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La pochette de couverture (portrait de Lu Chian-Kuei) illustre la première pièce du programme : le "Mandarin Merveilleux". Cette pantomime dansée se situe dans un bouge où trois bandits contraignent une fille au racolage. Impécunieux, les deux premiers clients sont éconduits. Survient alors un dignitaire chinois, d'abord impassible aux charmes de la prostituée, puis qui l'assaille à mesure que s'empresse le désir. Les malfrats tentent de l'assassiner en vain, jusqu'à ce que le mandarin expire enfin après l'assouvissement de l'étreinte.
Avec un argument chorégraphique aussi sulfureux, et une musique oppressante, libidineuse : la première représentation (27 novembre 1926 à Cologne) scandalisa et l'oeuvre fut aussitôt retirée de l'affiche, avant de connaître un succès posthume sur les scènes internationales.

Après Janos Ferencsik, Antal Dorati fut le second à graver le ballet intégral (juillet 1964 pour Mercury) : lecture tranchante et abrupte jusqu'au schématisme, parfois abstraite.
Le présent remake à Detroit profite ici d'une opulente captation par les micros de Colin Moorfoot. Sans escamoter la sauvagerie du tableau introductif (hypnotique évocation de l'univers urbain) ou du barbare fugato scandé par tambours et contrebasses, la transparente écriture bartokienne se revêt ici de la somptueuse parure de l'orchestre américain, en donnant corps à l'aride expressionnisme de ces pages au vitriol.

Semblable confort audiophile pour la "Musique pour cordes, percussion et célesta" : approche dense, touffue mais néanmoins clairement exposée. Même si l'on peut regretter que la baguette du maestro hongrois ne suscite pas toute la tension de l'Andante tranquillo, et enveloppe l'Allegro dans des joutes antiphoniques qui manquent un peu de hargne.
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