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After Hours
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Les musiciens l'appelaient « Sassy » ou « Sass ». Pour le public, c'était « la Divine »... Une carrière impressionnante (près d'une centaine d'enregistrements, une technique époustouflante, des rencontres inoubliables - Charlie Parker, Dizzy, Miles, Roy Haynes, et j’en passe...). Jusqu'au bout, Sarah Vaughan (1924-1990) allait figurer au top du jazz vocal (aux côtés d'Ella et Lady Day), quand bien même elle souffrait d'un cancer des poumons (elle était connue pour être une fumeuse invétérée). Aussi, il est clair que dans la discographie de Sassy, les disques gravés par les labels Mercury et Emarcy sont ex-cep-tion-nels. Aucun doute là-dessus. Bref, tout ce qu'elle a enregistré entre 1955 et 1963 est à proprement parler hallucinant. Pour moi, elle atteint l'apogée de son art à cette époque là précisément, le concert au Tivoli de Copenhague clôturant de façon magistrale cette époque savoureuse. Viennent ensuite sa production pour les labels Roulette et Pablo (Crazy And Mixed Up), des disques que l'on ne saurait bouder également (si elle perd en puissance, la chanteuse gagne alors en profondeur). Le recueil que voici évoque ces moments au creux de la nuit, et ces lieux où les musiciens se retrouvent, après un concert, pour prolonger le plaisir de jouer dans la plus stricte intimité. C’est bien l’esprit de ce magnifique « After Hours » gravé le 18 juillet 1961.

Comprenant onze titres, le disque est assez court (35 minutes à peine), les thèmes dépassant rarement les quatre minutes. La belle est au sommet de ses moyens, et là voilà entourée de deux musiciens : le guitariste Mundell Lowe et le contrebassiste George Duvivier. Pas de pianiste, ni de soufflants à ses côtés. Après une version surprenante et très risquée de « My Favorite Thing » (ce thème que John Coltrane a contribué à faire connaître mieux que n'importe quel autre musicien), une version au cours de laquelle on est d'abord surpris (avec Sassy…) par les possibilités instrumentales entourant une voix, nous voici avec « Ev'ry Time We Say Goodbye » interprétée avec une maîtrise absolue et nous vrillant le coeur comme ce n’est pas permis ! On sait alors que la suite sera du même niveau. En effet, comment ne pas succomber à l'écoute de « Wonder Why ? ». Variant les tonalités d'une façon suave et remarquable, Sassy vous fera fondre... Son humour, son entrain, son sens du swing (en claquant même des doigts), comme on l'entend sur « Easy To Love », et le tout dans un début surprenant quand seul le contrebassiste l'accompagne (quelle vélocité !). Faut dire que Duvivier nous vient du bop…

Les trois musiciens ne redescendront jamais de ces hauteurs empreintes de poésie. Ainsi la version de « Sophisticated Lady » (Duke Ellington) est de mon point de vue une version d'anthologie. The years have changed you somehow... Smoking, drinking, never thinking of tomorrow... Diction sensuelle. La voix de Sassy dans cet écrin est d'autant plus à même de nous toucher droit au coeur. Mundell Lowe tout comme Duvivier sont par ailleurs d'une pudeur peu commune. Pas de démonstration, ni d'ostentation de leur part. Et pourtant, que de qualités chez ces musiciens ! Et puis, il y a ces contrastes, ces changements de tonalité à l'intérieur et à l'extérieur de chaque pièce. Le très bop « Great Day » contraste ainsi avec la balade « Sophisticated Lady ». La rapidité et la vitesse d'exécution témoignent de la forme des participants. Et forcément, l'émotion est au rendez-vous. Les autres titres sont « I'll Wind » (une balade à tomber parterre), « If Love is good to Me » (diction parfaite comme d'habitude), « In a Sentimental Mood » (la seconde composition de Duke Ellington, là encore, la Divine monte très haut, et prend de sacrés risques avec un art de la narration exceptionnel). Derniers thèmes : « Vanity » et « Through » (compositions nostalgiques, démarrant sur une belle intro de Mundell Lowe). « After Hours », malgré son faible minutage, devient au fil des années un disque indispensable, qui tend même à se bonifier... Un disque rare.

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(1) En n'accordant que trois étoiles, le critique Scott Yanow s'est montré plutôt sévère. Cela s'explique du fait que pour lui des galettes comme Sarah Vaughan with Brownie sont autrement plus importantes. Il est vrai que cette dernière est à écouter en priorité. Mais, pour moi ce After Hours est quand même un très beau disque.
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le 19 août 2012
je suis un admirateur inconditionnel et passionné de Sassy... Chez Mercury/Emarcy, Sarah Vaughan n'a pratiquement signé que des chefs -d'oeuvre! Chez Roulette, nous sommes loins du compte. Mis à part - selon moi - cinq ou six enregistrements peuvent-être sauvés de la production. Bien sûr "After Hours", mais aussi "The Divine One", "Count Basie et Sarah vaughan", "Sarah + 2", "Sarah Vaughan sings solfully" et accessoirement "The explosise Side of Sarah Vaughan". "Lonely Hours", "Snowbound" & cie peuvent être oubliés dans les archives d'EMI, actuel distributeur - ou propriétaire (?) - de Roulette. Comment, Jimmy Jones, magnifique pianiste de la chanteuse a-t-il pu signer de telles orchestrations calamiteuses, sirupeuses et enlisées dans des violons dignes de la pire variété? Cela pour bon nombre de ses albums Roulette. Tout à fait incompréhensible lorsque l'on sait que Sarah était une superbe musicienne (piano et orgue). Mais bon, "jetons-nous" sur les magnifiques enregistrements Mercury, tous réédités. "Sassy" "Sass", "la Divine", un trésor de l'histoire universelle de la musique.
Guy Gauthier
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