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"Cendrillon" demeure dans l'ombre de "Roméo et Juliette", l'autre grand opus chorégraphique de Prokofiev.
Sans doute à juste titre : la partition, bien que plus condensée, s'avère d'une qualité inégale (le dernier Tableau traîne en longueur) et les leitmotiv ne sont pas aussi prégnants.

Et pourtant, l'argument du ballet s'avère fort suggestivement illustré, et donne l'occasion d'entendre des numéros plein d'imagination mélodique et de trouvailles instrumentales : la magnifique Valse, qui s'interrompt quand résonne le carillon de minuit (illustré par les cloches et le wood-block), mais aussi les mignons portraits des quatre fées.
Et quand l'on sert les agrumes du repas princier, le compositeur cite malicieusement le célèbre thème de Marche de son opéra "l'Amour des trois oranges".

Les enregistrements intégraux de "Cendrillon" se comptent sur les doigts d'une main : l'on peut se satisfaire des versions d'André Previn (un peu abstraite et littéraire) ou de Gennadi Rojdestvenski (plus caustique).

Mais la somptuosité de Vladimir Ashkenazy à Cleveland demeure selon moi insurpassable. Le principal atout du chef russe, c'est justement ce fabuleux orchestre de l'Ohio et sa sonorité de rêve : tout n'est ici que velours, brocarts et ors. Les timbres sont langoureux à souhaits : quelle touffeur dans la danse espagnole ! Impossible de résister à ces Senora si tentatrices... Et les rêveries étoilées du cor anglais de « Orient » : de quoi susciter un songe interminable...
La virtuosité est diabolique : écoutez le « départ interrompu pour le bal » ou l'impatience croissante des trois galops du Prince !

Mises en relief par une captation exceptionnellement dynamique et moelleuse (la grosse caisse mettra à rude épreuve le boomer de votre enceinte de droite !), les féeries d'Ashkenazy nous émerveillent : son orchestre aux mille saveurs s'écoute avec la délectation et la fascination candide des contes de notre enfance...
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Quel fieffé filou que ce Serge Prokofiev, qui cachait la fantaisie de sa nature véritable sous les traits d'un visage dur et austère. Ah, bien malin celui qui aurait deviné que, dans l'obscurité de ce secret bien gardé, il réfléchissait aux derniers détails de sa ravissante suite de Cendrillon aux mélodies primesautières et à l'irrrrrrrrrésistible lyrisme ! Ceci étant, peut-être faut-il préférer l'interprétation de Rodjestvenski à celle du pianiste transfuge qu'est resté Ashkenazy et ce, même si la plastique sonore de Cleveland n'a rien à voir avec les timbres plus crus de l'orchestre soviétique...
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le 19 mai 2016
La plus belle version actuelle sur le marché...quand bien même on attendrait mieux de cet orchestre. A quand une version vraiment russe ?
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