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5.0 étoiles sur 5 Banzo, 4 janvier 2014
Par 
Le Lorgnon mélancolique (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fire Music (CD)
The girl from Ipanema (António Carlos Jobim et Vinícius de Moraes) interprété par Archie Shepp (Album Fire Music, 1972, Label Impulse)

Cela commence avec une fanfare qui joue le thème sur un tempo si lent qu’il en est méconnaissable. Avec la solennité un peu empesée des ouvertures d’opéra, la section des cuivres joue de grands aplats harmoniques avec un son velouté - climat consensuel et rassurant, léger clin d’œil à la tradition orchestrale des Big Bands. Tout va bien et l’on fait tourner ses glaçons dans le fond de son verre. Le climat change vite et les dernières mesures enjouées comme une musique de cirque nous laissent un peu inquiets. Sans transition et comme si le soliste voulait en venir aux mains, voulait s’expliquer avec le thème, le voici qui s’avance accompagné du bassiste et de la batterie. Avec ses deux acolytes, il s’apprête à perpétrer un mauvais coup: en finir avec toute cette fadeur exotique. Une pure samba s’élève alors, frémissante de toutes les images paradisiaques que nous avons d’un Brésil de carte postale et néanmoins VRAI : longues plages bordées d’immeubles « avec vue », de vagues moussantes comme du champagne. Le rythme est syncopé comme la démarche d’une belle carioca, dégageant une forte sensualité qui fait frissonner les lombaires. Le saxophone miaule et susurre la mélodie, largement défigurée (mais c’est pour la bonne cause). Car il s’agit d’extraire de la platitude de la rengaine, un point d’authenticité, une possible vérité. Laquelle ? La courte et forte sensation que Jobim avait poétisée en un climat musical, la signature condensée de ce que serait l’esprit d’un lieu, sa lumière unique, ses paysages en gloire… Mais le saxophone ne l’entend pas de cette oreille car il éructe, hurle, crache dans la soupe du thème, comme un enfant en colère piétine son jouet préféré. Son graillonneux, glaireux qui parfois se résout en un trait d’une joliesse sincère. Oui, cette beauté exaspère et on lui rend hommage avec rage. Derrière ce règlement de compte du Nord avec le Sud, du gringo avec le carioca, du blues avec la saudade, il y a de la fraternité. Les quartiers détruits de Harlem tendent la main aux chapelets de favelas. Un grand pont s’élève entre les deux hémisphères sur lequel circule et s’échange la pulsation des humbles aux pas dansants. Le balancement de la rythmique qui taille son chemin dans cette bagarre est comme un glaçon jeté dans un verre de caipirinha, la fraîcheur sucrée de la syncope calme l’ardeur du saxophone-cachaça. Une légère ivresse monte à la tête, la musique s’enchante d’elle-même. On tend son verre pour une deuxième tournée. La confrontation devient incantation et le pur chant du soliste semble caresser, enfin, la pépite que Jobim avait enfouie sous ses accords placides. On se souvient du style faussement détaché du compositeur, sa façon de ne pas chanter, de ne pas se laisser aller à une sentimentalité sucrée. Après un dernier riff qui annonce que tout a été dit et bien dit, l’orchestre revient en piste et joue le final. Avec le même sérieux, mais parodique. Le saxophone s’est fondu dans la fanfare, on l’entend à peine. Il joue les « vraies notes », comme un enfant revenu « à la raison » qui a dépassé l’école, le temps de l’effort, de la lutte, il est dans la victoire du jeu…
La polémique, l’injure, l’imprécation ont fini par s’effacer au profit d’un récit où la paix, la vie nous sont contées dans leur simplicité. Un climat d’évidence succède à la frénésie, grand combat nécessaire pour chasser devant soi tout le romantisme de la musique commerciale, sa mauvaise poésie, son kitsch déclamatoire et retrouver la « vraie vie ».

Banzo : terme portugais qui désigne le mal du pays dans le Nouveau Monde dont souffraient les Africains du Brésil, une sorte de saudade noire.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Indispensable !, 25 juillet 2012
Par 
Stefan (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 50 COMMENTATEURS)   
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fire Music (CD)
Dès le titre, Shepp nous prévient, Fire Music est un album brûlant, sans concession qu'on ne conseillera pas aux âmes sensibles qui risqueraient de s'y griller les tympans. Clairement, c'est ici de Jazz lorgnant sur le Free dont il s'agit, la touche Shepp cependant, cette touche swing'n'soul qu'on retrouve dans quasiment tous ses albums, fait la différence.

Contextuellement, Archie Shepp est alors un jeune saxophoniste de même pas 28 printemps dont s'avance, après l'album hommage à Coltrane, Four For Trane, la seconde sortie pour le légendaire label Impulse! qui est aussi sa seconde contribution au monde du jazz en tant que leader de plein droit et le moins que l'on puisse dire c'est qu'on a déjà ici affaire à un talent bien affirmé et à une vision personnelle de ce que se doit de devenir le jazz dans ces bouillonnantes et décisives années 60.

Concrètement, trois originaux et deux reprises de standards qu'on n'attendait pas aussi radicalement revus et corrigés constituent l'album auquel la présente réédition cd ajoute une version live de l'introductif Hambone enregistré au Village Gate de New York en mars 1965, soit avant même la sortie de Fire Music, avec déjà un personnel différent de celui l'ayant enregistré sur l'album. Et quel personnel ! Et quel album ! Certes, il y demeure quelques maladresses - rien que de très normal quand on connait les conditions d'enregistrement alors dévolues au Jazz imposés par l'impérieuse nécessité de limiter les coûts pour des travaux destinés à un public plutôt restreint - mais tellement d'excellents moments et de promesses pour l'avenir qu'il est impossible de résister à cet abrasive galette où le swing se mue en un furibard animal, où quatre cuivres et une section rythmique provoquent notre remue-méninges, où dissonances et mélodies sont intimement liées, souvent pour le meilleur comme sur un Girl From Ipanema certes reconnaissable mais voguant dans des limbes fort éloignées de ses originelles plages de Rio de Janeiro.

C'est avec ce théâtral, puissant et spirituel Fire Music que Shepp rejoint le bataillon de ceux qui poussent alors le jazz dans ses ultimes retranchements. Accompagné du Trane, de Mister Charles et autres Ornette C. (pour ne citer qu'eux), il s'impose comme une voix d'une musique alors en pleine mutation et continuera longtemps encore (souhaitons !) de nous réjouir des chemins de traverses qu'il emprunte avec un bonheur sans cesse renouvelé. Alors, Fire Music ? Indispensable, c'est le mot.

Personnel:
#1, 2, 4, 5
- Archie Shepp: saxophone ténor
- Ted Curson: trompette
- Joseph Orange: trombone
- Marion Brown: saxophone alto
- Reggie Johnson: contrebasse
- Joe Chambers: batterie
#3
- Archie Shepp: saxophone ténor, voix
- David Izenzon: contrebasse (3)
- J.C. Moses: batterie (3)
#6
- Archie Shepp: saxophone ténor
- Marion Brown: saxophone alto
- Fred Pirite: saxophone bariton
- Ashley Fennell: trombone
- Virgil Jones: trompette
- Reggie Johnson: contrebasse
- Roger Blank: batterie
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Fire Music de Archie Shepp (CD - 2000)
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