingrédients rythmiques et les enchaînements de soli y sont pour beaucoup.
Le solo de Lee Morgan est le plus long et on entend parfois la voix de Blakey en fond sonore (l’encourage-il ou est-il en transe? Les deux, peut-être…).
Le solo de Shorter est aussi puissant que celui du trompettiste, avec toutefois plus de subtilité mais moins d’improvisation. Il est l’auteur de la mélodie et n’ose pas encore toucher à la texture de ses harmonies. On sent qu’il n’en est pas loin, notamment sur quelques entrelacs suraigus qui tourbillonnent au milieu du solo.
Bobby Timmons réalise encore une performance très fluide et très bluesy («woah, woah, ah ah» martèle Blakey pour marquer son contentement).
Quant à la basse de Jymie Merritt, elle est à l’unisson de Blakey.

2. «The Freedom Rider»: une composition de Art Blakey en hommage aux victimes des violences racistes et en soutien à la cause des droits civiques universels.
Le batteur est seul sur cette plage, si ce n’est qu’il s’accompagne de sa voix rauque et parfois vociférante, à la manière de la voix frénétique de Lionel Hampton qui donne de l'énergie à son jeu de vibraphone (voir la vidéo de «Flying Home» en 1963). Frappant souvent violemment sa batterie et la caressant parfois, il crée une ambiance qui exprime à la fois les événements et l’émotion qu’il a ressenti aux moments des faits.
Dès le début, une tension s’installe qui ne quittera pas les 7 minutes 30 du morceau: on ressent l’inquiétude des militants du bus face à l’agressivité de la foule, puis le déchaînement des coups (chaque élément de sa batterie représentant un des objets qui ont servi aux racistes à infliger de graves blessures). Il ralentit de temps en temps le rythme, donnant une sensation d’inquiétude, puis réaccélère brutalement pour marquer les esprits, pour afficher sa désapprobation et pour manifester sa solidarité.
Ce morceau fait écho à son jeu puissant et sans concession sur «Blues March» ou sur «A Night in Tunisia»
C’est époustouflant de virtuosité et bouleversant d’émotion.

3. «El Toro»: seconde et dernière composition de Wayne Shorter.
Une introduction de Blakey crée une tension immédiate. Les deux cuivres enchaînent à l’unisson sur une alternance saccadée de notes graves et de notes aiguës. On est proche de la dissonance.
Wayne Shorter réalise un solo fabuleux. On sent que cette composition lui permet plus de liberté d’interprétation. Mais c’est aussi dans son tempérament de monter crescendo que ce soit sur les albums de studio ou les albums live. On pourrait le comparer à une locomotive à vapeur qui transforme soudain en train à grande vitesse.
Lancé par Shorter, les autres soli sont dans le même état d’esprit, avec Lee Morgan qui monte à des hauteurs incroyables tout en gardant sa vélocité technique.
L’interprétation de Bobby Timmons est plus classique car plus courte, Morgan et Shorter ne lui laissant pas le champ de la dissonance.

4. «Petty Larceny» est la première composition de Lee Morgan sur cet album et il réalisera les trois suivantes. Le titre que l’on pourrait traduire par «menu larcin» correspond parfaitement à l’ambiance musicale, tout en subtilité et en vélocité, comme un pickpocket. On imagine bien un film français qui s’approprie ce morceau de jazz.
Le morceau démarre sur les "pistons de cuivres" dans l’esprit «Sidewinder» cher au trompettiste. Les volutes que Lee Morgan y effectue sont d’une grande maîtrise avec parfois un son qui frôle la rupture. Les arabesques de Shorter sont plus graves mais tout aussi sur le fil du rasoir.
Bobby Timmons a cette fois-ci l’occasion d’exprimer son talent et de réaliser un solo qui est empreint de blues, de swing, de Be bop et d’improvisations free.
Même Jymie Meritt a un petit solo qui vaut le détour.
Blakey se dispense d’en faire un, laissant comme à son habitude, une liberté totale à ses musiciens: Lee Morgan signe encore une fois un bel arrangement et une orchestration remarquable.

5. «Blue Lace» est la deuxième composition de Lee Morgan.
Un titre un peu à part dans cet album.
«Dentelle bleue» est-elle une déclaration d’amour?
Lee Morgan, lui, «fait dans la dentelle» et ses comparses «Messengers» sont au diapason pour réaliser une superbe interprétation sensible et passionnée.
Avec une introduction de Bobby Timmons au piano et de Jymie Meritt à la basse, une atmosphère musicale se crée telle une poésie qui susurre son amour.
Un amour platonique? Imaginaire? Chimérique?
En tout cas, un amour sensuel que les deux cuivres s’empressent de mettre en avant.
L’interprétation alterne la joie, l’espoir, et la mélancolie, la tristesse. Le premier solo au piano traduit merveilleusement cette dualité.
Le solo de Lee Morgan est déchirant. Il monte dans les aigus pour exprimer son amour inaccessible mais réalise aussi des notes en forme de spirales comme s’il voulait s’étourdir et étourdir cet amour.
Celui de Wayne Shorter lui emboîte le pas et installe un spleen plein d’amertume.
La rythmique tout en retenue accompagne magnifiquement ces six minutes langoureuses dont la dernière est la plus émouvante.
Cette minute se clôt par un dernier solo de Lee Morgan qui donne ce qui lui reste dans les tripes. Le son diminue progressivement et le morceau se fond dans un silence assourdissant.

Je vous laisse découvrir les trois derniers morceaux. Ces pistes supplémentaires ont été ajoutées en 1998.
Juste quelques mots sur le 3e et dernier bonus.
«Blue Ching» est une composition très Hard bop de Kenny Dorham.
Ce morceau d’un trompettiste très créatif permet à tous les «Jazz Messengers» de donner le meilleur d’eux-même que ce soit individuellement mais aussi collectivement.

Un album très équilibré à la fois virtuose et engagé: il frétille entre un jazz Hard bop swinguant et un jazz Hard bop plus Free.

Pour finir sur cette période très riche et très tourmentée, John Coltrane a écrit une superbe composition tout en tension mélodique.
«Alabama» évoque un attentat à la bombe dans une église de Birmingham (Alabama) qui tua quatre jeunes enfants noires.
Hommage sensible et poignant où l’on distingue à peine une voix qui semble être venue d’outre-tombe.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Liberté ! Egalité ! Fraternité !, 24 avril 2013
Par 
Darko (Bretagne - France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The Freedom Rider (CD)
"The freedom Riders" c'était le nom de ces miliants noirs qui, dans les années 60, parcouraient les Etats du Sud des USA pour répandre la bonne parole du combat pour les droits civiques et qui se faisaient régulièrement lyncher par les red necks avinés du cru. Des types courageux, adeptes de la non violence, auxquels Art Blakey et ses Jazz Messengers rendent ici un bel hommage. Pour se remettre dans le contexte de l'époque, je ne conseillerai que trop de lire l'excellent bouquin de Jean Marc Bel En route vers Woodstock : De Kerouac à Dylan, la longue marche des babyboomers. Un livre à la lecture duquel les opposants au mariage pour tous ressentiront le ridicule de leur positionnement en tant que combattants pour la Liberté !

Enregistré au Van Gelder Studio d'Engelwood Cliffs les 12, 18 février et 27 mai 1961, cet album n'atteint pas la perfection de l'extraordinaire "Moanin" de 1958 Moanin' (RVG Edition), mais c'est quand même du grand Jazz Messengers. On y retrouve Lee Morgan à la trompette, Bobby Timmons au piano, Jimmy Merritt à la basse et Art Blakey à la batterie, seul Wayne Shorter est nouveau venu en remplacement de Benny Golson. En tout huit titres d'un hard bop des plus classique, dont quatre titres de Lee Morgan pour qui cet album sera la dernière contribution aux Jazz Messengers, bientôt remplacé par l'explosif et talentueux Freddie Hubbard.

J'aime particulièrement la pochette très classe de cet album où l'on aperçoit Art Blakey derrière ses fûts, yeux mi-clos et clope au bec. Ce type là aurait fait un sacré rocker !
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The Freedom Rider
The Freedom Rider de Art Blakey (CD - 1998)
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