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17 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
L'élégance virtuose,
Par Savinien (Liège, Belgique) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 10 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jorge Bolet Rediscovered - Liszt Recital (CD)
Né à La Havane en 1914, qualifié de "trop virtuose" (!), Jorge Bolet devra attendre d'avoir près de soixante ans pour imposer son talent à la face du monde : en 1974 son récital au Carnegie Hall fait l'effet d'une bombe et le propulse au firmament des stars lisztiennes mondiales (récital enregistré et publié par RCA, réédité ensuite par Philips dans la série Great Pianists of the XXth Century). En 1978, cet artiste trop longtemps négligé signera enfin un contrat avec Decca, et livrera dès lors à la postérité ses interprétations de Liszt bien sûr, mais aussi Debussy, Rachmaninov, Chopin ou Brahms.Les enregistrements de Bolet en pleine force de l'âge sont donc plutôt rares (signalons les enregistrements de la période Ensayo, dont une partie vient d'être rééditée chez Piano Classics). Entre le 21 et le 24 août 1972 il gravait ces pièces pour RCA, premières captations d'un projet devant à l'origine couvrir plusieurs LPs. Mais le projet ne sera jamais poursuivi, et ces bandes seront finalement oubliées dans les archives de la RCA, jusqu'à ce qu'on les redécouvre fortuitement à l'aube du nouveau millénaire. Ce récital couvre l'essentiel des pièces le plus souvent jouées par Bolet en concert : une sorte de florilège, pour ainsi dire un voyage initiatique. Une exploration qui nous propose un éloquent Liebestraum n°3, sensible comme une caresse, un Gnomenreigen subtilement moqueur, un Sospiro absolument magnifique de phrasés et de poésie, des Funérailles plus puissantes et douloureuses que jamais, une Campanella d'une clarté désarmante (et d'une poésie peu coutumière), des Waldrauschen encore frémissants, et enfin un Grand Galop Chromatique grand cru, d'une clarté rythmique exemplaire. Pour terminer ce récital anthologique, s'ensuit la Rhapsodie espagnole dans la seule captation studio du maître cubain. Une véritable démonstration d'aisance et d'élégance, magnifiquement servie par un lyrisme impulsivement vaillant, jusqu'à l'ébouriffant finale emprunté à la version pour piano et orchestre de Busoni. Enfin, en complément de ce récital 1972, cette édition nous offre la transcription de l'Ouverture Tannhauser de Wagner, un enregistrement à la genèse un peu particulière, capté un peu par chance le 16 juillet 1973, alors que ce n'était pas prévu au programme. C'est en effet à l'issue d'une séance d'enregistrement de pièces de Rachmaninov que Bolet décide spontanément de se lancer dans ce Tannhauser. Les ingénieurs n'ont que le temps d'ajuster deux morceaux de bandes (réunies par la suite) pour capter l'événement. Il s'agit donc d'un document exceptionnel, réalisée en une seule prise (!) et sans retouches studio, d'un Jorge Bolet qui joue avant tout pour lui-même. Ainsi, nonobstant quelques imprécisions techniques imputables aux circonstances, la performance livrée par Bolet est absolument extraordinaire et emporte tout sur son passage, laissant transparaitre à la fois les génies conjugués de Liszt et de Wagner, et l'admiration respectueuse manifeste du premier pour le second. Une transcription qui prend ici de trop rares habits de musicalité, dans lesquels Bolet n'est surpassé que par lui-même (voir son légendaire récital l'année suivante, également sous label RCA). Bolet est un de ces rares pianistes à réussir l'alchimie lisztienne de la virtuosité et de la musicalité, avec l'élégance en prime. Un Liszt incisif mais distingué, puissant et expressif, intense et inspiré, d'une fluidité exemplaire, préservé de toute vulgarité, et qui dégage une impression conjuguée de force et de sérénité. C'est en live que le pianiste cubain s'est montré le plus à même d'enflammer les pièces lisztiennes, comme en témoigne son légendaire récital de 1974. Pourtant, dans ce récital de 1972, il fait preuve d'une imagination et d'une vitalité plus immédiate que ce qu'il montrera plus tard dans ses années Decca. Dans un très bon son remastérisé, cet album s'inscrit donc tout en haut de la discographie du pianiste cubain. Bolet capté à son meilleur : l'alchimie précieuse de l'élégance virtuose. Un CD indispensable pour la rare Rhapsodie espagnole et pour la fantastique Ouverture Tannhauser, deux pièces qui n'ont pas la discographie qu'elles méritent, mais aussi pour découvrir l'un des plus éminents peintres lisztiens du XXème siècle. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
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Jorge Bolet Rediscovered - Liszt Recital de Franz Liszt (CD - 2001)
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